INTRODUCTION. XIX
soient contracter au récipiendaire, un engagement qui étoit dans l'intérêt de toute la société , qui le constituoit son défenseur, et qui lui faisoit un crime de manquer à ses devoirs de protection et de courage. En un mot, le chevalier cessoit, pour ainsi dire , d’être sujet, tandis que le fidéle le devenoit plus directement. L'état du fidèle étoit la plus noble des domesticités, celui du chevalier la plus indérendante des magistratures.
Une partie de ces raisons peut encore s’appliquer à la seconde proposition; on doit seulement ajouter que si la Chevalerie eût été constituée sous le règne de Charlemagne, les capitulaires de ce prince qui réglèrent presque toutes les actions politiques, et même celles de Ta vie privée, n'auroient pas gardé le silence sur une institution aussi importante. Ce système n'est donc pas soutenable.
Le grand nom de Montesquieu a beaucoup contribué: à faire prévaloir les conjectures “erronées que nous formons sur nos ofigines.
Ce publiciste a trouvé le gouvernement féo— dal dans les forêts de la Germanie, comme si ces peuplades sauvages et guerriéres, qui n'avoient aucune idée de la propriété territoriale, et par conséquent de l'esclavage de la
XX INTKODUCTION.
glebe, avoient pu concevoir une législation quireposoit principalement sur ces distinctions de la propriété. Avant Charlemagne, on donnoit des armes en public à nn jeune noble; cette cérémonie étoit toute naturelle chez un peuple belliqueux, mais ces ressemblances éloignées ne constituent pas d'identité essen— tielle avec la Chevalerie. On ne doit point ou- . blier qu'avant d’être un ordre à la fois reli-— gieux et militaire, la Chevalerie fut simplement une association libre, dont le but étoit Ja défense des foibles, et que les règles de cette association furent long-temps sanctionnées par l'usage avant de l'être par les loix générales de la féodalité. | Quant à la troisième proposition, elle < seroit peut-être susceptible d'un examen plus approfondi. Il faut convenir que si les Scandinaves ne furent pas les fondateurs de la Chevalerie, ils peuvent être comptés parmi les causes directes de son établissement. C’est en effet au milieu des ravages qui suivirent leurs invasions, que la nécessité de l'union et de la défense dut se faire sentir davantage ; mais, au fond, il n'y avoit rien dans le caractere des Normands et dans les coutumes qui étoient leurs loix, dont on puisse tirer aujourd’hui