‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 26 sur 57 · VE · texte numérisé non relu

VE

manuscr. du roi, 7615, dans le court-mantel, fol. 1 Le v° ; C. 2.) Di:

Les lis firent li escuier, Si coucha chacuns son seignor.

-(34) Tous les écrivains frañçois, ‘imprimés ou manüscrits, fournissent des exemples de cet usage, sur lequel on peut consulter entre autres l historien ProArE et le poëte Eustache Deschamps.

G5) Voyez le nouveau Glossaire latin de Diasse, aux mots cursorius, palafredus » roucinus, dextrartus; joignez'aux exemples qui sont cités, celui du moine du Vigeois’ (Labbe, biblioth. manuscr. , t. II, p. 323) dans sa Chronique. Cet écrivain’ emploie le mot palafredus comme synonyme à mulus (mulet); voyez aussi les vers des Fabliaux (Manuscr. du roi, 7615, fol. 208, w°, c. 2) où uni écuyer dit au chevalier qu'il servoit : :

l. a 4 de 6 4 ï

J'ai vssdu vote palefroi, ep

, Gp autrement ne post “estre: : .

. Non ne menrez or cheval en destre **

J'ajouterai encore à ces témoignages celui d'Enstache Deschamps, qui dit que “les destriers (fol. 234, c. 1} et ‘grands chevaux étoient destinés aux joutes; que les coursiers ou moyens , sont ceux qui vont plus légèrement en guerre, et les derniers, appelés roussins, sont les chevaux communs servant aux vi/ains pour leur labour. Il résulterä de-tant d’autorités différentes, que nos anciens écrivains ont souvent confondu tous ces mots, et que la plipart du pe ilg Due on tantôt l'ac-

de # Pouvoit. — ** Vous he ménerez plus Dre

ception du genre à Fespèce, et tantôt F'espèce à Pau ception générique.

(36) La Colombière (Théâtre d’hon. et de Chev., p- 563) rapporte à ce sujet un long fragment du roman de Meliadus de Léannois : on peut y joindre celui du roman de Perceforest (t. L, c, 61, fol. 56,,.vo, c, 4), qù il est parlé d'Estonne. « Lors regarde et, voit en la » moyenne (au milieu) une jeune jument. si puissante et » si grande comme se ce fut Le cheval du roi, et pensa, s’il pouvoit ayair celle jument si puissante et si grande, » qu'il monteroit sus; combien que à celui temps un + chevalier ne pouvoit avoir plus grand blasme que: de .» monter sus jument. Ne on ne pouveit ung chevalier » plus deshonnorer que de le faire chevaucher une, ju- » ment pour le blasme, et tenoit-on depuis que c'es- ». toient chevaliers recreus et de nulle valeur, pe ie plus » chevalier qui ayma son honneur, ne joustoit à lui, ne » frappoit d'épée non plus que un fol tondus. »

On peut voir (ibid., fol. 57, vo, col. 4 et suiv.) la suite des aventures que lui attira cette monture, alors défendue aux chevaliers, Les juments étoient, destinées à tirer des charrettes(rbid., fol. 73, vo, col, 2, t, 4, fol.67, w°, col. 1), et c’étoit un opprobre. que d'être mené dans cette espèce de voiture.

an Les passages suivants e en Éuraisent LS preuve : «+ Si voit venir mouseigneur Gauvain (Lancelot du Lac; « Perceforest, 22, fol. 3, r°, ç, 2) et deux escuyers dont » lung menait son déstrier en destre et portoit san » glaive ,et l’autre son heaume, l’autre son escu.

» Quant il entra en la forest, il rencontra quatte es-

DE LA PREMIÈRE PARTIE. 43 » cuyers (ibid., t. IT, fol. 82, r°, c. #ÿ qui menoient » quatre blancz destriers en dextre.

» Lors rencontra ung varlet (ibëd.,t. IT, fol. 82,r°, c. 2) » qui chevauchoit eng roucin fürt et bien courrant, et » menoit à dextre ung destrier noir, »

(38) On pourroit en déterminer la hauteur si l’on osoit s’appuyer sur une autorité bien postérieure aux temps dont nous parlons. Du Bellai (du Bellai, L. 6 de ses Mémoires , p. 189) rapporte que suivant la capitulation dé Fossan en 1537, on devoit laisser dans la place tous les grands chevaux qui excéderoient la hauteur de sit palmes et quatre doigts; les'petits ehevaux étoient de six peaumes seulement; suivant ones (Vol. 2, p- 478, ous l'an 1440.) oo

(39) Poésies provengales, manuscrit d'Urfé, pièceg8o, fol. s41, rect., col. 2. .

E gardats qu’il cal Faits lassar per mesure * L'accident arrivé à Henri II et qui causa sa mort, fut peut-être la suite de quelque négligence à cet égard.

(4o) Les écayers tenoient les armes de leurs maîtres à l'entrée de l’église. (Roman de Gérard de Roussillon, en provençal, manuser., fol. 39, verse.)

Pierre de Ménrabey. arrivant au ehdteau de Row sillon :

Intret en rossilho pél pon prumier ; D dissen à Parc vout sot lo clochier

* æ Que votre camail ne soit ni trop lèche ni trop Frs qu'il soit » lacé bien juste. »

À sas armas corregro li chivalier, Et sa spasa command à son rs Et puis intret orat dins lo mostier *

a) L'écuyer, monté sur un ns précédoit son maître dans les marches. | À

Le chevalier erra pensant, … Et Huet ** chevaucha avant Sor son roncin grant aleure.

(Fabliaux mss. du Foi; 7615, fol. 209, r°) col. 1. .)

(42) Notre Chevalerie avoit coutume de combattre en aile (Disc, polit. et milit: 145, p. 343 et suiv.) ou en hate, c’est-à-dire sur une seule file. La Noue et Montluc (Comment., 1. 7, p. 523), qui possédoient si parfaitement la tactique , firent inutilement connoître la nécessité de réformer cet ancien usage. Les avantages remportés à la bataille de Coutras (de Thou, 1. 87) en 1587 par les troupes de Henri IV sur celles de Heori III, et ceux de Châtillon (&bid., 1. 95) sur les ligueurs en 1589, à la journée de Bonneval près de Chartres, eurent plus d'effet que les représentations de La Noue et de Montluc. On comprit alors qu'il étoit plus avantageux de ranger les troupes en host ou escadrons, que de les faire combattre suivant l’ancien usage. Charles-Quint est le premier, selon La Noue, qui ait formé sa cavalcrie en escadrons : ce même auteur nous apprend que les Espagnols , les Italiens, lés Allemands et les Bourguignons avoient toujours depuis pratiqué cette coutume.

* « Il entre dans le château par le premier pont, à l’arcade sous

» le clocher coururent les chevaliers ; il confie son épée à son ” » écuyer, ensuite il entre prier dans l'église. » __* Non del'écuyer.

(43) Telles étoient autrefois les fonctions de tous les écuyers à la guerre. Cet usage, qui depuis fut restreint aux seuls écuyers de nos rois, ne subsistoit plus même à leur égard du temps de Brantôme. (Brantôme , t. I, des Cap. Fr., p.12.) À peine les anciens en avoient-ils conservé la tradition. « J'ai oui dire aux anciens capitaines, » que jadis par les vieilles coutumes des batailles, les » grands et premiers écuyers des rois de France de- » voient être toujours auprès d'eux, sans jamais les dé- » semparer ni abandonner, et ne faire que parer aux »* coups que l’on donne à leurs maîtres, ni sans s’amu- » ser à autre chose que cela. Ainsi qu’on dit que fit ce » brave et “HS escuyer de Saint-Severin à la bataille * de Pavie, à l’endroit du roi François, aussi y mou- » rut-ilen la bonne grace et louenge de son roy qui le sceut bien dire peu après. »

(44) Les chevaliers donnoient pendant le combat les prisonniers à garder à leurs écuyers. |

Nec reliqui Comites pugnam virtute minori

Arripiunt, sternunique vires, traduntque Higandos

Armigeris. | (RUE le Breton, Philipide, 1. 8, vers. 344 et vi

Les prisons * firent arrêter Et en lieu seur tourner, A leürs escuyers les livrèrent, Et à garder les commandérent.

(Roman du Brat., mss., fol. 92, v col. 2. .) «

(45) Ce récit paroîtra peut-être romanesque à ceux qui ne sont pas instruits de nos anciens usages: il suffit, |

* Prisoaniers.

pour le rendre vraisemblable , de renvoyer aux Mémaires de Sully (t. XI, p.288 et suiv.) où l’on voit le détail des. exereices dont Henri IV étoit continuellement oecupéplus de deux siècles.après celui de Boucicaut. Tant que Henri vécut ,:il entretint dans sa cour l'ancien esprit.dela Chevalerie ; par Le modèle qu'il en offroit sans cesse aux yeux de ses guerriers. ”

(46) Voyez les lettres de Charles VIII et de la reine sa femme , où il est.parlé:du dauphin leur fils ,.et :celles

de.-M. et de madame de Beanjeu. (RARES : Béthune, nu du roi.)

&n) On lit dans le livre intitulé l'Ordre de.Chevalerie (folio 2, recto): « Et convient que le fils.du chevalier » pendant qu’il est escuyer, se sçache prendre garde de » cheval , et convient qu’il serve avant et qu’il soit de- ‘« vant subject que seigneur; car autrement ne eong- » noistroit-il point la noblesse de sa seigneurie quant il » seroit chevalier; et pour ce que tout chevalier doit + son fils mettre en service d'autre chevalier, afin qu’il » apprenne à tailler à table et à servir, et à armer et » habilier chevalier ensa jeunesse. Ainsi comme l’homme « qui veut apprendre à estre cousturier ou charpentier, * il convient qu’il ait maistre qu’il (qui) soit cousturier « ou charpentier, tout ainsi convient-il que tout no- » ble homme qui aime l’ordre 'de Chevalerie, et veut * devenir et estre bon chevalier, ‘ait: dés » maistre qui soit chevalier. » :

‘On ne doit plus être étonné de rencontrer les noms des plus illustres maisons parmi les pages , les écuyers et mème les domestiques inférieurs des chevaliers ou

seigneurs qui pouvoient ne valoir pas mieux et peut-être valoir rins du côté de la riaissance. Le mérite seul décidoit du choix qu’on faisoit de celui à qui l’on s’attachoit. Comme sa maison étoit une école où l’on venoit s'instruire, on ne considéroit que la valeur, l'expérience et l'habileté dans l’art militaire du maître dont on vouloit recevoir les leçons. Ce fut sans doute ce motif qui détermina Añtoine de Chabannes à entrer page d’abord dans la maison du comte de Ventadour, ét ensuite dans celle de La Hire. Ce fut en sortant de cette école qu’il parvint à la capitainerie ou gouvernement de Creil-sur- Oise. (Voyez Godefroi, Annotations sur PRIE de Charles VIL,.p..879.)

" (48) Dans Îles poésies manuscrites d'Eustache Deschamps (p. 77, col. 4 et 2) on y voit la vail/ance personnifiée, qui se plaint du peu d'état qu’on fait d'elle à présent. |

Les jeunes gens poursuioient ; .Lances bacinesz portoient Des anciens chevaliers, Et la coustume aprenoient De chevauchier, et veoient ‘ Des armes les trois mestiers.

Puis devenoient archiers, ‘A table et partout servoient, Et les malectes:troussaient | Derrière eulx moult volontiers : .

Ainsi adonc le faisoient, Et en cuisine s’offroient A ce temps les escuyers.

Puis géns d’atmes deverioient, Et leurs vertus esprouvoient,

A8 — NOTES | Huit ou dix ans tous entiers. .. | Es grans voyages aloient, :.. . e@ Puis, chevaliers devenoient Humbles, forts, appers, legiers.

En honourant estrangiers ( Par honour se contenoient, Aux joustes puis tournoient ).

Pour ce furent tenus chiers, :

Et les dames honouroïént Qui pour leur bien les aimoient, S’en furent hardis et fiers - En contre leurs ennemis, | Et courtois à leurs amis.

Jean Bouchet, écrivain postérieur, représente en ces termes les conditions qu’on avoit exigées d'un homme de guerre pour l’admettre à l’état d’écuyer. « Ancien- » nement aulcun nc souloyt estre dict escuyer s’il n’a- » voit esté trouvé en faict de souveraine presse ( ba- » taille) ; aulcun n’estoit appellé aux gaiges d'armes » s’il n’avoit droictement prins prisonnier de sa main. » Mais le temps est venu que sçavoir ceindre l'espée et » vestir le haubergeon, suffist à faire ung capitaine. » [Le Chevalier sans reproche (Louis de la FAinoane ; par Bouchet, fol. 106, verso. ]

(49) Voyez le livre du Champ clos , par Hardouin de la Jaille , fol. 39, 40, 41, 42 et 56, et d'anciens vers françois rapportés par la Colomb, Théat. d'honn., t. 1, p- 86.

(50) La veille des tournois étoit annoncée dès le jour qui la précédoit par les proelamations des officiers d'armes. Des chevaliers qui devoient combattre étant

venus. visiter la place destinée pour les joutes: « Si ve- » noient devant eux un herault qui crioit tout en » hault : Seigneurs chevaliers demain aurez la veille du » tournoy où prouesse sera vendue et achetée au fer et à » l'acier. » ; |

Les usages ont varié par rapport aux tournois , suivant les divers temps de la Chevalerie. Dans les commencements les plus anciens chevaliers joutoient entre eux, et le lendemain de cette joute les nouveaux chevaliers s'exerçoient dans d’autres tournois auxquels les anciens chevaliers se faisoient un plaisir d’assister en qualité de spectateurs. La coutume changea depuis : ce fut la veille des grands tournois que les jeunes chevaliers s’essayèrent les uns contre les autres , et l’on permit aux écuyers de se méler avec eux. Co, étoient récompensés par l'ordre de la Chevalerie , lorsqu'ils se distinguoient dans ces sortes de combats. Ce mélange dé chev aliers et d’écuyers introduisit dans la suite divers abus dans la Chevalerie, et da fit bientôt dégénérer, comme le remarque M. Le Laboureur. Les écuyers usurpèrent successivement et par, degrés les honneurs et les distinctions qui n'appartenoient qu'aux chevaliers, et peu à peu ils se confondirent avec eux.

(51) Ce mot peut être employé pour les joutes ou les tournois qu’on faisoit La veille des grands tournois.

Amour trouva premiers baulx instruments, Chansons, dances , festes, esbatements, Joustes. essais, behours ettournoyments. °° :

( Poésies d’Alain Chartier, p. 556.)

(52) Plusieurs passages de Perceforest justifient l’aceeption dans laquelle nous prenons icile mot de vespres. TOME [. | 4

Nous ns citerons que le passage suivant tiré du tome VE, fol. 35, recto , col. 2. « Jusques à heure de vespres que » la jeune Chevalerie se print à appareiller, pour célé- » brer les vespres du tournoi, de la haulte journée au » lendemain. » .. fn S +

Es

(53) Le fibre roman se sert dans Île même sens du mot escremie. « Celluy qui remporta le pris de l’escre- » mie, estoit nommé Perneau et du lignage de Lyonel

» du Glar; l'endemain fut la forte journée du tournoy.» ( Perceforest , t. V, fol. 28, v°, col. 1.)

(54) Dans les joutes faites aux noces de M. d'Alençon, les lances étoient petites à cause des jeunes princes qui tenoient le pas. (CHENE Re Louis XIT, t. b p- 207 et 208. )

(55) Toute espèce de service side à un chevalier, pouvoit mériter de sa reconnoissance la grâce d’être armé de sa main; mais celui qu’on avoit fait auprès de sa personne et dans sa maison , à titre d'écuyer pendant le cours de sept années, mettoit plus particulièrement en droit d'espérer l'honneur de la Chevalerie.

Dans le fabliau de Guillaume au faucon (c'estle même conte du Faucon, mis en vers par La Fontaine), au sujet d'un vallez ou damoiseaux, & 'est-à- dire écuyer, qui servoit un châtelain dont il aimoit la femme, on lit les vers suivants (Fablianx 1 mss. de Saint-Germain-des- Prés, fol. 60, v° col. 3): e +

Et estoit moult de haute gent: :

I n’estoit mie chevaliers : | .: . Nallos pstoit;.sepé ans entists -. ‘: #1 … Avoit un chastelain servi, : Le.

DE LA PREMIÈRE PARTIE. b1 . Encore ne lui avoit meri * 4 Le service que.li faisoit.

Por avoir armes le servoit.

Li Vallez n’avoit nul talent ** D'avoir armes hastivement :

Si vous dirai raison porquoi.

* Amour Pauoit mis en effroi; La dame au chevalier amoit :

. Et li estre *** molt li plaisoit; Quar il Paimoit en tel manière Qu'il ne s’en pooit traire arrière ****.

Il y avoit néanmoins du danger à servir trop bien certains seigneurs. Quelques-uns , plus touchés de leurs intérêts personnels que de l'avancement de leurs écuyers, ne vouloient pas perdre de bons serviteurs , et pour cette raison remettoient toujours à leur conférer la Chevalerie (Mss. du roi, n. 7225, fol. 134, r°, col. 4, pièce 568). Albert de Gapensac , poëte provençal, dit que sa dame veut en user envers lui comme le haut baron qui craint d'accorder la Chevalcrie à son écuyer, de peur de se priver d’un serviteur dont il retire de grands services : Ne craignez rien, jure-t-il à cette dame , plus vous me témoignerez d'amour et plus vous me use fidèle.

(56) Les sept premières années de l'enfarite avoient été abandonnées à l'éducation des femmes, les sept suivantes étoient employées: au service de page, et les sept autres à celui d’écuyer, avant que de parvenir à la Chevalerie; sur quoi je remarquerai qu’on faisoit observer une marche à peu près semblable aux jeunes gens qui

* Acquitté, récompensé, payé. — ““ Envie, emprassement. — #** Logis. — **** Pouvoit retirer.

se destinoient à la Venerie, dont les amusements -devoient servir de récréation aux travaux des chevaliers. Celui qui vouloit se former au métier de Veneur, entroit à sept'ans dans la classe de page de la Venerie , où ildemeuroit jusqu'à quatorze ans; alors il passoit dans celle de valet de chiens pour y rester jusqu'à l’âge de vingt ans. Au bout de ces vingt années qui toutes, à l'exception des sept premières , avoient été employées dans un exercice continuel de la chasse, il acquéroit le grade d’aide dela Venerie où il se formoit de plus en plus dans son art, ‘et parvenoit enfin à l’état de veneur ou maître-veneur. (For. Gaston Phœbus, livre de la Chasse et dela Venerie, ch. XXII, p. 87, col. 2; ch. XXXVIII, p. 112 , col. 2; ch. DL p- ai < ch. XLV, p. 133, col. 2.) .

(67) Les fils des rois rs France sont chevaliers sur les fonts à ‘leur. baptême, dit Monstrelet; en effet étant regardés, par le titre seul de leur naissance, comme les chefs de la Chevalerie , ils recevoient, dès le berceau ; l'épée qui devoit er être la marque ; et c'est conformément à ce principe qu’ils sont aujourd’hui” revêtus en naissant du cordon de l’ordre du Saint-Esprit.

La reine, femme de Charles V, étant accouchée, en 1371, d’un second fils qui fut dans la suite due. d'Orléans; le connétable Duguesclin, son second parrain, aussitôt après les cérémonies du baptême , tira son épée, et la mettant toute nue dans la main de l'enfant qui étoit nud ( rudo tradidit ensem nudum \), lui dit : « Mon- » seigneur, je vous donne cette espée et la mets entre » votre main, et.prie Dieu qu'il vous doint autel (tel) » et si bon. cœur que vous soyez encore aussi preux et » aussi bon chovalier comme fut oncques roi de France :

» qui portast espée. ». ( Godefroy ;.annotat. LÉ es de Charles VI, p. 534 et 532. )

L'enfant doût accoucha la nes de Réutgete, en 1433 ( Monstrelet, vol. 2, p. 95, verso, et l’Hist.. chronol. imp., dans le Recueil de Ch. VII, par Gode, froi, p. 337 }, fut aussi fait chevalier sur les. fonts en recevant le baptême, et nommé Charles parison père qui le constitua comte de Charolois. Charles-Quint, petit-fils de celui-ci, n’avoit qu’un an et demi lorsqu'il reçut l’ordre de la Toison , suivant Brantôme ( Traité des Duels, p. 302 ); et François Ier fit chevalier, au baptéme, son petit-fils Francois, fils de Henri II, suivant le P. Hilarion de Coste ( dans ses Éloges des Dauphins, cités par la Roque, Orig. des noms, ch. 5, p. 12). Bayard avoit pareillément donné l'épée de chevalier au fils du duc de Bourbon encore enfant. Comme il passoit.. à Moulins, « il visita ( Expilly, Supplém. à l'Hist. du » Ch. Bayard ) le duc de Bourbon qui lui fit de très- » grandes caresses, et le pria de faire chevalier son fils » aîné qui étoit encore entre les mains de ses nourrices » et gouvernantes , disant que e’étoit Le plus grand hon- » neyr que son fils pauvoit jamais recevoir au monde, = 'et que ce lui seroit un augure de bonne, fortune à » l'avenir. Le sieur de Bayard, pee lui ee sy. » Accorda HÉSRVOLMRMEESE ,. ie —

(58) L'âge Le quatorze ans, suivant nos anciennes loix., étoit le terme auquel finissoit la minorité des non nobles ( Voyez Laurière ; Ordunn. des rois de France 7 t. 1, p.164, et de même auteur, dans ses notes sur les Inst. Cont. de Lou. À 4, tit. 4, art. 34, p. 5o et suiv.). On. pe. consultoit, pour les déclarer majeurs, que | les

forcés acquises ordinairement à cet âge: on les jugeoit suffisantes alors pour la culture des terres ‘pour les arts mécaniques et le commerce auxquels ils étoieht tous employés. Le thetier des armes, bien différent, exigéoit unie force de corps que le commun des hommes de peut avoir ävant viñgt-un ans. Aussi lés mêmes loix-firehtelles d’auties dispositions par rapport aux nobles, dont l'unique profession étoit le service militaire : elles fixèrent à cél âge de vingt-un ans leur majorité, aussi bien que. l’ubligatiôn d'accepter le duel, et la permission d’être admis à là Chevalerie. On dérogea néanmoins dans la suite à la disposition qui concernoit la Chevalerie, en faveur des jeunes gens qu'un’ témpérañent plus robuste avoit this dé bonne heure-eh état de supporter le peids des armes, ét chez qui une application continuélle à tüutes sortes d'exerèites , une adresse et des talents peu communs! avoient süppléé aû nombre des années. Dès Pan 1060 Fotilques, corite d'Anjou, avoit recu à. dixsept ans la Chevaletie des mains de son oncle Geoffroi (voyez Historiæ Andegnvensis ; fragm. t. 3, du spicilègé , p. 263 ); et l’on trouve dans nos romans et dans d’autres duteurs plus sérieux, beaucoup d'exemples de chevüliers faits à quatorze où quinze ans, et quelquefois ehcoré plus jeuriës. H semble même qu’on eût fait uhe nouvelle loi qui admettoit les jeunes gens à la Cheva< lerie dès leur quinzième année, puisque l’aide de Chevalerie pouvoit Etre levé bar les sergnèurs- aussitôt que son fils, pouf la’ Cheralerie- duquel ce droit étoit levé, avoit atteint cet âge de quinze ans { voyéz Carta magna j

fol. 368, édit. de Lond., 1514;'in-16). Il faut donc mettre

dés ‘exceptions à la règle pou de quelques auteuté,

qui décident formellement qu'on ne pouvoit recevdir’la

Chevalerie qu’à vingt-un ans. Léur déeisidh ne regarde que les possessours d’un fiéf de hauhert , lequel erigecit le service de chevaliers. Tout seigneur de fief générale. ment parlaït, entroit en jouissance de sa terre à vingtun ans , suivant la loi qui avoit fixé à cet âge li majorité des nobles ; mafs si le fief étant de haubert, emportoit la nécessité de le servir comme chevalier , le suzerain alors, non auparavant, pquvoit forcer le vassal parvenu à l’âge de vingt-un ans, à recevoir la Chevalerie, s’il n’avoit demandé et obtenu le délai ( voyez les établissements de saint Louis t. I des ord. des rois de France, €. Lxx1I, p. 164 ); autrement le seigneur dominant étoit toujours en droit de tenir Sous sa main ou en sa garde le: fief que son homme ne pouvoit défendre avec ses pleines. armes , comme on .s’exprimoit alors, c’est-à-dire avec celles qui constituoient le chevalier. C’est pour cette: raison et dans ce cas-là qu’il a été accordé des priviléges * pour ne pouvoir être forcé à recevoir la Chevalerie, et pour acquérir des fiefs, quoiqu'on ne l’eût pas reçue. Plusieurs motifs pouvoient porter ceux qui étoient en âge ou en état d’obtenir la Chevalerie, à différer leur réception. Les dépenses qu’elle entraînoit, les obligations contractées par le serment ‘qu'il falloit faire, les loix austères de l’ordre pour qui se proposoit de les observer religieusement, les travaux qu’il imposoit, tout étoit capable d’effrayer quiconque vouloit prendre de

bonne foi de semblables engagements. Quelquefois on y

* Poyez un Privilége accordé par le roi de Navarre, comte de Champague, en 1267, aux héritiers de Jean de Pampelune, son ‘chambellan, rapporté par Pithou, Cout. de Troyes, notes sur Part, 2 du tit. 1 de l’Estat des personnes. @ Eu

avoit une telle vénération , un tel attachement pour un souverain ou quelque autre chevalier, qu’on desiroit de n'être armé que de sa main : souvent aussi on attendoit des circonstances propres à relever encore l’honneur de la Chevalerie qu’on recevoit, comme des batailles ou autres rencontres de guerre ; il y en eut fnême qui n’eussent pas cru la mériter s'ils n’étoient entrés en armes sur les terres des infidèles , pour Ja recevoir, soit avant que de combattre , ‘soit après avoir combattu.

La Chevalerie, si l'on veut uniquement la considérer comme une cérémonie par laquelle les jeunes gens destinés à la profession militaire recevoient les premières armes qu'ils devoient porter, étoit connue dès le temps de Charlemagne (*) :. 11 donna solemnellement l'épée et tout l'équipage d'un homme de guerre

au prince Louis son fils, qu'il avoit fait venir

de l’Aquitaine. On trouvera même de-semblables exemples sous la première race de nos rois, et dans des siècles beaucoup plus reculés, puisque Tacite * témoigne qu'un pareil usage étoit établi chez les Germains, auxquels la nation françoise rapporte son origine. | Mais, à regarder la Chevalerie comme une -", Cette cérémonie, usitée même long-temps avant Charlemagne, n’avoit aucun rapport avec la Chevale-. rie, telle que la considère l’auteur de ces Mémoires. Au reste, nous avons suffisamment combattu, dans notre introduction , cette erreur trop souvent renouvelée.

( Note de l'éditeur.) :

ie

dignité * qui donnoit le premier rang dans

l’ordre militaire #, et qui se conféroit par une espece d’investiture accompagnée de certai-

nes cérémonies et d'un serment solemnel, IL seroit difficile de la faire remonter au-delà du

onzième siecle “. | Ge fut alors que le gouvernement françois

sortit du ehaos où l’avoient plongé les troubles

qui suivirent l'extinction de la seconde race de nos rois. Déjà l'autorité royale commençoit a se faire respecter ; tout reprenoit une nou-

velle face ; les loixse formérent; les communes

et les bourgeoisies furent instituées ; les fiefs acquirent.une forme et une Los us ré— gulières.…

..Le caractere d'investiture * "s que eds |

auteurs, dont ; ‘emprunte les termes, ont re-

connu ‘dans les formalités , de la Chevalerie, peut, ce. me semble, nous faire conjecturer qu'il faut en chercher l’origine dans les fiefs mêmes et dans la politique des souverains et des hauts barons. Ils voulurent, sans doute, resserrer les liens de la féodalité en ajoutant à li cérémonie de l’homtnägé, éelle de donner les armes aux jeunes vassaux dans les pre-

mières expéditions « où ils devoient les con-

duire. Peut-être que dans Ja suite en confé-

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 5g

ränt de tdréilles armes à d’autres personnes qui, sahs tehir d'eux aucuns fiefs, s'offroient à les servir par affection ou pat le seul désir dé a gloire, ils employèrent cette ressource pour s’àcquérir dé nouveaux guerriers, toujours prêts à les suivre eh quelque temps, et quelque occasion que ce fût, et non pas comme les feudatairés, sous de certaines réserves, ni pour un temps limité. Ceux-ci durent recevoir avec jüié té$ nouvelles recrües de braves vo— lonitaires qui, prossissant leurs troupes, fortifioient leur parti. Comme tout chevalier avoit lé droit de faire des chevaliers 7, on vit sans jalousie le suzerain user d’un pouvoir que l'on partagéoit avec lui. L'hôtinéur d’avoir été ur: mé dans. dej fêtes ” somptuèuses et magnifiques, dont le séigrieur qui-recevoit les chevaliers poôrtoit ordinairement tous les frais, les disttibutions ? qui s'ÿ faisoient de robes ou livrées, de foutrüutes précieuses, de riches étoffes, dé, manteaux magnifiques ‘, d'armes, de joyaux et dé présents dé téuté éspèce , sans excepter l'or et l'argent qui se répandoïént avec profusion ; enfin le désir de paroître dignes de cette faveur signalée, farent, pour ces nou- veaux guerriers, des motifs plus puissants que l'obligation de servir un fief, et de remplir les

devoirs. qu "exigeoit la qualité de Soliit Si quelques écrivains trouvént de la ressemblance entre les formalités dela Chevalerie et celles de l'investiture, presque tous nos auteurs se réunissent pour,y reconnoître. des rapports sensibles avec les cérémonies em- ployéesparl Église dansl’administration des sacrements‘". Les plus anciens panégyristes dela Chevalerie parlent de ses engagements comme de ceux de l'ordre monastique, et même du sacerdoce ; ils semblent vouloir da mettre au niveau de la prélature ‘*’. On me dispensera de les-suivre dans le parallele de la prétrise ou de l’épiscopat avec la Chevalerie: je me contenterai de dire, pour leur excuse plutôt que pour leur justification, qu'emportés par l’excès d’un zèle pieux, ils croyoient ne pouvoir trop exalter un ordre auquel le maintien-de la foi chrétienne étoit confié; un ordre dont la preinière obligation consistoit à la défendre contre tous ses ennemis; un ordre enfin qui devoit naturellement procurer de trés-grands avantages à la religion, à l'État et à la société. Mais avant que d’exaininer ces avantages, il est à propos de faire connoître quelles étoient les cérémonies instituées pour la création our chevalier ‘? |

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 61 Des jeûnes austères ‘4, des nuits passées en prières * avecun prêtre et des parrains, dans des églises ou dans des chapelles, les sacrements de la pénitence ‘$ et de l’eucharistie reçus avec dévotion, des bains qui figuroient la pureté nécessaire dans l’état de la Chevalerie, des habits blancs ‘’ pris à limitation des néophytes, comme le symbole de cette même pureté, un aveu sincère de toutes les fautes de sa vie, une attention sérieuse à des sermons où l'on expliquoit les principaux articles de la foi et de la morale chrétienne, étoient les préliminaires de là cérémonie par laquelle le novice alloit étre ceint de l'épée de chevalier. Après avoir rempli tous ces devoirs, il entroit dans une église, et s’avançoit vers l'autel avec cette épée passée en écharpe à son col. Il la : présentoit au prêtre célébrant qui la bénissoit, comme l’on bénit encore les drapeaux de nos régiments : le prêtre la remettoit ensuite au col du novice; celui-ci, dans un habillement très-simple, alloit ensuite, les mains jointes, se mettre à genoux aux pieds de celui ou de celle ‘* qui devoit l’armer. Cette scène auguste se passoit dans une église ou dans une chapelle , et souvent aussi dans la salle ou dans la cour d'un palais ou d'un château, et même

en pleine campague. Le seigneur à qui le novice présentoit l'épée, lui demandoit à quel dessein il désiroit d'entrer dans l’ordre ‘* ,et si ses vœux ne tendoiïent qu'au maintien et à l'honneur de la religion et de la Chevalerie. Le novice faisoit les réponses convenables; et le seigneur, après avoir reçu san serment, consentoit à lui accorder sa demande; Aussitôt le novice étoit revêtu par un ou par plusieurs chevaliers ; quelquefois par des dames ou des demoiselles **, de toutes les marques extérieures de la Chevalerie, On lui donnoit successivement; et dans le même ordre à peu prés où. je le rapporte, les éperons , en cemmençant par la gauche *, le haubert ou la cotte de maille, la cuirasse, les brassards et les gantelets, puis on lui ceignoit l'épée **’. Quand il avoit été ainsi adoubé **, c'est Je terme duquel on se servoit, il restoit à genoux *{ avec la contenance la plus modeste. Alors le seigneur qui devoit lui conférer l’ordre se Jevoit de son siége ou de son trône, et luj donnoit Vaccolade ou l’accolée : c'étoit ordinairement ” trois coups du plat de son épée nue sur l'épaule, ou sur le col de celui qu'il faisoit chevalier; c'étoit quelquefois un coup de la paulme de la main sur la joue. On. prétendoit l’ayer-

tir de toutes les peines * auxquelles il devoit se préparer, et qu'il devoit supporter avec patience et fermeté, s’il vouloit remplir dignement son état. En donnant l’accolade, le seigneur. prononçoit ces paroles, ou d’autres semblables : du nom de Dieu , de saint Michel et de saint George *, je te fais chevalier; auxquelles on ajoutoit quelquefois ces mots : Soyez preux , hardi et loyal. 1] ne lui manquoit plus que le heaume ou casque, l’écu ou bouclier, et la lance qu'on lui donnoit aussitôt; ensuite on amenoit un cheval, qu’il montoit, souvent sans s’aider de l'etrier. Pour faire parade de sa nouvelle dignité autant que de son adresse, il caracoloit *’ en faisant brandir sa lance et flamboyer son épée, comme on parloit alors; peu après il se montroit dans le même équipage au milieu d'une place publique *.

Il étoit convenable que le peuple ne tardât point à connoître celui qui, par ce nouvel état, devenoit son défenseur *?, et pouvoit être son juge; car anciennement l'administration de la justice appartenoit au chevalier, lorsque le chevalier possédoit des terres en fief. Le chevaliér, suivant l’auteur du Jouvencel, étoit au

‘corps politique ce que sont les bras au corps humain *: les bras sont, dit-il, placés au mi-

lieu pour être également à portée de défendre le chef, c’est l'église, duquel iltire l'influence, et pour défendre aussi les autres membres inférieurs qui leur donnent leur nourriture. Il paroît que la création du chevalier étoit en même temps célébrée par les acclamations du peuple, qui s'empressoit de ne par des danses faites autour de lui *‘, la joie qu’il res-sentoit d’avoir acquis un nouveau chevalier.

Plusieurs chevaliers ayant été souvent créés dans une même promotion, se seront peut-être réunis pour caracoler en cadence, et méler ainsi leurs danses à celles du peuple qui les environnoit : ce sera l’origine des fêtes ou hallets à cheval dont nous avons quelques exemples, et qui se dansoient encore à la cour du temps de Brantôme et de Bassompierre. .

J'ai rapporté, le plus sommairement qu'il m'a été possible, des cérémonies dont plusieurs étoient accompagnées de prières et de formules , qui se trouvent encore dans les anciens rituels *. En parlant de ces cérémonies qui ont été sujettes à beaucoup d'augmenta | tions, de retranchements et de variations, j'ai seulement voulu montrer quelle idée on attachoit à l'institution d’un chevalier, quels moyens’ on employoit pour lui faire. sentir.

SUR L’'ANCIENNE CHEVALÉRIE. 65

l'étendue et la sainteté de ses engagements, qu'il ne pouvoit jamais violer sans se rendre criminel de parjure et de sacrilége. On peut présumer assez de la piété de nos anciens chevaliers, pour croire qu’ils renouveloient tacitement leurs vœux aux grandes fêtes, peutêtre même toutes les fois qu'ils entendoient la ” messe, et que, se tenant debout lorsqu'on lisoit ou chantoit l'Évangile 33 ils mettoient l'épée à la main. et la tenoient la pointe:en haut pour marquer la disposition continuelle où ils étoient de défendre la foi. Ce. pieux usage qui subsiste encore parmi les gentilshommes po- Jonois, étoit observé dans les cérémonies qui suivoient le serment de la Chevalerie.

Indépendamment de la défense de la religion *, des ministres et des temples ; à la- . quelle s'étoit engagé le nouveau chevalier, les autres loix de la Chevalerie renfermées dans le serment de sa réception *, auroient pu étre adoptées par les plus sages législateurs et par les plus vertueux philosophes de toutes les.

nations et de tous les siècles. En vertu de ces loix, les veuves, les orphelins. et tous ceux que l'injustice faisoit gémir dans l'oppression, étoient en droit de-réclamer la protection d’un chevalier, et d'exiger pour leur. défense:non- TOME I. 5 |

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seulement le secours de son bras, maïs encore le sacrifice de son sang et de sa vie. Se soustraire à cette obligation, c'étoit manquer à une dette tacrée, c'étoit se déshonorer pour le reste de ses jours. Les danres *? avoient encore un privikége plus particulier. Sans armes pour se maintenir dans la possession de leurs biens, dénuéés des moyens de prouver leur ‘innocence attaquée, elles auroient vu souvent leur fortune et leurs terres devenir là proie d’un voisin injuste et puissant , ôu leur réputation succomber sous les traits de la calomnie, si les chevaliers n'eussent toujours été prêts à s'armer pour les défendre : c’étoit un des points capitaux de leur institution, de ne point médire des dames ét de ne point permettre que personne osät en tiiédire devant eux. h Si la négligence à s'acquitter de: ée qu'ils devoient à des particuliers opprimés ou offensés ; étoit seule capable dé les diffamer, de quel opprobre ne se seroit pas couvert celui qui, dans la guerre , auroït oublié ce qu'il devoit à son prince et à sa patrie ? Juge né * par son état de tous ses pairs, c'est-à-dire de tous ceux qui, dans l'ordre dés fiefs, étoient ses . égaux, et juge supérieur de ses vassaux, il ne

SUR L’ANCIENNE CHEVALERIE. 67 se seroit pas moins déshonoré dans son tribunal par des sentences rendues {contre les loix de l'équité, qu'il l’eût été dans un champ de bataille par des actions contraires aux loix de la guerre. Maïs la sévérité de la justice et la rigueur de la guerré devoient être encore.

tempérées dans sa personne par une douceur, une modestie *, une politesse que le nom de courtoisie exprimoit parfaitement, et dont on ne trouve dans aucunes aûtres loix des pré ceptes aussi formels que dans celles de la Chevalerie. Aussi nulle autre loi n’insiste avec tant de force sur la nécessité de tenir inviolablement sa parole #., et n’inspire tant d’horreur pour le mensonge et la fausseté. On peut voir dan®la Colombière les vingt-six articles du serment des chevaliers, parmi lesquels je remarquerai celui qui les obligeoit , au retour de leurs entreprises ou expéditions, à rendre un compte fidèle et exact de toùtes les aven— tures heureuses ou malheureuses, hônorables ou humiliantes qu'ils gvoient eues, et qui toutes devoient être inscrites dans les relations des hérauts ou officiers d'armes. Le récit de leurs succès animoit le couragé des antres chevaliers; le récit de leurs disgrâces consoloit d'avance ceux qui pouvoient éprouver le 55"

méme sort, et leur apprenoit à ne jamais se laisser abattre. Enfin c'étoit un moyen de maintenir et de rendre à toute épreuve, dans le cœur et dans l'esprit des chevaliers, l'amour du vrai, la seule base slide de toutes les vertus. Si cet amour pour la vérité n’a point passé jusqu'à nous dans toute la pureté de l’âge d’or de la Chevalerie, du moins a-t-il produit un tel mépris pour ceux qui l’altèrent, que l'on a toujours regardé un démenti comme l'outrage le plus sanglant et le plus irréparable qu'un homme d'honneur püt recevoir. Ce n’est peut-être pas la seule trace de vertu que la Chevalerie, sans que nous le sachions , ait laissée dans les mœurs et dans les coutumes de notre nation ; heureuse en ce poin®, si quelquefois elle n’avoit pas porté à un excès pernicieux de délicatesse ces mêmes vertus qui, dans l'origine , n’avoient eu pour objet que le bien public et le service du roi. Les préceptes rénfermés dans le serment de la Chevalerie, sont le germg de toute la morale :

répandue dans les ouvrages de nos poëtes et de nos romanciers ; ils sont encore plus particuliérement exprimés dans une pièce de vers françois, composée il y a près de cinq cents ans sous le titre de Roman des Ailes. Le

poëte feint que la prouesse d’un chevalier est portée sur deux aîles qui lui sont-nécessaires, et sans lesquelles sa renommée ne pourroit prendre un noble essor, ni étendre au loir son vol. L'une est largesse, c'est-à-dire, libéralité ou générosité : l'autre est courtoisie , c'est-à-dire , civilité ou honnèéteté : chacune est garnie de sept plumes qui sont les signes. des diverses conditions ou modificatiens. deces deux vertus, aussi essentielles. que la prouesse même à la réputation d'un bon chevalier :-:« Chevalerie, dit-il. dans son. début, » est la fontaine de eourtaisie,.etl'on ne peut » tant y puiser qu'elle en soit jamais tarie: » de Dieu vint ; et les chevaliers sur qui elle » découle de la tête aux pieds, en sont les ». possesseurs: ils tiennent en fief tout ce qui en » arrose le reste du monde ; autres gens n’en » ont que l'écorce. » Par-eet échantillon, on: peut juger du style figuré qui règne dans

cette pièce, de la suite:et de la: liaison que le poëte abserve dans ses métaphores.

Sans recourir à l'autorité des poëtes et des. romanciers qui toutefois ne sont en cela que les échos des historiens, nous allons rapporter les paroles d'un illustre prélat ;-e’étoit l'évêque d'Auxerre qui , dans le lieu saint, en présence

go +17" MÉMOIRES" :de toùte dé cour, ayant officié pontifiealemient

.aux obsèques que Charles VL ft faire au brave

‘Dugueschin ; neuf ans après la mort de ve vonnétable , et faisant l'oraison funebre de ce “héros, nous représente les devoirs d’un véni-

table chevalier. Je rapporte les propres tter-

mes qui nous ont été coniservés. par le moine -de Saint-Denys , l'historien le plus. authentique -du règne de Charles VE

H prit pour théme , c'est-à-dire , por son texte: Nominatus st usque. ad aztrema: Sa -#énomrrée a vole d'un bout dumonde:a l'autre,

‘et fit voir par Île récit de ses:grands travaux

:deiguerre,'de'ses merveilleux faits d'armes, ‘de ses xrophéesiet de sestrlomphes , qu’il'avoit -té'la véritable fleur de 1a Chevalerie: et que Île vrai nom de preux'ne se donnoit qu'aceux ‘pui, comme lai, se signaloieñt également en valeur ét en probñé. JL: prit-sujet de passer deaux qualités nécessaires à la réputationtd'un rai et franc chevaliersiet s’il rebeva bien hant l'honneur de la‘Chevalerie, il fit bien connvitre

“aussi, par ce qu'il dit de:sor origime et: de sa

première institution s'qu'onne V'avoit pas jugée rplusnécessaire pour la défense, que pour le gouvernement politique des États , et .que

c'étoit un ‘ordre qui obligeoïit à de grands de—

SUR L'ANCIRNNB-TMEVALERIE. 74

voirs, tant epwers le roi qu'envers le publie. H les exhorta à servir leur souverain avec une parfaije -soumission : il leur remontra que ce n'étoitque par son-6ndre et pour son service qu'ils .devoiént prendre les armes... Enfin prouva qu'il, falloit autant d'honneur et de vertu, que de valeur et d'expérience dans les armes, pour mériter, dans cette condition, la grâce de Dieu æt l'estime .des hommes.

Gependent la discipline primitive de l'aneienne Chevalerie étoit tembée dans le relâghement‘’ des ce temps-là. Les plus sages réglements ne furent pas capables d'arrêter les progrès dela corruption. Les loix, malheureusement ; n'ont pas le pouvoir de rendre les hommes plus vertueux : mais .elles ont l'avantage de les foroer à respecter lavertu, dumoins en apparence ; tee respect ne fût-il qu'exténieur, .est ‘une espèce .de récompense ‘pour ceux qui la pratiquent; c'est. un lien qui les retient dans le devoir s c'est un attrait propre a ramener ceux qui s'en sont écartés.

Les loiz de la :Chevalerie, qui défendoient de-médire des dames, les-obligeoient à mettre plus de décence dans leurs mœurs et dans leur conduite ; et les dames.qui, se respectant elles-

mémes, vouloient être respectées, étoient bien

7à . 77 MÉMOIRES

sûres qu'on ne manqueroit point aux égards qu'on leur. devoit. Mais si par une conduite opposée , elles donnoient matiere à une censure légitime, elles devoient craindre de trouver. des chevaliers tout prêts à Pexercer. Le chevalier de la Tour, dans une instruction qu'il adresse à ses filles vers l'an 4374, fait mention d'un chevalier de son temps qui, passant prés des châteaux habités par des dames, notoit d’infamie ‘, en termes que je n'oserois transcrire , la demeure de celles qui n'étoient pas dignes derecevoir les loyaux chevaliers, poursuivants l'honneur et la vertu : il donnoit aussi de justes éloges à celles qui méritoient l'estime publique. Le même chevalier ,. qui veilloit à la police générale avec tant de sévérité, ayant aperçu, dans une assemblée , un jeune homme de condition que l'on auroit pris pour un jongleur ou pour un ménestrier, à la façon ridicule et indécente dont il étoit vêtu, l'obligea d'aller chercher d’autres habits plus convenables à sa naissance et à l'état qu'il professoit : tant étoit grande l'autorité que donnoit le titre de chevalier.

. Les occasions les plus communes et les plus PE où l'on faisoit des chevaliers, sans parler dé célles que la guerre fournissoit,étoient

les grandes fêtes de l'Église, surtout la Pentecôte ‘*, les publications de paix ou de.trèves, le sacre ou lecouronnement des rois, les naissances ou baptêmes ‘* des princes des maisons souveraines, les jours où ces princes recevoient eux-mêmes la Chevalerie, ou l'investiture #° de quelques grands fiefs ou apanages, leurs fiançailles , leurs mariages ‘’, et leurs entrées 4° dansles principales villes de leur domination. On ne pouvoit célébrer d’une façon plus convenable les.actes les plus importants des princes, chefs naturels de la Chevalerie ; on ne pouvoit choisir des circonstances plus propres à donner du lustre à la réception = nouveaux chevaliers. | :

Dans les temps de paix, l'appareil et le cérémonial de leur promotion étoit plus régulier et plus pompeux. Les chevaliers alors, au défaut de la guerre qu'ils attendoient # avec impatience, n'avoient d’autres moyens pour témoigner leur reconnoissance de la faveur qu’ils venoient de recevoir, que de donner aux princes uné image vivante des combats, par le spectacle des tournois ‘* , qui suivoit presque

toujours leur promotion: Ils y signaloient à l’envi leur adresse, leur force et leur bravoure.

Il est aisé d'imaginer quel mouvement de-

voit er dans tous les cœurs la: de.

mation de ces tournois salemnels : annoncés long-temps d'avance, et toujours dans les termes les plus fastueux, ils animoiïent dans chaque province ou chaque canton, et dans chaque cour, tous les chevaliers et les écuyers à faire d’autres tournois, où par toutes sortes d'exercices ils se disposoient à paroître sur un plus grand théâtre.

Les gentilshommes ‘, loin de rester oisifs dans leurs châteaux, répétoient journellement entre eux.les mêmes.exercices, afin d'obtenir les récompenses toujours glorieuses , promises dans les tournois particuliers ; et par une longue et continuelle habitude des armes, ils se préparoient comme par degrés, à parvenir un jour au triomphe de ces tournois solemnels, où l'on avoit pour spectateurs , l'élite de toutes les cours de l'Europe. |

On peut se rappeler ici ce qu'on a lu dens Hérodote au sujet des jeux olympiques. Quelques transfuges d'Arcadie ayant fait, en présence de Xercès, le récit de ces combats qui se-célébroient dans le temps même que trois cents Spartiates arrétoient l’armée des Perses au détroit des Thermopyles, un seigneur persan parut trembler pour le soit de sa nation :

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. #b Quels hommes allons-nous combattre ,s'écria- 4 il ! fosensibles a l'intérét , ils ne sont animés que du motif de la gloire. Lorsque l’envoyé ‘de l'empire oftoman, qui sous Charles VIH avoit assisté à nos tournois, fut de retour aupres de son maitre, il dut , malgré le discours que lui préte l'abbé de Saint-Réal, par le réoit de ces combats, faire la même “ARprenon sur tous les pee nb Tandis qu'on préparoit ie eux destinée aux tournois, on étaloit le long des cloitres-de quelques monaëiteres ** voisins,.les écüs :armoiriés de ceux qui prétendoient entrer dans les lives ;.et'ils y restoient plusieurs jours exposés à Ja curiosité et à l'examen des seigneurs, des dames et demoiselles, Un héraut ou .poursuivant d'armes nemmoit âux dames <eux à qui ‘ils:appartenoient ; et si parmi les prétendants il s’en trouvoit quelqu'un dont une dame eût sujet de se plaindre, soit parce qu'il avoit mal parlé d’elle, soit pour quelqu'autre offense ou injure , elle touchoit le‘timbre ou écu de ses “ærmes pour le recommander aux juges du tournoi, c'est-à-dire; pour leur en demander justice. Ceux-ci, après avair fait les informations HP devaient prononcer; et si le crime avoit été prouvé juridiquement , la

punition suivoit de près. Le chevalier se présentoit-il au tournoi malgré les ordonnances qui l'en excluoient , une gréle.de coups ‘# que tous les autres chevaliers, et peut-être les’ dames elles-mêmes , faisoient tomber sur lui, | le punissoit de sa témérité , et lui apprenoit à respecter l'honneur des dames et les loix de la Chevalerie. La merci des dames qu'il devoit réclamer à haute voix, étoit seule capable de mettre des bornes au ressentiment des chevaliers et au châtiment du coupable.

Je ne ferai point la description des lices °° pour le tournoi, ni des tentes et des pavillons superbes dont toute la campagne étoit couverte aux environs, ni des hours, c'est-à-dire, des échafauds dressés autour de la carrière, où tant de braves et de nobles personnages devoient se signaler. Je ne distinguerai point les différentes espèces de combats qui s’y don:noient, joutes **, castilles 7, pas d'armes ‘*, et combats à la foule * : il me suffit de faire remarquer que ces échafauds, souvent construits en forme de tours, étoient partagés en loges et en gradins , décorés avec toute la magnificence possible de riches tapis, de pavillons, de bannieres, de banderolles et d'écussons. Aussi les destinoit-on à placer les rois, les reines, les

SUR L’ANCIENNE CHEVALERIE. 77 princes et princesses, et tout ce qui composoit leur cour, les dames et les demoiselles, enfin les anciens chevaliers, qu'une longue expérience au maniement des armes avoit rendus les juges les plus compétents. Ces respectables. vieillards, à qui leur grand âge ne permettoit plus de s’y distinguer encore, touchés d’une tendresse pleine d'estime pour cette jeunesse valeureuse, qui leur rappeloit le souvenir de leurs propres ‘exploits, voyoient avec plaisir leur antique valeur renaître dans ces essaims de jeunes guerriers.

La richesse des étoffes et des pierreries re— levoit encore l'éclat du spectacle. Des juges nommés exprès, des maréchaux du camp, des conseillers ou assistants, avoient en divers lieux des places marquées pour maintenir dans le champ de bataille les loix de la Chevalerie et des tournois, et pour donner leurs avis et leurs secours à Ceux qui pourroient en avoir besoin. Uné multitude de rois, hérauts et poursuivants d'armes, répandusdetoutes parts, avoient les yeux fixés sur tousles combattants, pour faire un rapport fidèle des coups qui seroient portés et reçus; ils avertissoient d'avance les jeunes chevaliers qui faisoient leur premiére “entrée dans les tournois, de ce qu'ils devaient

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