L'ENVOY
Servants d'amour , regardez doulcement Aux eschaffaux anges de Paradis *, Lors jousterez fort et joyeusement,
Et vous serez honnorez et chéris.
(66) Au tournoi ou pas d'armes ténu à Milan, en 1907 , par Galéas de St.-Severin et autres Lombards, « le roi ( Louis XII ) estoit là présent en son eschaffaut.… » les dames à plains eschaffauts y estoient aussi tant » gorgiases ( parées ) que c’estoit une droite fayerie » (féerie). » ( J. d’Auton., Hist. de Louis XII, en 1 507, p.270. ) TS |
(67) Voyez le chap. 2 de l’Origine des ornements des armoiries, par le P. Ménestrier, p. 28, 29 et suiv. Le moine de Saint-Denis, autéur de l'Histoire de Charles VI (trad. par le Laboureur, p. 470 ), après avoir nommé plusieurs dames qui, au tournoi pour la Chevalerie du roi de Sicile et de son frère, en 1389, marchèrent avec les chevaliers jusqu’à la barrière, dit qu’alors « elles tirèrent de leur sein diverses livrées de ru- » bans et de galends de soye pour récompenser la valeur
» de ces nobles champions. » ‘Olivier de la Marche, . décrivant un combat plus sérieux ( c'étoit un gage de bataille, mais non à outrance, qui fut fait à la cour de Bourgogne, en 1445 ), parle aussi des faveurs données par les dames. Il dit (1. I de ses Mém., ch. XIV, p. 243)
que Je chevalier qui V'avoit entrepris « chargea pour
* Beautés angéliques.
» emprise une manchette de dame, faicte d’un délié » volet moult gentement brodé, et fit attacher icelle em- » prise à son bras senestre, à une aiguillette noire et » bleue ; richement garnic de diamants, de perles et » d’autres pierreries. » Après le témoignage de tels historiens, je citerai avec plus de confiance nos romanciers qui ne font que confirmer et Se po l'usage de ces faveurs des dames. |
L’ opiniâtreté des combattants, et la nécessité de leur envoyer continuellement de nouvelles faveurs, faisoient quelquefois oublier aux dames l'affection qu elles ont pour la décence extérieure de leur personne. On lit dans Perceforest ( vol. I, fol. 155, verso, col. 1 ) qu’à la fin d’un tournoi « les damés étoient si dénues de leurs atours » que la plus grande partie étoït en pur chef (nue tête), » car elles s’en alloient les cheveux sur leurs épaules » gisants, plus jaunes que fin or, en plus leurs cottes » sans manches, car tout avoient donné aux chevaliers » pour eux parer et guimples èt chaperons ; manteaux * et camises, manches et habits : mais quand elles se » virent à tel point, elles en furent ainsi comme toutes + honteuses; mais sitost qu’elles veirent que chacune » étoit en tel point, elles se prirent toutes à rire de » leur adventure, car elles avoient donné leurs joyaux » etleurs habits de si grand cœur aux chevaliers, qu’elles » ne s’apercevoient de leur dénuement et devestement. »
On portoit encore publiquement dans le siècle dernier les faveurs de cette espèce qu’on avoit reçues des dames ; mais on n’étoit peut-être pas aussi scrupuleux sur la fidélité qu’exigeoit la reconnoissance. « En 1632, madame » la princesse de Phalsbourg avoit donné à M. de Puy-
» laurent, qui étoit amoureux d’elle, une marque de
» Chevalerie d’un nœud traversé d’une épée; mais'it la » quitta depuis pour prendre un gland de la couleur de » mademoiselle de Chimay dont il étoit devenu amou- » reux. » (Mém. du due d'Orléans, p. 230. ) Voyez Perceforest ( vol. I, fol. 97; vol. I, fol. a4, et vol. V, fol. 403 ), pour justifier le sens dans lequel. nous prenons ici les mots de joyau, noblesse et nobloy. | (68) L'usage de ces enseignes, appelées d'autres fois connotssances, c'est-à-dire signes pour se reconnoître, a produit dans notre langue ces façons de parler , à telles enseignes, à bonnes enseignes. Henri IV qui conserva toujours le caractère de l’ancienne Chevalerie, porteit encore dans sa parure des enseignes gagnées dans des combats plus sérieux et plus importants. Comme il étoit devant Dreux, et qu’il reçut la visite de.s4 orne cousine , la duchesse de Guise à qui il avoit envoyé un passeport, il alla au-devant d'elle, et l'ayant conduite en son logis et en sa chambre, il lui dit: « Ma cousine, vous » voyez comme je vous ayme, car je me suis paré pour » l'amour de vous. Sire ou Monsieur, lui répondit-elle » en riant, je ne vous en remercie point, Car je ne vois » pas que vous ayez si grande parure sur vous que vèus » en deviez vanter si paré comme dites. Si ay, dit le roi, » mais vous ne vous en avisez pas; voilà une enséigne + ( qu’il montra à son chapeau) que j'ai gagnée à la ba- » taille de Coutràs pour ma part du butin et victoire; » cette qui est attachée, je l’ay gagnée à la bataille » d’Ivry : voulez-vous donc, ma cousine, voir sur moi »+ deux plus belles marques et parures pour me montrer » bien paré? Madame de Guise le lui avoua en luire- » pliquant : Vous ne sçauriez, sire , pourtant m'en mon-
» trey. une seule de monsieur mon mary. Non, dit-il, » d'autant que nous ne nous sommes jamais rencontrez » ni attacquez; mais si nous en füssions par cas venus » là, je ne sçay ce que s’en fust esté. A quoi repliqua » madame de Guise : Sire , s’il ne vous a point attaqué,
» Dieu vous en a gardé; mais il s’est bien attaqué à vos » lieutenants et les a fort bien frottez, témoin le baron » Doué duquel il en a remporté de fort bonnes enseignes » et belles marques, sans s’en cstre paré que d’un beau » chapeau de triomphe qui lui durera pour jamais. »
(69) Voyez comment Bayard se défendit modestement de recevoir le prix du tournoi qu’il avoit entrepris à Carignan en Piémont , disant que l'honneur en estoit dû uniquement au manchon que la dame lui avoit donné (Hist. du ch. Bayard, édit. de Th. Godefroi , p. 67 ). Le manchon, garni d’un rubis de la valeur de cent ducats, fut reporté à la dame en présènce de son mari qui, connoissant /a grande honnesteté du bon chevalier, n’en entra aucunement en jalousie. Le rubis proposé pour le prix fut donné par la dame à celui qui, après Bayard, avoit le mieux jouté. A l'égard du manchon : « Puis- » qu'ainsi est, dit-elle, que monseigneur Bayard me * fait ce bien de dire que mon manchon lui a fait ga- + gner le prix, je le garderai toute ma vie pour l’amour » de lui. »
(go) Ce n’étoit pas les seutes offrandes que les chevaliers vainqueurs faisoient aux dames; ils leur présentoient quelquefois aussi les champions qu'ils avoicnt renversés et les chevaux dont ils leur avoient fait vider les arçons. Dans le roman de Floire et de Blancheflor ( ess, de Saint-Germain, fol. 41, intitulé le Jugement
d’amors , dans un manuscrit du roi), la demoiselle qui aime un chevalier, reproche à celle qui a pris un clerc
pour son ami, d’avoir fait un mauvais choix, J’en ai fait un bien meilleur , dit-elle :
Mais mon ami est bel et gent :
Quand il vait à tournoiement Et il abat un chevalier,
Il me présente son destrier.
(71) Les chevaliers ayant leurs habits tous déchirés dans les joutes, en sorte qu’on ne les reconnoissoit plus . à leurs blasons, les dames spectatrices , afin de les distinguer dans la mêlée , leur envoyoient des bannières ou timbres pour leurs heaumes, des écus chargés de parures , leurs propres mantelets fourrés, comme on le voit aux fol. 135, verso, col. 2 ; 136, 137, verso, col. 2 ; 139, recto, col. 2 ; 141, recto, col. 4 et 2 de Perceforest, vol.I. On peut voir dans le même roman ( vol. I, fol. 144, verso, col. 1 ) la description curieuse d’un paon artificiel qu’une demoiselle envoya à son ami pour être porté sur son casque dans le tournoi. Le sommet du heaume d’un chevalier que nos romans appellent quelquefois le plus haut de ses biens, étoit la place la plus éminente où l’on pouvoit attacher les faveurs des dames : c’est de-là que les bourlets et les lambrequins des armes ont tiré leur origine. Voyez le P. Ménestrier, Orig. des ornements des armoiries, Ch. II, p. 28 et suivantes.
(72) Monstrelet nous apprend, dans le passage suivant, quelle étoit la raison de ce cri. « Îl n’est, diteil, » nul si bon chevalier au monde qu'il ne-‘puisse bien * faire une. faute, voire si grande que tous les biens
» qu'il aura faits devant seront adnibhillez ; et pour ce on » ne crie aux joustes ne aux batailles, aux preux, mais » on crie bien aux fils des preux après la mort de leur » père; car nul chevalier ne peut estre jugé preux se ce » n’est après le pe nenE » (Vol.I, ch. 29, p. 48, recto. )
On se rappellera que le moine du Vigeois ( fol. 312), ; cité plus haut, donne aux seigneurs et aux chevaliers le nom de her: et aux nouveaux chevaliers, celui de fl herôum. Le roman de Perceforest nous apprend, avec plus de détail que n’a fait l’historien Monstrelet, quels étoient les cris que faisoient les officiers Ho dans les tournois (voyez le vol. I de ce roman, fol. 406, 108 et 109).
(73) Après le récit des joutes qui se firent en 1440 pour les noces de mademoiselle de Clèves:, nièce du duc de Bourgogne , avec le duc d'Orléans ,‘joutes dans lesquelles le comte de Saint-Pol emporta /e prix des dames, l'historien ajoute : « Esquels jours furent donnez moult » grands dons à tous les officiers d'armes par les princes » dessusdits, pour lesquels ils crièrent à haulte voix par »* plusieurs fois largesse, en dénommant ceux qui ces » dons leur avoient fait. » (Monstrelet, von H, P- 178 verso. )
Une dame célébte eu en ces termes la générosité de son chevalier :
Mon tenant donne à aucun destrier, A l’autre donne palefroy ou courcier.
(Poésies mss. d’Eustache Deschamps, fol. 192, sf 4).
D’autres fois les chevaliers abandonnoient à de: che-
waliers pauvres, qui manquoient peut-être de monture, les chevaux qu'ils avoient pris ; sur quoi je ferai remerquer que toutes les vertus recommandées par la Chevalerie tournoient au bien public, au profit de l’État ( Perceforest, vol. I, fol. 26, verso, col. 4).
(74) Voyez les réglements qu’on suppose avoir été donnés par l'empereur Henri-l'Oiseleur, et que Favin a rapportés, p. 1755 ct suiv. de son Thédt. d'honn. et de Chevalerie. . |
Vayez aussi ceux qui sont rapportés par Ja Éne
bière, t. I, ch. III, IV et V.
(95) Dans ie belles ordonnances tisane est supposé avoir faites pour les tournois, on lit: « Cheva- » lier se doibt garder de porter en cest esbatement ars meure qui puisse frapper d’estoc, mais chascun porte * son espée, son escu et son glaive pour jouster, et sise + garde de frapper par derrière un chevalier, ni vilaner » (offenser, injurier) l’ung l’autre tant comme ils aus ront lè chef descouvert. » CSFESIOEENE vol, 1, fol. 23, recto, col. 2.)
. (6) Rénene « le chevalier qui chevauchoit » hors de son lieu estoit tenu pour récreant ou affolé » (renduou blessé). » (Perceforest, vol. VI, f. 93, verso, col. 2.)
(77) C’étoit une faute contre les usages de la Chevalerie, de frapper le cheval de celui contre lequel on joutoit. Voyez à ee sujet, dans Lancelot du Lac (t. I, fol. 102, verso, col. 1 )le discours d’Hector à un chevalier qui lui avoit tué son cheval.
fr
(78) Il ne falloit frapper ni trop haut, ni trop bas : si les coups portoient trop bas, c’étoit une faute contre les statuts des tournois, suivant le roman de Partenopex. de Blois (manuscr. de Saint-Germain-des-Prés, p.454, verso, col. 3), et suivant Froissart (1. IE, c. 64, p.112), auteur plus digne de foi. Cet historien, dans un récit très-curieux et très-instructif des joutes faites en-1380 , au chastel Josselin entre les François et les Anglois des deux armées ennemies, dit que Fermiton, Anglois, et Chastel Morant , François, « vindrent.de coursé » à pié l’un contre l’autre pour asseoir les glaives entre » les quatre membres, car autrement le faire estoit vi- » Jain.» Cependant le pied ayant glissé au chevalier anglois , il perça de part en part la cuisse du François, qui malgré la violence du coup ne put être renversé.
Les chevaliers et écuyers furent indignés, également d'un côté comme d’un autre, «et fut dit que c’estoit » villainement poussé. L’Anglois s’excusa, et dit que » ce luy desplaisoit grandement, ct s’il eust cuidé au * commencement des armes avair ainsi ouvré, il n’y eust » oncques commencé; et qu'il ne l’avoit peü amender, » ar il glissa d’un pié. pour le grand pous (action de » pousser) que Jean de Chastel Morant luy avoit donné.» Cette règle s’observoit encore du cp de Brantôme.
(Cap. Fr., t. EI, p. 20.) .
(79) On voit dans Perceforest un chevalier qui, dans l'ardeur de la vengeance, frappe son adversaire dans le temps qu’ avoit la tête découverte de son heaume; ce qui étoit un procédé infime, dont il lui fit dcpuis ses excuses comme d’une trahison.
(80) Les fautes cominises dans les tournojs étoient TOME I. . 10
bien pRreonnanees si l’on se figure le désordre et la confusion qui s’y mettoient àu rapport de nos romanciers, si l’on considère le trouble et l'agitation des champions dans la foule d'un combat ; elle étoit quelquefois si grande et la poussière si épaisse, qu’on ne pouvoit plus rien déméler. (Voyez Perceforest, vol. VI , fol. 39, v°, col 1et 2, fol. 4, recto, col. 1 et 2, et verso, col. 2.) C’est ce qui fit donner à un chevalier inconnu le nom de chevalier à la fumée, parce que.sa valeur entraînoit partout où il se portoit la foule des combattants, et que ‘la fumée le suivoit partout. Le même auteur nous dépeint un autre chevalier qui, ramassant avec précipitation le chaperon d’une damoiselle, et tout étourdi * de l’ardeur du combat, mit sur sa tête, au lieu de son heaume qu'il avoit perdu, le chaperon même de la damoiselle , et donna, par ce déguisement singulier, un spectacle qui divertit toute l'assemblée.
(81) Comme le combat de la lance à cours de che- val étoit la plus noble des jeutes, le coup de la lance pour les dames réveilloit l’attention des spectateurs ; il donnoit une nouvelle ardeur aux champions fatigués. On lit, dans le récit d'une joute de Gauvain, cette description: « Si s’entreficrent sur leurs écus sitôt comme » les chevaux purrent courre, tellement que toutes leurs » lances volent en pièces, et messire Gauvain met l’épée » à la main et va courir sus au chevalier : Haa, sire » chevalier, aux épées viendrons nous tout à temps, et » il ne fait onques si belle Chevalerie que joûte, et je » vous prie que pour l'amour de celle que plus aimez, » joütont tant de ces lances que vous voyez pourront
* Ce mot nous est venu de celui d’estour, combat.
* durer, et que l’on sache lequel sera abbatu. » (Lancelot du Lac,t.I[ ,f. 82, verso, col. 2.) Un autre chevalier tient ce discours à son adversaire dans le roman de Flores de Grèce: « Pendant que nous sommes à cheval, » et que lances ne vous peuvent manquer (p. 75, verso), » esprouvonsnous encore quelques coups, étant + comm'il m'est avis le plaisir de la course trop plus » beau que le combat à l'épée.» C’est pour cette raison que la lance affranchissoit l'épée , et que l'épée n'’affranchissoit pas la lance , comme on l’a vu dans la note 60, ci-dessus. La joute à l’épée cependant étoit la plus dangereuse de toutes, suivant le roman de Perceforest. (Voyez vol. VI, fol. 30, verso, col. 2, et 33, verso, col. 1.)
(82) Là lance, l'épée, la hache ou masse d'armes et la dague étoient les quatre différentes sortes d’armes offensives employées dans les tournois. Saintré et ses compagnons avoient promis de ne point ôter de dessus leurs épaules le signe ou le gage de leur entreprise d’armes, jusqu’à ce qu'ils eussent trouvé un nombre de chevaliers et écuyers de nom et d’armes, et sans reproche, pareil au leur, qui les combattissent de Zances de ject, de haches d'armes, d'espées de corps, et de dagues. (Hist. de Saintré, p. 522.)
(83) Nous pouvons l’assurer sur Ie témoignage formel du moine de Saint-Denis, dans son Histoire de la Chevalerie, c. V1,p. 170 et suivantes. Cet historien en faisant le récit d’un tournoi fait à Saint-Denis en 1389, pour la Chevalerie du roi de Sicile et de son frère, nous apprend qu'après le souper les dames, comme juges du champ et de l’honneur de la lice, adjugèrent le prix à deux chevaliers... « Le jour suivant, ajoute-t-il, on
148 ne “NOTES
.abandonna la lice aux vingt-deux écuyers qui avoient
servi leurs iaîtres, pour s'exercer avec les mêmes armes «et les mêmes chevaux : ils furent conduits par autant de damoïiselles avec pareille cérémonie et parcille autorité de juger et de donner le prix à qui fe-
‘roit le mieux ;'et après avoir couru jusques à la nuit
avec un succès digne de leur entreprise, ils se rendi-
‘rent au souper du roy pour subir le jugement des -da- : moïselles. Le troisième jour qui devoit être le dernier des joustes, on ne garda point d'ordre, les er Le
coururent peslemesle avec les chevaliers, et-il s’y fit
- de très-belles armes dont il fut encore décidé par les
suffrages des dc p Voyez dans l'Histoire du çhe-
valier Bayard (publiée par Théod. Godefroi, p- 51, 52
et 53), les cérémonies observées au sujet du prix du tournoi qu’il avoit fait publier dans la ville d’Aire en
Picardie pour l'amour des dames. Après plusieurs contestations, comme Bayard fut estimé avoir lé micux fait, les. Re Pen et les dames lui déférèrent l'honneur de remettre lui-même le prix à qui bon lui: sembleroit.
« Il en fut tout honteux, et demeura un peu pensif,
puis après dict: je ne sçai par quelle faveur cet honneur m'est faicte, mais il me semble qu'il y en à qui l'ont trop mieux née que Moy ; mais puisqu'il plaist aux seigneurs et dames que j'en soye juge , suppliant à tous messeigneurs mes compagnons et qui ont miculx fait que moy, n’en estre despläisants, je donne le prix de la première journée à monseigneur de Bellabre, et de la seconde au capitaine David, Escossois. Si leur fait incontinent delivrer les presents, ny depuis homme ne femme n’en murmura, ains commencèrent les dances ct passetemps. » RS NN.
(84) Une reine, suivant le roman de. Perceforest (vol. VI, fol. 93, 94 et 95), précédée de deux ménestriers jouant de leurs instruments et marchant entre deux demoiselles qui, les mains élevées, portoient.le prix, s’avance vers les deux chevaliers qui avoient également partagé l'honneur du tournoi ; elle les complimente et leur dit que le roi peut bien leur donner de riches prix, mais qu’à leur âge le plus ‘agréable est un chapeau de roses: qui est un trésor pour les amoureux, qui'séront assises pat’ les mains des deux demoiselles sùr le chef d'un chacun d'eux, car on n’avoit pu discerner leqæel avoit le mieux fait.
(85) Le prix étoit adjugé tantôt sur de lices mêmes, et tantôt dans le palais au milieu des divertissements qui venoient à la suite du tournoi, comme-on le vit dansles fêtes du duc de Bourgogne à Lille, en 1453. (Mathieu de Couci, parmi les hist. de Charles VIT, édit. de Godefroi , p. 679; et Mém. d'Olivier de la Marche, L.I, p. 437.) « Tandis qu'on dançoit en telle maniere és > roys d'armes et heraux, avecques les nobles hommes » .qui furent ordonnez pour lPenqueste, allerent aux .da- »* mès et aux damoiselles, sçavoir à qui l’on devoit don- » ner et présenter le prix pour avoir le mieux jousté et * rompu bois pour ce jour ; et fut trouvé que M, de Cha- » roloisl'avoit gaigné et desservy. Si prirent les officiers » d'armes, deux damoiselles, princesses (mademoiselle : » de Bourbon et mademoiselle d'Estampes) pour le prix » “présenter; et elles le baillerehit à mon dict seigneur * de Charolois, lequel les baisà , comme il avoit accous: » tumé, et qu'il est de coustume, et fut crié Re À » moult hautement: » he :
(86) Suivant la maxime de Perceforest (vol. V, e. 7, p.22, verso, col. 4), « le chevalier est ravisseur des » biens d’autruy qui les vaillances d’autruy taist, et ce- » luy est reprouvé vanteur qui revelle les siennes.»
(87) Jacques de Lalain et Piétois, en 1450 (Olivier de la Marche, Mém., L. I, p. 315 et suiv.), ayant fait armes à pied, se renversèrent l’un sur l’autre ; ils furent relevés par les escoutes et amenés aux juges qui les firent toucher ensemble en signe de paix: comme. Lälain , par modestie, voulut envoyer son bracelet, suivant la convention faite pour le prix , Piétois déclara qu'ayant été aussi bien que lui porté par terre, il se croiroit également obligé de lui donner le sien. Ce nouveau combat de politesse finit par ne plus parler de bracelet et par former une étroite liaison d'amitié entre ces généreux ennemis. à
, (88) Les auteurs des romans de Lancelot du Lac et de Perceforest, font souvent mention des registres où les cleres avoient inscrit les aventures merveilleuses qui ÿ sont rapportées. On lit même dans Perceforest (vol. XI, fol. 77, verso, et 68, recto), qué chaque chevalier étoit obligé de raconter les aventures qu’il avoit eucs, au clerc chargé de tenir ces registres publics, et de lui en attester la vérité par serment. L'usage de ces registres tenus par les rois d'armes, est constaté par des autorités plus graves que celle de nos romanciers. Mathieu de Couci (dans lo Recueil des hist. de Charles VII, par Godefroi , p. 677), après l’énumération des vœux. que firent les convives au banquet donné à Lille en 1453, ajoute : « Tels furent les vœux qui furent baiïllez audit
» roy d'armes Toison-d’Or, lesquels vœux j'ay icy en- » registrez au plus près que j'ai peu, suivant son or- » donnance, laquelle il avoit faite comme il disoit selon » et par. l'ordre qui lui avoit esté baillé par escrit.» : [à
(89) On peut croire que des monuments encore plus solides consacroient quelquefois à‘la postérité les noms des vainqueurs aux joutes. Le continuateur de Monstrelet (P. Defrey, à la suite de Monstrelet, fol. 97, recto) nous apprend qu'en mémoire d’un tournoi solemnel donné par Charles VIII à Lyon, en 1495, « furent faits » et dressés trois pilliers de pierre , esquels sont encore » escrites à présent aucuns vers en langue latine, com- » posez pour icelle jouste en grande singularité; car le- » dit roy Charles VIII estoit le principal tenant. »
(90) Dans de pareilles conversations on répétoit souvent ces axiomes capables de fortiñier l’ame des jeunes guerriers : | :
Qui bien et mal ne peut a | À grant honneur ne peut venir.
(Petit Jehan de ire p. 136.)
C’ est là que, pour inspirer Laon de la gloire, pour rehausser l'ambition de la jeunesse, on lui redisoit sans cesse ce proverbe : Qu'a desirer un cheval d'or on en avoit toujours La bride, pour lui faire entendre que rien n’était impossible à qui le vouloit bien. On ne peut rien de plus curieux en ce genre, ni de plus naïf, que la conversation de Bayard avec la dame de Fluxas, rapportée par l'historien de ce chevalier, publiée par Théod. Godefroy, p. 63 et 64.
(a) Voyez l'Histoire de Petit-Jehan de Saintré, p- 164 et 167. La dame à qui il avoit donné son cœur Jui propose des joutes et des combats contre les Anglois, croyant ne poavoir donner de plus grandes marques de tendresse à son amant, qu’ en di un "e intérét pour sa a gloire.
(g2) Voyez ce quie j'ai dit de ces chansons de gestes dans un Mémoire concernant les principaux historiens de France, t. XV du Reeueil de l’Académie des belleslettres 1 P- 582 $ ne À. :
(03) Dugiesclift (Histoire de Bertrand Duguesclin, pübliée par Ménard, p. 303; et celle écrite par Paul Hay du Chastelet, 1. IV, p. 138), prisonnier des Anglois, comptoit bien sur l’amour qui régnoit de son temps et particulièrement dans le cœur des dames pour les vértus héroïques , lorsqu’étant arbitre du prix de sa ranicon illa porta lui-même à une somme excessive. Comme le prince de Galles, étonné de sa présomption, lui demanda par quel moyen il croyoit pouvoir s'acquitter envers lui: «J’ardes amis, répondit-il, les rois de France » et de Castille ne me manqueroient pas au besoin ; je s connois cent chevaliers ef: Bretagne qui vendroient » leurs terres; enfin il y a pas de femme en Frarice » filant sa quenouille qui ne travaillât de ses maïns pour ï me tirer des vôtres. St le gaigneroient aincois. à à filler » toutes les filleresses qui en France sont que cé que Je » demeurasse plus entre vos mains.» Quel étoit donc le charme qui les séduisoit? Sa valeur et'sa vertu. C'étoit l'komme du monde le plus laid: la reine d’Angleterre elle-même fut des premières à donner uné sonime
considérable pour rendre la liberté à l'ennemi de sa nation; sur quoi se jetant à ses pieds pour lui marquer sa reconnoissance : J’ayois cru jusqu'ici, lui dit-il, estre le plus laid homme de France; mais je commence à n’avoir pas si mauvaise opinion de moy, puisque les dames me font de tels présents. Voyez tout le chapitre qui contient ce récit, il fera mieux connoître l'esprit de la Chevalerié que je ne puis le faire dans tout le cours de ces Mémoires,
fs
Lrs tournois toujours dangereux, souvent ensanglantés et quelquefois mortels.',n ’avoient été imaginés que pour tenir continuellement en haleine les gens de guerre, surtout dans les temps où la paix ne laissoit point d'autre exercice à leur courage. L'objet de ces jeux justement appelés ecoles de prouesse , étoit le même que celui de nos camps de paix. On vouloit former de nouveaux guerriers au, maniement des armes, et aux évolutions militaires , fortifier les anciens et les perfectionner de plus en plus.
Dans ces écoles de guerre *, les maîtres mêmes apprenaient à connoitre les talents de leurs élèves, s'entretenoient dans l'habitude du commandement, étudioient avec plus de réflexion les mouvements et les manœuvres, par des expériences. moins périlleuses et moins précipitées que celles qui se font devant l’ennemi : ils s'appliquoient a rendre ces manœuvres plus régulières et plus sûres; ils tâchoient
en même temps d'en inventer de nouvelles,
On fixe communément au onzième siècle l'origine des. tournois; mais on pourroiït la faire remonter jusqu’au temps où les nations ayant commencé à faire la guerre méthodiquement , établirent quelques règles et quelques principes, et lä réduisirent en art : les tournois cgpendant ne doivent être regardés que eomme de foibles images et de légers essais des expéditions militaires et des véritables combats. Ne |
Les entreprises de guerre et de Chevalerie, surtout celles des croisades, étoient annoncées et publiées avec un appareil capable d’inspirer à tous les guerriers, l’ardeur d'y concourir et de partager la gloire qui devoit en être le prix.
L'engagement # en étoit scellé par des actes que la religion, l'honneur et l'amoùr , ou réunis ou séparés , rendoiént également irrévocables. Soit que lori s'enfermêt dans une place pour la défendre ; soit qu'on en fit l'investissement. pour l’attaquer ; soit qu’en pleine campagne on se trouvât en présence de l’ennemi, des serments inviolables et des vœux dont rien ne pauvoit dispenser, obligeoiïent également les chefs ‘et ceux . qu'ils commandoient , à répandre tout leur sang
plutôt que de trahir ou d'abandonner l'intérêt de l'État. Outre ces vœux généraux”, la piété du temps en suggéroit d’autres aux particuliers, qui consistoient à visiter. divers lieux saints auxquels ils avoient dévotion ; à déposer leurs armes. ou celles des ennemis vaincus, dans les temples et dans les monastères ; à faire différents jeûnes, à pratiquer divers exercices de pénitence. La valeur‘ dictoit aussi des vœux singuliers, tels que d’être le premier à planter son pennon sur les murs ou sur la plus haute tour de la place dont on vouloit se rendre maïtre , de se jeter au milieu des ennemis, de leur porter le premier coup ; en un mot, de faire tel exploit, de donner telle preuve d’audace et quelquefois de témérité. Les plus braves chevaliers se piquoient toujours d'enchérir les uns sur les autres, par une émulation qui toujours avoit pour objet l'avantage de la patrie et la destruction de l'ennemi. - | = Le plus authentique de tous les vœux étoit celui que l’on appeloit le vœu du paon? ou du faisan. Ces nobles oiseaux , .car on les qualifioit ainsi, représentoient parfaitement, par l'éclat et la variété de leurs couleurs, la majesté des rois et les superbes habillements dont ces menarques étoient parés pour tenir ce que
l'on nommoit #inel, ou cour plénière. La chair du paon ou du faisan étoit, si l’on en croit nos vieux romanciers, la nourriture particulière des preux et des amoureux. Leur plumage avoit été regardé par les dames des cercles de Provence, comme le plus riche ornement dont elles pussent décorer les troubadours*; elles en avoient tissu les couronnes qu’elles donnoient comme la récompense des talents poétiques consacrés alors à célébrer la valeur et la galanterie. Enfin, selon Mathieu Paris, une figure de paon servoit de but aux chevaliers qui s'exercoient à la course des chevaux et au maniement de la lance.
Le jour donc que l’on devoit Sn l'engagement solennel, un paon ou bien un faisan, quelquefois rôti, mais toujours paré de ses plus belles plumes, étoit apporté majestueusement par des dames ou par des demoiselles, dans un grand bassin d'or ou d'argent, au milieu de la nombreuse assemblée de chevaliers convoqués. On le présentoit à chacun d'eux, et chacun faisoit son vœu sur l'oiseau; ensuite on le reportoit sur une table, pour | être enfin distribué à tous les assistants. L'habileté de celui qui tranchoit consistoit à le partager de manière que tous pussent en avoir.
SUR L'ANCIENNR CREVALERIE. 159
L'auteur de l'ouvrage intitulé les Vœux du Paon, qui, tout romancier qu’il est, n'avance rien en cela que de vraisemblable, nous apprend que les dames ou demoiselles choisissoient un des plus braves de l'assemblée pour aller avec elle porter le paon au chevalier qu’il'estimoit le plus preux. Le chevalier choisi par les dames mettoit le plat devant celui qu'il croyoit mériter la préférence , coupoit l'oiseau et le distribuoït ? sous ses yeux. Une distinction si glorieuse , attachée à la plus éminente valeur, ne devoit s’accepter qu'aprés une longue et modeste résistance. Ainsi que les chevaliers admis dans l’ordre du Saint- Esprit protestent qu'ils n’en sont point dignes, le chevalier à quion déféroit l'honneur d'étre reconnu pour le plus valeureux, paroissoit toujourscroire qu'il l'étoit moins que personne. Pour satisfaire pleinement le lecteur sur le détail de cette cérémonie singulière ; je vais.la rapporter en abrégé telle qu'on la fit à Lille, en 1453, à la cour de Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, pour la croisade contre les Turcs qui venoient d'achever la conquête de l'empire d'Orient par la prise de Constantinople. Mathieu de Couci et Olivier de la Marche ‘°, témoins oculaires de cette fête, nous en
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ont laissé une ni à LS très-ample et très détaillée. | |
‘ Le temps nécessaire pour les apprêts el pour attendre les chevaliers, s’étoit passé en divers festins donnés par les principaux seigneurs : le dernier fut celui du duc de Clèves, où l’on proclama le banquet dé son oncle le duc de Bourgogne, qui devoit se donner dixhuit jours après, suivant la coutume. Par un degré fait exprès, ‘une dame monta sur la table où le duc de Bourgogne avoit pris place , se mit à genoux devant lui et posa sur la tête de ce prince un chapelet, c'est-à-dire une couronne ou guirlande de fleurs. L” usage d'offrir dans les ne un bouquet à la personne qui doit donner le bal suivant, est apparemment -un reste de l’ancienne coutume.
Cette première cérémonie fut l'annonce des hauts mystères de religion et de Chevalerie qui devoient se ‘manifester dans le banquet où le duc de Bourgogne réunit toute sa cour et toute la noblesse de ses États.
Enfin le jour du banquet arriva. Si la ma-— gnificence du prince fut admirée dans la multitude et l'abondance des services, elle éclata surtout dans les spectacles connus alors sous le nom d’entremets ‘‘, qui rendirent la fête
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 161 et plus amusante et plus solemnelle: On vit pa: roître dans la sale diverses décorations , . des machines; des figures d'hommes et d'animaux extraordinaires, des arbres; des montagnes; des rivières ; une mer , des vaisseaux. Tous ces objets entremélés de personnages, d'oiseaux, et d'autres animaux vivants ; étoient en mous vement dañis la salle ou sur x table, et reptésentoient des actions relatives au dessein que le dac avoit formé. C'étoient les fêtes du pajais d'Aleine de notre ancienne cour. On ne peut imaginer sans étonnement quelle devoit étre l'étendue de eette salle qui eontenoitune table si spacieuse , ou plutôt un vaste théâtre, avec tout le terrain nécessaire pour faire mouvoir tant de machines et tant de pérsonnäges, sans comptér la multitude des convives et la foulé des spectateurs... ‘ - : | |
Tout-à-coup entra ha géant a: armé en. $ars rasin de Grenade et à l'antique; fl condaisoil un éléphant qui portoit un château dans lequel étoit une dame éplorée et vêtue de longs habits de deañ ; en forme de religieuse où de femme dévote. Quand elle se vit dans la salle , au milieu de l'assemblée; elle récita un trislet pour ordonrier au géant d'arrêter; maïs celui-ci, {a regardant d'un œil fixe, continua sa marche