‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 16 sur 57 · CMÉMOINES · texte numérisé non relu

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dés prerñières armes que les rois et les princes rermettoient avec solennité aux jeunes princes leurs enfants. Quelques auteurs en ont fait l'ap— plication à la Chevalerie, dont ils ont, par ce moyen, fait remonter l'institution beaucoup pri haut. qu’ils n’auroient dû. | “Les cours et les châteaux étoïent d'excel lentes écoles de courtoisie ‘*, de politesse ‘et des auïtés vertus, noh-seulèment pour lés pa-ges et les écuyers, mais encore pout les jeu nes demoiselles. Elles y étoient instruftés de bonne heure des devoirs les plus èssentiels qu'elles auroïent à remplir. On y cultivoit, on y'perféétidnnoit ces grâces nâïves’'ét ces serktiménts tendres pour lesquels la nattré sem ble les avoir formées. Elles prévenoient- de civilité les chevaliers qui arrivoient ‘dan les châteaux; suivant nôs romanciers, elles leé dé sdrmoietrt au rétour des tournois. "S:et des ex-péditions de guerre , leur donnoient de noui veaux habits et les servoient à table. Lës étemi ples eh sont trop souvent'ét trop unifornié:

meüt répétés, pour nous permettre de révoquér èn doute la téalité de cet: usagé ? nous | n'y voyons rien d'ailleurs qui ne soit conforme à l'esprit et aux:$entiments alors presque uni versellemètit répandus parmi les dattiess ‘et

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. at Yon ne peut y méconnoîtte le caractère d'utilité qui fut en tout lé sceau dé notre Chevaz lrie. Ces demoiselles, destinées à avoir pour maris tes mêmes chevaliers qui abordoient dans les maisons-où ellés étoient élevées, ne pouvoient ranquer de’se les attacher par les prévenänèes, les ‘soins et les services qu'elles léür: prodiguoïeñt. Quelle uñion ne devoient point former des alliances établies sur de pa reils fondements ? Les jeunes personnes apprenoient à rendre un jour à leur mari tous les services qu'an guerrier distingué par sa valeur peut atténdre d’une femme tendre et génereuse, et leur préparoient la plus sensible ré compénse, et le plus doux délassement de leurs travaux. L'affection leur inspiroit le dé sir d’être les premières À laver la poussière et le sang dontils s’étoient couverts, pour une gloire qui léuxr appartenoit à elles-mêmes, J'en crois dônc volontiers üos romanciers, lorsqu'ils disent que les demoiselles et les dames savoient donner, même-aux'blessés ‘7, les-secours or.

dinaires ; habituels et assids qu'une. main adroite et compatissante est capable de leur procurer. Je reviens au jeune écuyer.

- Pour donner une idée précise de ce quille distinguoit du @evalier, j'observerai seule

ment l'usage métaphorique que lon fait du mot d'écuyer en notre langue : nous l'avons transporté dans l'agriculture, pour signifier le rejeton qui pousse au pied d’un cep de vigne ; ce rejeton eût été un emblême très— juste pour figurer cette nouvelle race destinée à représenter la tige précieuse dont elle sortoit, à l’égaler un jour, à reproduire, à Lu tiplier l'espèce * ne :

: Lesécuyers se divisoient en FA des différentes, suivant les emplois auxquels: ils étoient appliqués ; savoir , l’écuyer du corps, c'est-à-dire , de la personne, soit de la dame, soit du seigneur (le premier de ces: services étoit un degré pour parvenir au second) ; l’écuyer de la chambre, ou le chambellan ‘?, l’écuyer tranchant, l'écuyér d’écurie, d'échan sonnerie , l’écuyer de panneterie, etc. Le plus honorable de tous ces emplois étoit celui d'é— cuyer du corps, par cette raison appelé aussi écuyer d'honneur *. Il seroit assez difficile de les distinguer exactement, et de dire quel rang ils tenoient entre eux : peut-être étoient— ils souvent confondus dans des cours, et dans des maisons moins opulentes et moins nom breuses: un écuyer pouvoit- y réumir en lui seul plusieurs offices différesits.

Dans ce noûvel état d'écuyer, où l’on parvenoit d'ordinaire à l’âge de quatorze ans, les jeunes: élèves * approchané de plus pres la personne de leurs seigneurs ** et de leurs dames, admis avec plus de confiance et de familiarité dans leurs entretiens et dans leurs assemblées, pouvoient encore mieux profiter des modèles sur lesquels ils devoient se former; ils apportoient plus d'application à les étudier, à cultiver l'affection de leurs maïîtres **,:à chercher les moyens de plaire aux nobles étrangers, et autres personnes dont étoit composée la cour qu'ils servoient; à faire, aux chevaliers et écuyers de tous les pays qui la venoient visiter, ce qu’on appeloit proprement les honneurs *, façon de parler que nous conservons encore à présent. Enfin ils-redoubloient leurs efforts pour paroïtre avec tous les avantages que peuvent donner les grâces de la personne, l'accueil prévenant, la politesse du langage, la modestie, la sagesse et la retenue dans les conversations, accompagnées d'une liberté noble et aisée pour s'exprimer lorsqu'il en éfoit besoin. Le jeune écuyer apprenoit long-temps dans le silence cet art de bien parler, lorsqu'en qualité d’écuyer tranchant, il étoit debout dans les repas et dans

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les festins, occupé à couper les viandes. ayec ka propreté, l'adresse et l'élégance conve- mables, et à les faire distribuer aux nobles convives dont il était enviranné, Joinville, dans sa jeunesse, avoit rempli, à à la cour de saint Louis, cet office *‘ qui, dans les maisons des souverains, étoit quelquefois exercé par leurs propres enfants ; le jeune comte de Foix tranchoit à la table de Gaston de Foix son père, suivant Froissart qui nous a conservé l’histoire de la fin tragique de. ce jeune prince *. D’autres écuyers avoient le soin de préparer la . table, de donner à laver *; ils apportoient les mets de chaque service, veilloient à la pann eterie et à l'échansonnerie; ils avoient une attention continuelle afin que rien ne manquât aux assistants; ils donnoient encore à laver aux convives après les repas, relevoient les tables, et enfin disposoient tout ce qui étoit néces-— saire pour l'assemblée qui suivoit, pour les bals, et les autres amusements auxquels ils prenoient part eux-mêmes avec les demoiselles de la suite des dames de haut état; Puis üs servoient les.épiçes *, ou dragées et confitures, le clairet *, le piment **, le vin cuit, Phi pocras ‘', et les autres Pons qui t terminoient toujours les festins, et que l’on prenoit encore

en se mettant au lit: c'est çe qu'on appeloit le vin du coucher *. Les écuyers accompagnoient jasque-là les étrangers dans les chambres ** qui leur avoient été destinées, et Lan leur avoient préparées eux-mêmes. 3 Froissart, qui a mieux réussi qu'aucun de nos historiens à peindre les mœurs de son siècle, nous a donné, dans le livre troisième de son histoire, un tableau naïf et fidèle de la cour du comte de Foix, qu'il avoit fréquentée ; après avoir fait la description des repas de ce seigneur : « Brièvement tout considéré et avisé, » dit-il, avant que je yinsse à sa cour, j'avois » été en moult de cours de rois, de ducs, de » princes , de comtes et de hautes dames :

» mais je ne fus oncques en nulle qui mieux » ME pleust, ni ne vis aucuns qui fussent sur » le fait d'armes réjouis, plus que celui comte » de Foix étoit. On veoit en la‘salle, en la » chambre, en la cour, chevaliers et écuyers » d'honneur aller et marcher, et les oyoit-on » parler d'armes et d’amoür; tout honneur » étoit là-dedans trouvé; toute nouvelle , de » quelque pays ne de he royaume. que » ce fust, là-dedans on y apprenoit; car de » tout pays, pour la vaillance du. seigneur » elles y venoient.».

De ce service, que je crois ‘n'avoir été que l'introduction à un autre qui demandoïit plus de force, d’habileté et de talents, on devoit passer à celui de l'écurie : il consistoit au-soin des chevaux, qui ne pouvoit être que noble dans les mains d’une noblesse guerrière qui ne combattoit qu'à cheval. Des écuyers habiles les

dressoient à tous les usages de la guerre, et

avoient sous èux d’autres écuyers plus jeunes, auxquels ils faisoient faire l'apprentissage de cet exercice. Bayard fut remis, par le duc -de Savoie , entre les mains d'un écuyer de confiance, chargé de veiller à sa conduite et à son instruetion. D'autres écuyers tenoient les armes ‘ de leürs maîtres toujours propres et

luisantes pour le moment où ils en awoient

besoin; et toutes ces différentes espèces de services domestiques étoient mélées du service militaire, tel, à peu près, qu’il se fait dans les placés de guerre. Un écuyer'alloit à minuit faire sa ronde dans toutes les chambres et les cours du château.

Si le maître montoit a cheval, des écuyers s'empressoient à l'aider, en lui tenant l'étrier ; d’autres portoient les différentes pièces de son armure, ses brassards, ses gantelets, son heaume

et son écu *. À l'égard de la cuirasse, nommée aussi haubergeon ou plastron, le chevalier .devoit la quitter encore moins que les soldats grecs ou romains'ne quittoient leurs boucliers. D'autres portoient son pennon, sa lance et son épée : mais, Det étoit séulement en route, il ne montoit qu'un cheval d’une allure aisée et commode, roussin, courtaut, cheval amblant ou d’amble, coursier, palefroi *, hacquenée; car les juments étoient une monture dérogeante , affectée aux roturiers et aux chevaliers dégradés; et peut-être, par un usage prudent,.on les avoit réservées pour la culture des terres, et pour RO leur espéce.

C’étoit dans cette vue qu’on avoit imprimé une és de tache aux nobles qui auroient voulu s'en servir; et la politique avoit dès-lors imaginé ce moyen de maintenir un réglement qu'il importoit de faire observer par les François : c’est ainsi qu'un de nos rois, pour sup primer le luxe, ne permit les dorures qu'aux femmes de mauvaise vie.

Des chevaux de bataille, c'est-à-dire, des chevaux d'une taille élevée, étoient, dans le

* Peu de temps avant la révolution, la cavalcade du lieutenant civil, à Paris, présentoit encore une image de ce cérémonial. (Note de l'éditeur.)

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