‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 40 sur 57 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Ainsi la gloire que les chevaliers avoient toujours chérie et recherchée les suivoit jusque dans leurs tombeaux.

Les marques honorables qui décoroient leurs catafalques et leurs mausolées étoient en même temps, de la part de la nation qui les.

décernoit, un témoignage de sa reconnoissance envers le héros qui l’avoit défendue ; pour le héros lui-même c'étoit une récompense immortelle de ses travaux, et pour sa famille une décoration dont elle ne devoit jamais ternir l'éclat : c'étoit enfin, pour toute la Chevalerie , un exemple propre à l'enflammer d'une noble émulation, à lui faire suivre, dans le sentier de la gloire, les pas du chevalier, qui tous avoient été marqués par autant de degres d'honneur. |

Les épées“ et les autres armes que les plus fameux chevaliersavoient portées dansles combats, et qui tant de fois avoient été les instru-

ments de leurs victoires, ces armes, dis-je, comme autrefois celles d'Achille parmi les chefs grecs, excitoient l'ambition des capitaines et même des princes souverains. Ils dé- -siroient de les posséder, soit pour s’en servir eux - mêmes à des “exploits dignes des hé- *ros qui les avoient ennoblies, soit pour les

‘exposer dans leurs ärsenaux et dansleurs salles d'armes , comme des moriuments singuliers et curieux. Quelquefois on les donnoit aux éolises ; on les consacroit à Dieu, seul auteur du vrai. courage comme des autres vertus.

Le duc de Savoie fit les plus exactes recherches pour trouver l'épée du chevalier Bayard qu'il vouloit placer dans son palais. Sous Charles VII, dans les plus grandes adversités de la France ,on crut devoir choisir une de ces épées antiques pour armer le bras de la pucelle d'Orléans ‘* : « En l’église de Sainte- » Catherine de Fierbois'se trouverent, dit Sa- » varon, plusieurs épées qui là avoient été n données le temps passé, » parmi lesquelles étoit cette épée fatale qui chassa les Anglois de France.

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(4) On employoit pour les lances le bois le plus droit et le plus léger, comme le pin, le tilleul , le sycomore, le tremble et autres ; les meilleures étoient de frêne : le baut de la lance étoit armé d’une pointe d'acier bien trempé, et garni d’un gonfanon ou d’une banderole qui avoit une queue longue et traînante : |

Sos gofainos fon blanex lat trainiers.

L’écuyer n’en avoit point d’autre que celle qu'il portoit pour son maître; il ne lui étoit permis de se battre qu'avec : l’écu et l’épée (Gérard de Roussillon, manusc. en prov. fol. 54, recto , et fol. 38, verso, et 39, recto). Un jeune homme dans le roman d’Alector, offrant de faire connoître son innocence par la preuve des armes à l'espée et à l’escu, ajoute : car chevalier encore ne suis-Je pas

(fol. 11, verso).

(2) Je ne sais sur ‘quel fondement le Laboureur (Hist. de la Pairie, pag. 179) contredit tous les auteurs que j'ai vus , par la définition qu'il donne du fief de haubert, comme étant Île fief d'un écuyer. Voyez le con-

traire dans le cha pitre XII du 4er livre des établissements de saint Louis ; et dans le Glossaire du droit francois par Laurière qui l’appuie de plusieurs HHADBTABES uniformes. |

Je crois cependant, avec le Laboureur (pag. 280) ) que les écuyers pouvoient avoir une espèce de haubert ou baubergeon , mais plus léger que celui du chevalier, | et de moindre résistance contre les coups : ils n’avoient point de cottes d’armes, continue cet écrivain. En effet, comment auroient-ils pu en avoir, puisqu'ils n’avoient point d’armoiries, comme je le dirai ? A l'égard de leur armure de tête, ils ne portoient qu’un bonnet ou chapeau de fer inoins fort que le casque ou le heaume du chevalier, et qui ne pouvoit être chargé de timbre, cimier , nid’autres ornements (Flores de Grèce, fol. LVII, recto ). L’écuyer qui auroit pris les armes de chevalier avant que de l'être, étoit pour pos exclu de la Chevalerie.

(3) L'auteur du livre intitulé , l'Ordre de Chevalerie - (fol. 42, verso, 13, recto et verso, et 14, recto), qui donne l'explication morale des différentes armes du chevalier , en fait ainsi l’énumération : l'épée, en forme de. eroix, la lance avec son fer et son pannoncel, le chapeau de far » les éperons , la gorgiére (hausse-col), la masse ; la rniséricorde ou couteau à croix, l’écu , les. gantelets, la selle, le cheval avec son frein, la testière et harnemeñt ( bardes du cheval), le pourpoint ( c’est. ici la cotte d'armes), le signal (c’est encore ici le blason) et la Bannière ( l’étendard de la lance). Perceforest et Favin s'accordent à donner la même deseription. Voyez aussi

! Les poésies manuscrites d'Eustache Deschamps (fol. 504,

col. 4) ::le passage est trop long pour que j'ose le citer; je remarquerai seulement que les quatre derniers vers de cet endroit sont importants pour l'histoire de notre Ghevalerie : ils nous apprennent qu'au temps de cet auteur elle avoit commencé à combattre à pied dans les batailles.

(4) Je porrois ajouter qu'eux seuls eurent des chevaux bardés, depuis que l’usage des bardes eut été introduit ( W. de Tudela , hist: des Albigeois en vers langucdociens, fol. ‘36, versoy. Un seul auteur me donne lieu de hasarder cette conjecture. IL distingue, dans un éndroit de son histoire, les chevaliers et les écuyers par l'épithète de garnitz qu’il donne aux premiers, et par celle d’armatz qu'il donne aux seconds ( fol. 115, verso, et 116, recto): ailleurs, parlant d’uné armée formidable, il compte vingt-cinq mille écus de cavaliers excellents : dont les chevaux ont leurs crins,

| De cavaliers mirables ab los Cavals crioutz.

Et dix mille qui sont, eux et leurs chere couverts de fer et d'acier brillant et étincelant.

E iron lix mila ilh ils cavals vestutz, Del fer et del acier qu’es resplandens et lutz.

: Ces deux passages réunis suffisent-ils pour en conclure que les uns appelés armatz, n'étoient que dés écuyers dont les chevaux avoient tous leurs crins, et que lës autres, distingués par le ‘mot garnitëä, étoient des chevaliers montés sur des chevaux dont on ne voyoit pas les crins; soit que l’armure de fer empèchât qu’on ne pôt voir leurs crins, soit qu'on fût obligé de les leur

couper pour avoir plus de fäcilité à les armer. Les chasseurs par un autre motif ont suivi cet usage pour leurs chevaux. Voyez ci-après la note 16 de cette partie, au sujet des chevaliers dont les cheveux furent coupés sur le sommet de la tête. | On voit ailleurs que les chevaliers combattoient du moins dans leslices , avec de longues robes qui leur descendoient jusqu'aux talons, et que leurs chevaux étoient encore couverts de’ housses d'une pareille longueur. On ne comprend pas comment des cavaliers pouvoient combattre dans un équipage si embarrassant , et tels que les anciens sceaux nous les représentent. Cette discussion päroîtra bien minutieuse à quelques lecteurs; d’autres, par des considérations particulières , la regarderont peutêtre comme une des plus intéressantes de celles où je suis entré : nous serions moins en peine du jugement qu’on en porteroit, si au lieu des mœurs des François nous parlions de celles des Grecs ou des Romains.

| : Lun |

(5) Il suffit, pour faire connoître la cotte d'armes, de rapporter comment le duc de Brabant s’en fit une à la hâte pour aller aux ennemis à la bataille d’Azincourt, en 1415 : « Alors survint le duc Antoine de Brabant, qui » avoit esté mandé par le roy de France, lequel y » arriva moult hastivement..… et print une des ban- + nières deses trompettes, et y fit un pertuis par le » milieu dont il fist cottes d’armes. » (Jean Lefèvre de Saint-Remi, Hist. de Charles VI, pag. 93.) Voyez la première dissertation de Ducange à la suite de Joinville, intitulée des Cottes d’armes. | |

Voyez la différence des armes des chevaliers et des écuyers dans la Milice françoise du père Daniel (tom. I,

pag. 394 }, et lisez dans le roman de Blanchandin ( mss. de Saint-Germain, fol. 1752, col. 3), la description de armure d’un chevalier terninée par ces vers :

A l'arcon a pendu l’espée,

N’avoit meillor en la contrée ; Quar nus ne ceignoit branc d’acier ‘Adonc, s’il n’estoit chevalier. -

(6) L'écuyer presque sans armes ct pour celte raison appelé nudus miles par des auteurs anciens, suivant le père Honoré de Sainte-Marie (Dissert. sur la Chevalerie, pag. 293 et suiv.), n’étoit pas seulement hors d’état de combattre le chevalier ; il eût encore été regardé corame seroit aujourd’hui le soldat qui mettroit les armes à la pain contre un officier. Flore, dans le roman de ce nom (autrement de Blanche-Flore, mss. parmi les fabliaux , mss. de Saint-Germain-des-Prés, du XIII° siècle, fol. 195, verso), voulant aller défendre l'honneur de Blanche-Flore condamnée au supplice, et combattre le sénéchal qui l'avoit jugée, demande à être armé chevalier.

Quar ne se doit nul escuyer (dit-il) Armer' encontre un chevalier.

Nul homme, s’il n’estoit chevalier, n’osoit combattre un chevalier, dit pareïllement l’auteur du roman de Perceforest (vol. IT, fol. 129, recto, col. I}; ce qui est confirmé dans les cas même les plus pressants, par l’auteur de Lancelot du Lac (tom. T, fol. 97, recto, col. 1, et fol..16:, verso, col. 1). La loi étoit conforme à cet usage : elle n’accordoit point à l'écuyer le duel ou gage de bataille contre le chevalier. Néanmoins comme les

chevaliers abusant-de leurs priviléges ( Assises de Jérusalem , ch. LXXIV, pag. 59) et sûrs de l'impunité, auroient pu commettre des violences et des injustices au préjudice des ‘écuyers, notre ancienne jurisprudence apporta des remèdes à cet inconvénient : elke soumit (ibid. et Beaumanoir, ch. LXI) dans certains cas le chevalier à se battre à pied contre l’écuyer, et comme lui armé seulement de l'épée et de l'écu. |

La règle générale qui autrefois défendit à l'écuyer et aux autres personnes de faire un défi, de proposer le gage de bataille aux chevaliers, passa vraisemblablement dans les usages ordinaires de la société entre personnes de rangs différents; et c’eût été sans doute, comme aujourd’hui, manquer aux règles de la bienséance et de la civilité, que de faire un défi, une gageure-contre celui à qui l’on doit du respect : on peut même conjecturer qu’en empruntant de nos ancêtres ces défis et ces gageures, nous avons encore appris d'eux à ne les point faire sans les réserves et les égards qu’exige la politesse.

Quoi qu'il en soit, les chevaliers -perdirent de bonne heure plusieurs des prérogatives qui leur avoient donné tant d'avantage sur les écuyers, ils admirent ceux-ci dès le quatorzième siècle * à se mêler avec eux dans les tournois et dans les gages de bataille. Les écuyers abusant de cette condescendance s’en firent un droit pour prendre des armoiries, et s’approprièrent même insensiblement les ornements qui étoient affectés anciennement aux,écus des seuls chevaliers. Tout successivement se trouva con-

* Le Laboureur, Pairie, p. 284. Voyez-en des exemples dans Froissart, 1. IE, p. 43 et 44, et dans le livre du gage de bataille, par Oliv. de la Marche, fol. 12.

fondu et dans une espèce de chaos. Les autres ordres jusqu’à ceux du degré le plus inférieur se mélèrent encore avec ceux-ci; l’antienne subordination fut totalement anéantie. Quelques chevaliers de l’ordre du Saint- Esprit tentèrent néanmoins de la faire revivre dans les premiers temps de leur institution : ils voulurent se prévaloir de l’ancien droit des chevaliers pour refuser de mesurer leurs armes avec ceux qui ne l’étoient point; d’autres aimèrent mieux franchement quitter les marques de leur dignité pour donner satisfaction à leurs ennemis, et montrer qu'ils étoient encore plus ch evaliers de l'honneur que chevaliers de l’ordre. On se doute bien du jugement que porte des uns ct des autres Brantôme de qui nous tenons ce fait (voyez Duels, pag. 287, 289 et 290, et Cap. fr., tom. IT, pag. 381 ).

Si nous voulions suivre jusqu’au dernier terme le fil de l’ancienne subordination , nous dirions qu’elle s’observoit encore, du moins chez les étrangers, à la fin da XVI: siècle (Hist. de M. de Thou, liv. LXXX VII, trad. tom. X , p. 79). Édouard Norris, frère du colonel Norris, servant sous le comte de Leycestre en 1587, avoit envoyé au comte de Hohenlo un cartel pour lui detnander réparation d'une injure en se battant contre lui : ‘celui-ci prétendit que, par les loix de la guerre, il n’étoit pas permis à un simple soldat tel que Norris, de faire de pareils défis sans l’aveu de son général. Le comte de Leycestre soutint le contraire; et afin qu’on ne püt pas prétexter, comme on faisoit, l'inégalité des rangs, il fit Norris chevalier. ;

(7) Voyez les notes de Ducange sur les établissements de saint Louis à la suite de Joinville , et la remarque de

Laurière sur l’article XXIX des Instit. cout. de Loysel (liv. I, tit. I). « Le harnois doré, dit un autre écrivain + (Bouteillier, Somme rurale, tom. 1, Liv. II, p.65), »-tant à pied qu'à cheval en tous estats estoit affecté * aux chevaliers; le roi pouvoit cependant J'accoïder + aux bourgeois qu'il annoblissoit. » Cette distinction s'observoit aussi aux entreprises de Chevalerie, comme on le voit dans celle de Saintré et dans celle que fit le seigneur de Charni en 1443 (Hist. de Saintré, pag. 547 et 532). Les marques de ces engagements et les autres parures qu'on distribuoit aux chevaliers et aux écuyers qui formoient des associations de cette espèce, étoient d’or pour les premiers et d'argent pour les seconds (Mém. d'Olivier de la Marche, —iv. I, pag. 177). Le Laboureur ( Hist. de la Pairie, pag. 31 et 312) a donc juste- . ment réfuté les auteurs qui comptent .parmi les ordres de Chevalerie, celui de la Genette. Ce n’en étoit point un en effet *, non plus que celui de l'Étoile, suivant le nième auteur, mais une simple société. Comment:eût-ce été un'ordre de Chevalerie, puisque l'on y admettoit les écuyers qui portoient en argent ‘la marque de cette confraternité-que les chevaliers portoient en or? Philelphe ne pouvoit donner une définition plus exacte des cheva- liers qu’en les désignant par l’épithète auratr. Il s’applaudissoit, suivant ‘Naudé, d’avoir été le premier qui eût imaginé de leur donner cette quehiceton (Ad. à l'Hist. de Louis XI, pag. 46).

Me sera-t-il permis, à l’oécasion de eette note, d'en

* Voyez cependant des lettres de concession de Vordre de la Genette, en 1411, sens PHistoire de Charles VI, de Godefroi, p- 445. |

faire une autre sur un passage de la vie de saint Éloi par saint Ouen ( Spicil., tom. Il, pag. 82, col. 1 et 2 })r qui pourroit induire en erreur ? Cet auteur, contemporain et ami de celui dont'il fait l’histoire, rapporte que saint Éloi , attiré à la cour de Dagobert et chéri de cé prince à cause de sa vertu , y parut dans les commencements avec des habits très-magnifiques : Utebatur quidem in primordio auro et gemmis in habitu ; mais que sa piété l'ayant depuis fait renoncer à ces vaines parures, le roi lui donna scs propres habits et sa ceinture, en disant : non esse dignum hos qui sæculo militarent incedere inauratos. Ce terme militare qui semble désigner la Chevalerie ,avec les ornements d’or qui lui étoient propres, pourroit faire remonter son institution bien plus haut que nous n'avons fait, ou rendre suspecte l'ancienneté que l’on donne à l’autcur de cette vie; mais le mot ëraquratos a été substitué à celui de inornatos par le P. d’Acheri, et après lui par le P. Martène , eomme on le voit dans une note. Cet exemple apprend aux plus savants. éditeurs- qu’ils risquent toujours beaucoup à changer le texte des anciens auteurs sans nécessité et sans précaution : il faut du moins les présenter tels qu'on les a lus avec la plus scrupuleuse fidélité, après quoi l’on peut plus hardiment proposer ses conjectures.

(8) Le persannage qui parle pour les armes dans le blason des armes et des dames, vante ainsi ses avan-

tages.( Coquillart, p. 126):

Fay je pas ung simple escuyer

‘S'il scet les armes conduyre,

Tout incontinent chevalier, ‘ . « Que chacun l'appelle messire.

Les dames du plus haut rang ne les appeloient cependant que monsieur, titre qu'elles n’auroient pas donné sans doute à:uün simple écuyer (Hist. de Saintré , p. 509). La dame dont Saintré s’étoit déclaré l’amant, lui demande, lorsqu'il revient de la Prusse, où il a été fait chevalier , si ses nouveaux honneurs ne l'ont point changé : « Nous avons veu le temps, lui dit-elle, qu’on + vous tenoit un gracieux escuyer, estes vous point à » cause de vos vaillances et-qu’on vous dit monsieur et + de ce nouvel chevalier changé ? » Suivant le protocole pour les secrétaires du roi., dans les Meslanges hist. de Camusat, 1. VIII, p. 47, le roi écrivoit à un chevalier étranger, famoso viro amico nostro carissimo , nostro tali militf salutem; et page 48, à un chevalier du royaume, nostre amé et féal, parce qu’ils ont tous fait serment de féauté et hommage au roi, etc. Ce formulaire a été extrait d'un livre écrit vers l’an 1470. Des lettres plus anciennes noùs prouvent que nos rois, parlant des chevaliers , les qualifioient de noble personne monsieur, et qu’ils ne donnoient aux écuyers que le titre de noble homme, sans ajouter celui de monsieur. Voyez le second vol. des Ordonnances sous l'an 1344, p. 208. Je ne sais donc pas sur quelle autorité se fonde le Laboureur lorsqu'il dit (Hist. de la Pairie, p. 59 ; voyez encore Hd., p. 272 et 309 ), sans citer ses garants, que les chevaliers étoient tous qualifiés de monseigneur ou messire dans tous les actes; méme par leurs supéricurs et par les rois. Il ajoute, les escuyers au contraire ne s’appelloient que nobles. |

(9) La femme du chevalier est appelée dame dans

les coutumes de Beauvoisis; celle de l'écuyer, damoiselle (c. XIX, p. 147).

Le poëte Eustache Deschamps met pareillement Les dames et les chevaliers en opposition avec les damoiselles et les écuyers: * |

\ Les dames et les chevaliers, Damoiselles et escuyers.

La

( Poés. mss., fol. 376, col. 4.)

Cette qualification honorable , la récompense de la Chevalerie, et que d’injustes usurpations maltipliées à l'infini, ont presque flétrie dans la suite, avoit subsisté pendant long-temps dans tout son éclat. (Voyez Brantôme , Capitaines françois, t. III, p.178.)

" (10) Le titre de noble dame, madame (Ord. des rois de France, t. II, p. 208), est celui que nos rois donnoient dans leurs lettres aux femmes des chevaliers; celles des écuyers y sont simplement appelées mademaiselles, même les plus qualifiées. |

Françoise d'Anjou, étant demeurée veuve avant que son mari eût été fait chevalier (le Laboureur, Histoire de la Pairie, p. 316 et 317), elle n’est qualifiée que mademoiselle et non madame. Cependant si l'on m’oppose des lettres où des femmes d'écuyers se qualifient ma- dame, c’èst qu’elles étoient veuves en premières noces . de quelque chevalier qui leur avoit communiqué le caractère de la Chevalerie, qu étoit. ineffaçable. Il n'y avoit que les filles des rois qui méritassent cet honneur par excellence avant que d’être mariées, parce qu’onles honoroit de la qualité des reines, et cela s’étendoit si peu aux filles des autres souverains, que c’est assez de

citer l’héritière de la maison de Bourgogne , princesse des Pays-Bas, qu'on appela toujours mademoiselle -de Bourgogne , jusqu’au jour de ses noces avec le roi des Romains. Olivier de la Marche (Mém., I. I, p. 458), après le récit de da naissance de la fille du comte de Charolois ; en 1456, ajoute: « Les choses furent pré- » parées pour le baptisement de mademoiselle de Bour- » gogne; Car en ce temps on ne la disoit point madame ‘ » pour ce que monsieur n étoil point fils du roi.».

Brantôme ne donnoit encore que lè titre de mademoiselle à la sénéchale de Paitou ; sa grand'mère. (Dames Gal., t. I, p. 139. >. :

(a 1) Le -chevalier éco. par ub extérieur: magnifique, faire respecter son titre: tel étoit le précepte que Jui donnoit un historien célèbre au commencement du quinzième siècle. L |

« Siles hommes, qui ne sont point chevaliers, sont » obligés d'honorer le chevalier, à plus forte raison » doit-il shonorer soy-même par beaux et nobles, vê- » tements, chevaux, harnois et serviteurs, et doit-il » aussi porter honneur à ses pairs, c'est-à-dire aux »* autres chevaliers. + (Mathieu de Couci, Histoire de Charles VII.) | |

Le manteau long et traînant qui Sat eloppoit toute la personne, étoit réservé particulièrement au chevalier, comme la plus auguste et la plus noble décoration qu'il pût avoir lorsqu'il n’étoit point paré de ses armes. La couleur militaire de l’écarlate que les guerriers avoient eue chez les Romains , fut pareillement sffectée à ce noble manteau , qui étoit doublé d’hermine ou d’autres fourrures précieuses. On l'appeloit le manteau d'honneur;

et nous avons encere sous, ce titre un ancien ouvrage allégorique, en vers, avec une miniature qui nous en donne la représentation. On peut joindre à Ja lecture de cette pièce, ce qu'a dit M. le Laboureur au sujet des manteaux. ( Histoire de la Pairie, p. 119, 124, 150 et suiv., et p.271.) Nos rois les distribuoient aux nouveaux chevaliers qu’ils avoient faits; et ce don étoit ordinaire. ment accompagné de celui d'un palefroi, ou du moins d’un mors * de cheval en ur, ou doré, qui répondoit au gage donné dans les investitures comme le signe du fief aliéné. Les distributions de manteaux et de palefrois ou mors forit un article considérable dans la dépense de nos rois, et se trouvent souvent répétées dans les anciens comptes qu'on leur a rendus, sous le nom de Pallia militum. (Voyez La Roque, Traité de la Noblesse, p. 323 etsuiv., c. LXIV et p. 443.) : :

Les souverains renouveloient souvent lé don du manteau qu’on appeloit leur livrée, soit dans. les deux sai- sons. de l’année, l’été et l’hiver, comme le dit le Laboureur (Pairie, p. 123), soit dans toutes les ‘cours plénières des grandes fêtes, comme Île rapportent tous nos romanciers. ?

Le droit d'être compris dans ces distributions appartenoit à de nes charges, et fut depuis converti en une somme d'a argent. Les pièces de velours ou d’autres étoffes qui se donnent encore à présent à des magistrats, “en sont la représentation, commeé l’ancien droit d’avoir le manteau d'hermine est figuré dans les armoiries des

* Voyez le Mém. de M.l'abbé Lebeuf sur des tablettes de cire, contenant les dépenses de Philippe-le-Bel , en 1307 et en 1308 ; et Joinville, rtotes sur Fes établissements.de saint Louis, p. 166.

ducs et des. présidents à mortier, qui l'ont eux-mêmes emprunté de l'usage des tapis et pavillons armoriés, sous lesquels les chevaliers se mettoïent à couvert avant que le tournoi fût eommencé. (Voyez le P. Ménestrier, Origine des Ornements.des Armoiries, ce. VI, et l’Origine des pavillons et des manteaux, p. 120.) eo.

‘ Dans la promotion de soixante et quatorze’ chgyaliers de l'ordre du Saint-Esprit, en 1688, le roi.en dispensa plusieurs de porter le manteau à la cérémonie de leur réception (Lettres de madame de Sévigné, t. V, p.438) ; pour cette fois seulement on dérogea à l’un des plus anciens usages de la Chevalerie. | | ht

(12) il nano qu'aux chevaliers de porter le vair et l’hermine, suivant un compte de 1351 (cité par La Roque, Nobl., c. HT, p. 443); ce qui faisoit dire vers le même temps à un de nos poëtes (Eustache Deschamps, poésies manuscr., fol. 136, col. 1), en moralisant sur : nent de mourir :

; La mort à tous s'applique, : Nulz advocats pour quelconque réplique,

Ne scet plaidier sans passer ce passage, Re chevalier tant ait hermine * frique. | LU : ‘Voyez. encore le Laboureur (Origine des Armoiries’, ‘p. 439 et 147), au sujet de l’hermine , du vair et du petit-gris, et l'ordonnance. du roi de 1294 (citée par le P. Ménestrier, de la Cheval., p. 131 et 132), qui ne défend pas seulement ces fourrures aux bourgeois, mais qui leur interdit encore dans leurs parures l'usage de l'or , * Neuve. | . UD TOME 1. 39

2090 NOTÉS dos pierres préeiduses , ceihtures d’ or ÿ RÈ à perles », Ra pierreries , et couronnes d'or et d'argent, ‘Cependant-un de nos anciens fabliaux écrits dans le méine siècle (mss. du roi, 7645, fol. 125, verso, col. 4) fait mention d'une femme parée de menu vair, quoique son mari ne füt qu’un simple marchand. Îl'est vrai qu’elle étoit fille d’un-chevalier, et peut-être conserva-t<elle le privilége. que sa naissance lui avoit donné ; peut-être aussi fut-elle du nombre de celles qui contrevenoient à la loi générale, et qui obligèrent le roi d’en faire une nouvelle publication. Il fallut souvent renpuveler ainsi les ordonnances de nos rois pour arrêter les ‘excès du luxe, et mettre un frein à l’ambition trop commune de s'élever par des usurpations au-dessus dé son état. - L'or et la soie , que les chevaliers, les écuyers ét les nobles avoient portés, furent sans. doute usurpés par les autres pertonner d'unëé condition inférieure , puisque lé roi, pout remédier à-ce désordre, en défendit l’usage à ceuxci par une ordonnance de 1486... La lei, comme on le voit par cette ordonnance ( voyez-la dans le Traité de la Noblesse, par.de La Roque, ch. CV, p. 425), s’étoit déjà relâchéc de son ancienne sévérité en permettant aux écuyers et aux autres gentilshammes de porter l'or, qu’élle avoit autrefois accordé œæux séuls chevaliers; et, par la succession des temps, cetté condescendante en faveur de toute la noblesse qüi étoit assez riche pour. porer des habits dorés, avoit eu elle-même force de loi.

as) Une foule de ne en que: … ” chevaliers étoient vêtus dè velours, alors:les écuyers ne portoient que du damas, du satin ou quelque autre étoffe de soie moins précieuse.

René, toi dé Sicile, danpsun Traité dela forme des tbourneis ; rétommande aux chefs des tourgoid dudurmer à chacun des juges choisis ehtre lès chevaliers ane’ ls gue robe de:drap:de velours, de donnèr dux deux autres - ‘qui:Étoient pris parmi les écuyert;dos?obé parettles,

. mais de drap.de damas (la Colombière ,-Théât. d'hon.,

t: I; 5. 79 Y. La réiñe ayarit étivoÿé à Saititré et à ses cotpagnons tünè ‘piète dé ÿelébfÿ ! les” disfihguà dus écuyers, en ne donnant à à ceux-ci que des häpé de dai mas ( Saintré, ch. LXVIIT, P: 490); et les Chroniques de Saint-Denis , en 1377 (t. IE, fol. 34), font mention des chevaliers vêtus de velours , et, on 1448 ; dés écuyers habillés de soie. Mathieu de Couci (Histoire de Char les’ Väl, publiée, par Godefroi j; ÿ.' 568") ; dans ke récit des armes faites 'entre:trois Bouvgüipgions ét trois Écossois, dit que des trois chempibns qui s’avüneërent 1Es premiers à chéval,; deux qui :étoïent chévaliets : furent revétus de longües, robes ‘dB velours 'hof') Fobtréts de martes tibelihés foit tithes ; quant -aà irôfsième qui étuit seulement écuyer, él 4h üvolt-une sétilement dé. $a-

tin noir fourrés eoeme” “les autres: UA Pégaid dé 14:-dis£

traction du déitniäs por les chévaliérf, et du satin: bout les écuyers, Mathieu dé Coucit #54. édit; de dodéfroi, db. VII, p. 667 ) “‘én‘fburhit un. #xemplé ad bañquéet du ‘duc'de Bourgogne; "à lille ; en ?454: Les chevaliers qui servitent à céttefêtc ferait véfds-de- dép de ditas , les écuyers et genÜldlommes destin, lès Li et lés'archers n’avoiént que dès: draps: de Imifiei: 2 : our.

. Une ordoxinanet de 1486 'fite ebtère les étoffes nt | js uns'et les autres: powvoients'habillét CLd Roque, Nobl., eh. OY, p: 425). Duris dà défénse'à téutés pet sonnés ; hormis les nobles, : dé péfier aucun ap or,

d'ärgentet de soie; el exeepte les chevaliers à qui‘tonte espèce ds draps de soie est permise ; mais elle n’accorde aux écayers; quesles drapside damas ; satin ras'et figurés ;.&t leur interditrlé-valours tant cramotsi que figuré , qui: Eee D réaervé pour les seuls | sheraliers.

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ligrs par rapport À leur parure CE Mu Pots. mass. fol. 303,.col. 1 ):.

tes | Douce darie , je viens de vous aprendre,

Ur. Seïscience est tôusjours en riche Habit, Fe "Vaïllande aussi, .:. Hart st n RTE *, “Cette question :d'Eustacke Dschamee à la Fr Verité, fait entendre. que de son temps ceux qui. s’élevoient au-dessus des autres par la science et par la valeur, Les chevaliers et les docteurs.ou les magistrats avoient le même habillement lorsqu'on, n’étoit point en guerre. … L'usage de l’écarlate affecté aux plus éminents personpages , tant dans la guerre que dans les lettres, le: privilége de. porter fa couleur rouge réservé aux chevaliers et aux docteurs, introduisit probablement dans notte langue le mot rouge pour hantaim,:érrogant, surtout lorsqu'on vit Artevelle, chef des Gantois. révoltés, et victorieux, se,vêtir, de sanguines. robes et d’escarlatte ( Froissarnt, vol.IT,.,p..187)., Dans l'ouvrage én vers. intitulé /’4mant rendu.;çprdelier ;. on lit (page 555) : les plus rouges y sont pris. Rouges est:mispanr vains, fiers, glorieux ; et Brantôme ( Gap.Fr.,.f. L:p. 291) s’est encore servi de ce mot dans.le même sens, en parlant. de l'affaire des Suisses à Novarra con treM. dela Trémouille, #, qui fut un grand exploit et un grand heur de guerre

» dont ils vinrent si rouges et si insoktents qu'ils rué-

» prisoiént toutes nations et pensoient. batire tout le »-monde. ». ne | e. En Cette acception du mot rouge en a Formé une äutre par une légère transposition de lettres. Rogue au lieu de rouge est. employé pour arrogance , vanité, tnsolence. Dans les Vigiles de Charles VII, le poëte y: fait ainsi

parler marchandise, l’un de ses personnages :

* Marchandise estoit lors en sa voguez:

En son grant bruyt, triomphe et en gogue; Et tellement que l’on devenoit rogue Pour les grands biens se lon gaignoit por ou et pou les siens.

Voyez, dans le Dict: de Ménage, les eforts de plusieuts auteurs pour démêler dans les larigues grecque et latine l’étymologie dé ce mot qu’ils auroient pu rencontrer dans des sources moins savantes.

: (25) Les Droles attachés à l’habit de chevalier sont clairement expliqués par Bouteiller ( Somme rurale, kiv. Il, tit. VII, p. 718 ). Après avoir parlé de ceux.qui appartenoient à l’habit clérical , il ajoute :.« Jaçoit ce » que dessus dit est que clerc marié doit avoir habit et » tonsure s'il veut jouir, etc. Touttes fois est à sçavoir ». qu’à chevaliers ne faut ja, pour ce qu ‘ils sont mariez . + avoir habit ne tonsure : car il peut porter par hon- » .neur de Chevalerie tel habit qu’il lui plaist, et cstre: * sans tonsure, et pour ce ne perderoit-il mie le privi- » lége de clergie. »

‘Cette décision peut encore. servir d'éclaircissement à la difficulté proposée , suivant Pasquier, par le président

Anfrèré ; savant jurisconsulte : il demandoit si:les tapitéuls ne perdoient point le privilége de la cléricature à cause des habits rayés qu'ils portoient; si ces habits étoient regardés comme la marque de leur noblesse , et que cette noblesse fût considérée comme üne image de la Chevalerie, dès-lors l’habit de capitouls ne devoit point les priver ses PO ne aux clerts chevaliers. ‘©... ”

(16) Voici ce passage tiré de Joinville, manuscrit de Lucques, acquis par le roi en 1740 : « Quant nos » feusmes à Poictiers je vis un chevalier qui avoit nom #-messire Geoffroi de Rançon, qui pour un grand oul- * trage que le comte de la Marche lui avoit faict, avoit » juré ses saincts qu'il ne seroit jamais roigné à guise de x Chevalerie | mais porteroit greve, ainsi comme les » femmes portoient, jusqu’à tant qu'il se verrait vanigé + du comte de la Marche, par luy ay par autruÿ : et + quant messire Geoffroy vit le comte de la Marche, sa “ femme et'ses enfans agenoïllé devant le roy, qui lui »-tricient mercy ;.fit aporter un treteau et se fist oster s sa greve et se Àt rogner tout-a-coup en présence da ». roy, du comte de la Marche et de tous ceux qui là » estoient. » Voyez la note 4 de cette parties

(17) Les chevaliers se regardoient comme les enfans de ceux qui les avoient armés, d’où le mot adouber vient d’adoptare, suivant Ducange. Voyez Sainte-Marie , de la Chev., p.338. .

. (18) Une de ces plus anciennes conçessiens d’arméi-

ries est celle de Richard d'Angleterre en faveur de Geof-

Di LA QUATRIÈME PARTIE, 29%

froi Troulart, sire de Joinville, rapportée par le P. Ménestrier (Orig. des orn. des armes, p. 384). Au lieu de la regarder comme le gage d'une fraternité d'armes, ainsi qu'il l'avance sans en donner de preuves , je serois plus porté à croire que le sire de Joinville avoit mérité d’être fait chevalier de la main de Richard, qui en même temps lui avoit donné ses armes; et que ce seigneur en avoit parti san écu en les joignant à. celles de sa famille ( Voyez Saint-Julien de Baleure, Mélang. bist., p, 293, et le Laboureur, Orig. des armes, p. 39 et 56). C’est par un semblable motif de reconnoissarice et de respect, que le prince d’Antioche, âgé de seize ans, suivant Joinville (p.98), écartela ses armes de celles de saint Louis qui le fit chevalier; et que plusieurs villes de France portent en chef les armes du roi, comme les cardinaux portent aussi celles du pape dont ils sont créatures.

(4 9) Voyez la onzième dissertation de Ducange, à la suite de Joinville, sous le titre du Cr ‘d’armes, et la douzième intitulée : de l’usage du eri d'armes. Voyez encore le ch. XLV du cri de guerre, dans le livre de k Colombière de la Science héroïque. ‘:

(20) Cette espèce d’incognito-étoit surtout pratiquée par les chevaliers errants la première année de leur promotion. Comme un de ces aventutiers, dont on avoit à son insu changé les armes, ne répondoit pas à ceux qui le provoquoient à la joute en le désignant par le blason qu’on voyoit sur son écu : « Il m'est avis, lui » dit-on, que vous ètes des chevaliers de l'année qui

» ie savez pas quelles arnïes vos poitez. à (Percefo: rest vol. Il, fol.: 93, verso, col. 1.)

Les chevaliers, pour cet effet, couvroient d'uné housse, de quelques feuillages où de guimples ( espèce : de gaze) plus fines que fleurs dé lis; écu qui contenoit leurs armoiries ( Perceforest, voi. VI, fol. 93, 94 et 95): d’autres fois ils ne le peighoient qüe d'une seule couleur , aitisi qu’un de nos héros de romian teignit le sien dü sang d’uh chevreaü qu'il avoit tué (Lancelot du Lac, 1. I, fol. 55, 76 et 164, et t. TT, fol. 146) : mais plus ordinairement ils le portoient en blanc la première abnée de leur réception , suivant là remarque de Sicile dans son Blason des couleurs (p. 35, verso), pour suivre l'exemple des chevaliers ‘de la Table ronde. Les écus d’un setl émail , soit couleur, soit métal, et connus par nos auteurs héraldiques sous le nom de tables d’attentés (Palliot, Science des armoiries , p. 67 ), semblent avoir conservé la mémoire de ces écus blancs dont'un ancien chroniqueur nous a transmis d’ailleurs, un témoignage authentique : «Au combat donné près de Lille en Flandre * entre les Flamans avec quelques Anglois et les Fran- » çois, fut occis un chevalier qui portoit armes blan- » ches; car il.ne se volt ne rendre ne nommer, etc. » ( Voy. Chr: fr., mss. de Nangis, sous l’an 1339.) Le refus constant dé se nommer, et l’obstination à mourir plutôt que de dire son nom, prouvent encore que l'auteur du roman de Pcceorest observa fidèlement la vérité morale daris le discours d’un jeune inconnu qui sé présenta devatit Alexandre. Comme ce prince lui defandoit en quel pays il étoit né : « Je ne suis pas en- » core né, dit le valet. Qu'est-ce à dire? demanda ÿ roi. Sire ; répliqua-t-il, devant n’est pas homme né

DE LA QUATRIÈME PARTIE. 207 » jusqu'à ce qu'il se conghoist qu’il est aourné de vertus. » Certes j'en conviens, dit le roi, mais du moins que s je sache quel est votre nom. Je n’en ai pas plus que » de natiôn, répond le jeune homme; je n'ai point en- » core mérité d’en avoir , fais c’est tout ce que je Resire s de m'en faire un“. s |

Laurent du Plessis nr avoir adopté cette idée romanesque en adoptant pour sa patrie le lieu où il avoit été fait chevalier et dont il prit le nom, de même qu'o on prenoit souvent alors celui du lieu de sa naissance. * Laurent-ayant été fait chevalier au Morf outre-mer, tui et ses enfants se sont depuis appelés du Morf. Voyeïleur généalogie. (Voyez la Thaumassière , Assises de J érus.)

‘Les noms romanesques de plusieurs-personnages connus dans l’histoire , déposent encore du dessein qü'avoieht eu quelques-uns de nos chevaliers de se déguiser sous ces noms empruntés. À . On ‘voit dans la liste des chevaliers de la cour de n6s rois, Charles V' ou VI, un Lancelot, un Gadifer, un Carados, tous autant de héros connus par nos romans ( Eust. Desch., poës.-mss., fol. 300, col 4 ). Il seroit aisé d’en citer plusieurs autres exemples:

(21) L’équivoque ou l'allusion des armoiries au nom de celui qui les portoit, a produit les armes parlantes. No sur ce Ge le livre de Paillot des armoiries

(P- 64 et suiv.) : j j'y ferai remarquer célles d'Arpejoi ;

* Voyez d’autres exemples pareils dans le meme roman de Pere ceforest, vol. I, fol. 109, verso, col. 2, fol. 111, recto, col. 1, et fol. 117, verse, col. 1. Vol. IL, fol. 107, verso, col. 1. Vol. IV, fol. 89, verso, col. 1, et vol. VE, fol. f, verso, col. 1.

** Lignages decà mer, ch. XX VII, p. 256, à la suite des assises de Jérusalem, publiées par la Fhaumassiére.

dont le nom sans doute avait signifié un jaueur de harpe. Voyez aussi les armes parlantes de quelques villes dans le Traité de l’origine des armoiries, par le P. Mé. nestrier ( p.56 et suiv. ). —

Quelques-uns ont voulu rejeter les armes parlantes comme des productions suspectes de gens ignobles et grossiers, suivant Palliot qui se donne la peine de réfuter leur sentiment. Ces auteurs ne counnoissoient guère l'esprit des premiers inventeurs de nos armoiries,

(22) Outre les exploits militaires représentés par les différentes pièces dû blason, le parti, taillé, tranché, coupé, désignoit aussi les diverses blessures qu’on avoit reçues, si l’on en croit la Colombière ( Théât. d'hon., t. 11, p. 163 ). 11 me paroîtroit plus naturel de. ep que c'étoit une façon d'exprimer les coups dont l’éc d’un chevalier auroit été coupé ou fendu en divers sens: autrement pourroit-on. concevoir qu’un chevalier eût survécu aux blessures qui lui auroïent acquis le droit de porter san écu girenné de douze, et même de seize pièces, comme on en voit dans Palliat? ( Science des armoiries, F 354.) |

(23) À l exemple que j'emprunte des armoiries de nos rois, je ne croindrai point de joindre celui de la maison de Montmorenci, si féconde en grands exemples de valeur et de vertu. Le P. Ménestrier, dans la devise du roi justifiée (p. 45, édit. de Paris, 1679, in-4° ), réfute l'opinion de ceux qui ont avancé que les armoiries les plus simples sont les plus belles, où du moins il modifie et interprète cette proposition, et dit que les seize alérions : des armoiries de la maison de Montmorenci, sont les

marques glorieuses de deux actions illustres de deur grands, hommes de cette maison ; et représentent seize drapeaux enlgyés aux troupes impériales dans deux journées mémorables. Arnaud, cékèbre avocat, faisant publiquement l'éloge de Henri de Montmorenci, lorsque ses lettres de connétable furent présentées au Parlement de Paris en 1595, avoit dit avant cet auteur que Mathieu II detMantmorenci ayant enlevé seize étendards aux ennemis à la bataille de Rovines, Philippe-Auguste, | pour en laisser un monument à la postérité, voulut que cette maison portät dans la suite seize aiglons au lieu de quatre qu’elle avoit portés auparavant daas ses armes. ( Voyez de Thou, trad., liv. CXH, t. XIT, p. 36q.)

(24) Entre autres récompenses , nous citerons ji deux priviléges ‘considérables: : 4°. Les chevaliers, suivant l'histoire des Albigeois ( mss. provençal, fol. 51), étaient ordinairement dispensés des gardes auxquelles on assu- ” jettissoit les pages et les écuyers. 2°. On peut conclure d’un exemple cité par M.labbé Lebeuf, dans son Histoire civile d'Auxerre, p. 139, que les hommes appartenant à un chevalier qui venoit faire sa résidence dans une ville , ne pouvoient être imposés à la taille ou cens, qu'il étoit permis aux bourgeois de ler sur tous Le nouveaux habitants.

AI

(25) ka noblesse françoise apprit des Germains à compter pour rien la plus haute naissance jusqu’à ce qu'on s’en füt montré digne par des servicés militaires. La Chevalerie seule, par nne suite de ce sentimentaussi ancien que notre nation, donnoit aux gentilshommes le droit d’avoir un sceau : tous lès monuments anciens font

300 n : NOTES Le.

foi de éette vérité qui a été unanimement réconnüe par nos auteurs modernes *“. Comme le grand sceau qui don: noit l'authenticité aux principaur actes juridiques, eût été peu propre à cacheter où sceller des lettres, des billets et autres écrits particuliers , il est à présumer que les chevaliers en eurent encore un autre plus petit qui répondoit à celüi qtie nos rois appelèrent leur sceau secret, et qüi étoit enchâssé dans ün anneau que l’on portoit au doigt , suivant l'üsage que nos prélats ont toujours observé. Le Laboureur (Hist. de lu Pairie, p. 267 et268) cite le testartient fait dans le huitième siècle par Eccard, comte d’Autun, qui légua trois annçaux avec des BIS gravées: | |

Le privilége que j'ose ‘attribuer à nos chevaliers de porter au doigt un anneau comme nos évêques, et pour remonter plus haut, comme les anciens chevaliers romains, auroit besoin d’être appuyé sur des témoignages formels ét incontestables. En attendant que je les puissé trouver, je citerai deux passages d’où l’on peut tirer quelque induction eñ faveur de mon sentiment. |

Le moine du Vigeois dit que dans une guerre entre le vicothte de Limoges et le comte de Périgord, comme les deux armées alloient au combat, le comte de Périgord fut tué par les bourgeois du Puï!, et qu’aussitôt l’un d’eux , homme riche , prit son cheval , le monta, et mettant dans son doigt l’anneau de ce seigneur, insulta au malheur de ses vassaux restés saris chef. (Labbe, Biblio-

* Beaumanoir, ch. XIX, p. 389. — La Thaumassière, Côut dé Berri, ch. XLIV, p. 50, et p. 736 et 737. — Le Laboureur; Pairie, p. a7 et suiv., p. 377 et suiv. — La Roq., Nobl., ch. CIV, p. 433 et suiv. — Le P. Ménestrier, sur la Chevalerici |

DE LA QUATRIÈME PARTIE. 301 thèque manusgr,, t, Il, chap. XLIV, p. 302. ) L'autre autorité , sur laquelle je me fonde, est un vers tiré de nos fabliaux, qui paroît encore avoir besoin d’être corrigé. L'auteur du Chastie Musart fait: ainsi l'éloge d'un chevalier. (Fabliaux manuscrits du roi, fol. 140; recto col, 1. ) . LE |

- Lip : DUR ; DR [ 1: 2 3 ‘ d Ci est bons , cil est biaus, ct Ù

Cil porta l’escu point * : Et cil porte à l’aviaux.

Au lieu du mot.aæviaux, qui ne signifie rien , je lirois cil porte l’aniau , et si l’on admettoit cette leçon, j'aurois quelque. droit d’én conclure que le privilége. de porter l’anneau avoit été un attribut ne de la Chevalerie,

| | 66 Charles VI, par son édit de 1407, changea cet usage en. ordonnant que tous ses successeurs rois, en quelque petit âge qu'ils fussent, seroient appelés, leurs : pères décédés, rois de France , et seroient couronnés et sacrés. |

“(27) La Chevalerie conféroit à. ceux qui la recevoient « le bénéfice de l'âge pour tenir leurs terres et pour en . ‘rendre le service en personne, (Le Laboureur, Pairie,

: (28) Si le chevalier avoit une liberté entière de passer partout franchement, aussi devoit-il mettre une si bonne discipline parmi ecux qui le suivoient ; que le pays n’eût pointes à se plaindre d’aucun désordré : s'ils

3 nt ; : ;

Ÿ Éçu peint, armoirié. ?.

en commettoient ; le maîtré en étéltrbsponsablé et pa yvit l'atiende pouf $es gens: On Voit dans Jéinville, p. +06, comment il fit justice d'un de ses De par qui un aûtre avoit: été Gr HN Re rest

(29) Voyez r ne de à Philippe-Le-Bel pui la levée de l’âide due au roi à .cause de la Chevalerie qu’il avoit conférée à son fils. (Ordonnanges des rois de’ France,t: I, p. 534.) Ge dtoit fut encore levé en :540 par François Ier pour la Chevalerie de son fils et pour le itiariagt de s4 fie, suivent Chatondas. CVaÿet Notes str Bouteill.; p: 563.) FE

Lés séigheurs , dans leurs terres , tévérétit ‘guë leurs feudatäires et autrés vassaux, soit noble: : sôit rotttilts, une aide pareille; et Boutéiller, jérisconsulté du qüatorzième siècle (Somme Rurale, titre LXXXVI, p. 500), la qualifiée d’un simple üsäge de courtoisié qüi ne peut ètre dematidé per riguéur, pér éontrainié ni par doi, mais seulement par courtoisie. Cependant, dit le iérae auteur, pour ce qu’il est accoustumé ainsi à faire et accoustumanceest de l'héritance (usage vaut possession) selon aucuns ; On ne peut se dispenser de. suivre l'usage ; mais afin que ce ne’ tourne trop a coustume, 1 conseille de ne pas donner toujours fa même chose et de la : changer en donnant tantôt un gobelet doré , tantôt nn ‘antre joyau. Voyez les Annotations de Charondas qui confirme les principes du même jurisconsulte., tk. distingue l'ordre du roi de l’ordre général de Chevalerie.: Gependant madame de Sévigné (t. VI de ses Léttres;.p. 363), écrivant en 1689 que M. de la Trimouille, à son passage par Vitré, avoit été reçu « à grand bruit à cause de » sa Chevalerie, ajoute, c’est une des #ccasions où l'on

CS

+: redbuble les honneurs et même les redevances selon le » droit de certaines terres. s Le droit de lever l'aide de Chevalerie est aussi regardé par La Roque (de la Noblesse, c. CIE, p. 416) et Ducange (Observ. sur les établissements de saint Louis) sur l'autorité de plusieurs titres et coutumes, comme un droit exigible de rigueur et légitime. Ducatige üppelle cè droit loiaux aides, et distingue ces aides de celles appelées aides gracieuses.

Bouteillet n’a parlé que des aides pour la Chevalerie du seigneur ou de son fils, et pour le mariage de sa fille. La Roque et autres auteurs ajoutent celle qui se payoit pour le voyage de la” Terre-Sainte ‘et pour la rançon. Ces quatre occasions de lever les aides de Chevalerie, les ont fait appeler tailles ès quatre cas. Voyez Laurière, Glossaire du. droit fraticois, sous ce mot. Voyez Ducange ; Glossaire latin, aa mot Tatlie franeiles seu liberæ, et le chap. XXVTI de la taille aux quatre cas daris les Coutumes “locales PU par Thaumassière. | | |

« Si le gentilhomme marie son fils, il doit luy dotiner v les tiers de sa terre et ainsi quand il est chevalier, » suivant les établissements de saint Louis. +

(30) Les chevaliers n’étoient pas seulement punis des fautes Qu'ils commiettoient, par une amende deut fois ” plus forte que celles imposées sur les simples écuyerscette loi sage et rigide s’étendoit sur leurs parénts. Revêtus d'une espèce d’autorité sur leur famille; ils dévoient la contenir: si donc la loi preñnoncoitüne amende ou une peine infamante contre ceux qui réténoient les oiseaux , les chieris de chasse, les chevaut ou autres bêtes égarées, elle faisoit subir aux fils, aux frères ou

autres proches parents. du chevalier, qui auroient commis la même faute, non-seulement l'amende, mais encore la peine ignominieuse attachée au. larcin. « Il payera » la value de la paine et ci aura la honte. » (Assises de Jérus., chap. CX,p. 212.)

. (4), Les ligueurs ayant fait une députation a au pape en 1589, la composèrent d'un chevalier, d’un conseiller - au parlement et d’un abbé, suivant M. de Thou, 1. XCIV de son Histoire, t. X. Ce parti sembloit affecter d'autant plus de suivre les anciennes formes de. l’administration de l'État , qu'il s’écartoit davantage des loix prie tives et fondamentales du gouvernement

| (32) On : Pre dans Percetbmest, une reine, ; quoique relevant de maladie, aller à la rencontre d’un chevalier brave, mais pauvre, qui venoit lui rendre visite. Le respectueux chevalier lui représente la confusion où le jette cet excès de courtoisie de la part d’une si grande princesse; mais elle lui répond entre autres choses :

« Autant de franchise et d'honneur reçoit le chevalier » poure en recevant l’acollée comme le riche. » (Voyez leurs discours dans Perceforest , vol. IV, . 116, vo, * col. 2.)

Robert Il; due de Bourgogne, unes du sang , premier pair de France, prend par bonneur la qualité de chevalier dans des lettres de 1272. ( Le Laboureur, Histoire de la Pairie, p. 314.) Je pourrois ajouter que, dans le siècle dernier, les seignéurs de la cour témwignoient. encore leur vénération pour li image seule et même l’ombre de l’ancienne Chevalerie, dans la per- ‘ sonne des officiers .de justice qui n’en avoient que le

nom. (Voyez, dans les Lettres de … D, celle que lui‘écrivoit M: de de ) te

63) Le jeune Blanchardin demande one de Blanchardin, parmi les fabliaux manuscrits de Saint-Germain-des-Prés ,éorits au treizième siècle’, fol. 1795 , r°) à son interprète (Lafinier) si le prince destiné:au trône peut être chevalier, et la FÉpORse est - que sans cela il:ne peut être couronné. ; nes *

Nos rois semblent avoir voulu suivre les mêmes leçons, quoique leur naissance seule les eût ‘fait chevaliers. « Louis XI estant habillé prest à recevoir le sacre, » suivant Monstrelet, tire son espée et la bailla au duc ». Philippe de Bourgôgne, en le priant qu’il le. feit.che- ‘» valier de sa main, qui fut une nouvelle chose : car » l’on dit communément que tous les fils des rois. de », France sont chevaliers: sur les fonts de :baptème ; « néanmoins le duc, pour lui obéir, lui-donna l’acollée + etlefeit-chevalier de sa main, etc: » Né I, fol. 872. ‘ro, sous l'an 4464.) : RE

Il ne falloit pas remonter bien boat pour dinde de Jean Chartier que nos rois, ses prédécesseurs , malgré le privilége de leur naissance, s'étoient encore fait armer chevaliers à leur sacre. Charles VII (Jean Chartier, Histoire de Charles VII, édition de Godefroi, p. 32 l’avoit été par les mains du duc d'Alençon; Gharles VI (Histoire de Charles VI, par le moine de Saint-Denis, p. get10)par celles du duc d'Anjou ,-régent: Ce monarque avoit dc bonne heure montré son affection ‘pour la Chevalerie : comme le roi, son père, qui-vouloit éprouver ses inclinations, fit mettre devant lui une codronne d'or enrichie de diamants et:un casque, én lui

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