TOME I
cours d’une route ,:menés par des écuyers qui les tenoient à leur droite; d’où on les a appelés . destriers *’; ils les donnoiïent à leur maitre lorsque lennemi paroissoit, ou que le danger sembloit l'appeler au combat; c'étoit ce qu'on appeloit monter sur ses grands chevaux **, expression que: nous avons conservée, aussi bien que celle de haut à la main, venue de la contenance fiére avec laquelle un écuyer, ac compagnant le maître, en portoit le heaume élevé sur le pommeau de la selle. Ce heaume, aussi bien que les autres parties de son armure offensive et défensive, lui étoient remises par les divers écuyers qui en étoient dépositaires, et tous avoient un égal empressement à l’armer; ils apprenoïent eux-mêmes à s'armer un jour avec toutes les précautions nécessaires pour la sûreté de leurs personnes. C'étoit un art qui demandoit beaucoup d'adresse et d'habileté, que celui de rassembler et d'affermir les jointures d'une cuirasse et des autres pièces de l'armure, d’asseoir et de lacer exac— tement un heaume sur la tête, et de clouer et river soigneusement la visière ou ventaille %. Le succès et la sûreté des combattants dépen-— doient souvent de l'attention qu'ils y avoient apportée. Les officiers chargés du heaume , de
la lance et de l'épée, les gardoient aussi lorsque le chevalier s’en étoit dessaisi pour entrer dans une église ‘, ou dans un autre lieu respectable, et dans les nobles rnaïsons où il arrivait. Nous pouvons croire que cet usage d'ôter son heaumé, a donné la première origine à l'usage de se découvrir dans les lieux, et pour les personnes à qui l’on doit de la considération. Lorsqu'une fois les chevaliers étoient montés sur leurs grands chevaux, et qu'ils en venoient aux mains , chaque écuyer, rangé derrière son maitre , à qui il avoit remis l'épée , demeuroit, en quelque façon , spectateur oisif du combat ; et cet usage pouvoit aisément s’accommoder à la façon dont les troupes de cavalerie se rangeoient en bataille sur une ligne, suivie de celle des écuyers #, l’une’et l’autre étant rangées en haie, selon la manière de parler usitée alors : car à peine commencions-nous, dans le siècle des capitaines la Noue et Montluc, à combattre en escadron ‘* , ou, comme on s’exprimait alors, en host. Pendant ce temps-là l'écuyer, spectateur oisif dans un sens, ne l'étoit point dans un autre; et ce spectacle, utile à la conservation du maître, ne l'étoit pas moins à l'instruction du serviteur. Dans le chocterrible
des deux haies de chevaliers qui fondoient les DM
uns sur les autres les lances baissées, les uns blessés ou renversés se relevoient, saisissoient leurs épées, leurs haches, leurs masses, ou ce qu'on appeloit leurs’ plommées ou plombees, pour se défendre et se venger; et les autres cherchoient à profiter de leur avantage sur des ennemis abattus. Chaque écuyer étoit attentif à tous les mouvements de son maître, pour lui donner, en cas d'accident , de nou- .velles armes, parer les coups qu’on lui portoit, le relever et lui donner un cheval frais, tandis que l'écuyer de.celui qui avoit le dessus secondoit son maître par tous les moyens que lui suggéroit son adresse, sa valeur et son zèle, et se tenant toujours dans les bornes étroites de. la défensive #, l’aidoit à profiter de ses avantages, et à remporter une victoire | complète. C'étoit aussi aux écuyers que les chevaliers confioient , dans la chaleur du combat, les prisonniers “ qu’ils faisoient. Ce spectacle étoit une leçon vivante d'adresse et de courage, qui montrant sans cesse au jeune guerrier de nouveaux moyens de se défendre, et de se rendre supérieur à son ennemi, lui donnoit lieu, en même temps, d'éprouver sa propre valeur, et de connoître s’il étoit capable de soutenir tant de travaux et-tant de
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE- 21 périls. La jeunesse foible et sans expérience n'étoit point exposée à porter le fardeau pesant de la guerre, sans avoir appris, long-temps, auparavant ; si ses forces et ses talents y répondqient; une longue épreuve d’obéissance et:
de soumission, préparoit celui qui devoit um jour commander, à servir lui-même d'exemple:
Mais l’écuyer ne passoit pas si promptement d'un service paisible, à ces occasions si périlleuses. Les cours et les châteaux étoient des écoles où l’on ne discontinuoit point de former les j jeunes athlètes que l'on destinoit au service et à la défense de l'État. Des jeux pénibles, où le corps acquéroit la souplesse, l’agilité et la vigueur nécessaires dans les combats; des courses de bagues, de chevaux et de lances, l'avoient disposé de longue main aux tournois, qui n'étoient que de foibles images de la.
guerre. Les dames , dont la présence animoit l'ardeur de ceux qui vouloient s’y distinguer , se faisoient un noble amusement d'assister à ces jeux. MEN
: Le récit que nous fait l'hisierien de lis vie de Boucicaut, peut faire juger des exercices par lesquels la jeunesse endurcie à la‘ peine et à la fatigue, préparoit son corps au métier de la guerre : « Maintenant, dit l'historien, en
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