TOME I
LLTA 4 + NOTES : . :
tous les devoirs des ‘chevaliers : e’est une fenson , dis pute ow jeu parti-entre trois trogbadours. 1} s’agit de shoisir dans un pareil nombre de chevaliers, au service desquels ils pourroient s'attacher ; eelui qui méritoit la préférence ; et chacun de nos poëtes devoit exposer:les raisons du parti qu’il prendroit. ‘L'un de ces seigneurs est recommandable par sa droiture et son’équité ; l’autre, plein de bravôure, est toujours prêt à. défendre ses sujets, et à venger les torts et Les injurès qu’on peut leur faire; le troisième, libéral ‘et :mfhgnifique, se distingue par l'usage qu'il fait de ses riehesses pour tenir eour ouverte à toute monde;, y faire grande:chère ;.et répandre l'argent à pleines mains: Ces #rois quhlités réunies ; l’équité', la vèteut et la générosité; æroient donc fosmé “in: Chevalser accompli; aussi çcomprennent-elles toutes les: différentes obligations que ia Chevalerie. impesoit pour le: bonbheur:de l'humanité , ‘à celur qui embrassoit ses loix. Juge de ses feudataires et -protecteur. de ses vassaux ; il devoit rendre aux uns-ane-juitiee impartiale, et défendre les antres eontre leurs ‘énmémis ; :et comme père de tous les habitants de ses domaines, il devoit les assister dans leurs besoins s les soulager-dans leur misère. Ho raolt, se 4
(39) L'antesr du cd. ol. 5, », représente ainsi le héros de son roman: « Il conduisoit tout soulz la » main de Dieu et en son nom pour : s’'employcr en faicts » notables sans vanter ou hault loucr soi- -même, car » Jouenge est réputée blâme en la bouche de celluy qui ». se‘loe; mais elle exaulce celluy qui ne sé attribue point » de loenge ; mais à Dieu. Se l’escuyer a vaine gloire de » ce qu'il'a fait, il n’est pas digne d’estre chevalier; car > vaine gloire est :ung vice qui destruit et anéantit les
» mérites et les guerdons, ou bénéfices de Chevalerie. » (L'Ordre de Chevalerie, fol. 10 et 11.) :
Le roi Perceforest, conformément à ces principes (Roman de Perceforest, vol. IT, fol. 124, verso, col. 4 et 2), instruisant ses chevaliers, leur dit : « Si me souvient * d'une parolle que ung hermite me dist une fois pour » moy chastier; car il me dist que si j'avois autant de » possessions comme avoit le roy Alexandre, et de sens » comme le sage Salomon, et de chevalerie (valeur, » bravoure) comme eut le preux Hector de Troye, seul » orgueil, s’il régnoit en moy, destruiroit tout. » Jl leur donne encore d'aussi sages leçons pour les préserver de ce vice qui entraîne après soi tous les autres, et fait perdre le nom de chevalier. Voyez aussi avec quelle force 1l leur recommande la simplicité, la courtoisie, la douceur, la clémence et Fhumanité qui doivent sans eesse les porter à secourir les dames, les demoiselles, les veuves, les orphelins, tous ceux sans exception qui sent persécutés par la mauvaise fortune.
(4o) La fidélité à tenir sa parole, cette vertu héréditaire des François , étoit regardée comme le plus beau titre des Gaulois, au jugement des Romains leurs ennemis. Tacite ne relève pas moins la bonne foi que la bravoure dans les Germains nos ancêtres : « Nulle nation * ne l'emporte, dit-il, sur les Germains du côté de la * valeur et de la bonne foi;» et cet éloge ne doit pas être suspect de partialité dans un écrivain qui leur reproche ailleurs l’emportement avec lequel ils se livroient au jeu. « Mème sans avoir bu (chose étrange) ils se font » du jeu de dez une occupation sérieuse , et s’y livrent * avec tant de fureur, qu'après avoir joué tout ce qu’ils
ont, ils finissent par se jouer eux-mêmes, par risquer * en un seul coup leur personne et leur liberté. Celui » qui perd se constitue lui-même esclave ; quoique plus » jeune, quoique plus fort, il se laisse garotter et vendre. » Telle est l’obstination avec laquelle ils persistent dans » leur travers : il faut, disent-ils, tenir sa parole. » (De Morib. Germ., c. 24. Je me sers de ia traduction de M. l'abbé de La Bléterie. )
Nos Romans anciens ne cessent de éohnandee cette vertu , tant par leurs préceptes que par les exemples qu’ils nous offrent. |
Le roi Artus ayant donné sa parole à un chotaltes de lui laisser emmener la reine sa femme , n’écouta ni les plaintes de cette princesse, ni les représentations qu’on put lui faire; il ne répondit autre chose, sinon qu'il l’avoit promis, et que roi ne se doit dédire. de sa promesse. Lyonnel, qui veut l’en détourner, lui réplique : Donc est le roy plus serf (esclave de sa parole) que autre, et qui vouldroit estre roy honny soit-il. (En ce cas maudit soit qui voudroit être roi.) La reine est emmenée pour acquitter la parole de son mari. (Lancelot du Lac, t. IE, fol. 2, recto, col. 1.)
La foi done n au nom de la Chevalerie étoit de tous les serments le plus inviolable. Les chevaliers pris à la guerre s’engageoient-ils à venir se remettre en prison aussitôt qu’ils en seroient requis, on n’hésitoit point de leur donner leur liberté pour le temps qu’ils demandoient; on ne doutoit pas de trouver en eux autant de Régulus, qu'aucune peine ne pourroït effrayer, quand il seroit question d’acquitter leur engagement. Les souverains eux-mêmes croyoient qu’en jerant par le'titre de chevalier, ils étoient aussi étroitement liés que s'ils
eussent juré par une couronne qu'ils sembloient ne tenir que de leur Chevalerie (comme on le voit dans la quatrième partie). « Le duc Jehan de Bretagne ayant » traité paix avec le roy Charles VI, le 15 janvier 1380; . jura le 20 avril ensuivant, l’observance dudit traité, »+ par la foy de son corps et comme loyal chevalier. » (Voyez du Tillet, Recueil des rois de France , au chapitre des Chevaliers de l'Ordre du roi et de l’état de Chevalerie , p. 318.) k Maïs je ne crois pas qu'on exige une preuve . com-plète de cette fidélité chevalcresque que l’exemple rapporté par Joinville, p. 79. Au récit des malheurs arrivés à l’armée chrétienne, et de la prison de saint Louis, il joint la description de l’état encore plus déplorable où se trouvoit réduite la reine sa femme. Instruite de tant d’infortunes, livrée au plus affreux désespoir, à des agitations qui ne lui permettoient pas de fermer l'œil, et n’attendant que le moment d’accoucher, elle se voyoit encore sur le point de tomber vive au pouvoir des. infdèles. Dans cette situation, que Joinville nous peint de ses couleurs naïves , elle prend une dernière résolution, elle se jette aux genoux d’un chevalier vieil et ancien , de l'aage de quatre-vingtz ans et plus , et le conjure de lui accorder une grâce: le vieillard y consent, et lui en donne sa foi. Cette grâce unique, demandée avec tant d'instance, étoit de lui couper là tête avant que les Sarrasins la pussent prendre , s'ils devenoient müîtres de la ville de Damiette où elle étoit renfermée. La réponse fait encore mieux voir quelle étoit l'obligation des chevaliers. Il n’avoit pas attendu jusque-là à prendre son parti; «et le chevalier, dit Joinville , lui respondit » que très-voulentiers il le feroit, et que jà l’avoit-il eû
+ en pensée d’ainsi le faire si le cas y escheoit. » En effet, si l’honneur de toutes les dames, en général, étoit extrêmement recommandé aux chevaliers, il l’étoit bien davantage à ceux qui étoient particulièrement attachés à la maison ou à la personne d'une dame. Attenter à l'honneur de la femme de son seigneur, étoit un crime capital de lèze-féodalité , et le plus irrémissible de tous ceux qui emportoient la confiscation du fief que l'on te- , noit sous son hommage ; lui enlever le cœur de nomme,
c’étoit lüi arracher la vie. | |
Si l'on en croit l’auteur du roman de Lancelot du Lac (t. IT, fol. 34, recto, col. 2); le vassal ou le chevalier informé de la mäuvaise conduite que tenoïit la fémme.de son seigneur, ne pouvoit le lui dissimuler sans se réndre criminel ; il ne devoit avoir rien de caché pour lui. Aggravain découvre au roi Artüs l'affront fait à ce prince dans la personne de sa femme, par Lancelot qu’elle aimoit, et Mordrec ajoute: « Nous la vous » avons tant celé que nous avons peu, mais au dernier »' convient-il que la vérité soit descouverte, et de tdnt » que nous l’avons celé nous sommes pàrjurez, si nous » en acquitons et disons plainement qu’il est ainsi. »
(Lancelot du Lac, t. IT, p. 434, recto, col. 2.)
(41} La somme des biens qu’un chevalier peut posséder, suivant Lancelot du Lac (t. IE, fol. 460, recto), sont : “Force, hardiesse, beauté, gentillesse, débonaireté, courtoisie, largesse ét force d’avoir (richesses) et d'amis. Tel peut être l’état de sa fortune, et nous allons voir, dans des auteurs plus graves, la liste des vertus qu’il doit avoir. Lisez, dans le Jouvencel (fol. 33, verso, et 34 , recto), ce qui est dit de la sobriété, de la conti-
nence et des autres vertus requises au métier. des krmesÿ et les vices , comme /e jurement, la cruauté.et | ee | que doit fair l'homme de güerre. . +.
L'Ordre de Chevalerie (fol. 8, 9,40 et s. 0) entre encore à ce sujet dans un cles erand détail; le parjüre, l'orgueil , l’impureté ou l'incontinence, là paresse, l'a varice., la csilère., la gourmandise, l'ivrognerie, doivént être en horreur au chévalier.. Qu'il s’abstienns:de même de toute:parole vilaine où injurieusé , et demande la rio blesse. de courage à foi, espérance:, -charité,. jnstice , force, aitrempance, loyauté et ‘aux 'auttes vertus. Le éme auteur continue (fol. 14, 15 et aB)1 Cous/umes (ce eit-à-dire vertus et mœurs) exigées d’un chevalier, savoir sept vertus dont trois théologales, foy, espérance et charité; et quatre cærdinales, justice. prudence, force et attrempance; suit l'explication des unes et des autres, qui sont opposées aux sept péchés mortels, gloutonnerte, luxure, odtsiveté, orgueil, avarice, envie et ire a expliqués pareillement, : : -- he 4
Sera-t-on dédommagé de la. héros de cès préceptes édifiants par quelques passages” LU nos ‘hnciens poëtes? ' L
Tout le monde, suivant le poëte Ste fil £a de Marvelh (manuser. d’ Urfé, G. pièce 9543. fol. 129 ;, verso, col. 5, conférée avec le manuscer. N, ne parvient point à se faire :une réputation par. Les mêmes, moyens. Parmi les chevaliers , les uns l'obtiennent par leur valeur à là guerre, les autres par Ja splendeur et l'abondance de leurs, festins ; à ceux-ci par, leur. inclination à rendre service ; ceux-là par leur politesse et leur affabilité; quelques-uns par l'éclat de leurs noms et la richesse de leurs habits, d’autres ’par la générosité avec
laquelle ils répandent leurs bienfaits. Comme il est difficile. de réunir toutes ces qualités, celui qui en possède un plus grand nombre est celui-qui sé fait le plus estimer ; mais aussi celui qui n’en a aucune, eût-il le nom de chevalier, je ne le regarde point, dit le PRÉ comme un véritable chevalier.
t:Les dames: ont ‘aussi -diverses nées de se mettre en‘honneur;la béauté’, la vertu , l’éloquerrce ; 1 bonne grâce, le don: de plaire et eelui de la sagesse. C’est un grand mérite que celui de la beauté dans une dame; maïs rien ne l’embellit tant que l'esprit et la sagesse : c’est là ce qui lui:attire de tout le monde l'hommage qui lui est dû. Qu'on me permette encore de éiter la ballade suivante, tirée des poésies manuscrites d'Eustache Deschamps (fol. 309, col. PE C’est un ares de toute cette morale. ..:..: RE on Le
vie ou © BÂLLADE. — EN
Vous qui voulez l’ordre de chevalier, :::
.: Et vous convient mener nouvelle:vie; DT sn, Dévotement en. oraison veillier, 4 . : LE Pechié fuir, orgueil et villenie : | L'Église devez deffendre, La vefve, aussi l’orphenin entreprandré; Estre hardis et le péuple garder; EE Prodoïns loyatili saaz rien de lautruy prendre ; 3 Ass ne Er AE à ne Din
# = de sà ets . .
Et poursuir faitz “A Cheralerie, | ” Guerré loyal, estre grant voyagier,; * Todibiz sui ** ct pue Peu sa ie à:
AE RES HORREUR tbe Lis
u Tonious.rr* » Suivre. sn
DE LA SECONDE PARTIE. 1421 «+ I doit a tout honneur tendre, : | Si c’om ne puist de lui blasme reprandre, - . : Ne lascheté en ses œuvres trouver; . Et entre touz se doit tenir le mendre; Ainsi se doit gouverner chevalier.
"II doit amer son seigneur droiturier,,
Et dessus touz garder sa seignourie ;
‘ Lurgesse avoir, estre vray justicier ; Des prodomes suir la compaignie, Leurs diz oir et aprendre, nue Et des vaillands les prouesses comprandre,
Afin qu’il puist les grands faiz achever,
- Comme jadis fist le roy Alexandre ;
Ainsi se doit chevalier gouverner.
(42) Le désir de ranimer la Chevalerie porta le-roi Jean , en 1351, à créer l’ordre des chevaliers de l'Étoile. Voyez les lettres de leur institution au second tome des Ordonnances de nos rois, pages 465 et 466. (Ordonnances des rois de France, t: IV, p. 116. Jbid., p. 161, 162.) Voyezencore plus particulièrement celles du même prince, d'octobre 1352, par lesquelles il fait den des confiscations et épaves au profit du collége des chanoines qui desservent l’église de Saint-Ouen, dans laquelle est établi l’ordre de l'Étoile (et qui furent confirmées par d’autres du 17 février suivant). Il rappelle, dans celles d'octobre 1352, les exploits de l’antique Chevalerie qui .avoit tellement brillé dans tout l’univers par ’éclat de sa valeur et de sa vertu (per universum orbem
sic strenuifate et nobilitate floruit et viguit probitate). Après Dieu, dit-il ,.c’étoit elle qui, par sa bonne intelligence et sa franchise (sinceriter el unanimiter) , avoit fait triompher les rois ses’ prédécesseurs de tous leurs
122 . NOTES ennemis, qui, comme par. miracle (divinitis), avoit ramené à la pureté de la foi catholique un nombre prodigieux d'infidètes (dans les croisades), et infinitos quos perfidus inimicus humanigeneris in veré fide Christi, dolo swe calliditate, errasse fecerat, ad veræ catholicæ fidei puritatem divinitüs revocérunt, et qui enfin avoit fait succéder aux troubles et à la guerre, la paix et la tranquillité dont l’État avoit joui long-temps. L’inaction et l'oisiveté de ces temps pacifiques, le peu d’usage qu’on fit des armes, -et l'interruption des exercices militaires jointes à d’autres causes, firent déchoir les chevaliers; ils se livrèrent au luxe et à la mollesse (occiosis et vanis operibus), et oubliant le soin de leur honneur et de leur réputation , ne s’occupèrent plus que de leur intérêt particulier. (Honoris et famæ proh dolor ! neglect& pulehritudine ad utilitatem privatam libentiùs declinantes.) Le roi, par sa nouvelle institution des chevaliers de la noble maison, se propose de détacher sa Chevalerie‘de ses frivoles occupations, de rétablir parmi elle cette heureuse concorde , source des anciens avantages et des triomphes qu’elle eut autrefois. Il veut que, brûlant d'une nouvelle soif pour l’honneur et pour la gloire (sitientes honorem et famam), elle recouvre son premier lustre et son antique splendeur.
… Si la Chevalerie s’étoit relevée sous le roi Jean, les efforts de ce prince et de Charles V son fils, ne purent l'empêcher de retomber encore quelquefois dans le relâchement ; le même historien de Saint-Denis nous apprend qu'on avoit perdu jusqu’au souvenir de ses anciens usages. Après avoir fait un récit très-curieux de la Chevalerie que le roi Charles VI conféra à Saint-Denis en 1389, au jeune roi de Sicile et au comte du Maine,
DS
il dit que ces princes, qui étoient frères, comparurent pour faire la veille des armes, dans un équipage aussi modeste qu’extraordinaire , afin de garder les anciennes ecutumes de la nouvelle Chevalerie, c’est-à-dire de la réception des nouveaux chevaliers qui les obligeoit à paroître en jeunes écuyers ; puis ayant fait le détail de leur équipage, il ajoute : « Cela sémbla étrange à beaucoup » degens, parce qu'il y en avoit fort peu qui scussent » que c’étoit l’ancien ordre de pareille Chévälerie , »
d'eit-à-dire les anciennes Fons de la PRCRQRE
(43) La singalarité des détails he dans ce passage du chevalier de la Tour, m’a paru mériter qu’on le rapportât : c’est dans le chapitre intitulé, De l'honneur que on souloit faire à celles qui avoient bonne renommée en celluy temps dessus. « Le temps de lors, dit-il, étoit » en paix et demenoient grant festes et grant joyeusetés, » et toutes manières de Chevalerie de dames et damoix selles se assembloient là où ils sçavoient les festes qui » estoient faictes menu et souvent. Et là venoient par » grand honneur les bons chevaliers de celluy temps. » Mais s’il advenoit par aucune advanture que dame ne » damoiselle que eut mauvais renom, nc qui fust blasmée » de son honneur, se mist avec une bonne dame ou » damoiselle de bonne renommée , combien qu’elle feust » plus gentil femme ou eust plus noble et plus riche » mary, tantost ces bons chevaliers de leurs droits n’a- » voient point de honte de venir à-elles devant tous, et de. prendre les bonnes et les mettre au-dessus des blasmées, et leur disoient devant tous : Dame, ne vous desplaise se ceste dame ou damoïselle va devant; car combien qu’elle ne soit pas st noble ou si riche
comme vous , elle n’est point blasmée, ains est mise ai compte des bonnes, ct ainsi ne dit l’on pas de vous, dont il me desplaist j mais l’en fera honneur à qui l’a desservi (mérité ),'et ne vous en mereveillez pas. Ainsi parloient les bons chevaliers et mettoient:les bonnes et de bonne renommée les premières dont elles remercioïent Dieu en leur cueur de elles estre tenues nettement , par quoy elles estoient honnorées et mises devant. Et les autres se prenoient au nez et baissoientle visaige, et reccvoient de grant vergongnes. Et pour ce estoit bon exemple à toutes gentilz femmes, car pour la honte qu’elles oyoient dire des autres femmes, elles doubtoieñt et craignoient à faire mal à point. Mais, Dieu mercy, aujourd’huy on porte aussi bien honneur aux blasmées comme aux bonnes, dont maintes y prennent mal exemple, et dient que c’est tout ung , et que l'on porte aussi grant honneur à celles qui sont blasmées et diffamées comme l'en fait aux bonnes, il n’y a force à
mal faire, tout se passe : mais toutes fois c’est mal dit
et mal pensé, car en bonne foy combien que en leur présence on leur face honneur et courtoysie, quant l’en'est parti d'elles l'en s’en bourde. Mais je pense que c’est mal fait et qu’il vaulsoit encores mieux devant tous leur monstrer leurs faultes et leurs folies, comme on faisoit en celluy temps dont je vous aÿ parlé. Et vous diray encores plus comme j'ay ouy racompter à
plusieurs chevaliers qui virent celluy messire Geoffroy
qui disoit que quant il chevauchoit par les champs, et il veoit le chasteau ou manoir de quelque dame, il demandoit tousjours à qui il estoit; et quant on lui disoit {est à celle, se la dame estoit blasmée de son honneur, il se fust avant ( plutôt ) tort { détourné)
» d'unc demie lieue qu’il ne fust venu jusques devant la « porte; et là prenoit ung petit de croye qu'il portoit et * notoit cette “ porte, et y faisoit ung signe et l'en ve- » noit, et aussi au contraire quant il passoit devant » l’ostel de dame ou damoiselle de bonne renommée , se » il n’avoit trop grand haste, il la venoit veoir et hu- » choit : Ma bonne amye ou ma bonne dame ou damor- . » selle, je prie à Dieu que en ce bien et en cest honneur » il vous veuille maintenir au nombre des bonnes ; car » bien devez estre louée et honorée. Et par celle voye les » bonnes se eraignoient et se tenoient plus fermes de » faire chose dont elles peussent perdre leur honneur et * leur estat. Si vouldroye que celluy temps fust revenu, » car je pense qu'il n’en seroit pas tant de blasmées » comme il est à présent. » |
(44) Un grand nombre de fils et de frères de nos rois, depuis le règne de Philippe-Auguste jusqu’à celui de Philippe-le-Bel , reçurent la Chevalerie le jour de la Pentecôte. Henri III a depuis choisi la même fête pour l'institution de l’ordre du Saint-Esprit.
(45) Le roman de Perceforest ( vol. I, fol. 105 ) fait allnsion à cette coutume ; et Louis XIV suivoit encore en ce point les usages de l’ancienne Chevalerie, lorsqu’en 1661 il se détermina à faire une promotion de chevaliers de l’ordre à l’occasion de la naissance du
dauphin.
LS
(46) La preuve s'en tire du passage suivant de la
* On sera au fait de cette note d’infamie si l’on se rapelle ici ce qu'on a lu dans le Glossaire latin de Pucange, au mot Bombus.
chronique latine de Nangis sous l'an 4273 : Comes fuxi regi Franciæ reconciliatus recepit terram suam, et ab i apr rège efficitur miles novus.
(47) Lä mème chronique nous apprend qu’en 1238 on fit, à Compiègne, des chevaliers au mariage de Robert, l’aîné des frères de saint Louis; et qu’on en fit à Saumur en 4241, au mariage d’Alphonse, son second
frère.
: (48) Entre plusieurs exemples je choisirai seulement celui de Charles VIIT à son entrée dans Naples. « Comme » les belles et grandes dames du pays ét de la ville pa- » roissoient aux rues et aux places principales, belles et » si bien ornées de la teste ct du corps qu’il n’y avoit » rien de si beau à voir à nos François nouveaux qui » n’avoient veu les leurs de France si gentilles ny si » belles parures, lesquelles en passant présentoient au » roi leurs jeunes enfants et prioient de leur donner » l'ordre de la Chevalerie de sa propre main, réputant »° à grand honneur et bonne fortune; ce qu’il ne refu- » soit point.»
(49) Le roi d'Angleterre ayant épousé la fille du roi Charles VI, refusa les offres que les chevaliers françois et anglois lui firent de célébrer ses noces par des joutes, suivant la coutume , et pour lui faire plaisir; mais voulant faire de leurs armes un emploi qui lui fût plus utile, il leur dit : « Je prie à M. le roi de qui j'ai espousé la fille, » et à tous ses serviteurs et à mes serviteurs je com- » mande que demain matin nous soyons tous prêts pour » aller mettre le siége devant la cité de Sens où les » ennemis de M. le roi sont, et là pour chacun de nous
V2 jouxter et tournoyer et montrer sa proesse et son har- «: dement; car la plus belle proesse n’est au monde que » de faire justice des mauvais, afin que le pauvre peuple » se puisse vivre : adonc le roy luy octroya, et chacun » s'y accôrda, et ainsi fut fait (Journ. de Paris, sous ». Charles VI et VII, p- 63). » Cet usurpateur de la couronne de nos rois affectoit ainsi de suivre les principes de la Chevalcrie dans le temps même qu'il en sapoit le principal fondement, la foi que tout chevalier doit à son souverain.
taf
(5o) On reconnoît déjà dns. les exercices des Germains représentés par Tacite (Mœurs des Germains, ch. XXIV, p. 647 et 648), l’intrépidité et l’agilité qui brillèrent depuis dans nos tournois; mais on verra encore bien mieux dans Nithard la sagpsse et la modestie qui tempérèrent l'activité et l’ardeur de ces combats. Cet historien, neveu de Charlemagne (liv. ITI, pag. 27), nous a laissé une description aussi touchante que curieuse de l'union dans laquelle vécurent Louis de Germanie et Charles son frère après le traité de paix qui suivit la bataille de Fontenai en 842. Îls se faisoient des présents continuels, ils n’avoient qu’une même maison ; etcomme ils menoient en tout une vie commune, les amusements de l’un étoient aussi ceux de l’autre. Ils assistoient ensemble ayx exercices quise faisoient entre leurs différents sujets , à nembre égal, au milieu d’une prodigieuse multitude de spectateurs. À voir ces combats on auroit dit qu’une inimitié mortelle animoit les deux partis, tant ils fondoient avec fureur les uns sur les autres, jusqu’à ce que l’un des deux se couvrant de ses boucliers eût pris la fuite. Bientôt la troupe qui avoit plié reprenant cou-
rage, faisoit face à l'ennemi et le poursuivoit à son tour : enfin les deux rois s’avançoient à cheval avec toute leur jeunesse, faisoient à grands cris briller leurs lances ou javelots , et chargeoïent tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là. Unè chose digne d’admiration étoit à noblesse et la retenue d’une aussi nombreuse assemblée de tant de nations différentes ; et ce qu’on auroit à peine espéré entre un petit nombre d'amis, on n’auroit pas vu donner un seul coup, on n’y auroit pas oui: prononcer: un seul mot offensant. ; |
Ces jeux ne sont encore jusqu'ici que des combats en troupes, semblables à ceux qu’on appeloit depuis combats à la foulle, ou peut-être trespignées : ils se perfectionnèrent-dans les siècles suivants , on les distingua par les diverses portions de troupes qui pouvoient venir aux mains dans les différentes circonstances de la guerre, et l'on en vint jusqu’à la joute qui étoit proprement lc duel ou le combat seul à seul. Le genre des armes servit encore.à établir une autre distinction : les combats furent divisés par les différentes armes qu’on y employoit , et le tout fut assujetti à des loix générales et.à des réglements particuliers. Ce dut être le fruit d’une longue expérience qui.ne -peut s’acquérir que par degrés ‘insensibles, et l'on. ne sauroit guère assigner des époques sûres aux divers progrès que firent les tournois : cependant plusieurs auteurs en. ont attribué l'invention à Geoffroi de Preuilli mort en 1066 : d’autres ont conjecturé plus raisonnablement qu’il n’avoit fait qu’en rédiger les loix qui devoient s’y observer ; peut-être aussi imagina-t-il , dans les exercices ou les évolutions du tournoi, . quelques nouveautés qui les perfectionnèrent et qui le LL, re. garder comme l’auteur de ces jeux militaires.
L'auteur des Pandectæ triumphales, cité par Favin (Théât. d’honn. et de Cheval., p. 1744 ), prétend que l'empereur Henri -l'Oiseleur introduisit en Allemagne l'usage des tournois , jusqu'alors inconnu à cette nation, mais qui étoit pratiqué par là noblesse de France et d'Angleterre. Ces mots : Francorum more: vetusto cingula militiæ nova præbuit (ibid. Duchesne, t.V,p.162, . B.), dont se sert Guillaume-le-Breton, dans sa Philippide , lorsqu'il parle de Philippe-Auguste qui donna la Chevalerie au jeune Artus, en 1201, et les termes de conflictus Gallicos , employés par Mathieu Paris, écrivain anglois, sous l’an 1179, pour exprimer lestournois, ne permettent pas de faire à d'autres qu'aux François l'honneur de les regarder comme les instituteurs de ces gxercices. De nos cours ils passèrent à celles d'Angleterre et d'Allemagne ; et, de l’aveu même des auteurs de l’histoire Byzantine, les peuples d'Orient en ont appris de nous et l’art et la pratique; les François s’y sont toujours distingués par-dessus les autres nations jusqu'au témps de Brantôme. Cet écrivain dit, en parlant du départ de Charles VII de Naples : « Après que ce gen- »“'til toy éust laissé son royaume paisible , et donné aux à seigneurs et daines du royaume force beaux plaisirs et » passetemps, de beaux tournois à la mode de France + qui ont tousjours emporté Le prix par-dessus les au-
“ tres, et où il étoit tousjours des prémiers tenants et des » mieux faisants. » ( Brantôme, Cap. Fr., tome I, pagc9.) | |
Voyet tout ce qui a été écrit sur l’origine et l'usage
des tournois par Ducange, au mot Torneamentum , et dans ses Dissertätions à la suite de Joinville.
Le P. Ménestrier, divers Traités sur la Chevalerie. TOME I. 9
Le P. Honoré de Sainte-Marie, Dissertation histo— rique sur la Chevalcrie ancienne et moderne.
La Colombière , Théâtre d'honneur et de Chevalerie, où il donne, t. I, p. 519, la liste de plusieurs relations de tournois faits depuis l'an 1500.
Gi) L'habitude du maniement des armes et des chevaux, se conserva long-temps parmi notre noblesse, qui en faisoit un jeu continuel dans les châteaux, comme on peut le voir par l'exemple du duc d'Épernon.
( Voyez M. de Thou, 1. XCII. ;
(52) Voyez, sur l’ancien usage de porter ses armoiries , timbres, etc., dans les monastères, avant les tournois, d'offrir aux églises, après le prix remporté, les armes et le cheval avec lesquels on avoit combattu, le chapitre XV de l'Origine des Ornements des armoiries, par le P. Ménestrier, p. 378 etsuivantes.
(53) Lorsque les loix de la Chevalerie eurent ordonné, je ne sais dans quel temps, que les seuls nobles seroient admis aux tournois, on fit aussi des informations sur l'état et la naissance de ceux qui s’y présentoient, de même qu'on l’avoit pratiqué du temps de saint Chrysostôme dans les combats du cirque pour les esclaves ; Pagonothète demandoit , à haute voix, s’il y avoit quelqu’un qui voulût dire que celui qui s’offroit au combat étoit esclave , auquel cas il étoit rejeté. Favin (Théâtre d'honneur et de Chevalerie, vol. II, p. 1747, où il rapporte les réglements attribués à l’empereur Henri-l'Oiseleur, mort vers l'an 937) prétend qu’on faisoit encore des informations de vie et de mœurs, et qu'il y avoit des peines pour ceux qui étoient coupables d’a-
dultère, ou qui avoient eu commerce sue avec des religieuses.
(54) L'instrument dont on se servoit pour cette punition, étoit une houssine ou baguette qu'Eustache Deschamps (poés. manuscr. du roi, p. 561) appelle ramon de behourt, branche, rameau pour le tournoi.
(55) Voyez ce que rapporte Sauval, dans son Histoire de Paris ,t.II, 1. XIT, des lices plantées exprès pour ces exercices au Palais, au Louvre , à l'hôtel Saint-Paul, à celui des Tournelles et autres lieux dans Paris, Il faut peut-être chercher dans cet usage des tournois, l’origine peu connue du privilége attaché aux maisons de Paris occupées par les princes du sang et les grands officiers de la couronne, au-devant desquelles on voit des barrières : peut-être eurent-ils le droit exclusif de faire planter ces lices, comme étant les seuls qui pouvoient donner dans leurs hôtels le spectacle des joutes et des tournois. |
(56) Joute étoit proprement le combat à la lance seul à seul ; on a étendu la signification de ce mot à d’autrés combats, suivant l’abus de nos anciens écrivains qui, en confondant ainsi tous les termes, ont souvent mis de la confusion dans nos idées.
(57) Le mot castille, qui s'est conservé dans le langage familier pour dispute, querelle, s'était dit anciennement de l'attaque d’une tour ou d’un château, et fut employé depuis pour les jeux militaires qui n’en étoient que la représentation. Parmi plusieurs combats de cette
espèce que je pourrois citer, je renverrai au récit du
bastion que M. d'Amboise fit, en 1507, tenir à Milan
devant le roi Louis XII. (Voy. J. d’Auton, Histoire de
Louis XIT, c. 34, p. 262.) « À grands coups de bastons
» embourréz et à tail. d’espée...., tant que les bastons
» ernbourrez furent tous rompus et coupez dont grandes » fourches et grosses perches et leviers furent mis en
» besogne. » Le roi eut besoin de toute son autorité
pour séparer les combattants dont plusieurs étoient « en-
»: noircis et barbouillez de fange pour l’eau que ceulx
» d’amont (d’en haut) jettoient dans les fossez. »
” La cour de France, en 1546, passant l'hiver à la
Rocheguyon, s’amusoit à faire des castilles que l’on at- - taquoit et défendaoit avec des pelotes de neige; mais le bon ordre que Nithard a fait remarquer dans les jeux militaires de son temps, ne régnoit point dans celui-ci. La division se mit entre les chefs; la querelle s’échauffa ; il en coûta la vie au duc d'Enghien. (Voy. l'Histoire de M. de Thou, 1. II, p. 133, la trad.) M. de Rosni, en 1606, pour la naissance du dauphin, fit construire à la hâte une castille ou forteresse de bois qui fut vigoureusement attaquée et défendue, suivant M. de Thou, L CXXXVI ( traduct., p. 553 du XIV° tome). Voy. la Dissertation de Ducange, à la suitc de Joinville, sur les tournois. |
(58) Le pas ou le pas d'armes s’est dit des combats simulés qui représentoient tout ce qui se faisoit à la guerre lorsqu'on défendoit et qu’on attaquoit un pont , un défilé, un passage de rivière ou tout autre passage étroit qu'il étoit important de garder et de forcer, Comme c’étoit un des combats les plus difficiles à soutenir, il semble avoir formé dans notre langue ces facons de parler:
Etre dans ur mauvais pas, sortir d’un mauvais pas; et autres pareilles. Voyez, dans la sixième etseptième dissertation de Ducange, à la suite de Joinville, tout ce qui concerne les tournois et leurs différentes espèces. Voyez aussi tout ce que la Colombière a rapporté au sujet des pas d'armes dans son Théâtre d'honneur et de Chevalerie, t. I, e. IX et XX. Voyez Saint-Julien de Balleure , dans ses Mélanges historiques, p. 440 , où il fait mention de celui qui fut tenu à tous venants au camp d'Attigni durant les trèves, par Gabriel de Saint-Julien, son cousin, et ‘le sieur de Cressia, au lieu appelé le Crot Madame, sans que personne pût leur faire perdre le terrain (le Crot) qu'ils défendoient. J'en mpprime un sue nombre d’autres.
(59) Olivier de la Marche, L. I, p. 164, fait mention de joutes en 1439, qui furent exécutées en’‘harnois de Jouste, en selle de guerre et & la foule sans toile. Je crois que ce. dernier acte des tournois, dont parle aussi le P. Ménestrier, p. 288, est le même que nos écrivains désignent aussi par le mot frepignez, qui signifie l’action de trépigner, fouler aux pieds pour exprimer le désordre et la confusion de ces Fes
: (Go) Les hérauts avoient huit parisis Fe hace chetalier pour attacher le casque aux fenêtres, au-dessus du blason , pour le tournois. Ceux qui y entroient pour la première. fois devoient, pour leur bienvenue, leur heaume aux officiers d'armes; mais avec la distinction suivante qui marquoit la prééminence du combat à la lance sur le combat à l'épée. Si l’on avoit payé le heaume pour le combat à l'épée, il falloit encore le payer
pour celui de la lance; mais lorsqu'une fois on avoit payé ce droit pour la lance, on en étoit quitte pour le combat à l'épée et autres, selon cet axiome, que la lance affranchit l'épée; l’épée n'affranchit pas la lance. (Le P. Ménestrier, Ornements des Armoiries, p. 21.) Voyez les cris que ! faisoient les hérauts et poursuivants d'armes, et les éloges qu'ils prodiguoient aux combattants. (Hbid. ,. €. X ,intitulé du Cri, p. 200 et suiv. )
(61) Au gage de bataille entre trois chevaliers portugois et pareil nombre de François en 1414, lorsque les premiers se mirent .sur les rangs, « ils firent leur » réverance au roy qui fit crier par les heraulx qu'au- » cun, sous peine de la teste, ne fust si osé d’empes- » cher (troubler) les champions de parole ni de geste » où par tout autre signe.» (Histoire de Charles VE, par le moine ee Saint-Denis > P: 97: à)
(6) De même que le sal à la guerre prenoit jé cri du seigneur dont il relevoit, de même aussi les chevaliers demandoient aux ne dont ils étoient serviteurs, quels cris elles vouloient qu’ils fissent retentir en combattant pour elles dans les tournois. (Voyez une chanson de Eroissart, dans les manuscr. du roi, n.7214.)
Comme le vassal marchoit encore sous . l’étendard chargé des armes du seigneur dominant, les chevaliers prirent pareillement, dans les tournois, les devises et les livrées de leurs dames. (Voy. te P. Ménestrier, Origine des. Ornements des Armoiries.) Après avoir, au c. X de l’Origine des Devises des Armoiries, rapporté un grand nombre d'exemples, il dit (p. 244): « Il ya » quantité de demi-mots que j'appelle énigmatiques et
* de sens couvert, parce qu'ils ne sont entendus que de » celui qui les porte; c’est ce qu’on a affecté en la plus- * part des tournois où les chevaliers prenant des devises » d amour, se contentoient d’être entendus des. person- » nes qu’ils aimoient, sans qué les autres pénétrassent » dans le sens de leur passion. » |
L'usage de ces devises a donné liéu à cette fiction des arrêts d'amour. Un amant ayant entrepris de jouter, « fit faire harnois et habillements qu'il divisa à la plai- » sance (de sa dame) et où il fit mettre la livrée de sa- + dite dame, et avec ce eut chevaulx.et lance et housse » de même. Quand vint au departir qu’il cuidoit trou- » ver sadite dame pour avoir sa bénédiction, elle fei- » gnit d’estre malade en se faisant excuser, et dire » qu’elle ne pouvoit parler à lui... La court d'amour » condamna la damoiselle à habiller, vestir et armer » ledit amoureux demandeur la ctièré fois qu’il vou- » drà jouster, et conduire son cheval par la bride tout » du long des lices ung tour seulement, luy baiïller sa » lance en disant : Adieu, mon amy, ayez bon cœur, » ne vous souciez de rien, car on prie pour vous. » ( Arresta amoruim, p. 366 ad 368.)
(63) Les chevaliers étoient souvent invités à se rendre aux tournois avec leurs femmes, leurs sœurs ou autres parentes, mais surtout avec leurs maîtresses ( Perceforest, vol. III, fol. 125, verso, col. 1). Les champions ne manquoient pas de les nommer dans les joutes , ‘afin de s’encourager eux-mêmes. Les loix ont censuré cet abus, suivant l’auteur de la Vie de Michel Cervantes , à la tête de l'édition de Den-Quichotte , la Haye , 1744.
(64) Le désir de plaire aux dames fut toujours l'ame des tournois, On lira avec plaisir, dans le roman de Perceforest (vol. IV ,ch. VI, fol. 19, verso, et 20, recto), les
plaintes que fait ce prince à l’un de ses confidents, de l’inaction ‘et de la langueur de ses chevaliers qui, dans le sein de leur bonheur, ont abandonné les joutes, les tournois, les quêtes merveilleuses , et tous les bons exercices de Ia Chevalerie; il compare leur engourdissement au silence du rossignol qui ne cesse de mener joyeuseté ‘éh servant sa dame de mélodieux chant, jusqu’ "à ce qu'elle. se soit rendue à ses prières. Les chevaliers pareïllement, à la vue des claïrs visages, des yeux vairs et riants et des doux regards attrayants des pucelles , ayant commencé à faire joutés et tournois, remplirent lunivers du bruit de leur vaillance: ils firent des exploits incroydbles, jusqu'à ce qu’enfin ils eussent désarmé la rigueur des beautés qu’ils servoient. Le prince, en eonvenant que cc dernier prix des victoires de ses chevaliers, étoit une récompense bien justement acquise à leur courage, vouloit néanmoins que les dames l’eussent encore fait acheter plus long-temps : « Maintenant, dit-il, je voÿ plainement que cette rennmmée à tant heurté aux
* cueurs des pucelles qu'elles ont leurs cueurs adoulcis » et ouvers... Mais si elles se fussent tenues plus fières, « et eussent encôre tenu enclos et enserrez leurs mérites « et leurs guerredons dans les secrettes aumoires (ar- » moires) de leurs cueurs.... jamais la Chevalerie ne » fust si-tost departie. de moy, et se aucun l'eust fait, » ce n’eust point esté la moytié , aïins eusse establis » joustes et tournois, et tousjours plus forts et plus re- » doutables pour conquerre les guerredons des dames » dont ils jouièsent maintenant comme vous savez. »
DE LA SECONDÈ PARTIE. 13r
(65) Je rapporterai en entier, pour ceux qui aimcront cette lecture , la ballade d'Eustache Deschamps d’où j'ai tiré ect envoi. ( Fol. 449, col. 4, et 150, col. : et 2.)
Armes, amours , deduit, joye et plaisance, Espoir, desir, souvenir, bardement, Jeunesse, aussi manière et contenance, Humble regart, trait amoureusement ; Gens corps, jolis, parez très-richement , Avisez bien ceste saison nouvelle, Ce jour de may, cette grant feste et belle Qui par le roy se fait à Saint-Denys,
À bien jouster gardez votre querelle, Et vous serez honnorez et chéris.
Car la sera la grant biauté de France,
Vint chevaliers, vint dames ensement ",
Qui les mettront armey par ordenance
Sur la place, toutes d’un parement,
Le premier jour; et puis secondement
Vint escuyers chacun sa damoiselle,
D’uns paremens joye se rénouvelle,
Et là feront les heraulx plusieurs cris
Aux bieris joustans, tenez fort votre selle ,
Et vous serez honnorez et chénis. :
Or y perra qui bien ferra de lance,
Et qui sera de beau gouvernement | Pour acquerir d’amour la bienveillance,
Et qui durra ou harnois longüement,
Cilz aura los, doulz regart, proprement
Le monstrera ; amour qui ne chancelle, L’enflambera d’amoureuse estincellé, Honneur donra, aux mieulx faisans les prix :
* Aussi.
Avisez tous ceste doulce nouvelle, Et vous serez honnorez et chéris.