‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 34 sur 57 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

presque d'autres services que d’égorger et de dépouiller les troupes que la Chevalerie avoit vompues , enfoncées et mises en fuite. C'étoit donc elle, proprement, qui portoit seule tout le poids de la guerre de campagne, et qui faisoit ét soutenoit les siéges, toujours également prête à combattre à cheval où à mettre pied à terre, pour forcer: des retranchements et pour inonter à l'assaut. a l:Dans ees occasions les chevaliers. faisoient usage de tout ce qu'ils avoient appris par un exercice continuel, dans les différentes espèces de téürnois, qui représentoient toujonrs une action militaire ‘’, et quelquefois même les attaques des places. Les tournois de ce genre étoient'eeux qu'on appeloit castilles, mot qui subsiste encore dans le langagepopulaire pour signifier une querelle, ün différend. Je n'oserois assurer que l’on y creusàt, comme! dans les siéges véritables, ces routes souterraines tracées d’un côté par les assiégeants pour renverser les tours et’ les remparts de la place, et de l'autre par les assiégés, pour rendre le travail inutile. Ce qu'il y a de sûr, c'est que l’on regardoï les inines comme une carrière d'au tant plus noble que le péril étoit plus-certain ; on sy BEÉCIpROIE à lenvi, pour. mériter ou

pour obtenir le titre de chevalier. En 13838. le duc de Bourbon assiégeant le château de Verteuil dans l'Angoumois, fit ouvrir une mine dans laquelle il combaîttit long-temps à l'épée contre un éeuyer qui commandoit, dans l’absence du Capitaine. Ils s'étoient porté plusieurs coups , lorsque l'écuyer entendant crier Bour-’ ken, Bourbon, notre Dame ( c'étoit le cri ou enseigne du duc ), apprend avec étonnement qu'il est aux mains avec le prince : il recule par respert ; touché de l'honneur qu’il vient de recevoir, il rend les armes, remet les elefs de la place, est fait chevalier par cet illustre ennemi, contre lequel il promet de ne s'atmer jamais. L'histoire parle souvent de ces combats souterrains ; mais elle ‘n’en rapporte point d'exemples plus mémorables que celui da siége de Melun, en 1420: « Comme on disoit ( ce ». sonf les propres termes de Juvénal des Ur- » sins ) qu'en mines se faisoient les vaillantes +. Armes, On fit savoir que s'il y avoit personne » qui voulüt faire armes, qu’il y vint. » Plusieurs chevaliers et écuyers se présentèrent pour combattre. seul à seul, ou deux contre deux dans ceite mine : elle étoit étroite et si tortueuse: qu'on 'ne pouvoit y manier aisé— ment la hache d'armes; il falloit en couper

le manche pour laccourcir : « Là ne pouvoit- » on prendre l’un à l’autre; car il y avoit un » gros chevron'au travers dela mire de hau- » teur jusqu'à la poitrine, et il étoit deffendu » que nul ne passät par dessus ne par dessous.» Des flambeaux et d'autres lumières éclairoient les hauts faits d'armes, qui autrement eussent été ensevelis dans ce lieu ténébreux. Le roi d’Angléterre et le duc de Bourgogné firent plusieurs chevaliers , et « de grands seigneurs, » lesquels vaillamment s’étoient portés au fait » des armes, qui avoient été faites en ladite » mine; et sonnoient, à Ce sujet, trompettes » et ménestriers en leurs siéges, et faisoient » une grande joie. » Le seigneur de Barbasan qui commandoit dans la place, n’en ayant pas un assez grand. nombre, y suppléoit par

les cloches de la ville.

Les écuyers qui s'étaient distingués dans les actions militaires recevoient la Chevalerie, L'espoir de cette glorieuse récompense enfantoit tous les jours des prodiges de valeur; mais la politique avoit imaginé sagement une autre espèce de récompense pour les chevaliers mêmes dont l’ardeur se seroit peut-être ralentie s'ils n'eussent eu-rien à espérer.-On proposoit dans chaque armée un prix pour celui

qui, dans une bataille, ou dans un siége, auroit le mieux fait , selon le rapport des hérauts d'armes, chargés d'examiner les combattants dans toutes les circonstances de l’action, suivant le témoignage non équivoque de toute l'armée, au jugement des princes et des généraux. :

Le-prix de la valeur ** ëtoit én usage partout où la Chevalerie avoit étendu ses loix : si, de tant d'exemples que je pourrois alléguer , je

cite par préférence ceux.que nous offre l’histoire d'Édouard IIL, roi d'Angleterre , et du prince de Galles son fils, surnommé le Prince noir, C’est que ces exemples me paroissent, en méme temps, les plus mémorables et les plus propres à faire connoître les formalités de cette sage institution. ’

Ces deux princes, il est vrai; furent plus redoutables adversaires que notre nation ait eu à combattre; maïs mos anciens chevaliers françois, te de la vertu , même dans leurs ennemis, n’auroient point désavoué les éloges que nous pourrions leur donner; puisque Edouard et son fils ne durent leurs succès qu’à leur zèle pour la Chevalerie. D'ailleurs, que.nous importe d’où nous empruntions nos exemples ? Nous pouvons dire, sans rien ha-

182 L MÉMOIRES sarder, que toutes les vertus héroïques qui régnoient alors dans les États chrétiens, étoient l'ouvrage de la Chevalerie , et qu'elles appartenoient également à tout l'ordre deschevaliers. . Édouard III eut la générosité de couronner un ennemi qui ne l'avoit point ménagé. En 1347 le calme sembloit régner entre les François et les Anglois»sur la foi d'une trève, lorsque le seigneur Geoffroi de Charni, qui commandoit à Saint-Omer, peu fidele aux devoirs Les plus essentiels d'un loyal chevalier, et poussé d'un zele indiscret pour les intérêts de sa p&trie, osa former; sans l’aveu du roi, le dessein de surprendre Calais. Édouard averti de ce projet passe la mer, presque seul, avec son fils le prince de Galles: à peine est-il arrivé qu'il se range sous la bannière du seigneur de Mauni, son sujet, auquel il avoit donné le commandement, et marche contre les François rangés en bataille aux portes de la ville, dont ils se croyoient déjà les maîtres. On s'attaque de part et d’autre avec une égale ardeur dans l'obscurité de la nuit, et le roi vient aux mains avec Eustache de Ribaumont, fort et hard chevalier, qui deux fois l’abbat a genoux. Le monarque se relève toujours, et prenant enfin le dessus, il force ce redoutable ennemi de lui

remettre son épée et de se rendre. Le lendemain matin les Anglois vainquéurs rentrèrent dans la ville avec. les principaux seigneurs françoisqu'i 'ilsavoient faitprisonniers. Édouard voulut, dès le soir même, célébrer. sa victoire et. Ja solemnité du jour, c’étoit. le premier de l'année 1348 : il donna donc à souper à seg Chevaliers, après les avoir revétus de robes neuves , aussi bien que les François. « Le rai » s’assit, » ajoute Froissart, dont je vais copier les termes, «le roi s'assit et fit seoir ces »' chevaliers ( françois ) delez lui moult hono- » rablement et lés servit du premier metz, lé » gentil prince de Galles et les. chevaliers » d'Angleterre, et au second metz, ils s'en » allérent seoir à une autre table... Quand » l’on eut soupé l’on leva les tables : si de- » moura le roi en sa salle entre les chevaliers » françois et anglois, et étoit à nu chef et » portoit un chapelet de fines perles sur son » chef: si commença Je roi d'aller de lun » à l’autre. » Après avoir fait au seigneur de Charni, chef de l'entreprise des François, quelques reproches mélés d'une. plaisanterie. douce et enjouée , sur le dessein qu'il avoit eu: de lui enlever Calais, « vint le roi à messire » Eustache de Ribaumont : Vous êtes le che-

valier au monde que veisse oncques plus vaillamment assaillir ses ennemis, ne son

corps défendre, ni ne me trouvai oncques . en bataille où je veisse quitant me donnast

affaire corps à corps que vous avez huï fait ; si vous en donne le prix sur tou les cheva-

» liers de ma court par droite sentence. Adonc

print le roi son chapelet qu'il portoit sur son chef (qui étoit bon et riche) et le meist sur le chef de monseigneur Eustache, et

» “dit : Monseigneur Eustache, je vous donne » ce chapelet pour le mieux combattant de la » journée de ceux du dedans et du dehors, et.

vous prie que vous le portez cette année

pour l'amour de moi. Je sai que vous êtes

gaiet amoureux, et que volontiers vous trou-

vés entre dames et damoiselles, si dites par tout où vous irez que je le vous ai donné.

Si vous quite votre prison, et vous en pouvez partir demain s'il vous plaist.».

Ne craignons point encore de rappeler une

journée beaucoup plus funeste à la France, et néanmoins toujours honorable à la Chevalerie, comme ‘au prince malheureux qui fut la vietime de $a propre Yaleur. On sait quels horineurs le prince de Galles rendit, après la bataille de Poitiers, au roi Jean son prisonnier;

avec quels témoignages de respect et de vénération il refusa constamment de s’asseoir à la table de ce monarque : « Il m'est advis, lui dit-

il, pour le consoler des disgrâces du sort,

que avez grand raison de vous éliesser, combien que la journée ne soit tournée à vostre gré; car vous avez aujourd'hui conquis le haut nom de prouesse , et avez passé aujourd’hui tous les mieux faisants de vostre

costé: je ne le die mie, cher sire, pour vous louer ; car tous ceux de nostre partie qui ont veu les uns'et les autres, se sont, par -pleine conscience, à ce accordez, et vous . én donnent le prix et chappelet. »

Ajoutons: encore ce récit d'Olivier de la

Marche. En 1452 le duc de Bourgogne, après une escarmouche très-rude entre ses troupes et les Gantois révoltés, où se distinguerent plusieurs seigneurs, entre-autres le seigneur de alain; le duc de Bourgogne, dis-je, « qui

DE

‘bien sçavoit que ses gens avoient eù à souf-

frir, les attendit au boulevart outre la rivière , et là fit apporter son souper, et sou— pèrent avec lui les chevaliers qui. avoient été à la journée, etfit seoir messire Jacques de Lalain emptès de lui-et au dessus de lui, etdist qu’il vouloit tenir les bonnes etancien-

186 | MÉMOIRES » nes Coustumes, qui estoient que l’on devoit » honnorer le meilleur chevalier du jour. »

Comme la Chevalerie s'étoit toujours étu+ diée à présenter, dans les tournois, un tableau fidèle des -travaux et des périls de la guerre, elle avoit toujours conservé, dans la' guerre méme, une image de la courtoisie et de la galanterie * qui régnoit dans les tournois. Le désir de plaire à sa dame-et de paroître digne d'elle étoit pour un chevalier , dans les véritables combats,.comme dansles combats simulés, un autre. motif qui le portoit aux actions héroïques, et mettoit le comble à son intrépidité. Combien de fois ne vit-on pas à la guerre des chevaliers prendre les noms de poursuivants *’ d'amour, et d’autres titres pareils, se parer du portrait, de la devise ** et de la livrée de leurs maïtresses , aller sérieusement dans les siéges, dans les escarmouches et dans les batailles offrir le combat * à l'ennémi, pour lui disputer lavantage d'avoir une dame plus belle et. plus vertueuse que la sienne, et de l’aimer avec plus de passion.

Prouver la supériorité de sa valeur, c’étoit alors prouver l'excellence et la: beauté de la dame qu'on sérvoit, et de qui l’on étoit aimé : on suppesoit .que là’plus belle .de toutes les

dames ne pouvoit aimer que le plus brave de tous les chevaliers ; et le parti du vainqueur trouvoit toujours $on avantage dans cette heureuse supposition. Mais le pourroit-on croire, si l'on n'étoit appuyé ‘sur le témoignage des historiens comme sur les romanciers, pourroiton se persuader que des assiégeants et des xssiégés, -aw fort de Paction, aient suspendu leurs hostilités pour laisser un champ libre à dès écuyers qui vouloient. immortaliser la beauté de leurs dames, en combattant pour elles ? C'est néanmoins:ce qu’on vit arriver au siége du château de Touri en Beauce, suivant Froissart, S'imaginera-t-on aisément encore que dans le feu d'une guerre très-vive des escadrons de chevaliers et d’écuyers françois et anglois, qui s'étoient rencontrés pres de Cherbourg * en 1379,ayant mis pied à terre pour combattre avec plus d’acharnement, arrétérent les transports de leur fureur pour donner à l’un d'entre eux, qui seul éteit resté à cheval, le loisir de défier celui des ennemis qui seroit le plus amoureux? Un pareil défi ne manquoit jamais d'être accepté. Les escadrons demeurérent spectateurs immobiles des coups que. se portoient les deux amants ; et l'on n'en vint aux mains qu'apres avoir vu lun d'eux

payer de sa vie le titre de serviteur qu'il avoit peut-être obtenu de sa dame. Les héros grecs sont-ils donc plussages dans Homère, lorsqu’au milieu de la mélée ilss'arrétent tout-à-coup pour se raconter leur généalogie ou celle de leurs chevaux ? Ce combat singulier fut suivi d’une action des plus sanglantes ; et Froissart, pour donner plus de poids à son récit ;ajoute : 4insi alla cestebesongne comme je fu à donc informe:

L'esprit de galanterie, l'ame de ces combats, dont l'histoire nous fournit des exemples sans nombre, ne s’étoit point encore perdu dans les guerres d'Henri IV et de Louis XIV ; on y faisoit quelquefois le coup de pistolet pour l'amour et pour l'honneur de sa dame : au siége d'une place on vit un officier blessé à mort , écrire sur un gabion le nom de sa maitresse en rendant le-dernier soupir.

Outre le prix décerné au plus brave chevalier du'jour, quelquefois au sortir d'un combat, d'un assaut ou d’une autre action, on donnoit aux autres guerriers qui s'étoient signalés, des chaînes d’or * qu'ils pendoient à leur col, et dent les chaînons étoient multipliés à propor-

tion de leur mérite. Je conjecture que des

chaines semblables avoient originairement servi d'attache au bouclier qui se passoit dans

Pr. =

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 1 89 le col : ainsi le présent que l'on faisoit au chevalier lui pouvant être d'usage pour affermir le bouclier qui le couvroit, il semble que c'étoit un gage de l'intérêt que l'on prenoit à la conservation de sa personne. On donna depuis à ce présent une signification allégorique ; on voulut faire entendre à ceux qui le recevoïient, que leur valeur n'avoit. besoin que d'être enchaînée. Par la Pdque Dieu, dit Louis XI, en donnant une chaîne d'or de cinq cents écus au brave Raoul de Lannoi, par la Péque Dieu, mon ami, vous étes trop furieux en un combat : il vous faut enchaïner; car Je ne veux | point vous perdre, désirant me servir de vous plus d'une fois. MM:

C'est ainsi que la politique guerrière des Romains avoit diversifié les bracelets , les couronnes, les colliers et les autres distinctions militaires, suivant les différentes espèces de services rendus à la patrie, et les différents degrés de valeur. |

Celles que l’on accordoit à nos. evaions ; peut-être d’après les Romains, dont il semble que l’on avoit emprunté plusicurs usages, étoient d'autant plus flatteuses qu'ordinairement elles se distribuoient sur le champ. de bataille: dans de telles circonstances elles ne

pouvoient être données à la faveur, à l’intri. gue et à l'importunité. Un mouvement subit d'estime et d’admiration, à la vue des actions éclatäntes, est une sorte d'inspiration infail.lible contre laquelle l'envie n'ose réclamer. Je ferai, dans la suite de ces Mémoires, un article séparé des ‘autres distinctions et des autres récompenses attachées à l’état de chevalier.

-. Ai da politique savoit. habilement mettre en œuvre et l'amour.de la gloire, et celui des dames pour entretenir des sentiments d’honneur et de bravoure dans l'ordre des chevahers., elle savoit aussi que le lien de l'amitié, si utile à tous les hommes ; étoit nécessaire pour ünir tant de héros entre lesquels une double rivalité pouvoit devenir une source de divisions préjudiciables à à l'intérét ‘commun. Cet inconvénient, trop souvent fatal aux États, avoit été prévenu par les sociétés oufraternités d'armes, formées entre les enfants de la Chevalerie. Je crois avoir entrewu que ceux qui J'avoient conférée étoient regardés comme autant. de pères de familles *’; les conseillers ou assistants comme les parrains des nouveaux chevaliers, et ceux-ci. comme les enfants d'un même père. Mais on: voit des. associations plus marquées centre des chevaliers qui

devenoient frères ou compagnons d'armes, comme on parloit alors. L'estime ou la con- #iance mutuelle donnoient la naissance à ces engagements. Des chevaliers qui s’étoient souvent trouvés aux mêmes expéditions, .concevoient l’un pour l’autre cette inclination dont un cœur vertueux ne manque guère d'être prévenu, quand il trouve des vertus semblables aux siennes. Dans le désir de fortifier des hens si naturels, ils s'associoient pour quelque haute entreprise qui devoit avoir un terme fixe, ou même pour toutes celles qu'ils pour roient jamais faire; ils se juroient d'en parta+ ger également les travaux et la gloire, les dan: gers et le profit, et de ñe se point abandonner tant qu'ils auroient besoin l’un de Pautre. : Les fraternités d'armes ** se. contractoient de plusieurs facons différentes : trois chevaliers , suivant le roman de Lancelot du Lac, se firent saigner ensemble, et mélerent leur sang. Cette fraternité n'est point une fiction romanesque , puisque M. Ducange cite plusieurs exemples pareils tirés des histoires étrangères, surtout de celles des pays d’outre- .

mer. Si cette pratique, comme il le dit , étoit barbare, rien n'’etoit plus éloigné de la barbarie que le sentiment qui l'inspiroit. L’historien

192 à MÉMOIRES.

- de Duguesclin parle d’un cœur d’or envoyé par le roi de Navarre à celui de Portugal , lorsqu'ils firent la paix ensemble. On pourroit regarder ce présent comme un symbole d’association, à moins qu’il ne soit relatif au titre de frère, que les souverains se donmoient

‘entre eux. |

D'autres compagnons d'armes imprimoient à leurs serments -les . plus sacrés caractères de la religion: pour s'unir plus étroitement ils baisoïient ensemble la paix que l’on pré-

sente aux fidéles dans les cérémonies de la messe ; quelquefois ils recevoient en même temps la communion. Cependant lorsque le duc de Bourgogne,au mépris d’un engagement si solemnel, eut fait assassiner le duc d'Orléans son frère d'armes, il trouva dans le docteur Jean Petit, un apologiste qui ne craignit point de soutenir qu’en cas d'alliance, de promesse et de confédération d’un chevalier à l’autre, de quelque facon que cela se fasse. s'il arrive qu'il tourne au préjudice de l'un des promettants ou de ses conféderés, de sa femme ou de ses enfants, il n'est point oblive' de la garder ; mais sa proposition ayant été soumise à la dé— cision de l’évêque et de l’université de Paris, fut condamnée d'une voix unanime comme

|erronnée dans la foi et dans les mœurs, et comme ouvrant le chemin au parjure.

L'assistance qu'on devoit à son frère d'armes l'empertoit aussi sur celle que les dames étoient en droït d'exiger. Une demoiselle ayant en vain réclamé la protection d'un chevalier, celui-ci se disculpa en alléguant la nécessité dans la- quelle il s'étoit trouvé pour lors, de-voler au secours de son frère d'armes. Une pareille justification n’auroit pas été reçue s’il avoit manqué à son souverain. Ce que l’on devoit au prince l’emportoit sur tous les autres devoirs: desfrères d'armes de nation différente r'étoient liés ensemble qu’autant que leurs souverains étoient unis ; et si les princes se déclaroient la guerre *, elle entraînoit la dissolution de toute société entre leurs sujets respectifs : excepté ce ças, rien n'étoit plus indissoluble que les nœuds de cette fraternité. Les frères d'armes, comme s'ils eussent été membres d'une même famile, portoient une armure et des habits semblables ; ils vouloient que l'ennemi pût s'y méprendre, et courir.également les dangers dont l’un et l’autre étoient menacés. Charles VIIT, à la bataille de Fornoue, choisit neuf preux dans sa plus brave noblesse, et leur fit prendre .une armure complète, entièrement pa- TOME L, 13

194 MÉMOIRES reille à la sienne. Il trompa, par ce statagème, uné troupe ‘d’ennemis qui , s'étant ligués pour le tuer , le cherchèrent dans tous les rangs, et: crurent le trouver partout où quelqu’ un des neuf preux $e rencontra. L’honneur que le roi fit à cesillustres guerriers , en les choisissant, étois d'autant pus insigne qu'il sembloit être la marque d’une fraternité d'armes avec leur souverain. La conjecture ne paraîtra pas trop hasardée, si l'on considere que les souverains ne dédaignoient point de recevoir la Chevalerie des mains de leurs sujets; plus touchés d’un rang acquis dans l’ordre de la gloire et de la vertu, que de celui qu'ils avoient dans l'ordre politique par le droit de leur naissance.

L'union des frères d'armes étoit si intime qu’elle ne leur permettoit pas d’avouer,du moins ouvertement, des amis quin ’auroient point été les anis de l’un et de l’autre. Le duc de Bourbon crut devoir refuser de Henri de Transtamare, roi de Castille, une somme considérable, uniquement parce que ce prince étoit-ennemi de Boucicaut, son frère d'armes. L' ‘obligation de s'aider mutuellement dans leurs entreprises de Chevalerie, sans pouvoir se séparer , les mettoit dans la nécessité de ne prendre que de concert aucun engagement ** de cetté espèce.

A'la fin de l'expédition, ou lorsqu'une rupture survenue entre les souverains annuloit la société, on se rendoit mutuellement un compte #‘ exact de la dépense et de la recette, de la perte et du gain. Le roi’, voyant partir , Saintré pour la croisade de Prusse, lui demanda si lui et ses compagnons étoient à bourse commune. On voit, dans l’histoire de Boucicaut, qu'il fit un compte de société ävec l’Anglois Carvalai, lorsque la guerre fut déclarée € entre la France et l'Angleterre. |

: L'exemple le plus propre à faire sentir l’utilité de ces associations, est celui du brave Duguesclin et de Louis de Sancerre **, frères d'armes et compagnons inséparables ; ls tra— vaillèrent long-temps à reprendre une partie considérable de la Guienne sur les Anglois:

par une telle union, ils donnèrent en même temps aux grands capitaines le modèle le plus parfait, et méritérent l’éternetle reconnois— sance des peuples dont ils furentes libérateurs.

Après la mort de Duguestlin, Louis de Sancerre qui, dans la suite, fut aussi connétable, continuant le grand ouvrage qu'ils avoient commencé en commun, acheva, autant qu'il put, la conquête de cette province.

Les fraternités militaires donnoient à des

196 | MÉMOIRES seigneurs particuliers le. moyen de faire des entreprises dignes des plus puissants souverains ; mais ce devoit être toujours avec l'aveu:et sous l'autorité de celui dont ils étoient nés sujets. Lorsque la guerre ne les retenoit plus au service de leur monarque , et de leur patrie , ils s’associoient pour aller purger une province des brigands qui l'ivfestoient, pour délivrer des nations éloignées qui gémissoient sous le joug des infidèles, pour venger.un prince opprimé, dé .trôner ‘un usurpateur, et par Conséquermt un ennemi de la Chevalerie. On peut voir dans l'histoire l'entreprise du duc de Bourbon contre les brigands du Lyonnois, celle de Saintré dans la Prusse contre les payens’, et celle de Duguesclin dans l’Aragen, contre Pierre-le- Cruel. Boucicaut forma un ordre de, Chevalerie sous le nom de la Blanche-Dame. à l’écu vert, pour fatre restituer à des dames ** les biens dont elles avoient été dépouillées par d'injustes ravisseurs , dans le trouble des guerres précédeïites. Il fit seul une autre entreprise, uniquement pour veriger la mémoire d’un seigneur que l’on avoit assassiné ,

Il n’y avoit point de contrée où la Chevalerie ne. travaillât utilement pour le public ou

SUR L’ANCIENNE CIHEVALERIE. 197

pour les particuliers. Rien n’étoit petit ni méprisable aux yeux d'un chevalier lorsqu'il s’a-

gissoit de faire le bien. Avoit-il, dans ses voyages ou dans ses expéditions, reçu l’hos- | pitalité ou quelque assistance de l'homme dela plus vile condition , la reconnoissance * ne le lui faisoit plus regarder que comme un noble et généreux bienfaiteur : il se déclaroit à ja— mais son chevalier, et juroit de renoncer à tout ce que la gloire lui pourroit offrir de plus brillant pour s'acquitter de cette dette, pour le protéger, le défendre<t le secourir au besoin. Ce serment étoit regardé comme inviolable ; du moins sommes-nous fondés à le croire sur la foi des romans. Combien d'usages de l'antiquité nous paroissent suffisamment prouvés par le seul témoignage des poëtes !

Pourquoi nos romanciers n ‘auroient-ils pas le même privilége ? ?

DE

: (4) ON pourroit donner une liste ire des chevaliers blessés où tués dans les tournois, sans compterceux qui étoient quelquefois écrasés dans la foule : « Robert, » comte de Clermont en Beauvoisiz , fils de saint Louis, » dit Fauchet (Orig. Fran. liv. I, pag. 82), et chef de » la maison qui aujourd'hui porte le nom de Bourbon, » en un de ces tournois reçut tant de coups de masse » que le reste de sa vie il s’en porta mal. » Raoul, comte d'Eu, connétable de France, perdit la vie en 1344(Chron. de Saint-Denys, t. IT, fol. 109, verso ), aux joutes qui se firent pour le mariage de Philippe , fils de Philippe de Valois. Mais un des tournois les plus meurtriers est celui qui fut fait à Nuys, auquel, suivant Philippe Mouskes (manusc. pag. 836), il y eut quarante-deux chevaliers, et autant d'écuyers (varlets), qui furent tués. Voyez la Colombière (t. 1, p- 252), au chap. 17 des tournois à

fer esmoulu ct à outrance, et des accidents funestes qui y sont arrivés.

(2) Les tournois étoient appelés imaginariæ bellorum prolusiones, dans l'histoire de Jérusalem, en #177; et

par d’autres auteurs 4e/li præludia. Ducange, au mot torneamentum. De …

(3) L'adresse étoit encore plus nécessaire que la force aux exercices de la joute : le plus brave ct le plus vigoureux chevalier pouvoit être renversé par un autre bien plus foible , mais plus adroit. Suivant les avis que donne un chevalier, dans le roman de Perceforest ( vol. IV, fol. 114, verso, col. 1), il ne. suffisoit pas au jouteur de bien conduire son cheval , de bien porter ses armes et de bien asséner son coup , en se roidissant contre le fer de son ennemi : il falloit qu’il jugeât le coup qu’on lui portoit, qu’il sût dans quelle partie de son armure il seroit frappé; car s’il le recevoit de travers, alors le juuteur, perdant l'équilibre , perdoit aussi toute sa force ,.et ne pouvoit manquer d’être renversé de son cheval, ou d’essuyer quelque accident encore plus fâcheux (Cap. Estr.

On pouvoit. done tous les jours apprendre quelque chose de nouveau dans un art aussi difficile et qui avoit. autant de finesses et de subtilités que celui de la jouieet des autres exercices de nos tournois. Plus on le pratiquoit, plus on pouvoit s’y rendre habile; et c'est un .éloge que donne Brantôme au marquis de Guast. :

(4) Les chevaliers qui faisoient des emprises ou entreprises d’armes, soit courtoises, soit à outrance, c’est-àdire, meurtrières, éhargeoiïent leurs armes de chaînes, ou d’autres marques attachées par la main des dames, qui leur accordoient souvent un baiser, moilié out, moitié non, comme celui que Saintré obtint de la sienne (Saintré, p. 522 et 53u). Ce signe, qu’ils ne quittoient

200 | NOTES plas, étoit le gage de l’entreprise qu’ils juroient quelquefois à genoæx sur les évangiles (Lancelot du Lac, t. IIL, fol. 69, verso , col. 1 et 2 ). Ils se préparoient à l’exécuter par des abstinences ( Histoire de Boucicaut, p. 51), et par des.actes de piété qui se faisoient dans une église où ils se confessoient (Flores de Grèce, fol. 119 , verso), et dans laquelle ils devoient envoyer au retour tantôt les armes qui les avoient fait triompher, tantôt celles qu'ils avoient remportées sur leurs ennemis. On pourroit faire remonter l'origine de ces chaînes regardées comme symboles d'un engagement jusqu’au temps de Tacite, qui rapporte quelque chose de semblable desCattes, dans les mœurs des Germains (chap. XXXÏ,p. 665). Je me borne à des siècles postérieurs, où les débiteurs( Assises de Jérus., chap. CXIX et CXCIX, et notes) insolvables devenant esclaves de leurs créanciers, et proprement esclaves de leur parole , comme nous nous exprimons, portoient des chaînes de même que les autres serfs, avec cette seule distinction qu’au lieu de fers, ils n’avoient qu’un anneau de fer au bras. Les pénitents *, dans les pélerinages auxquels ils se vouoient, également. débiteurs envers l'Église, portèrent aussi des chaînes pour marque de Jeur esclavage; et © ‘est de-là, sans doute, que nos chevaliers en avoient pris de pareilles, pour acquitter le vœu qu'ils faisoient d'accomplir une entreprise d'armes.

.« Le seigneur de Loiselench (Polonois venu à la cour » de France ) portoit une emprise d'armes à cheval et à » pié deux cercles d’or, l’ung au-dessus du coulde du | .* Voyez un passage singulier rapporté par Mabill., siecle Ben. Préf., n. 41. Voyez Ducange, Glos. lat., aux mots Pœnitentes et circuli ferret; et Fleuri, Mœurs des Chrét , p. 394 et 355.

CA ñ

» bras senestre, et l’autre. au-dessus du couldt du pié, » tous deux enchaînez d’une assez longue chaîne d'or, » et ee par l'espace de cinq ans, etc., jnsqu’à ce qu'il » trouvast chevalier ou estuyer de nom et d’afmes sans » reprouche qui le délivrast de sesarthes.… pour lesquelles * plustost et plus honnorablement accomplir s’appensa venir en la très-belle cour de France, où tous nobles et chevaleureux hommes estoient très-honnorez et reçeus, » et aussi pour avoir accointance d’eulx (Saintré , s chap: XLVIIT, p. 309). » L'abbé de Vertot rapporte aussi, d'après les mémoires de Peiresc (mém. de l’Acad. des belles-lettres , t. Il, p. 641), un cartel de Jean de Bourbon , qui, en 1414, pour éviter l’oisiveté, acquérir de la gloire et la bonne grâce de sa dame, fit vœu, lui avec seize autres chevaliers et écuyers de nom et d'armes, de porter pendant deux ans, tous les dimanches, à la jambe gauche un fer de prisonnier, savoir en or pour les chevakiers et en argent pour les écuyers, jusqu’à ce qu'ils eussent trouvé pareil nombre de chevaliers et d’écuyers pour les combattre.

Olivier de la Marche, déjà cité tant de fois dans ces notes , explique aussi (Mém., liv. 1, p. 243 ) les formalités observées en 1445, pour lever ses emprises , c'està-dire , pour les ôter à celui qui les portoit. On lit dans le récit détaillé que cet historien nous a conservé des armes à pied et à cheval faites à la tour de Bourgogne, que Galiot se proposant d'accepter le défi d'armes fait par. le seigneur de Ternant : « Il s’agenouilla devant le »* duc de Bourgogne, luy requérant qu’il luy donnast » congé et licence de toucher à l'emprise que portoit le »* seigneur de Ternant , et le bon duc le fit lever et luy » donna le congé. Lors doaude Galiot aux rois d'armes

»* et héraux la coustume du pays, et dist qu’en son pays » quand le requérant arrache l’emprise de son ecom- * pagnon, c’est pour la vie de l’un et de l’autre; mais » quand on n'y fait que toucher seulement, c’est pour Chevalerie, Sur quoy lui respondit toison-d’or que le seigneur de Ternant avoit chargé son emprise pour » Ghevalerie, et que la coustume ‘estoit de toucher à d'emprise quand on estoit présent. Lors s’avança ledict » escuyer et toucha à l’emprise du chevalier, en soy », agenpuillant bien bas, et dist : noble chevalier, j je » touche à votre emprise, et au plaisir de Dieu vous » fourniray et accompliray tout ce que je sçauray que » vous desirez de faire, soit à pié, soit à cheval. Et le » seigneur de Ternant le mercia bien humblement, et » lui dist que bien fust-il venu , et qu’en icelle journée

» 1] luy envoyeroit par escript les armes qu’ ‘il desiroit à faire et accomplir. »

Il falloit , pour lever ces emprises, avoir la permission du seigneur à la çour duquel on se,trouvoit, ainsi qu’on vient de le voir : pareille permission avoit dû être accordée auparavant à celui qui prenoit ou chargeoit l'emprise, comme. nous l’apprenons de l’histoire de Saintré, qui avoit manqué à cet acte de soumission. Le roi voyant venir après coup, lui et ses compagnons, pour la lui demander , quoiqu'ils eussent déjà pris d'avance les marques que les dames avoient attachées sur les épaules , leur en fit des reproches (pag. 535 et 536 ) : Mes amis, leur dit-il , vous faites comme celuy qui espouse sa cousine, puis en demande dispense. I] Gnit par la leur accorder.

Les emprises ayant une fois été attachées sur l’armure d’un chevalier, il ne pouvoit plus se décharger de ce poids qu'au bout d’une ou de plusieurs années, suivant

les conditions du vœu, à moins qu’il n’eût trouvé quelque chevalier qui, s’offrant de faire armes contre lui, le délivrât en lui levant son emprise, c’est-à-dire, en lui ôtant les chaînes ou autres marques qui en tenoient lieu, telles que des pièces différentes d’une armure, des visières de heaume, des garde-bras, des rondelles, etc. :

. Ma conjecture sur la conformité de ces emprises avec les chaînes des pénitents, se trouve d'accord avec l’emploi du mot délivrer : dans Monstrelet (vol. I, chap. 2, fol. 2 , verso ) délivrer est pris pour aïser de la penance (c'est-à-dire, pour acquitter de la pénitence ) celui qui avoit chargé une emprise.

Le retour de ces expéditions glorieusement terminées étoit une espèce de triomphe. Voyez la réception faite dans Paris à Saintré , après celle qu’il avoit entreprise : il eut cette fois un baiser de toutes les dames, et il ne dit pas qu'aucune l'ait accordé moitié oui, moitié non. Voyez la Colombière, au chap. 20 des pas et emprises des anciens Fee Guns d'hon., t. I, pag. 266 et suiv.) |

(5) Voyez la Colombière, Thédt. d’honn. le ch. XXI des veux militaires (t. 1, p.280 et suiv.). J'y joindrai seulement quelques-uns de ceux qui sont rapportés dans l’histoire'de Bertrand Duguesclin ( publiée par Ménard , pag. 39 ). Avant que de partir pour soutenir un défi d'armes proposé par un Anglois, il entendit la messe ; et lorsque l’on étoit à l’offrande, il fit à Dicu celle de son corps et de ses armes qu'il promit d’employer contre les infidèles s’il sortoit vainqueur de ce combat. Bientôt après il en eut encore un autre à soutenir contre un Anglois qui, en jetant son gage de ba-

taille, avoit juré de ne point dormir au lit sans l'avoir . aceompli (ibid. , p. 55). Bertrand , relevant le gage, fit vœu de ne manger que trois soupes en vin au nôm de la Sainte-Trinité, jusqu’à ce qu’il l’eût combattu. Je rapporte ces faits pour la justification de ceux qu’on voit dans nos romans ; d’ailleurs ces exemples peuvent servir d'éclaircissemens à quelques passages obscurs des anciens auteurs, tels que le Dante (voyez le XX XIIIe chant de son Purgatoire : che vendetta di Dio non teme suppe). Dugüesctia étant devant la place de Montcontour que Clisson assiégeoit depuis léng-temps sans pouvoir la forcer , jura de ne manger de viande et de ne se déshabiller qu'il ne l’eût prise : Jamais ne mangerai de chair ne despouillerai ne de jour ne de nuit (Hist. de Bertrand Duguesclin, p. 488). Une autre fois il avoit fait vœu de ne prendre aucune nourriture après le souper qu'ilalloit faire jusqu’à ce qu’il eût vu les Anglois pour les combattre (zbëd., p. 410). Son écuyer d'honneur, au siége de Bressière en Poitou, promit à Dieu de Da dans la journée, sur la tour de cette ville , la bannière de son maître qu’il portoit, en criant Dibuerelin , où de mourir plutôt que d'y manquer (cbëd., p. 443). Voyez avec ‘ quelle opiniâtreté il combattoit pour ne pas fausser son serment. On lit dans la même histoire (bi. , p. 322 et 323) plusieurs autres vœux faits par des assiégés ; de manger toutes leurs bêtes ; et pour dernière ressource , de se manger les uns les autres par rage de faim plutôt que de se rendre. On jure de la part des assiégeants (15d., p. 295) de tenir le siège toute sa vie et de mourir en bataille si l’on venoit la présenter, ou de donner tant d’assauts qu’on émportera la place de vive force : J’ay vœu à ie at à saint Yve (ibid., p. 310), dit Bertrand

aux habitants de Tarascon, que par force d'assault vous auray. De-là ces façons de parler si fréquentes avoir de vœu , vouer, voer & Dieu, à. Dieu le vœu, etc. Cependant Balzac (Traité du prince, ch. 22), exaltant la patience merveilleuse des Francois au siége de La Rochelle, la met fort au-dessus de celle de nos anciens chevaliers, quoiqu'ils s’engageassent par des serments dont il rappelle les termes, à ne se point désister de la résolution qu'ils avoient prise.

(6) Voyez encore la Colombière (Théât. d’hon., t. I, p. 381 ‘et suiv.) au sujet des vœux dictés par la valeur : les romans nous en fournissent une infinité d'exemples singuliers. Je me contente, pour prouver que l’usage nous en est connu par de meilleures autorités, de rapporter le témoignage de Froissart (liv. I, pag. 190, 191 et 196). James d’Endelée, suivant cet historien, avoit fait vœu qu’à la première bataille où se trouveroit le roi d'Angleterre ou-quelqu'un de ses fils, il seroit le premier assaillaht ou le meilleur combattant de son côté, ou qu’il mourroit à la peine : il tint parole à la bataille de Poitiers, comme on le voit dans le récit du même auteur.

(7) Voyez le roman intitulé des Fœux du Paon et le Retour du Paon, manuscrits du roi, n°7973, 7689, 7990 et 7990?. Voyez encore dans la généalogie de la maison de Montmorency par Duchesne (liv. 1, pag. 29 et suiv., et 34), tout ce qu'il rapporte pour faire voir en quelle considération le paon avoit été anciennément à l’occasion d’un seigneur de Montmorency au temps de Philippe-le-

Bel qui portoit'sur son timbre ce noble oiseau faisant la roue. |

Gaston, cinquième du nom, infant de Navarre, autrement dit prince de Viane, comte de Foix, qui avoit été créé pair de France par Charles VIT, ayant été depuis fiancé à la fille de ce prince, Magdeleine de France, et décoré de l’ordre de l'Etoile , voulut célébrer tant d’honneurs aceumulés sur sa personne par un ma- ‘gnifique festin donné à Tours en 1458, et suivi de joutes qu'il y fit publier. Le banquet fut composé de cinq services et de sept entremets, et l’on y apporta dans un grand navire un paon vif qui avoit à son col les armes de la reine de Franee ; des banderoles, rangées tout autour du vaisseau, portoient aussi celles de toutes les princesses et des dames de la cour qui furent très-glorieuses de l’honneur que ce comte leur avoit fait Favin, Théât. d'honn. et de Chev., Liv. IT, p. 571 et suiv., où l’on voit une description curieuse de cette fête et des entremets qui parurent un paradis terrestre, suivant ses termes.

| (8) Le père Ménestrier (Traité des tournois, p. 40), faisant la description d’une fête donnée pour la paix en 1659 par la ville de Marseille, dit que « les trouba- » dours venoient au septième rang tous ceuronnés de » plumes de paon qui leur furent autrefois consacrées »* dans les fameux cercles des principales dames de cette » province. » Les yeux représentés sur le plumage du paon et dont il paroît environné lorsqu'il fait la roue, exprimoient les regards de tout le monde fixés sur les troubadours pour écouter leurs compositions. Le pape Paul III envoyant au roi Pepin une épée bénite, accompagna ce présent d’un manteau tissu de plumes de paon ; et Duchesne (Généal. de Montmorency, p. 29 et 30)

cite ie vers suivants tirés de la bible de Guiot de Provins au sujet du pape :

Rien ne deust voir si cler; \ .Coronne li fet en * porter

Toute la plume de poon **

On li oillet *** sont environ,

Trestout en tour à la roonde,

Cil doit vooir par tout le monde.

(9) Voyez dans le roman de Lancelot du Lac (t.I, fol. 148, recto) l’éloge donné au roi Artus pour avoir tranché le paon à la table ronde au gré de cent cinquante chevaliers qui étoient assis au festin, et qui furent tous contents de la part qu'il leur fit.

(40) J’ose inviter le lecteur à voir dans l’original les ‘singulières descriptions de cette fète dont je n’ai pu donner qu’une idée très-imparfaite pour qui voudroit connoître exactement nos anciens usages. Elles se trouvent dans Mathieu de Couci (dans le chap. VII de Godefroy, p. 664 et suiv. ) , et dans les Mémoires d'Olivier de la Marche (édition de Gand, p. 412 et suiv.). Joignez-y le récit succinct qu’en a fait Monstrelet, ff. 55 et 56. :

On verra encore dans Mathieu de Couci (pag. 679 et 680) une fête de même genre sous le nom de fête de la licorne, donnée par Louis de Luxembourg, comte de Saint-Paul, pour publier une joute qu'il proposa de qua-

rante nobles hommes contre un pareil nombre de combattants.

* Fait-on. — “* Paon. — *“** Yeux.

208 su NOTES

(11) Voyez Ducange (gloss. lat.), aux mots sntromeysium etintromissum, employés, comme nous faisons, pour le troisième service de la table. Le mot entremets s'est dit pendant long-temps au lieu de colui d’intermède dans nos pièces de théâtre : entremets de la tragédie de Sophonisbe dans les œuvres de Baïf; il signifioit une espèce de spectacle muet accompagné de machines, une représentation comme théâtrale où l’on voyoit des hommes et des bêtes exprimer une action, quelquefois des bateleurs et autres gens de cetie espèce y faisoient leurs tours. Ces divertissements avoient été imaginés pour occuper les convives dans l'intervalle des services d'un . grand festin, dans l’entre-deux d'un mets ou service à un autre mets, d’où ce mot entremets.

Les entremets dont l'usage s’étoit vraisemblablement introduit avant le règne de saint Louis, furent employés aux noces de son frère Robert à Compiègne , en 1237 : Ii qui dicuntur ministellj (ménestriers, Chron. d'Albéric, p. 562) in spectaculo vanitatis multa ibi fecerunt, sicut ille qui ir equo super cordom in, aëre equitaret , et sicut illi qui duos boves de scarlate vestitos equitabant cornitantes , sonnant de leurs cornets ou trompettes, ad . singula fercula quæ apponebantur regi in mensd.

Une chronique manuscrite de saint Germain, fait une ample description des entremets qui se virent au festin que Charles V donna en 1378 au roi des Romains, fils de l’empereur Charles de Luxembourg que ses indispositions empêéchèrent de s’y trouver. Je pourrois citer un grand nombre de ces espèces de représentations qui furent long-temps à la mode-dans nos cours. On voyoit les restes de cette ancienne magnificence aux noces du prince de Navarre en 1572 ( de Thou, liv. LIT), avec la sœur du

roi, de même qu'à la suite d'un autre festin que la reine donna l’année suivante au duc d'Anjou, roi de Pologne (de Thou, liv. LIT). Le goût de ces anciens plaisirs s'étoit conservé à Florence jusqu’en 1600, suivant la description du banquet donné dans cette ville (ibid. liv. XV) pour le mariage de Marie de Médicis avec Henri IV.

(12) Les Anglois en firent dans leurs armées à leur descente sur les terres de France en 1337 et en 1380 : nous en fimes à notre débarquement en Angleterre en 1/03 et 1404 ; de même encore que nous en avions créé à l'attaque du pont de Taillebourg en 1385, les Anglois en créèrent aussi en 1441, lorsqu'ils eurent passé la rivière d'Oise pour forcer le roi Charles VII à lever le siége de Pontoise que leurs gens défendoient. On vit faire des chevaliers pour une simple embuscade | (Froissart, Bv. IT, p. 269); et deux François de l'armée de Castille étant détachés pour aller à la découverte de l’armée portugoise , acquirent par ce seul exploit l’hon-

neur de la Chevalerie en 1385 ( ibid., liv. III, p. 53).

(13) Nous ne finirions jamais, si nous voulions rap porter les différentes occasions où l'on fit des promotions de chevaliers dans toutes les diverses.circonstances des siéges. Je remarquerai cependant celle qui fut faite à l'attaque des palissades de Paris par ke roi d'Angleterre en 1359 (ibid., liv. I, pag. 242). Il vouloit y comprendre son écuyer du corps, Colart d’Auberthicourt ; mais celui-ci s’eh excusa , disant qu’il ne pouvoit trouver son casque : c’étoit donc une pièce du harnois essentielle . dans les promotions. On fit au siége de Bourges en 1412, plus de cinq cents chevaliers (Monstrelet, vol. I, ch. 93 pag. 150, recto ). |

TOMR 1. 7.

(14) La marine eut aussi ses chevaliers ; one les exemples en soient plus rares : : |

1. sont les chevaliers de terre, Bons sont les chevaliers de mer, :

dit un de nos anciens poëtes (Eust. Deschamps, qui écrivoit sous Charles VI; voyez les poés. manusc. du roi, 356, col. 3). Les Anglois en créèrent (Froissart, tom. I,

pag. 4o) dès 1333 sur la flotte qui alloit attaquer la ville de Cayant; et l’amiral qui les commandoit en 1588 (de Thou, liv. 89, tom. X, pag. 183), ft encore des chevaliers pour récompenser ceux qui s’étoient le plus distingués à la défaite de la flotte de Philippe. Parmi les François, Brillac (Pierre Desrey, Voyage de Charles VIII à Naples, p. 198) fut fait chevalier en 1494 avant le combat naval où le duc d'Orléans défit le prince de Tarente aux environs de Rapaille, près du port de Gènes. | on

(15) Si l'on a vu les actions dé la guerre les plus s simples et les plus ordinaires consacrées quelquefois par des promotions de chevaliers, on ne vit aucune bataille pendant plusieurs siècles qui ne fût terminée ou précédée par de pareils honneurs conférés’ dans une forme toute ‘ simple et militaire : on:ne faisoit au plus que ceindre l'épée en donnänt la paumée ou l’accolade, suivant le roman de Lancelot du Lac (tom. IT, fol. 9, recto, col. 2), confirmé par l’auteur des Vigiles de Charles VII (tom. IE, pag. 21 ), an-sujet des chevaliers faits en'1449 à la bataille de Fromigni. Les gens de guerre qui dans la bataille ne s'étoient point montrés moins dignes de la Chevalerie que ceux à qui elle avoit été accordée auparavant,

la recevoient après l'action comme une juste récompense de leurs:servicès; éeux qui l’avoient obtenue avant qué le combat fût engagé, étoient ürdinairement mis au premier Tang ; afin de leur donner le moyen ‘de justifrer l'opinion qu’on avoit cotiçue de leur intrépidité. Froissart (liv. NE, p. 55 } nous äpprend comme ils gagnoient leurs éperons. Denys de ‘Portügül à la bâtaille de Ju“ beroth, prêt à combattre les Castiflans, année 1385,

adonc fit le roi demander pariyÿ lost que quiconque vouloit devetiir chevalier se tirast ‘avant ,'et lui donneroit l'ordre de Chevalerie ad nom de Dicu ét de saint Georges; et me sémble, ‘selon’ ce que je fus informé,

qu'il y eut là fait soixante chevaliers! noüveauk ; ‘des

quels'le roi eust grande j joye, et les mist äu prémier

front de la: bataille ; et leur dit ‘'aù departir de’ Juy :

“beäux seigneurs, Vordre de Chevalerie ést si noble et

si haute que nül ’erréür ne sauroit penser, et ne doit chevalier estre à orduré N'a villeté ;' n’a couardie ;

mais doit estre fier et bardÿ commé üñ'iyôn quand il

a le bassinet en la testé et il voit ses ennemis , et pour ce que je veux que vous montrez buy proïesse à où il appartiénidra À montrer ; je vous: eñvoye ‘et ordonné au premier chef de li bataille, et'faittes tant que nous y ayons honneur: et vôus aussi’, car” autrement vos’ espérons ñe scroient'pas bien assis.» Parlant- plus bas

des Anglois Qui étéient-daris'son armée, il est ditqu’aucun ne’ voulut être chevalier ; quôfque quelquesiiths en fussent requis par le rôi ; mais qu’ils #'én extusèrent pour'ce joër.

Les promotions aux batailles étoient ordinäirement

nombreuses; quatre ‘cént sbixanté-sept Ftinçois furent faits chevaliers en 1382’ à celle de-Rosebeck', et l'on’ en éréa cinq cents avant telle d’Azincourt en 1415. Voici

212 En à NOTES: ::

comme nos historiens parlent de ces créations militaires: Olivier de la Marche (liv. I, pag. 361 ), sous l’an 1452, parlant des exploits que firent .contre les Gantois, dans une escarmouche devant Otermeere, quelques nouveaux chevaliers de l’armée du duc de Bourgogne : « Et pres- » tement rompirent les dictz Gandois et se meirent en » fuyte, et certes il en mourut bien en celle rencontre » quinze cents, et fut un droit ( curée pour de tels oi- + .seaux ) enoysellement et un gibier pour les jeunes et + nouveaux chevaliers: » Jean d’Anton (Annales de Louis XII , sous l’an 1500, pag. 100) rapporte en ces termes celle qui fut faite par Louis de la Trimouille en 4500 avant la bataille de Novarre, étant: prêts de charger : : « Il demanda, dit l'historien ,. si là estoient » nuls gentils hommes qui l’ordre de Chevalerie VOU— » lussent prendre , dont grand nombre de gens d’armes », françois qui à ce jour à l'exercice des armes vouloient » la force de leurs: bras desployer et.perpétuer leurs ». noms pour ouvrir au courage le chemin de prouesse, » ,se voulurent enrichir du titre de Chevalerte. »

: Pour confirmer par des faits les éloges qu'ils paraissent donner à ces promotions militaires, je citerai seulement l’action audacieuse que fit à Rosebeck le jeune Boucicaut qui avoit obtenu depuis.peu ke titre de chevalier (Hist. de Boucicaut, édit. de Godefroi, ch. X , p. 32 et suiv. ). L’historien. se propose de donner , dahs la personne de Boucicaut , un exemple .pour ceux qui désirent venir au haut honneur et prouesse de Chevalerie en montrant les travaux qu’il avoit entrepris dès son enfance pour s’y élever, et qu’il avoit continués toute sa vie: Il étoit en-. core très-jeune lorsqu'il suivit le roi Charles VI à Ia guerre contre les Flamands, etil y fut fait chevalier par.

le duc de Bourbon dans la compagnie duquel il étoit.. Boucicaut, nouvellement fait chevalier, se trouvant à la

bataille de Rosebeck, voulut se mesurer avec un Flamand grand et corsu ; comme il lui portoit un coup de

sa hache qu’il tenoit à deux mains, le Flamand, jugeant à sa taille que c’étoit un enfant, le dédaigna , et dit en

lui faisant voler sa bache : Wa teter, va, enfant; or -veoi-je bien que les François ont faute de gens quand les

enfants ménent en bataille. L'enfant, devenu furieux par Ja perte de son arme, se coule sous le bras du géant, et: tirant sa dague la lui plonge dans le flanc malgré sa. cuirasse , et le laisse étendu par terre. Les enfänts de ton : pays, lui dit-il à son tour, se jouent-ils à tels. jéux ? ( Ligue de Cambrai, liv. I, p. 200, sous l’an 1509). On peut comparer ce trait du jeune Boucicaut avee celui que rapporte l'abbé Dubos au sujet du jeune Boutières qui;

à l’âge de seize ans , fit un géant Albanois prisonnier,

et lui proposa encore un défi pour prouver qu’il l’avoit

pris sans aide et corps à corps.

Nous voyons ( de Thou, liv. 13) jusqu’en 1554 a Chevalerie accordée par ke duc de Guise avec d’autres. grâces pour récompenser les officiers qui s’étoient distingués à la bataille de Renti (t. I, p. 456 et 464).

La saine politique auroit cependant quelquefois: demandé qu’on n’eût fait ces promotions qu'après læ bataille; les honneurs acquis ne produisent pas toujours les mêmes effets que ceux dent on espère être décoré : d’ailleurs telle bataille paroît très-prochaine qui ne se donne jamais , comme on le vit à Vironfosse, en 1339. Les armées étoient en présence; il ne restoit qu’à charger : par provision.on fit des chevaliers , et l’on se sépara sans avoir fait autre chose (Du Tillet, Rec. des rois de

France, chap. de l’ordre de: Chevalerie, pi 349 ): Un lièvre qui passa dans ces entrefaites devant le camp des François, fit donner depuis par dérision à ces nouveaux chevaliers le titre ou sobriquet de Chevaliers du lièvre. Brantôme (cap. F.,t. L, p. 14 gt suiv.) n’avoit donc pas grand tort de préférer la Chevalerie conférée après les batailles, à celle qui se donnoit d'avance. Ayant rapporté les services que rendit à Louis XI le bâtard de Bourbon, surtout « lorsqu'il l’appella et reprit de co- » lere quand il'estoit prêt d'aller à la charge, et que » l’ennemimarchoit la teste bajissée,'il lui dit et lui eria : » Sire, sire, .avancez-vous, il n’est meshuy temps de » s'amuser à faire des chevaliers, vaici l'ennemi, al- » lons à lui, ete.» I] fait ensuite une disgression sur l'empressement qu’avoient autrefois les seigneurs et gentilshommes , d’être faits chevaliers par leurs rois et leurs généraux d'armée , avant la bataille plutôt qu'après : ensuite rl Cite cette réponse que lui fit à ce sujet feu M. de Sansac: -Le bon homme, très-digne chevalier de.son » temps, et qui entendoit fort bien les choses cheva- *, lergsques, me répondit que tel estoit l'humeur d’au- » :cuns qui vouloient ainsi gagner les devants ; craignant que le roy ou le général y mourust ou fust pris, et »,par ainsi qu'ils fussent frustrez de .ée bel honneur » qu'ils prétendbient et desiroient, ou ‘bien s'ils ve- » noient à y mourir eux-mêmes,.que pour le moins » cela leur demeurast et servist de perpétuelle mémoire de gloire et à leurs héritiers, que pour le moins on eust peu dire-qu'ils estoient.morts chevaliers faits de » la main du roy. » Puis reprenant la parole sur la même matière ; il continue ainsi, pages 415 et 46: « Au- + jourd'huy. eette petite usance de cérémonie d’ambition

DE LA TROISIÈME PARTIE. 219 *. ne se pratique guerre plus, car ou mourant vaillam- » ment là, ou survivant ayant très bien fait, l’on est » aussi honorablement créé comme si eettg cérémonie » s’y fust solemnisée, et possible encore mieux. » ]ly a aussi un abus que tel estoit accolé ou touché » (ear ainsi se faisoient les chevaliers, ou par le tou- » chement du bout de l’espée sur l’espaule , ou par l’ac- » colade) qui venant puis après au combat , au lieu de » bien faire ou de bien combattre, ïl s’enfuyoit à bon » escient de la bataille, ne faisant rien qui vaille, et » voilà une Chevalerie et une accolade bien employée. Et c’est pourquoy, disoit M. de Sansac, qu’il estoit » bien meilleur une fois et plus honorable de se faire » créer chevalier après la bataille, ayant très bien combattu et fait bien le devoir de chevalier, ainsi que le » roy François Î voulut estre fait chevalier de la main du brave M. Bayard, après la bataille de Suisses, et » -comme de nostre temps fut fait M. de Thavanes, che- ‘valier tant de l'honneur que de l’ordre du roy Henry o Luis la bataille de Renti. »

a 6) Ces capitalations cocdiioanelles qui fat fréquentes dans nos guerres avec les Anglois, et souvent répétées depuis, se continuerent jusqu’au règne de Henri IV, et même sous Louis XII, à la reddition de Landrecies, en 1637. (Vie du maréchal de Fabert, t. I, p.203.) Les habitants de Senlis, assiégés par les ligüeurs (de Thou,l. XCV), imitèrent même en 1589, l'ostentation de nos anciens chevaliers : comme on avoit amené du canon pour les forcer de se rendre, ainsi qu'ils en étoient sommés, on les vit accourir sur leurs remparts et se former en bataille : « Qu’est-il besoin de ca-

» non ,‘s’écriérent-ils, pour ruirer nos défenses ? nous » sommes prêts à renverser nos murailles, promettez- » nous seulement de nous donner Fassaut. » Villars(78., L. CIIT , p. 214) dans le parti contraire ne soutint pas avec moins de fierté les attaques que firent les royalistes en 1592, contre la ville de Rouen où il commandoit : il donna un tournoi au dehors à l’une des portes de la ville , et proposa des prix comme s’il eût été en pleine paix. Il vouloit par ce spectacle braver ses ennemis : : Ut contemptum nostrorum præ se ferret, extra Hilarianam portam Hastiludium premio propose, quasi in altissimä securitate instituit.

. (47) C’est le témoignage glorieux que Montholon (Ibid., 1. XCIT, p. 339, édit. de Genève), garde-dessceaux, rend à la noblesse françcoise dans un discours prononcé devant le roi Henri III aux États de1588.

(18) Parmi ces différents défis d'armes des Anglois contre les François, je choisirai ceux qui ont été le mieux décrits par nos historiens, et qui renferment quelque particularité remarquable, comme celui des sept François (Hist. chron. dans le Recueil de Ch. VI, par Godefroi, p. 413) issus de la maison d'Orléans, qui, au retour de leur victoire en 4408 , firent leur entrée dans Paris ious vêtus de blanc. Le sire de Clari (Froissart, 1. IV, p. 15 et suiv.) reconduisant en 1389 en Angleterre le sire de Courtenai qui avoit jouté une fois seulement contre messire Gui de la Trimouille, dissimula les propos injurieux de l’Anglois contre la chevalerie françoise. Il les avoit entendus sans rien dire, dans la crainte de violer la sauvegarde qui lui avoit été confiée ;

mais il les avoit encore sur le cœur, lorsqu’ayant remis l'étranger sur les terres des Anglois, il crut n’être plus obligé à garder aucun ménagement : alors il les releva avec fierté, combattit l’Anglois à fer émoulu, lui perça l'épaule et le renversa par tèrre. Au lieu de la gloire que le François comptoit avoir acquise, il fut au retour mis en prison par jugement du connétable et des maréchaux de France, pour avoir jouté sans la permission du roi, et encore contre un étranger dont la garde lui avoit été remise : ses terres furent saisies quelque temps et peu s’en fallut qu'il ne subît le bannissement ; mais les seigneurs et les dames obtinrent enfin la rémission d’une faute à laquelle ils ne pouvoient refuser leurs éloges. |

Voyez encore dans Froissart (1. IV, p. 20) sous la même année, le récit d’un défi d'armes à faire près de Calais pendant trente jours consécutifs , à l'exception des vendredis, qui fut proposé par trois chevaliers chambellans du roi, parmi lesquels étoit le jeune Boucicaut. Ils profitèrent de l'exemple précédent pour faire dresser en bonne forme les lettres du roi dont la lecture est trèsinstructive sur cette matière. On y voit que chacun avoit exposé une targe (écu) de guerre, et une autre de paix; que l'étranger qui venoit heurter l’un ou l’autre avoit la guerre ou la paix , et que celui qui heurtoit les deux avoit l’un et l’autre, c’est-à-dire le eombat à outrance et le combat de courtoisie. On y trouve encore d’autres usages curieux; principalement sur la question proposée au sujet de ces armes qui sembloiïent enfreindre les trèves oùd’on étoit avec l'Angleterre : enfin le combat fut accordé. | |

La loi qui exigeoit la permission du roi pour ces dé-

fis, n’étoit peut-être pas bien précise ou fut souvent négligée. Dans la suite un grand seigneur d'Angleterre nommé Cornouaille, en 1409, étant passé en Frahce sans un;sauf conduit pour faire armes à outrance pour l'amour de sa dame, trouva un cheyalier tout prêt à lui accomplir le fait d'amour. (Juvénal des Ursins , Hist. de Charles VI, p. 199.) Comme ils étoient sur.le. point de commencer le combat, ils furent séparés par ordre du roi, qui fit en même temps une loi portant défense « qu'à jamais nuls ne feussent reçeus au rayaume:de » France à faire gage dé bataille ou fait d'armes, sinon » qu'il eût gage jugé par le roi ou la cour de parlement.»

L'amour et les dames figuroient avec honneur dans les cartels envoyés pour ces défis d'armes. Monstrelet (vol. I, c. 2, fol. 2,v°,et 3,r°, v°.et 5) nous a conservé soigneusement les exploits envoyés de part et d'autre pour un pareil défi entre un. chevalier anglois, 7 et Michel d'Orris, je ou nn en 1490.

L agresseur en priant Dieu (celur qui-est fondeur de aus biens) d'accorder à l'ennemi qu’il provoque, joie, ‘ honneur et plaisance avec tous les biens qu’il désire à sa dame, prie encore le même ennemi de le recoramanger à cette dame. « Si prié an dieu d'amour, écrit- » il une autre fois, qu’ainsy comme desirez l'amour de » madame la vostre, il ne vous lait de vostre dite ve- * nue (il ne retarde votre départ). ».

L’Anglois ne recevant pas assez promptement réponse à sa dernière lettre, mande dans une autre qu’apparemment l’Aragonois, après avoir accepté le dÿfi, étoit tombé dans la disgrâce auprès du dieu d'amour qui lui avoit fait changer de dessein. Ce dieu se plaisoit an-

ciennement pour esbaudir armes et cognoistre Chevalerie (réveiller les armes et éprouver les chevaliers), a tenir les nobles de sa cour en st royale gouvernance (dans des sentiments si généreux), qu’ils ne cherchoient que l'accroissement. de leur honneur, et qu'ayant une fois entrepris des faits d'armes, pour rien au monde ils ne se seroient écartés du pays qu’ils ne les eussent terminés. [] falloit donc que l'Aragonois eût été banni de la cour d'amour. Cependant l’Anglois (qui étoit venu en France , lieu du rendez-vous), veut bien encore lui accorder un répit, après lequel, « au plaisir de Dieu, », dit-il, je pense m'en retourner en Angleterre par de- » vers nos dames , auxquelles j’aÿ espoir que sera té- » moigné par chevaliers et éscuyers que je n’ay en rien » mesprins (fait faute) envers ledit dieu d’amours, le- »; quel veuille avoir lesdittes madame.et la vostre pour » recommandées , elc. » L’Aragonois, justifiant son retard , tant s’en faut, dit-1l; qu’il ait été banni de la cour d’amours, et qu'il ait chengé d'avis: « Si vous requiers

» (c’est la fin de sa lettre ) pour l’ordre de Cheva- » lerie, et pour la chose que plus aymez, que vous me » vueillez délivrer des armes qui cy- après s'ensui- » vent.» k k

Tous ces détails sont rapportés très-sérieusement par Monstrelet; le moine de Saint-Denis, historien encore plus grave du règne de Charles VI, l’auteur du Journal de ce prince , et Jeun Lefèvre de Saint-Remi, écrivain du même règne, nous ont laissé plusieurs descriptions de tournois, surtout de ceux faits en France par les Anglois et par des chevaliers de Portugal, qui avoient pris parti. pour eux dans nos anciennes querelles ; et le moine de Saint-Denis, dont la raison et la sagesse dic-

tent toujours les récits, parle très-judicieusement des armes proposées , en 1390, pendant la trève qui promettoit une prochaine paix avec l’Angleterre. Quelques propos téméraires , échappés à des Anglois, tout fiers de leurs précédents succès , allumèrent la colère de la noblesse françoise offensée. Trois de nos chevaliers, dont le plus grand étoit à peine d’une taille médiocre, se présentèrent pour venger notre gloire attaquée, nonseulement contre les Anglois, mais même contre toutes les nations qui voudroient les essayer. La permission du roi fut accordée malgré la foiblesse apparente des champions däns une affaire de cette importance. Deux écus furent arborés, l’un pour la joute à la lance, et l’autre pour le combat à l'épée. Grand nombre de redoutables combattants, accourus de toutes parts, ne firent que redoubler l’ardeur des tenants, qui furent bien aises de voir ces étrangers dédaigner l’écu de la lance, comme trop joyeux et trop commun, pour ñe toucher à la pointe de l’épée que celui de l’épée qui marquoit le duel. De nos trois tenants, deux étant blessés, furent contraints de garder le lit pendant neuf jours avant que de recommencer, et le troisième, qui seul pendant quel- . que temps avoit tenu pour les trois, ne put se trouver . au dernier combat. Toutes ces armes néanmoins, terminées à notre gloire, apprirent à ceux des nôtres qui d'avance avoient censuré cette entreprise, qu’ils connoissoient mal le cœur des François. Lisez tout ce récit, où l'on voit un nombre prodigieux des plus grands noms de l’Europe qui vinrent s’éprouver contre ceux de Roie , Sampi et Boucicaut. La générosité des François ne triompha pas moins que leur valeur ; ils rendirent les armes et les chevaux qui devoient leur rester par Les

conditions du défi, et renvoyèrent ces illustres étrangers comblés de présents.

Le même auteur, après avoir parlé dans la suite de

son Histoire d’un défi d’armes que les Portugois étoient venus faire dans notre cour, passe, en ces termes, au récit d’un autre combat que des chevaliers de la même nation demandèrent peu après, en 1414. « Ce tournoi

de France, dit-il (1. XX XIV, c. 45, p. 970 et971), me fait ressouvenir d’un combat que les Portugois vinrent chercher en France , et que j'aurois tort d’oublier pour l'honneur de la patrie, puisque nos François en remportèrent toute la gloire, au jugement même des Anglois, qu’on ne sauroit soupconner de nous avoir été trop favorables sur une chose qu'ils nous envient. La fierté, je n’ose dire la présomption de cette nation étrangère, en fit sortir vingt braves chevaliers de naissance illustre avec un pompeux équipage , qui vinrent supplier notre roi, par beaucoup d’instances, de leur permettre de s’éprouver contre autant de François à toutes sortes d'armes, soit en duel d’un contre un, soit en nombre égal, à condition que le vainqueur pourroit tuer scn vaincu s’il ne se rendoit à rançon; ils dirent l'avoir ainsi juré entre eux; et quoique les plus sages jugeassent qu’il y avoit d'autant plus de cruauté en ce défi, que c'étoit faire une inimitié gratuite entre des gens qui n’avoient aucun sujet de hainé; il ne fut pas possible de les en détourner, et il fut bien aussi difhcile au roi de refuser à nos François d'accepter un parti où il s’agissoit de l’honnear de la nation, contre des gens dont il falloit rabattre les fumées, et qui se vanteroient éternellement de nous avoir fait peur. Il leur

échappa même, fort galamment, de dire au roi que

l'honneur de la France étoit naturellement si cher à ses enfants, que si le diable lui:même ‘sortoit d’enfer pour un défi de valeur, il se trouveroit des gens pour le combattre. : L | 7

» Quelque expérience à toutes sortes d'armes , et quelque valeur que montrassent ces Portugois, l’avantage demeura aux François. Un autre Portugois ne fut pas plus heureux contre un ‘écuyer de Bretagne, qui pendant | un combat d’une heure et demie, à grands. coups de lances et avec un chappelis d'épées qui faisoit horreur, n’avoit pas levé sa visière une

seule fois pour reprendre haleine et pour se rafrai-

chir; et trois autres encore disputèrent moins longtemps le terrein. En ce temps aussi (Journal de Paris, sous Charles VI et VIT, p. 25) estoient chevaliers

d’Espagne et de Portugal, dont trois de Portugal bien renommez de Chevalerie, prindrent, Par, je ne sai

quelle. folle entreprise, champ. de bataille encontre ‘trois chevaliers de France. et fut à oultrance or-

donné... et fat. avant. soleil. . qu'ils entrassent en champs mais en bonne vérité de Dieu ils ne mirent pas

tant qu’on mettroil à aller de la porte Saint- Martin ». a la porte Saint-Antoine a cheval , que les Portugal- .dois.ne. fussent déconfiz par les trois François,

‘-» Plusieurs Portugois, ‘presque coup sur ‘coup ,'1s

présentèrent ainsi pour s'éprouver cohtre nos gens, ‘et tous eurent le même sort. Enfin, dit } historien ; | délivréz de la: vanité qui leur enfloit le courage, ils s’en retournérent dans leur pays, bien‘heureux d'estre “obligés d'avouer, par une juste comfusion:,i qu'ils

* avoient trop présumé de leur valeur, et qu'ils estoient » venus de bien loin et à grands frais pour faire humi- ».dier leur orgueil. » On vit encore néanmoins l’année d'après d’autres combats pareils entre eux et les Fran-' çois, Suivant l'historien Jean Lefèvre de Saint-Remi, c. 52, p. 76 et 77. | |

Je pourrois ajouter à tous ces combats ceux qui furent proposés dans les diverses factions qui trop souvent partagèrent notre nation et nos princes, comme celles des Armagnacs, desOrléanois, des Bourguignons, des royalistes. J'inscrirois dans la liste de tant de défis celui que Henri IV, en 1590, après la levée du siége de Paris, offrit par un héraut au duc de Maäyenne, pour vider leur querelle, afin qu'un combat décisif mit fin une fois aux calamités de la France. Voy. de Thou, 1. XCIX: Ut prælit copiam faceret, et finem Callie calamitatibus semel imponeret. | e

: nu

to) Vore ce qui a été dit de ces différentes espèces de combats dans les notes sur la seconde partie. Un passage du roman de Lancelot du Lac (t.}; fol. 102, v*, col. 4) nous peut faire juger que la course de la lance, appelée proprement joute, se faisoit seul à seul ; et qu’à l'égard des autres combats, les deux lignes opposées se méloient pour en venir aux mains: ce qui faisoit donner à ces actions le nom de mtlées. On lit ces mots dans le récit d’une joute à la lance : « Lors s’en- » tréloignent eux deux, et viennent de si grante'alleure, * comnre les chevaux peuvent aller, et s’entrefierent les » plus grands coups qu'ils peuvent, et Persides rompt » sa lance ét Hector le fiert, si qu'il le porta par terre » ermmy le champ. Sire, dict Hector, je ne sai Com-

. ment vous le ferez à la meslée, mais en joûte sai-je » bien que vous en avez le pris.»

Les combats des autres armes, savoir, de l'épée, de la hache et de la daguc, étoient les trois actes, dans cette espèce de scène souvent tragique, qui suivoient la joute : peut-être furent-ils appelés particulièrement tournois à cause de l’action des champions qui se tournoient dans tous les sens, au lieu que la course des lances se faisoit en ligne droite. Dès que ces quatre actes de nos anciens spectacles commencoient, les dames placées dahs leurs loges en ouvroient les rideaux, pour voir les nobles jeux qu'elles attendoient. Ils étoient terminés par un dernier combat à là foule, où tout le monde se méloit comme dans une véritable bataille. Ainsi tout y devenoit une école où toutes les manœuvres de la guerre étoient développées. Les joutes représentoient les combats seul à seul , les tournois dont elles étoient suivies par troupes de deux, trois, quatre et davantage , à nombre égal, figuroient les escarmouches et autres affaires que le hasard peut susciter dans les diverses rencontres de la guerre qu'on peut appeler guerre de campagne; les combats à la foule étoient comme les essais ou les répétitions des batailles générales. Dans le détail des tournois donnés au Plessis-les-Tours, pour les noces de madame Claude de France; fille de Louis XII, on vit des combats à la foule, suivant Jean d’Auton. (Annales de Louis XII, sous les années 1506, 1507, p. 5 et 6:) Outre ces occasions, la guerre de campagne présente encore des défilés, des gués et des ponts dont il faut faire l’attaque et la défense ; on se préparoit à ces actions militaires dans les pas d'armes. A l'égard de la guerre des siéges, on l’étudioit également bien dans les

autres exercices des tournois. Les combats à la barrière faisoient connoître quelle conduite on devoit tenir aux approches"et aux barrières d’une place ; les castilles étoient des assauts simulés des tours et remparts d’une ville dont on auroit fait le siége ; les joutes dans les mines enfin représentoient les derniers efforts que l'on fait pour enlever une pue à l'ennemi.

(20) De toutes les récompenses que la Chevalerie proposoit , la plus glorieuse sans doute étoit le prix de la valeur décerné au jugement de ceux mêmes qui avoient dreit d'y prétendre; c’est un tribunal sans appel: aussi Joinville (p. 54) ne crut pas pouvoir mieux finir l'éloge de messire Henri de Cône, son oncle, qui mourut couvert de blessures dans une action contre les Turcs, qu’en ajoutant ces propres paroles : « Et lui ouï » dire à sa mort qu'il avoit esté en son tems en trente- » six batailles et journées de guerre, desquelles sou » ventes fois il avoit emporté le prix d'armes. »

Le roi Jean, qui voulut ranimer la Chevalerie languissante, comme nous l’avons dit, par l'institution de l'ordre de l'Étoile ou de La Noble-Maison (Ord. des rois de France, t. II, p. 466), eut grand soin de rappeler dans ses statuts les anciennes loix qui servoient d’aiguillon à la valeur. Il ordonna que la veille et le jour de la première fête de la Noble-Maïson, il y auroit une table d'honneur où seroient assis les neuf plus braves hommes (les neuf preux) qui se trouveroient à cette fête et qui étoient admis dans le nouvel ordre. Ils devoient être choisis dans.les troïs différents états qui distinguoient alors les chevaliers, savoir: Les trois plus souf-"

fisants (capables, preux) princes, les trois plus souÿfi-

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