‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 33 sur 57 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

jusqu'à.ce qu'il fût arrivé devant la table du duc. Dans ce moment la dame captive qui représentoit la religion, fit une longue complainte en vers sur les maux qu’elle: souffroit saüs la tyrannie des infidèles; elle se plaignit de la lenteur de ceux qui devoient la secourir et la délivrer. Cette lamentation finie; Toisond'Or (roi d'armes de l’ordre de la Toison), précédé d’une longue file d'officiers d'armes, portant sur le poing un faisan en vie; orné d’un colier d'or enrichi de-pierreries et de perles, s’'avança vers le duc de Bourgogne et lui présenta deux damoiselles, dont l'une étoit Yolande, fille bâtarde de ce prince , et l’autre Isabeau de Neufchätel, fille du seigneur de Montaigu , chacune accompagnée d'un cheva- .

lier de la Toison-d'Or. En même temps le roi d'armes offrit au duc l'oiseau qu'il portoit, au

. nom des mêmes dames qui serecommandoient à

la protection de leur souverain: 4fin; disent les auteurs de la relation, de se conformer aux anciennes coutumes, suivant lesquelles dans les grandes fêtes et nobles assemblées on présente aux princes, seigneurs et. nobles hommes un paon, ou quelqu'autre noble oiseau, pour faire des vœux utiles aux dames et damoiselles que

implorent leurassistance. Le duc, après avoir

attentivement écouté la requête du roi d’armes, lui remit un billet dont la lecture fut faite à haute voix, et qui commençoit par ces mots : Je voue a Dieu mon créateur tout premièrement, et a la très-glorieuse PV tergé sa mère, et après aux dames et au faisan, etc. Le reste contenoit des promesses authentiques de porter la guerre chez les infidèles pour la défense de TÉglise opprimée. Mathieu de Couci et Olivier de la Marche ne laissent point se retirer la dame et son cortége sans expliquer tous ces personnages allégoriques, et le château qu'ils disent être le château de la Foi. Le vœu du duc fut un signal auquel toute sa cour répondit par d'autres vœux diversifiés à l'infini : chacun tendoit à signaler son courage contre les Turcs par quelque exploit rare et singulier, soit seul, soit avec un autre chévalier qui faisoit le même vœu, peut-être en vertu de quelqu'une des associations ou fraternités d'armes dont nous parlerons dans la suite. Tous s’imposoient des pénitences arbitraires, qu’ils juroient de continuer jusqu’à l’entier accomplissement de leur vœu. Les uns, par exemple, devoient ne point coucher dans un lit; les autres ne point manger sur nappe; ceux-ci s'abstenir de viande ou de vin certains jours de la semaine; ceux—

164 - > MÉMOIRES, . | là ne porter jamais certaine partie de. leur armure ,; Ou la porter jour et nuit ,:et quelques autres. ‘se, vêtir . d'étamine ou de haire, etc. " La conclusion des vœux fut célébrée: par un nouveau spectacle. Une dame vêtue de blane en habit de religieuse;'et portant sur son épaule un rouleau. dans lequel étoit écrit en lettres d'or Gréce-Dieu, vint remercier l'assemblée ; et présenter douze dames conduites parautant de chevaliers. Ces dames , qui figuroient diffé rentes vertus, dont chacune portoit son nom sur l'épaulé dans un billet ou brevet, devoient être les compagnes du voyage pour en assurer le succes. Elles passérent successivement en revuè, et présentérent l’une après l’autre leur brevet à Grâce-Dieu qui en faisoit lecture, et récitoit à chaque fois un couplet de huit vers. I n'est. point hors de propos de les nommer ici, pour faire éncore mieux connoître quelles vertus constituoient le véritable et parfait chevalier : foi, charité, justice, raison, prudence, tempérance , force, vérité, largesse , diligenee , espérance et vaillance étoient leurs noms; et toutes enfin commencèrent à danser en guise de mommeries et à : faire bonne chère pour remplir et rachever plus joyeusement la féte. :

1 est des siècles où les hommes ont betoin d'objets sensibles pour êtré réinués et excités à bien faire; et peut-être n ‘en est-il | point où ils n’en afent besoin. L'hâbileté consiste À met* tre en œuvre les moyens qui conviennent Île hieux à l'esprit du siècle et au caractère de la nation.: Tout l'appareil des cérémonies qu'on viént de voir, étoit le mobile alors. iécessaire | pour déterminér les chevaliers, que les rapides. “conquêtes des Turcs et les anciens malheurs de nos croisades aurôient peut-être découragés.

Si des causes particulières firent échouer l’entreprise en forçant l'armée de s’arréter, sa. marche rapide vers les contrées des infidèles n’en prouve pas moins quel courage inspiroit l'honneur de la Chevalerie , et quelle avoit été l'ârdeur de tant de braves convives.

S'il se faisoit plus de chevaliers D Lit Ja guerre que pendant la paix, en temps de guerre la Chevalerie se conféroit d’une manière plus expéditive et plus militaire. On présentoit son épée paï la croix ou la garde, au prince ou au général de qui on vouloit recevoir l'accolade ; c'étoit tout le cérémonial. Peut-être même n'exigeoit-on souvent d'autres titres que lés titres personnels d'une valeur reconnue ; peut-être aussi cette espèce de

166 | MÉMOIRES Chealerie ne donnoit- elle que des droits et des priviléges attachés à la personne, et qui ne passoient point des pères aux enfants; et sans doute elle n’imposoit point l'obligation de préterserment. | un

Il n’arrivoit point à la guerre d'événement de quelque importance qui ne fütou précédé ou suivi d'une promotion de chevaliers. L'entrée ‘* ou le débarquement des armées et des flottes dans le pays ennemi; les marches, lés-retraites, les partis envoyés en avant , le passage des ponts et des rivières, l'attaque et la défense des places ‘*, de leurs faubourgs, des palissades, des barrières, des châteaux, des donjons ; les sorties , les embuscades , les chocs, les rencontres ou les batailles '#, £ant sur terre que sur mer, toutes Ces re de la guerre suscitbient continuellement à l’État de nouveaux défenseurs, sous le titre de chevaliers, qui leur étoit accordé comme un gage du désir qu'ils avoient de répandre leur sang, ou comme le prix de celui qu'ils avoient répandu.

Il seroit difficile de décider quelles promotions ont produit de plus beaux faits de guerre, ou celles qui suivirent les combats ‘‘, ou celles qui les précéderent, et auxquelles on donna la préférence du temps de Brantôme; mais on

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peut juger à quel prix on méttoit la Chaine par le trait que je vais rapporter. : .

Édouard, roi in LT , qui se trouvoit en personne à la bataille de Créci, en 1346 , pressé d’envoyer-un prompt secours au prince de Galles son fils, âgé de treize à quatorze ans, que les ennemis enveloppoient .et serroient de toute part : Est-il donc mort, demanda-t-il ; ou renversé, ou tellement blessé qu'il ne puisse plus se défendre; et comme celui que l’on avoit dépéché vers le roi, l'assura que le jeune prince vivoit encore, mais qu'il étoit dans le plus pressant danger :-Or retournez devers lui et devers ceux qui vous ont envoyé, répondit le roi, et leur dites de par mor qu'ils ne m'envoyent meshui quérir hi requére pour adventure qui leur advienne; tantque mon fils soit en vie, et leur dites que je leur mande qu’ils laissent gagner à l'enfant ses éperons ; c'étoit la Chevalerie qu'il venoit de recevoir ; mais je veuil, ajouta-t-il, se Dieu l’accorde, que la journee soit sienne et que l’honneur luÿ en demeure. | | | Les avantages sensibles qu'on retiroit de ces promotions les rendirent très -fréquentes et très-nombreuses. Plusieurs centaines de chevaliers furent créés du temps de Charles VI

au siége d'une seule place; et le règne de Charle VIT, règne fécand: en événements, fit naitre encore un.peuple de chevaliers. À mesure que nous gägnions du terrain sur les Anglois ; et que nous les forcions de rendre les places qu'ils avoient usurpées, ils ajautoienf aux articles de chaque capitulation Ÿ 4 Que si, dans un terme marqué, il venoit une armée pour défendre la place, on seroit obligé de recevoir bataille et que la place resteroit au parti xainqüeur. Tandis que nos gendarmes en ba taille attendaient -de pied ferme cette armée, les chevaliers se multiplioient’à l'infini dans la: même journée. C'est à.la Chevalerie ‘1 que nous fümes redevablés du recouvrement de nos provinees : jamais elle ne fut plus en hon— peur parmi nous; jamais aussi la gloire du nom français ne fut portée à un plus haut degré.

. La France et l'Angleterre silong-temps ennamies virent souvent alors, méme dans le temps dé trèves ou de paix, leurs champions prendre les armes les uns contre les autres, non pour défendre ni pour attaquer des villes et des provinces, mais pour-un intérêt qui leur étoit encore plus sensible, pour soutenir la prééminence de valeur sans cesse disputée entre les deux nations. On vit des duels au des combats.

SUR L'ANCIBNNE CHEVALERIE. 469 particuliers, à nombre égal, de plusieurs che. valiers et écuyers françois contre des Anglois ou des Portugois qui, abusant du prétexte de combattre’ pour l'honneur des dames, prenoient parti dans la querelle de ceux-ci. Ces défis furent souvent térntinés à notre avantage, mais toujours de part et d'autre à à l'honneur de la Chevalerie . : de La gloire que notre nation s’est.acquise dans ces combats, fut celle de quelques chamipions particuliers de la Chevalerie ; mais il faut. faire voir les communs efforts que "ft le corps entier de cette milice pour l’honneur et la défense de l'État. Loin de vouloir m'arréter. au temps heureux de ses succès et de sa plus grande splendeur, j je choisirai exprès; pour agir avet le moins de partialité que je pourrai, ces temps . malheureux de notre histoire, .où nos ennemis iroient eux-mêmes choisir les preuves les phis triomphantes pour décider de la supériorité dé leurs armes sur les nôtres. Je parle des régnes du roi Jean et des trois Charles sès successeurs. Notre Chevalerie qui n’eût peut-être jamaïs été vaincue, si elle ne s'étoit pas toujours crue invincible, apprit à Poitiers que la prudence et la sagesse ne sont pas moins nécessaires à ‘la | guerre que dans les conseils. Le roi demeura

long-temps prisonnier avec plusieurs princes de son sang. Les membres séparés de leur chef resterent presque sans mouveinent ; ou s'ils se ranimèrent, divisés entre eux, ils n'opposèrent qu'une foible résistance à l'ennemi commun:

enfin tout sembloit concourir à la destruction totale de la-Chevalerie. Une faction connue sous le nom de la Jacquerie , d'abord formée dans le Beauvoisis, s’étendit dans les provinces, et se ligua pour porter les derniers coups à cêt illustre COTPS. -

Plus de cent mille paysans armés, résolus d’exterminer la noblesse, ravageoient les terres , brüloient les châteaux , faisoient main basse sur les cheyaliers, sur les écuyers, sur les gentilshhommes, sans épargner les femmes niles enfants. Leurs troupes grossissoient à mesure qu'ils se répandoient dans les campagnes. Pour mieux signaler une haine invétérée contre tous les nobles, et comme pour insulter à la douceur et. a l'humañité de la Chevalerie , ils érigèrent en vertu la férocité la plus brutale, et la plus barbare inhumanité.

: La duchesse de Normandie, femme du régent, la duchesse d'Orléans et trois cents dames et damoiselles étoient à Meaux avecle duc d’Orléans, et ne s'y trouvoient plus en sûretc. Quel-

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 171 ques détachements de ces furieux, joints par d’autres accourüs de Paris et des environs, se croyoient sûrs de partager-une proie qu'il sernbloit impossible de leur enlever. Les habitants: avoient ouvert leurs portes, et de concert avec les factieux, ils avoient réduit les dames à se retrancher dans le terrain appelé le Marché de Meaux, poste séparé du reste de la ville par la rivière de Marne. Le danger étoit extrême ; il n’y avoit point d’excès qu'on ne dût attendre de ces bandes effrénées, que rien n'ärrétoit, et par qui rien n'étoit respecté. Le comte de Foix et le captal de Buch qui, dans ces circonstances, revenoient alors de la croisade de Prusse, apprirent ces funestes nouvelles à Châlons. Bien qu’ils n’eussent que soixante lances, c'est-à-diré, soixante chevaliers et leur suite ordinaire ; sur-le-champ ils prennent la résolution d'aller se joindre au petit nombre de ceux qui défendoient. la forteresse de Meaux. L'honneur des dames ne permet pas au comte de Foix de réfléchir sur le danger, ni au captal de Buch de penser qu'il étoit Anglois: il profite avec empressement de la liberté que les trèves entre la France et l'Angleterre lui laissent de suivre des sentiments plus forts dans le cœur des chevaliers que toutes les inimitiés na-

173 7 MÉMOIRES | tionales. L'un et l'autre étoient dans la place auprès du duc d'Orléans, lorsque les J acquiers rassemblés se disposent de toutes parts à faire un commun effort pour recueillir le fruit de

tous leurs forfaits et pour y mettre le comble. Nos braves chevaliers et leur suite n’avoient d'autre ressource Apparente qu'uné mort certaine, ni d’autres remparts à opposer aux re— belles que la bannière du duc d'Orléans, celle du comte de Foix et le pennon du cata Ils se font ouvrir les portes et marchent fièrement aux ennemis. À cet aspect la frayeur saisit les troupes de la Jacquerie ; les chevaliers se font : . jour à travers leurs rangs ébranlés , leur tuent sept mille hommes et reviennent triomphants auprès dès dames : mémorable journée, également glorieuse pour les héros et pour les dames, dont le courage avoit encore ranimé leur valeur.

“Enguerrand de Couci poursuivit de tous côtés les restes épars de tes. brigands; il acheva de dissiper et d'éxterminer une faction qui avoit juré la perte de toute la noblesse françoise, et par conséquent la rüiné de l'État.

Charles V, instruit de l'utilité de la Chevalerie par les expériences qu'il en avoit faites pen- ‘dant qu'il gouvernoit le royaume en qualité de

SUK L'ANCTENNE CHEVALERIE. 173 régent ; ne négligea pot ; lorsqu'it fut monté sur le trône, uneinstitation si capable de faire prospérer les grands projets de :sa politique. Ses ordonnaness militaires, secondées par les soins et par l'exemple dù brave Duguesclin ; firent bientôt revivre, dans le cœur de là noblesse, et dans les armées, Pancien esprit : et l'ancienne discipline de la Chevalerie, et bien tôt ce prince éprouva ce que peut une milicé bien réglée. On le vit envoyer tout àla fois plusieurs armées dans différentes provinces de son royaume qui n’éioit, pour ‘ainsi dire, qu'un seul et même champ de bataille par la multitude ‘d’ennemis dont il étoit inondé. Le mo narque; avec. l'élite de ses guerriers ,: dont . forme: une cinquièrre armée , ou platôt un corps de réserve, se tient au centre, prét à porter un prompt secours partout où il seroit nécessaire : il est l'ame qui dirige tous les mouvements de ces différents corps; il leur inspire la confiance etremet dans tous les cœurs francois une nouvelle ardeur. Cette conduite si sage , si ferme et si bien odonnée, reçut la récompense qu'elle méritoit : quelques campagnes æe laissent à nos ennemis qu’ün hameau ou. quelque poste dans chacune des provinces dont ils avaient été entièrement les maîtres. La

prudence rend aux François ce que leur i im prudence leur avoit fait perdre : la Chevalerie reprend un nouveau lustre, et le monarque acquiert de plus en plus le surnom de sage , titre sublime pàr sa simplicité.

Si nos chevaliers s’illustrèrent par leur courage sous le règne de Charles V, et délivrèrent la. France des calamités dont elle étoit accablée, ils n’acquirent pas moins d'honneur au commencement du règne de Charles VI » par leur activité, par leur vigilance en prévenant les malheurs dont elle étoit menacée dès-lors, et qui devoient infailliblement entraîner la ruine de l'État. Mais le vulgaire, souvent prodigue d’ éloges pour les héros que leurs conquêtes ont rendu-célébres, est peut-être trop réservé pour. Ceux qui ont su détourner les orages, ou du moins en arrêter les suites et les funestes progrès. |

Pour concevoir'une idée plus; juste des services essentiels que notre Chevalerie rendit à l'État du temps de Charles VI il suffit de réfléchir sur la situation où le royaume se trouvoit * lorsque ce prince monta sur le trône. .

Charles VI, à peine ‘sorti de l'enfance, vit les Gantois, peuple formidable par sa multi tude et par. sa fureur, s'armer contre 6 comte

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 175 de Flandre, leur seigneur légitime, dont le roi étoit le suzérain , et s'appuyer de l'alliance du roi d'Angleterre , en lui promettant de faire valoir'ses droits chimériques sur l'empire francois. Charles soutenu de ses chevaliers vole au secours de son vassäl, attaque, rompt et met en fuite. les bataillons ennemis qui laissent sur la place vingt-six mille de leurs morts: il revient aussitôt, et grâce à la contenanceassurée, à l'inébranlable fidélité de la Chevalerie, il étouffe dans sa naissance une sédition dont le feu s’allumoitau cœur du royaume , Où la po— pulace, pour lever l'étendard de la révoite, n'attendoit que les premiers succès du soulèvèment des Pays-Bas.

Des commencements si glorieux promettoient à l'État un règne paisible, et l'amour qu'on portoit au prince, et qui ne se démentit jamais, étoit pour le peuple comme un gage presque certain d’une prospérité dont rien ne pourroit arrêter le cours.Néanmoins la division de nos princes qui sembloient ne pouvoir être vaincus que par eux-mêmes, en les armant les uns contre les autres pendant les tristes temps de la maladie de Charles VI, annonçoit encore à l'État de nouveaux malheurs. L'autorité que donnent toujours à nos rois le respect et l’at-

tachement pour leur personne, suspendit', pendant quelques intervalles, les cruels effets de nos dissensions , taht que ce prince respira, Sa mort enfin plongea la tation dans le .funesté abîme de. calamités dont les cœurs françois avaient frémi depuis si long-temps. Ils virent le sceptre passer dans des mains étran- gères, l'héritier légitime dépouillé de ses droits, réduit à une seule ville de sonroyaume,n/ayant plus qu'une ümbre d'autorité ,manquant presqué du nécessaire, et presque dans le cas de porter envie à la fortune des simples particuliers. Qu'étoit donc devenue la Chevalerie ? Ses malheurs et son désespoir l'avoient fait tomiber, elle et. le monarque , däns un abattement presque léthargique.Une dame ranime Charles assoupi ; une autre en habit de guerre se mont tre à la nation. Les dames, dont la Chevalerie avoit jusque-là défendu Phonneur, lui rendirent à elle-même celui qu'elle avoit perdu. Au signal d'üne fille armée ,; les François croient voir l’image dela Chevalerie ressuscitée ; tout se range sous ce drapeau,laChevalerie reprend . vigueur, les usurpateurs sont chassés, le roi triomphant rentre dans tous ses droits, et la ation recouvre son légitime souverain. , Le soin que nos rois, Charles V, Charles VI

et Charles VII avoient pris consécutivement de veiller à la conservation de leur Etat et à la défense de leurs sujets, avoit passé de race en race jusqu'à eux; ils le transmirent à la plupart de leurs successeurs : car il n’en est presque aucun qui, souvent au péril de sa vie, n’ait pris les armes, soit pour délivrer son peuple des ennemis domestiques et des vexations des seigneurs particuliers , soit pour repousser les efforts des puissances qui vouloient * envahir les domaines de la France. Les chevaliers, fideles soutiens du trône, furent les compagnons inséparables de ces travaux continuels. Au e

La Chevalerie , toujours protégée par nos rois, qui lui servirent toujours et dé guides et de modèles, mit- elle seule ce royaume dans l'état florissant où nous le voyons; en sorte que si nous voulions fäire l’histoiré des triomphes de notre Chevalerie, il faudroit ici répéter tout ce qu'on lit dans les fastes de notre nation. Les autres corps de milice contribuèrent foiblement à la gloire de nos armes.

Quelques archers qui, pour l'ordinaire, valoient encore moins que ceux de nos ennemis; des communes nombreuses, très-mal disciplinées, encore plus mal aguerries, ne rendoient

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