‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 28 sur 57 · À MÉMOIRES · texte numérisé non relu

À MÉMOIRES

consoler et pour relever son courage: ainsi elle l'animoit à se venger, et à conquérir à son tour les faveurs dont ses adversaires étoient parés, et dont il devoit ensuite lui faire une offrande 7. Ne regardons point ces présents comme des marques puériles de l'affection des dames ; c'étoit un moyen qué l'on avoit imaginé pour suppléer aux banderolles des lances et des casques, et aux armoiries des écus, des cottes et des housses, par lesquels les spectateurs distinguoient chaque chevalier dans la foule des combattants. Lorsque toutes ces marques, sans lesquelles on ne pouvoit déméler ceux qui se signaloient, avoient été rompues ou déchirées 1, ce qui arrivoit souvent par les coups qu'ils se portoient en se heurtant et se froissant les uns les autres, et s'arrachant à l'envi leurs armes et leurs vêtements, les nouvelles faveurs qu’on leur portoit servoient d'enseignes aux dames pour reconnoître celui qu’elles ne vouloient point perdre de vue, et dont la gloire de-.

voit rejaillir sur elles. Quelques-unes de ces circonstances sont empruntées des récits de nos romanciers ; mais l’accord de ces auteurs avec les relations historiques de ces tournois, justifie la sincérité de leurs dépositions. Enfin

on ne peut douter que les dames, ättentives à ces combats, n’y prissent un intérêt sensible aux succès de leurs champions. L’attention des autres spectateurs n'étoit guère moins capable d'encourager les combattants : chaque coup de lance ou d'épée, extraordinaire ou singu-

lier, tout avantage remarquable que remportoit quelqu'un de nos tournoyants, étoit célébré par les sons éclatants des ménestriers , et par les voix des hérauts. Mille cris perçants faisoient retentir, à plusieurs reprises , le nom du vainqueur ; usage qui, dans notre langue, a formé le mot de Renommée | comme celui de Grido daus celle des Italiens, qui disent un cavaliere di grand grido, pour signifier un gentilhomme de grande réputation. Mais souvent les hérauts ne désignoient les vainqueurs que par ces acclamations: Honneur aux fils des preux ®. On vouloit aussi leur rappeler la gloire de leurs ancêtres, et les avertir que ce n’étoit qu’au bout de la carrière d’une vie illustre et sans tache que le titre de preux les

-attendoit ; que s'ils se relàchoient un instant, ce seul instant pouvoit leur faire perdre le fruit de tant de travaux. D'autres fois on crioit:

L'amour des dames, la mort des héraux,

Jouenge et pris aux chevaliers qui soûtiennent

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