‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 10 sur 57 · XV] INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XV] INTRODUCTION

que des noms éteints dans l’oisiveté des cours et des blasons sans gloire. Les insignes, les devises et les couleurs avoient perdu leur éclat en tombant du champ des écus et de la banniere des hommes d'armes, sur les panneaux des carrosses et la livrée des valets. Depuis ce temps la littérature françoise cessa tout-à-coup d’être nationale; la langue épurée se préta merveilleusement à l’imitation des chefs- d'œuvre de l'antiquité. Les souvenirs de la France moururent, et le ridicule se joua, comme c’est l'usage chez nous, de ces épées qui ne pouvoient blesser, et de ces boucliers qui ne protégeoient plus rien.

Tel fut à peu pres, sous le rapport littéraire, le sort d'une institutiôn qui fut long-temps utile et brillante, et dont la morale étoit tel- Jement basée sur le caractère national des François, qu'on en retrouve encore des traces jusque dans les dernieres classes populaires. Considérée politiquement, la Chevalerie offre des résultats plus satisfaisants aux recherches de la science. Il est certain qu'aucun monument public ou particulier ne consacre son existence avant le milieu du onzième siècle. Cependant elle ne fut point créée toutà-coup, et sa naissance doit être antérieure à

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cette époque; mais il est un moyen de s'assurer autant qu'il est possible de la justesse de cette assertion; c'est de comparer les temps où l’on placeroit son berceau avec ses mœurs et ses statuts. È |

Sans s'arrêter un seul instant aux suppositions inadmissibles de quelques écrivains, qui ont cru voir dans la Chevalerie des Romains le type de la Chevalerie du moyen âge, nous examinerons rapidement les systemes les plus sévéres et les plus historiques. L'érudition seroit ici une chose superflue. Le lecteur ne nous demande que des faits simples et des raisonnements concluants.

Trois opinions principales s'offrent à son examen. | |

La Chevalerie comme la féodalité est intimement unie à la conquête des Gaules; son esprit et ses mœurs étoient dans l'esprit et les mœurs des nations du Nord. Voilà la premiére. n | La Chevalerie est née sous le règne de Charlemagne ; toutes les traditions du moyen âge semblent l’attester; et si les croyances des peuples sont souvent exagérées, elles reposent toujours sur quelque chose de vrai. C'est la seconde. |

XVIi] INTRODUCTION.

Selon la troisième, ce furent les Scandinaves qui introduisirent la Chevalerie dans les mœurs des François. L'Edda et le discours sublime d’Odin contiennent une foule de préceptes, qui ont une conformité évidente avec les préceptes suivis par les chevaliers.

Dans la première proposition, l'opinion sur la Chevalerie se trouve liée à un système plus vaste et plus important, celui de la féodalité. Nous ne l’examinerons un instant que sous le premier point de vue. Comine la plupart des nations scythiques, qui, vers le quatrieme siécle , se jeterent principalement sur l'Occident, les Francs ne combattoient qu’à pied. Ces barbares ne conçurent la nécessité de former de la cavalerie qu'aprés en avoir apprécié l’effet dans leurs guerres avec les Romains. Elle étoit encore peu connue dans les armées des successeurs de Clovis. Les leudes, ou convives du roi, particulièrement attachés à sa personne, obligés de l'accompagner dans ses voyages ou à la guerre, ‘furent les premiers François qui combattirent à cheval. La recommandation et le serment de fidélité n'ont aucun rapport, même éloigné, avec les loix de la Chevalerie : ces loix ne soumettoient point un homme à un homme sous certaines conditions; elles fai-

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