‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 35 sur 57 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

sants bannerets et Nes trois plus souffisants bacheliers (simples chevaliers.) Tous les ans aux mêmes jours on devoit pareillement choisir dans chacune de ces trois classes un pareil nombre de confrères qui, dans le cours de l’année, auroient fait plus d’exploits en armes de guerre et non de paix, c’est - à - dire ‘non dans les tournois; car ils n’étoient point mis ici en ligne de compte.

Les Anglois, comme on l’a vu, déceriérent des honneurs équivalents à ceux-là, pour celui qui dans une action avoit. surpassé ‘tous les autres combattants. James d'Endeléé, brave ;ehevalier anglois, ‘après la bataille de Poitiers, reçut. ‘du prince de Galles les plus grauds éloges : « Pav votre vaillance , ‘lui dit ce prince ». couvert de gloire lui-même , avez huy acquis la grace » et renommée de nous tous, et estes tenu par certaine » science pour le plus preux. Messire James, ajouta-

» t-il encore, je et tous les nostres vous tenons à la » journée d’huy pour le meilleur de nostre costé. » rs L. LP : 196.)

(à 1) Dans le dé dirats qui fut proposé en 1/14 pendant le siége d'Arras, à Lens en Artois, entre quatre François, dont étoit chef le bâtard de Bourbon, jeune enfant, et quatre Bourguignons dont étoit chef le chevalier Cottebrime, qui depuis ‘devint maréchal : « Celni- ci qui grant et puissant cstoit, fit apporter » grosses lances à merveilles et les plus beaux fers de # lances que jamais on peust veoir ; mais quand il sceult . qu'il avoit affaire à ung enfant, il irouva manière » d’avoir lances gracieuses desquelles il feist ses armes , à l'encontre du bastard de Bourbon si gracieusement

Dh,

» qe hul ne fust blessé. » (Jean Lefèvre de Saint- Remi , Histoire de Charles VI, p. 66.) 17

J'ai vu encore quelque part que nos armées étant en présence se livroient carrière et laissoient entre elles un terrain réglé tel qu'il le falloit pour la course des: che+ vaux. et pour asseoit le coup de lance dans une proportion. conyenable. ‘C'est ainsi qu'Olivier deg la Marghe (liv. Î de ses Mémoirés, p. 245) explique la manœuyre de ces hommes préposés dans les tournois , qui à chaque course , à chaque attaque, ne manquoient pas de prendre de nouveau, avec une corde nouée, la dimension du lieu d’où les jouteurs devoient repartir pour recomménceritaé nouvelle jouté. Auxiarmes:qui se firent dans les mines du même siége d'Arras, entre Montaigu, com mapdant de la place , èt lé comte d'Eu , tout y fat réglé comme oû auroit pu'ile faire dans une joute de courtoisie , jusque-làique le vaineu, suivant les conditians stipulées auparavant, devoit donner au vainqueur un diamspt de oent éeus. Le-comte d'Eu , jeune et vigoureux, ayant défendu si.bien ke passage que Montaigu ne put jamais le: forcer, celui-ci paye voullentier le diamant qu’il:fit présenter au comte d’Eu paur donner à sa dame. ( Jean Lefévre. de St.-Remi, Hist. de Charles VI : Pr 65 et. 66. sous l'an 1414.)

. L'amour, âutant. ‘que la simple ue , étoit souvent aussi de la partie dans Les expéditions de ños brav es chevaliers.

Froissart: (ch. cxcxvi, p. 222 du vol. I), urlént de monseigneur Eustache d'Auberthicourt qui, commahdant sept cents. hommes, avoit fait des prises considérables dans la Champagne, et tenoit bien douze forte +esses sous ses-ordres ( année 4358 } : « Il aima donc par

» amours, dit-il, et depuis espousa madame Ysabelle » de Julliers, fille jadis au comte de Julliers. Cette dame s avoit aussi en amour monseigneur Eustace pour les » grandes appertisses d'armes qu’elle en oyoit recorder, » et luy envéya la dite , haquenées et coursiers et lettres » amoureuses ; par quoi ledit messire Eustace en estoit. » plus hardi, et faisoit tant de Chevaleries et faits d'ar- + mes que chacun géignoit avec tuy:.»

. Brantôme ( Cap. Fr., t. IV, p.238) nous: apprend q que de son temps plus que jamais , l'amour ‘avoit encore ses héros : « Les gens de cour se sont fait remarquer trèsbraves et vaillants et certes plus que le temps passé. » Puis reprenant ce qu'il avoit dit plus haut de M. de Randan : « Estant à Metz, continue-t-il, un cavalier de dom » Louys d'Avila, colonel de la cavalerie de l'empereur, ». se présenta et demanda à tirer-ün coup de lance pour » l'amour de sa dame. Monsieur de Randan le. prit aus- » sistost au mot par le congé de son général ,'ct s'estant » mis sur les. rangs, fust ou pour l'amour de sa mais- » tresse qu’il espousa depuis, ou pour‘l’amour-de quel- #» qu'autre bien grande, car il n’en estoit point dépour- »'veu, jousta si furieusement et dextrement qu’il en » porta son ennemi par terre à demy mort, et retourna » tout victorieux et glorieux dans la ville, an fait et » apporté beaucoup d'honneur à luy et.à sa patrie, et + dont chacun le loua et en estima extrèmement et non

» sans cause. » |

. Yoyez encore dans le Novennaire, sous Fan nue ( t. Il, p. 502, verso); le cartel envoyé par le comte d'Éssex au comte de Villars qui commandoit dans Rouen pour la Ligue. Le comte d’Essex offroit de soutenir, à pied ou à cheval, armé ou en pourpoint, que la que-

rellé du roï étoit plus justé que celle de la Ligue, que lui ” comte d’Essex étoit meilleur que Villars, et qu’il avoit une plus belle maîtresse que Villars. Celui-ci répond qu’il ne croit point ce qu'il avoit avancé de l'excellence de sa maîtresse.

(22) Un écuyer anglois, capitaine du château de Beau fort, qui, en 1369, prit parti pour la France , se nommoit le Poursuivart d'amours (Froissart, 1. I, ch. LIV, p. 354, édit. de Ménard, p. 430 ). Il est encore fait mention de lui sous ce nom dans l'Histoire de Bertrand Duguesclin.

(23) Comme monseigneur Jean Chandos, Anglois, peu avant la bataille de Poitiers, s'étoit avancé pour observer l’armée françoise, il fut rencontré au retour par monseigneur Jean de Clermont, l’un des maréchaux de France, qui de son. côté revenoit à cheval, après avoir également capsidéré la contenance de l’armée angloise : « Si portoient chacun d'eux, dit l'historien, une » même devise d’une bleue dame, euvrée d’une bordure * auray (rayon) du soleil ,et tousjours dessus leurs hauts » vestements, en quelque estat qu'ils fussent. Si dit »+ monscigneur de Clermont : Chandos, depuis quand * avez-vous emprins à porter ma devise? Mais vous la » mienne, respondit Chandos, car autant bien cst elle » mienne, comme vostre : je le vous nie, dit monsei- »* gneur Jehan de Clermont, et si la souffrance ne fust *. entre les vostres et les nostres, je vous montrasse » tantost que vous n avez nulle cause de la porter. Ha} » dit monseigneur Jehan Chandos, vous me -trouverez » demain tout appareillé de deffendre, et de prouver +. par fait d'armes que aussi bien elle cst mienne comme » vostre. Monseigneur Jehan de Clermont dit à Chan-

230 ss NOTES . :

#1 dos : Ce sont bien les parolles de-vos Anglois, qui ne » saventadviser riens denouvel , mais quant qu'ils voyent » leur estre bel. Atant passèrent outre, ni n’y eut'adonc » plus fait ne plus dit, et'‘chacun s’en retourna devers » Ses gens. » /

(24) Le sire de Languerant, 68 1378, ayant mis en embuscade daïis un:bois quarante lances qu'il commandoit, leur ordonna de l'attendre jusqu’à ce qu’il fût revénu de reconnoître la forteresse de Cardillac oecupée par les Anglois. Il s’avança tout seul jusqu'aux barrières, et s'adressant ‘à la garde : « Où est Bernard Courant » vostré capitaine? demanda-t-il. Dites luy que le sire *' Langüerant luy demande une jouste; il est bien si bon » ‘homme d’armes et si vaillant qu’il ne la refusera pas » pour l’amour de sa dame ; et s’il la refuse ce luÿ tour- + nera à grand blâme, et diray pat tout où je viendrai 4 qu'il m'aura refusé pär couardise une jouste dé fer de » ‘lance. : » Elle ne fut point refusée, et Languetant ÿ perdit la vie. ( Froissart, liv. Il, p. 43 et 44.)

. (25): C'est Froissart qui nous a conservé’ce trait dans le livre IT de son Histoire, ch: XXXIIT,.p. 5o, sous l’an 1378. Le récit curieux qu’il en fait mérite d'être lu, et c’est à regret que nous ne transcrivons point ce passage.

: (26) On pourroit dire aussi que comme on avoît d’eux l'idée que les anciens avoient de leurs dieux tutélaires,

ils étoient retenus pär ces chaînes ; de inême que les Tyriens en donnèrent à leurs dieux den la créinte qu'ilsne leur fussent enlevés ( Plutarque, Quest. Rom. Lx1 ). Voyez ce que rapporte le P. Ménestrier au sujet des

___ DE LA TROISIÈME PARTIE. 231 chaînes d’or (Orig: des orne. d'arm., p. 173 et suiv. ). L'histoire fait fort souvent mention de ces chaînes données à nos chevaliers qui en avoient aussi fait le signe des entreprises de Chevalerie, comme on l'a vu dans la note 4 ci-déssus. ;

--Nos rois qui furent j jusqu’ en: 1614, et nième ‘jusqu'en 1668, dans l'usage de donner des chaînes d’or aux colonels dé régiments suisses, et qui en donnent encore aux Rte de cette nation dans les renouvellements

d'alliance, accordèrent souvent une pareille distinction aux autres officiers de leurs armées, et même à ceux de leurs alliés ( Bassompierre, t. L, p. 404 }. Louis XIV, en 1666, envoya sdn ordre de Saint-Michel à l'amiral Ruyter avec. une chaîne d'or et son portrait : plusieurs de nos rois ont poussé la générosité jusqu'à récompensér leurs plus redoutables’ ennemis par ces marques glorieuses de leur estime ( Pélisson, Hist. de Louis XIV, depuis 1661 jusqu'à 1678, t.ell , liv. IV, p. 72 et73). Louis XII mit au col de Gonsalve une chaîne d’or pour

marque de la considération qu’il portoit à cette valeur même qui lui avoit enlevé le royaume de Naples. (Montluc ,t. ni 589. Jus |

(29) Hesaie Philipic de Valois, n'étant point encore roi, alla porter la guerre en Italie, en 1320, pour défendre le parti des Guelfes, Galéas Visconti, qui soutenoit la faction des Gibelins , pouvant attaquer ce prince avec dés forces bien supérieures', ne voulut point profiter de ses avantages ; il préféra la voie de la négociation pour lui persuader de retirer ses troupes ( Muratori, Annales d'Italie, t. VIIT ,p. 147). Galéas craignoit de combattre un printe dont il réspectoit la personne, et

de manquer à ce qu’il devoit au père de Philippe, à Charles; comte de Valois, qui lui avoit conféré la Chevalerie ( Philippe et lui étoient en quelque façon fils d'un même père, ils étoient frères dans l’ordre de la Chevalerie ). C’étoit sans doute pour cette raison de fraternité que les compagnons d’un même ordre ne pouvoient’se défier-et se battre l’un contre l’autre sans la permission du roi, comme le dit Brantôme ( Duels, p. 285 ). Le roi fit grâce de la vie au maréchal de Gié, condamné à mort, en considération de la Chevalerie que ce prince sr recue, de sa main. Gauvain qui avoit fait compagnie à Lancelot lorsque celui-ci fut armé chevalier , refusa de soutenir contre ui le gage de bataille ; il sembla se regarder comme parrain de Lancelot, et ne vouloit point combattre son filleul ( Roman de Lancelot du Lac, t. LIT, p. 147. r°, col. 2 et suiv. ). ;

(28) Voyez la XXIe dissertation de Ducange, à la suite de Joinville, sous le titre des adoptions d'honneur en frère , et par occasion des fréres d'armes ; ‘ei le Dict. de Nicot, aux mots compagnons et frères d'armes. Le mot de frére étoit anciennement un terme d'amitié que nous donnions même à des inconnus ( suiv. Phil. Mouskes,. mss.) d’un état très-inférieur, ainsi qu’en usent encore les Polonoïs. et les Bohémiens les uns à l’égard des autres. L'union fraternelle et l’interpellation de frère furent encore plus communes entre des gentilshommes qui avoient servi ensemble. Cette remarque peut n’être point inutile aux généalogistes. Brantôme ( Cap. Fr., t, 1, p.490, et t. IV, p. 107) dit en parlant de M. de Téligny : Mon grand amy et frère d’alliance , mon frère d'alliance et de considération. 1 donne le même titre de

mon frère et grand amy au baron de Vitaux en lui parlant. Bassompierre et Schomberg se traitent mutuellement de frére, et le même Bassompierre ( Mém., t. II, p. 367 et 372 ) appelle les chevaliers de Cramail et de Grammont, en 1621, ses anciens frères et amis ; et mhadame de Sévigné écrivoit encore en 1674 ( Lett., t. Il, p- 310) : « J’estime fort Barbantanne; c’est un des lus .» braves hommes du monde, d’une valeur presque ro- * manesque dont j'ai oui parler mille fois à Bussi; ils » sont frères d'armes. ».

Les plus illustres guerriers des siècles nHébients leur en avoient donné l'exemple. Sans compter les alliances sous ce nom de frére , que les souverains et les princes faisoient les uns avec les autres, quelquefois avec ceux d’un rang inégal, comme celle du roi de Sicile ( Hist. d’Artus III ,-connétable de France et duc de Bretagne ) qui, en 1439, étoit frère d'armes du connétable ArtusIIl, duc de Bretagne ( Hist. de Duguesclin , publiée par Ménard, p.113 ); le comte d'Auxerre est appelé compagnon ( je l'interprète frère d'armes ) du comte Vert (Hist. d’Artus JII, connét. et duc de Bret., p. 772) à la bataille de Cocherel, en 1364. Le connétable Duguesclin, parlant de Lôuis de Sancerre, en 1372, dit de lui: mon frère de Sanxerre. Le mème Duguesclin et Clisson conclurent ensemble, en 1370, une fraternité d’armes dont on peut lire le titre original rapporté par Ducange ( Dissert. 21, à la suite de Joinville). Et Froissart, dans le récit dé l’assassinat du connétable Clisson , en 1392, dit que « le’‘seigneur de Coucy qui se tenoit en son hos- » tel, si-tost qu’il sceut auamatin les nouvelles, monta »* à cheval , et se partit luy huytième tant seulemeni , et » vint à l’hostel du connestable derrière le Temple, où

» on l'avoit. rapporté, car mpult s’entre-aymoïent et » .s'appelloient frères et ie DAS: » ur IV, ch. XXXIX ,p.144.) ,

Dès le temps de Joinville ces sortes de corifraternités étoient connues; parlant de ; Gille le Brun, connétable de France, ill’ appelle:son frère : ce:que Ducange (p.36 de ses Observat. ) -explique de la fraternité d'armes qui les unissoit; car ils n’étoient point parents.

Le christianisme avoit fondé l’usage entre les: hommes de se traiter de frères; la Chevalérie leicontinua : ce ne fut pas toujours un titré d'amitié purement arbitraire et sans effet ;.on y joignoit.une espèce de formalité par laquelle on s’adoptoit mutuellement en cette qualité -de frères, de même que nous voyons des adoptions de père et de fils, dont Bassompierre nous donne un exemple entre lui et le duc d'Ossone. T'out le. monde sait que Francois I°r. appeloit .Semblancçai son père, 6t que Henri Ï traitoit de son compère le connétable de Montmorenci. Outre les cérémonies des associations de frères, autrement frères d'armes; compagnons d'armes et compagnons de foi, que j'ai déjà : rapportées, ils faisoient quelquefois entre eux l'échange de leurs armes et se les donnoient l’un à l’autre , de même qu’on le voit de Glauaus et de Diomède dans Homère ( voyez Ducange, Gloss. lat., au mot arma mutare ). L'engageñent réciproque qu'on prenoit alors consistoit à ne jamais abandonner .son compagnon dans - quelque péril qu’il se

trouvât,. à l'aider dé son corps et de son avoir jusqu’à la mort , et à soutenir même pour lui, dans certain cas, le gage de bataille, s’il mouroë avant que de l’avoir accompli (Hardouin.de la Jaille, Gage de bat., fol. 54 et 52 ),

Le frère d'armes devoit être l’enneini des ennemis de

Ld

son compagnon , l'ami de ses amis :, tous deux devoient partager par moitié leurs biens pen et à venir, et employer leurs biens et leur vie à la délivrance l’un .de l'autre lorsqu'ils étoient pris. Les: chevaliers de l'ordre du ‘Croissant avoient été formés sur ce modèle ( dé Tyrän-le-Blanc, t. Il, p.335). - :

Du Tillet (Rec. ds rois.de Fr., ch. des nl de l'ordfe ét état de Chevalerie, p; 366 ) dit que « les ché- » ‘valiers du Croissant porté du bras, estoient obligez l’un p à l'aütre d’estre compagnons de toutes fortunès et » périls, àmis fidèles ,aydants l’un l’autre au besoin, ne » pouvants porter armes l'un contre l’autre. » |

Un chevalier, dans Perceforest (vol. VI,fol.:69, verso, col. 1 ), parlant de son frère d'armes, s'exprime -encore ainsi : « Compagnons d'armes avons'esté dès notre com- »* mentement ,hymé avons et encore faisons Fung l’autre *' en telle manière que lung aydervit l’autre jusqu’à la » inôftt, sauf son honneur; et par vraye amour suis-je * -venu avec luy en intention. de le conforter et'ayder de » mon corps et de mon avoir, si. comme il feroit de » moy $e mestier ( besoin } en avoye. » -. ,.

Je crois cependant que ces associations.ne se cantractoient pas toujours pour la vie;: et qu’elles se. bornoient souvent à des expéditions passagères, comme une entreprise d'armes, telle que fut celle de Saintré ; uné ‘gaërre Ÿ une simple campagne, une bataille, un siège vu quelque autre expédition militaire (Hist. de Saintré, p: 522 et suiv.). Boucicaut et Regnault de Roye étant partis dé compagnie, je crois, conrme frères: d'armes, poug aller contre les Sarrasins , et ayant repassé depuis par la Hongrie, dont its assistèrent le roi dans la guerre contre le marquis de. Mor avie, se séparèrent l’un. de

l’autre lorsqu'elle fut terminée. (‘Hist. du maréchal de Boucicaut ,: publiée par Godefroi, ch. XVI y P- ” et suiv. )

nt semble même que les adoptions des frères d'armes ont quelquefois été bornéecs à l’assistance mutuelle qu’on se promettoit en allant ensemble donner ou repousser un assaut. Le brave capitaine Sainte--Colombe ayant été blessé à mort dans un assaut du siége de Rouen que M. de Guise commandoit, le prince le visita et l’assura qu'il lui fera part à jamais de sa fortune et de ses moyens, comme à son cempagnon et frère d'assaut ( Brantôme, Cap. Fr.,t. IV, p. 131 ).

On a vu, à la honte de la Chevalerie, le duc de Bourgogne violer les serments les plus sacrés de sa fraternité d'armes avec le duc d'Orléans ; mais on peut opposer à cet exemple celui du duc de Bretagne, long-temps ennemi irréconciliablé du connétable Clisson. Enfin la haine du duc fit place aux sentiments qu’inspire la fraternité, lorsqu'ils furent devenus frères d'armes: jamais amitié ne fut plus sincère que celle qui régna depuis entre eux jusqu’à la mort de ce duc. Clisson la lai continua encorc après dans la personne de ses enfants; il fut toujours leur père.

Le moine de Saint-Denys (Histoire de Charles VI, 1 XIII, 'c. VI, p. 248), en 1393, ayant rapporté la négociation du due de Bourgogne pour la paix dwduc de Bretagne et du roi, qui fut heureusement conclue, admire la bonne foi avec laquelle les restitutions furent faites, ct les dommages furent réparés de part et d’autre; puis il ajoute: « Mais ce qui surprit davantage t toute » la France et ce qui consomma la joic des Bretons, ce » fut de voir que cette haine auparavant irréconciliable

DE LA TROISIÈME PARTIE. 2937 » entre le duc et Olivier de Clisson, se convertit tout- » à-coup en une ferme et nouvelle amitié. Ils jurèrent » une alliance éternelle entre eux , ils devinrent frères » d'armes ; et le duc venant en France pour accomplir » les propositions du mariage de son fils aîné avec la » fille du roi, il laissa au sire de Clisson le gouverne- » ment de sûn pays et la garde de sa femmé et de ses s enfants.» : D

Outre le service des armes qui se rendoit à toutes épreuves entre frères d'armes, il n’y avoit point d'occasion que l’un ne saisit avec ardeur, si l’autre avoit besoin d'assistance , point de bons offices qu'il ne cherchât à lui rendre }:il n’oublioit jamais, dans quelque cas que ce fût, le titre par lequel ils étoient unis. Le moine de Saint-Denys (bid., 1. XXXIV, c. VIE, p. 348), après avoir fait un portrait affreux des eruautés et des violences commises en 1414 au sac de la ville de Soissons qui s’étoit révoltée , ajoute que le chef de la rébellion ; Enguerrand de Bournonville, fut décapité , « quelques ins- » tances que fissent , ‘pour lui sauver la vie, beaucoup - de grands et eélèbres officiers de l’armée, et quelque * offre qu’ils pussent faire de grandes sommes d'argent » pour le délivrer, par manière de rançon. Ils croyoient * tous devoir ce témoignage d'affection à sa valeur, et » au long temps qu’ils avoient fait la guerre ensemble, * en Lombardie et en France où ils avoient été amis et » frères d'armes, comme aussi à la magnificence dont » il usoit de tous ses profits de güerre. »

Je terminerai cette note où je me suis arrêté peutêtre avec trop d'affection par le portrait que fait Brantôme (Cap. Fr.,t. IV, p; 159) de deux jeunes frères d'armes qui de son temps étoient partis ensemble pour

aller chercher fortune: 11 dit de l’un d'eux, gentilhomme de: l’illustre maison d’Auten en Saintonge, qu'ayant laissé dans son paÿs son frère aîné possesseur de grandesterres, mil lui prit envie, Comme: c'est. la eoustume » ordinaire des cadets, de ne s'amuser aux cendres ca- » fanivrés, mais d'aller voir le monde; il afferma. ses » terres, il en prit | de: l'argent : ce qu'il-pent; ét asso- » ciant avec soy et prenant pour frere d'alliance et de = fortune um. autre jeune cadet d’Angoumôis, de, la * maison de Berneuil, dit de Monsoreau,. tous deux mettent la plume au vent comme bons fréres.jurez de *. ne s'abandonner jaiais et vivre et mourir paseinble, » en FREE So a À 4 fee Das Te

É 7} i Le n

(29) Le ee anis peu avant la bataille de Pontvalain, tiennent conseil pour délibérer::comment ils attaqueroient .le éonnétable Dugueselin. Hue de Carvalai, l’un d’entre eux, ouvre son:avis en ces termes : « Se m’aist dieux , Bertran:est lé meifleur chevalier qui regne à present : il est duc ; comte et vonnestahle, et a ésté lonig-temps mon compaignon en Espaigne, où je trouvay en luy honneur, largesse et amistié si.-ha- » bundamment ct SRE ce hardement , ficité, vas- » selage et emprise, qu “il n’a homme jusques en Calabre » qui secut que j’amasse autant à veoir ne accgmfjiaigner » de jour ou de nuit pour moy aventurer à vivre: où à » mourir ne'fust ce qu’il guerrie monseigneur le prince. » Car en cé cas je dois mettre poyne de le nuyre et gre- » ver comme mor-ennemi.' Si vous diray. mon adwis. »

ist. de Bert. nc eue ne par Ménard, y P- 4o7- )

. (30) Boucicant, passant à son retour d Espagne par

le comté de Foix, se trouva plusieurs fois à boire et à manger avec des Anglois. Comme ils jugèrent à des abstinences particulières qu’ils lui virent faire dans ses repas, qu'il avoit voué quelque éntréprise d'armes , ils lui dirent que sh] ne demandoit autre chose on auroit bientôt trouvé qui le délivreroit; Boucicaut leur répondit : «' Voirément estoit-ce pour combattre à oultrance, mais “ qu'il avoit compaignon ji © estoit un chevalier nommé » messire Regnault ‘de Roye , sans lequel il ne pouvoit * rien faire, et toutes fois s’il y avoit aucun d’eulx qui

» voulussent la bataille , il leur octroyoit et que à teur » volonté prissent jour tant que il l’eust faict À sçavoir » à son compaignoti. » (Histoire du maréchal de Bou eicant, ne par Soc, » P- 51.)

(1) Locle prince de Galles eut déclaré la guerre .

au roi Henri de Castille , il manda à tous les Anglois qui étoient alors au service de ce prince de le quitter pour se rendre auprès ide lui. Hue de Carvalai, qui étoit du nombre , obligé de se séparer de Bertrand , vint lai faireses eue. «Gentil sire, lui dit-il , il nous con- » vient de partir, nous avons té ensemble par bonne » compaignie ; comme preudomme, et avons toujours »* eu du vostre à nostre voulenté que oncques n’v ot » noise ne tançon , tant des ayoirs conquestez que des » joyaulx donnez, ne oncques n’en demandasmes part, » si peñse bien que j’ay plus réçeu que vous, dont je suis * vostre tenu. Et pour ce vous pris que nous en comp » tons ‘ensemble. Et ce que je vous devray, je vous paie- » ray ou assigneray. Si dist Bertran, ce c’est qu'un » sermon, je n’ay point pensé à ce compte, ne ne sçay » que ce puet monter. Je ne sçay se vous me devez, ou

ne

240 oo NOTES

se je vous doy. Or soit tout quitte puisque vient aù départir. Mais se de cy en avant nous acreons l’un à l’autre, nous ferons nouvelle depte et le convendra escripre. Il n’y a que du bien faire, raison donne que vous (suiviez) vostre maïistre. Ainsi le doibt faire tout preudomme. Bonne amour fist l'amour de nous-et aussi en fera la departie : dont me poise qu’il convient que elle soit. Lors le baisa Bertran et tous ses compagnons aussi : moult fut piteuse la departie. » (Histoire de

Bertrand Duguesclin, publiée pe Ménard, c. XXIV, p.248 et 249:)

. Duguesclin tomba dans la suite au pouvoir ds Anglois, qui le retinrent long-temps prisonnier. Après avoir enfin obtenu sa liberté sous parole d’acquitter sa rançon, Carvalai, son ancien frère d’armes, qu’il avoit retrouvé , et qui Send quelque temps lui tint bonne compagnie, voulut lui parler encore du compte qu'ils avoient à régler ensemble. « Bertran, dit-il à son ami

avant que de se séparer, nous avons esté compagnons ou pays d'Espangne.par de la de prisons, et d'avoir (c’est-à-dire en société tant pour les prisonpiers que

pour le butin que nous aurions), dont je ne comptayÿ

oncques à vous el sçay bien de pieça que je suis vostre tenu (redevable , en reste avec vous) dont je vouldray avoir advis: mais de tout le moins je vous aider ray ici de trente mille doubles d'or. Je ne sçay, dit Bertran, comment il va du compte, mais que de la bonne compagnie; ne je n'en vueil point compter; mais se j'ay mestier je vous prieray. Adonc baisierent

li uns l'autre au dep » (Ibid., p. 306.)

(32) Le moine de Saint-Denys ist. de Charles VI,

DE LA TROISIÈME" PARTIE. 241 L XXII, c. X, p. 459) rapportant la mort de Louis

de Sancerre, connéiable, arrivée en 1402, fait ainsi l'éloge de ce connétable : « C’est assez pour donner une » idée et pour faire le pourtraict en petit d’un si grand »* personnage , de remarquer ici qu'il fut le compagnon

» inséparable et le frère d'armes du fameux Duguesclin, |

+ etquel’ayant secondé dans ses conquestes de Gyyenne, » non-seulement il les maintint après sa mort. mais il » les étendit ui plusieurs victoires. »

(33) Le chevalier au Cygne prend la défense d’une dame dont le duc de Saxe usurpoit les terres , et la rétablit dans ses droits. (Phil. Mouskes, manuscr., fol. 417 et 418.) Les romans de Lancelot (t. II, fol. 71, verso, col. 2) et de Perceforest évol. I, fol. 3, recto et verso) rappellent fréquemment cet usage fondé sur les sentiments généreux de nos anciens chevaliers ; et le duc de

Bourgogne se faisant honneur de les imiter en ce point, .

en donne deux preuves éclatantés rapportées par Olivier de la Marche (Avis du Gage de bataille, fol. 412, verso). « Car par deux fois en sa vie il voulut combattre en » lice, l’une des fois à l’encontre du duc de Glocestre, » frère du roy d'Angleterre, et pour la querelle de Hol- » lande et de Haïinaat; et l’autre fois il voulut combat- » tre un duc de Sasse pour la querelle de madame Ca- » therine de Chevoix, sa belle-tante , à cause de la du- » ché de Luxembourg, où elle prétendoit droit par suc- » cession; et ledit duc de Sasse querelloit parcillement » ladite duché. Ainsi ce noble duc offrit par deux fois » son corps à combattre devant l'empereur ès deux per- + sonnages que je dis. »

Lisez, dans l'Histoire du maréchal de Bouvcicaut, le

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