‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 18 sur 57 · EYE EE VS · texte numérisé non relu

EYE EE VS

parlant du jeune Bouëéicaut , il s'essayoit à

saillir sur un coursier tout armé : puis au

trefois couroit et alloit longuement à pied

‘pour s’accoutumer à avoir longue haleine, -et souffrir longuement travail; autrefois fé-

rissoit d'une coignée ou d'un mail grande pièce et grandement: Pour bien se duir au

harnois ; et endurcir ses bras et ses mains à

longuément férir, et pour quil s'accôou-

tumast à légèrement lever ses bras, il faisoit

le soubresaut armé de toutes pièces, fors le bacinet, et en dansant le faisoit armé d'une cotte d'acier; sailloit, sans mettre le pied à l’étrier, sur un coursier, armé de

toutes pièces. À un grand homme monté

sur un grand cheval, sailloit de derrière à chevauchon sur ses épaules, en prenant ledit homme par la manche à uñe main, sans autre avantage... én mettant une main sur l'arçon de l'selle d'un grand coursier , et l'autre emprès les oreilles, le prenñoit par les creins en pleine terre, et sailloit par entre ses bras de l’autre part du coursier.… Si deux

| parois: de plastre fussent à une brasse l’une

près de Pautre qui fussent de la hauteur d'une tour, à force de bras et de jambes, sansautteaide, montoit tout au plushautsans

» cheoir au monter ne au devaloir. Item; il » montoit au revers d'une grande. échelle » dressée contre un mur,.tout au plus haut » sans toucher des pieds, mais seulement sau- » tant des deux mains ensemble d'échelon en » échelon armé d’une cotte d'acier, et ôté la

» cotte, à une main sans plus, montoit plu-

sieurs échelons... Quant il estoit au logis, sessayoit avec les autres écuyers à jeter la

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cessoit 4, »

Il falloit, comme on le voit par ce récit, que l'aspirant à la chevalerie réunît en lui seul toute la force nécessaire pour les plus rudes métiers, et l'adresse des arts les plus difficiles, aveclestalents d'un excellent homme de cheval. Nous serons donc moins surpris de voir que le

seul titre or ait été tellement en honneur ; qu on n’a point hésité de le donner au fils aîné d'un de nos rais #. :

Ce n'étoit pas non plus sans raison que lee se défioit de la tendresse paternelle, qui peutêtre auroit adouci, par une éducation domestique, la rigueur de ces épreuves. Un chevalier devoit placer son fils dans la maison d’un autre chevalier pour y apprendre l’afhce d’écuyer; pour l'exercer et acquérir la cheva-

lance on autres essais de guerre, ne > ja ne

of MÉMOIRES

lerie ‘7. Un auteur qui avoit long-temps suivi la eour et le métier des armes, et qui sous le règne de Charles V ayant vu fleurir la Chevalerie, gémissoit d’en voir la décadence sous celui de Charles VI, achèvera de nous apprendre par quels degrés différents on y parvenoit dans le temps de sa splendeur. « Les » jeunes gens #*, dit-il, passoient d'abord par » l’état de poursuivants, portant la lance et le » bacinet des chevaliers, apprenant à monter » à cheval, et voyant les trois métiers des » armes. »' C'est-à-dire, qu'ils fréquentoient les cours des princes de leur nation; qu’ils suivoient‘les armées en temps de guerre, d’où leur venoit le nom de poursuivants d'armes ; et qu'ils alloient , en temps de px, faire des. voyages ou des . messages dans les pays éloi-

‘gnés, pour acquérir de plusen plus l'expérience.

des armes et des tournois, et pour connoître les mœurs étrangeres. Ensuite ils devenoient archers, puis écuyers, servant à la cuisine et à la table, et portant derrière eux à cheval les malles de leur maitre ; enfin admis à être gendarmes, ils faisoient encore pendant huit ou dix ans l'apprentissage de la Chevalerie avant que de la recevoir : ils employoient de nouveau tout.ce temps à suivre les tournois, à

SUR L'ANCIBNNE CHEVALERIE. 25 faire la guerre, et. à visiter les pays lointains où l'honneur, les armes et les dames étoient. le plus en recommandation. Le but de ces voyages étoit de s’instruire à la vue des tournois, des gages de batailles et des autres exereices qui se faisoient dans les cours, d'apprendre de nouveaux moyens pour se défendre ; et des tours d'escrime particuliers. On ne les étudioit point légèrement et superficiellement : on les observoit avec une attention scrupuleusé ; et afin de n’en point perdre la mémoire, on y portoit des tablettes ‘pour enregistrer les faits et les circonstances les plus remarquables. On ne peut guère douter que les dames spectatrices, comme nous l'avons dit, des jeux de la jeune noblesse, n’assistassent aussi avec plaisir aux exercices des écuyers; mais il paroit qu’elles s'étoient abstenues, dans les premiers temps, d'assister aux tournois. L'horreur de voir répandre le sahg céda enfin, dans le cœur de ce sexe né sensible, à l’inclination encore plus naturelle et plus puissante qui les porte vers tout ce qui appartient au sentiment de la gloire : les dames accoururent en foule aux tournois; et cette époque dut étre celle de la plus grande célébrité de ces exercices.

La veille des tournois * étoit, pour “ainsi

26 7 à MÉMOIRES .

dire, solemnisée par des espèces de joutes appelées tantôt essais 5‘ ou éprouves, épreuves; tantôt les vêpres du tournoi *’, et quelquefois escremie %, c'est-à-dire, escrimes; où les écuyers les: plus adroits s’essayoient les uns contre les autres avec des armes ‘# plus légeres à porter , et plus aisées à mauier que celles -des chevaliers, plus faciles à rompre, et moins dangereuses pour ceux qu'elles blessoient.

C’étoit le prélude du spectacle nommé le grand tournoi, la haute ou la forte journée du tournoi, le maître tournoi, la maître éprouve, que les plus braves et les plus adroits chevaliers devoient donner le lendemain, à une multitude innombrable d'assistants de toute espèce. Ceux d’entre les écuyers qui s’étoient le plus signalés dans ces premiers tournois, et qui-en avoient remporté le prix, acquéroient quelquefois le droit de figurer dans les seconds, parmi l'ordre illustre des chevaliers, en.obtenant euxmêmes la Chevalerie : car c'étoit un des degrés, entre: beaucoup d'autres ‘, par lesquels les écuyers .montoient en ce temple d'honneur, pour parler le langage figuré de ces temps-là. C'étoit le prix le plus insigne que l'on püt proposer dans les occasions importantes et périlleuses de la guerre , pour redoubler le courage

des guerriers ; elle se donnoit d'avance comme ‘ un caractère qui imprimoit des sentiments élevés au-dessus de l'humanité. Elle se donnoit pareillement après les combats, ainsi que nous le dirons, comme une récompense capable de payer les plus longs travaux et les actions les plus éclatantes, et d'acquitter en même temps les plus grands services rendus au souverain et à la patrie.

L'âge de vingt-un ans ** étoit celui auquel les jeunes gens, après tant d'épreuves, pauvoient être admis à la Chevalérie : mais cette règle ne fut pas toujours constamment observée. La naissance donnoït à nos princes du sang °’, et à tous les souverains, des privilèges qui marquoient leur supériorité ; et les autres aspirants à la Chevalerie l'obtinrent avant l’âge prescrit ‘ par les anciennes lois, lorsque leur mérite les avoit rendus vieux et meurs eñ cela ; ainsi que Brantôme s'exprime au sujet du vidame de Chartres , qui recut fort jeune l’ordre du roi: | |

(4) Daxs le cas de séparation entre mari et femme, les enfants au-dessous de sept ans demeuroient sous la garde de leur mère, suivant la coutume de Beauvoisis en 1283, ch. Lvi1, p. 294.

Eustache Deschamps confirme cet usage; il fait ainsi parler une mère qui se plaint des soins que lui donnent le ménage et l'éducation de ses enfans :

Il y a jusques à vit ans

Et plus encore trop de peris *,

Mais il n'en chaut à nos maris.

La loi qui ordonne de laisser les enfants entre les mains des femmes jusqu’à l’âge de sept ans, remonte à l’empereur Julien. Ce prince nous apprend, dahs son Misopogon, qu’on l’avoit mis à cet âge entre les mains d’un gouverneur. Cet usage s’observe communément à l'égard des enfants de nos rois et de nos princes. ( Poésies mss, du 14° siècle, fol. 510, col. 2.) |

(2) La cour du chef seigneur Cehif Seigner au * Périls.

royaume de Jérusalem ; étoit appelée haute cour. On y comptoit quatre baronies (ou cours de barons) dont le caractère distinctif étoit d’avoir un connétable et un maréchal. Un grand nombre de seigneurs tenoient aussi des cours : quelques-uns avoient cour coins ( de monnoie )et Justice; d’autres cour de bourgeoisie et justice. Assises de Jérusalem, publiées par la Thaumassière, ch. cccxxiv et suiv., p. 216 et suiv. :

(3) M. de Fleuri, dans son ouvrage sur les mœurs des chrétiens { p. 362, 388 jusqu’à 395 ), s'élève contre le faste qui régnoit, vers le 41° siècle , dans les maisons des grands seigneurs : il leur reproche d’avoir multiplié les chapelles domestiques. Cet abus continuoit encore dans le 14° siècle : on y voyoit de simples avocats avoir des chapelains. Eustache Deschamps , dans ses Poésies manuscrites, leur adresse ces vers :

Vous usez de toutes noblesses, N Vous estes francs sans servitute

Plus que n’est le droit d’institute.

Vous avez votre chapelain

Pour chanter votre messe au main ”,

Au partir de votre maison. b Vous êtes toujours en saison,

Vous êtes comme saints en terre.

(4) Le passage suivant de D. Félibien justifie cette assertion. « Les abbés de Saint-Denys avoient nombre » d'officiers religieux et laïcs. Lorsque l'abbé de Saint- » Denys alloit en campagne, il étoit ordinairement ac- * compagné d’un chambelan et d’un maréchal, dont

* Matin.

Hi

» les offices étoient érigés en fief, comme l'on voit par » .Jes actes de 1189 et de 1231. Ces offices et ces fiefs » ont été depuis réunis au domaine de l’abbaye , aussi » bien que l’office de bouteiller de l’abbé, qui étoit pa- » reillement un office érigé en fief, et pussédé par un » séculier domestique de l’abbé de St. -Denÿys; avant » l'an 1482. » (Hist. de PP par D. Fribies L. v, p. 279, note A. )- |

(5) On lit dans plusieurs romans, et surtout dans celui de Lancelot du Lac, que des écuyers servoient à la table de quelques chevaliers dont ils étoient frères ; mais ces exemples ont besoin de témoignages plus authentiques. (T. II, fol. 34, v°, col. 1.)

Dans la Chronique des chevaliers catalans, écrite vers l'an 1500 , on lit, à l’article Copons (p.150 ): « Le » premier de cette famille qui s'établit en Catalogne, » fut un serviteur de Pierre de Allamani, qui étoit aussi » son parent.» Et plus bas : Quand Rémon Bérengerl, » comte de Barcelone, fut revenu de ses conquêtes, » et qu'il eut donné les terres de Pontons et de Durbans » à Pierre de Allamani, celüi-ci les donna à ce servi- » teur, son parent, pour les tenir en fief du comte de » Barcelone de la même manière qu’il les tenoit. C’est » de ce Copons quesont issus Les Copons , suivant Mon- » tener.» ( Manusc. en langue catalane, qui est proprement un nobiliaire de la Catalogne.)

(6) Ce mot, ainsi que celui d’écuyer et de valet, ont souvent été confondus. Le chevalier doit avoir écuyer et

garçon ou paige qui le servent et prennent garde de ses

chevaux: Dans le livre intitulé : Ordre de Chevalerie, fol. 2.

Saintré Jouvencel, âgé de treize ans, étant passé de l'hôtel du seigneur de Preuilli à la cour du roi Jean, où il fut paige et enfant d'honneur, est appelé quelquefois valet ou valleton., et d’autres fois écuyer; lorsqu'on lui adresse. la parole ou qu'on parle de lui, il est traité tantôt de maître et tantôt de sire ou beausire.

Les écuyers furent aussi appelés verlets, sergents et damoiseaux. ( Hist. de Saintré, p. 4, 43, 23. — Jbid., 15 et22.)

(7) C’est dans ce sens que Juvénal des Ursins dit : « Il y eut huit mille chevaliers et escuyers, et gens de » traits et gros varlets sans nombre. » ( Hist. de Ch. VI, p- 57, sous l’an 1386. ) .

(8) Ce met est synonyme de celui de domestique inférieur , dans le passage suivant de Froissart ÇtE, p.97): + Se ferit ès tentes et ès logis des seigneurs d » France, et y firent bouter le feu, et n’y trouvèrent » que garçons et valets qui tantôt s’enfuirent. 4

(9) Sous les rois de la première race, la jeune noblesse étoit instruite dans les maisons . grands seigneurs, d'où elle étoit ensuite admise à la cour des rois. Cette coutume subsistoit encore du: temps de Montagne, et il en fait l'éloge en ces termes Ct. 3, p. 175) : « C’est un bel usage de notre nation, qu'aux bonnes » maisons nos enfants saient receus pour y être nourris » et élevés pages comme en une eschole de noblesse, et est discourtoisie, dit-on, et injure d'en refuser un

» gentilhomme. » Ù La facilité d’entrer de bonne heure dans le service mi litaire a rendu ce secours mutuel moins nécessaire.

(10) Le jeune Bayard , au sortir de l’école , fut placé par ses parents dans la maison de l’évêque de Grenoble, son oncle, qui le mena avec lui à la cour de Savoie. Le prélat ayant été admis à la table du duc : « Durant » icelui ( diner ) estoit son nepveu le bon chevalier » (Bayard) qui le servoit de boire très-bien en ordre, ° et très-mignonnement se contenoit. » ( Vie du chev, Bayard, c. 3, p. 14.) |

Qu'on lise les chapitres 3, 4 et 5 de la Wie du chevalier Bayard, on y trouvera des détails capables de donner une juste idée de la protection que les seigneurs accordoient aux jeunes gens attachés à leur service, de l’émulation qu’ils leur inspiroient par leurs éloges, et des efforts que ces jeunes élèves faisoient continuellement . pour mériter leurs bonnes grâces.

(44) L'un ne devoit point aller sans l’autre, et l’amant qui entendoit à loyaument servir une dame, étoit sauvé suivant la doctrine de la Dame des belles cousines. Voyez sa logique et sa théologie dans les neuf premiers chapitres de l'Histoire de Saintré,

(12) La galanterie françoise avoit introduit, dans le . commerce épistolaire, cette formule dont se sert Olivier de la Marche, liv, IT de ses Mémoires, en finissant une lettre qu'il écrit au maître d'hôtel du duc de Bretagne : « Je pric Dieu qu’il vous doint joye de votre dame et » ce que vous desirez. » C’est dans le même sens que la reine dit à Saintrét « Dieu vous doint joye de la » chose que plus desirez. » ( Petit Jehan de Saintré, p. 193.) | | |

(13) L’habitude de vivre ensemble formoit souvent

entre les jeunes gens une amitié que rien n’étoit capable de rompre, comme on peut le voir par l'intimité qui régna, dès la plus tendre jeunesse, entre Saintré et Boucicaut, élevés ensemble au service domestique du roi. CSaintré, ch. XLVIL, p. 3o5. )

(14) On peut consulter, sur cet usage, le Traité de l'Épée Françoise , par Savaron (pages 34 et 35), comme aussi le Théâtre d'honneur de Favin (page 84 et suivantes ). Quelques auteurs, trompés par le rapport de cette cérémonie avec celle de la réception des chevaliers, l'auront prise pour la Chevalerie même dont ils ont fait remonter l'institution bien au-delà du onzième siècle auquel elle a commencé; d’autres ont supposé, avec aussi peu de fondement, que les dames avoient pu conférer la Chevalerie. Cependant on lit dans l’Aistoire de Duguesclin , publiée par Ménard, à la fin de l'avis aux lecteurs, que Jeanne de la Val, veuve de ce connestable, ceignit l'épée qu'il avoit portée , à André de la Val, depuis maréchal de France, lors fort jeune, et le fit chevalier. Je ne trouve dans nos historiens aucun autre exemple qui puisse nous faire croire que les dames ayent jamais fait des chevaliers. | |

(45) Le chevalier de la Tour, dans ses Instructions à ses filles ( folio 5, DE lb recommande la courtoisie autant, pour le moins, envers les personnes de petit état qu’envers les grands ; telles sont les raisons qu'il en apporte : « Ceux-là, dit-il, vous porteront plus + grant louenge, et plus grant renommée, et plus grant + bien que les grans : car l’honneur et la courtoisie qui est portée aux grans, n’est faite que de leur droit que » l'en leur doit faire; mais celle qui est portée aux pe-

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