TOME I
dernières dispositions, ordonneroient d’être inhumés dans leur abbaye avec l’habit monastique, ne seroient pas pour cela tenus de leyr rien laisser ; et ils nommèrent
deux religieux de la maison pour revêtir de eet habit, à
l’article de la mort , ceux qui auroient la dévotion de le prendre, et être reçus pour moines et frérés du monastre, Cet usage s’est encore continué Ed après le quatorzième siècle.
IL paroît que les guerres excitées dans le royaume par les religionnaires portèrent quelque atteinte à cette espèce
de dévotion : Henri Estienne, auteur protestant, adop-,
tant les'opinions de sa secte, dit (Apol. d'Hérodote, p. 612) que le comte de Carpi ayant esté des derniers qui ont jouéce beau jeu, est dgemeuréseul ên proverbe et en risée.
(13) L’épithète de joyeuse, en latin Jjocosa., cônsacrée de temps immémorial à l’épée de Charlemagne, est un des plus anciens témoignages de la gaieté naturelle aux François. Ils ont continuellement répandu sur toutes les images de la guerre un air d'enjouement qui leur est propre : ils n’en ont jamais parlé que comme d’une fête, d’un jeu et d’un passe-temps. Jouer leur j Jeu, ont ils dit des arbalétriers qui faisoient pleuvoir une grèle de traïfs ; jouer gros jeu, pour donner bataille; Jouer des mains, et une infnité d'autres façons de parler semblables se rencontrent souvent dans la lecture des récits militaires de nos écrivains. Froissart, (liv. Il, p. 260), en rapportant la «mort du duc Winceslas, fait ainsi.son
portrait : « En celuÿ temps (1383) trespassa de ce siè-
» cle. le gentil et jolÿ duc Winceslas de Bohème, duc » de Luxembourg et de Brabant, qui en son temps no- » ble , frisque, sage, amoureux ét armetet avoit esté.
(14) L'amour de la chasse et dela fauconnerie fut, après la guerre et les dames, la passion qui fit le. plus d'honneur à nos héros parmi leurs contemporains. Elle contribua beaucoup à la célébrité de monseagneur Yvain, . Vun des plus fameux personnages de nos romans : ne Li rois prit par la destre main : .
L'amiz monsegnor Ÿvain,
Qui au roi Urien fu filz, ” | #7 | Et bons chevaliers et hardiz,
Qui tant ama chiens et oisiaux.
{ cou Mantel , Eabl. mss. du roi, n. 7615, fol. 114, recto; col. 3. ) , L
L'auteur du roman de Gérard de Roussillon . provencal (mss. du roi l, 7991; fol. 52, verso) , après avoir fait. l'éloge du brave Foulque , neveu de Gérard, met à son portrait la dernière main, en disant qu'il étoit habile à la chasse du vol sur les à la chasse dans
les forêts : As 1
Dé bos e de riviera es essenhaté. :
. I] ajoute encore qu’il n’étoit pas moins savant au jeu des échecs, des tables et des dés : |
D'escays sab e dc taulas, de joxs de dars.
Enfin l'historien de Bayard (Édit. de Godefroi, ch. V, - p.18), faisant le récit du diner que le roi Charles. VIII donna au duc de Savoie à Lyon, dit qu’il y eut plusieurs propos tenus tant de chiens, d’oisaults, d'armes, que d’amaur$. |
(45) Jamais le désordre de l'imagination , jamais le Ù | 25°
fanatisme ne fut porté plus loin que celui des amants répandus dans le Poitou, dont le chevalier de la Tour nous a conservé l'hoire. et dont il parle comme témoin. Si l'on. se. rappelle. les excès des pastouraux (Choisy, Vie de saint Louis, p. 248) qui, pendant la prison de saint Louis, et sous prétexte de vouloir le délivrer, inondèrent les confins de la Flandre. et de la Picardie, ct furent enfin exterminés daus l’Orléanois; si l’on se souvient’ de ceux qui, sous le même nom (D. Vaissette, Hist. du Languedoc, t. IV, p. 184 et suiv.), et sous un pareil prétexte ;. désolèrent le Languedoc vers 1320, on verra que nos fanatiques d'amour moins méchants, ne cédèrent en rien à leur folie. Cette nouvelle espèce de vagabonds firent entre eux une société qu’on pouvoit appeler la confrérie des péniten ts d'amour: notre auteur les désigne par le nom de Galois et de Galoises; car les Fuite aussi bien que les hommes, se disputoient à qui soutiendroit le plus dignement l'honneur de cette religion extravagante , dont l’objet étoit de prouver l’excès de son amour par une opiniâtreté invincible à braver les rigueurs des saisons.
Les chevaliers, les écuyers, les dames et les demoiselles qui embrassèrent cette réforme, devoient, suivant leur institut, pendant les plus sénies baleues de l'été, se couvrir chaudement de bons manteaux et chaperons doublés, et avoir de grands feux auxquels ils se chauffoient comme s'ils en eussent eu grand besoin. Enfin ils faisoient en été tout ce qu’on fait en biver, peut-être pour faire allusion au pouvoir de l'amour qui, suivant nos anciens poëtes , opère les plus étranges métamorphoses. L'hiver répandoit-il ses glaces et ses frimats sur toute la nature, l'amour alors changeoit l’ordre
ie saisons, il brüloit: de ses feux les plus ardents les amants qui s’étoient rangés sous ses loix; une petite cotte simplé avec une cornette longue et mince composoit tout leur vêtement : c'eût été un crime d'avoir fourrure, manteau , “housse ou chaperon double, et de porter un chapeau , des gants et'des mouffles ; c’eût été une honte de trouver du feu dans leurs:maisons ; la cheminée de leurs appartements étoit garnie de feuillages ou autres verdures, si l’on pouvoit en avoir, et lon en jonchoit aussi les chambres : une serge légère, sans plus ,; étoit toute la couverture qu oh voÿoit sur le lit; peut-être partoient-ils de ce principe que l'on trouve dans kes poésies. de Gontier, un de nos plus anciens poëtes :
Ki sert boine amor Ne crient la froidure.
A l'entrée d’un Galois, d’un de ces amants, dans une maison, le mari, soïigneux de donmer au cheval de son hôte tout ce qu'il lui falloit, le laissoit lui-même maître absolu dans sa maison, où | ne rentroit point que le Galois n’en fût sorti. Il'éprouvoit à son tour, s’il étoit de la confrérie des Galois, la mème complaisance de la part du mari, dont la femme associée à l’ordre sous le nom de Galoise, étoit l’objet de ses. soins et de'ses visites : « Si dura cette vie et ces amourettes grant » pièce (long-temps), dit l’auteur en terminant ce ré- » cit, jusques à tant que le plus de ceulx en furentmors » et périlz de froit : car plusieurs transissoient de pur » froit et mouroient tout roydes de lez leurs amyes , et » aussi leurs amyes de lez eulx, en parlant de leurs » amourettés et. en eulx mocquant et hourdant de nexix
* qui estoient bien vestus. Et aux autres il convenoit » desserer les dents de cousteaulx et les chauffer et frot- » ter au feu comme roydes et engellez... si ne doubte » point que ces Galois et Galoises qui moururent en » ceste estat ne soient mu etc. »
LS
(16) Si Poa ; juge sd mœurs d'un viècle par les écrits qui nous en sont restés , nous serons en droit de j juger que nos ancêtres observèrent mal les loix qui leur prescrivirent la décence et l'honnèteté. Les poëtes les plus déréglés n’ont point été au-delà de nos anciens poëtes françois ; je n’oserois croire cependant que les cours des seigneurs, pour qui les contes et les fables avoient tant de charmes , eussent entendu patiemment quelques-uns de nos fabliaux. Peu de gens en soutiendroient aujourd’hui la lecture, sans un extrême désir d’y trouver quelques’ détails instructifs pour notre histoire et pour nos antiquités: on ne les étudie que comme-certains tableaux que le seul amour des arts a fait respecter. L'Art d’Amçur, composé par Guiart ( Fabliaux mss. du ‘roi, n° 7615, foliu 178 et suiv. ), et qui ne sauroit être comparé par aucun endroit à celui d'Ovide, contient des leçons d’amour les plus dissolues, terminées. par tout ce que la religion nous peut' offrir de plus édifiant et de plus sacré. Après cela qu’on ose nous vanter les siècles de Hignnrnse et Le la barbarie |
(19) Quelques traits empruntés de différents siècles me serviront à prouver que la corruption de nos ancêtres ne le cédoit point à celle qui, dans tous les temps, excita la colère des censeurs publics. Le moine du Vigeois ,-vers 1180, parlant de la licenèe qui régnoit alors
DE LA CINQUIÈME PARTIE. 391 dans les troupes , comptoit, dans une de nos armées, jusqu’à quinze cents concubines, dont les parures se montoient à des sommes immenses : Quarum ornamenta tnestimabili thesauro comparata sunt. Le même bistorien nows apprend que le respect public ne les renfermoit point dans la classe qui leur convenoit: parées comme les plus grandes dames, on les confondoit avéc ce qu'il y avoit de plus respectable : la reine elle-même y fut trompée , en voyant à l'église une femme de cette espèce : Quamdam meretricem regiam insignibus stipatam wvestibus; comme elle alloit au baiser de la paix, elle l’embrassa de même que les autres femmes : Dum pax acciperetur à populo in -eeclesi& , putans ex ordine fore sponsarum , .osculata est. Ayant été depuis mieux informée , ellg ex fit des plaintes au roi son mari, et le monarque défendit que les femmes publiques portassent dans Paris le manteau , qui devint la marque à laquelle on distingua les femmes mariées : Tunc prohibuit rex muleres publicas clamyde seu cappé uti RErIE, ut tali not& à lagitimé nuptis discernerentur.
Le treizième siècle ne fut pas mieux réglé, même dans le temps où saint Louis dontoit l'exemple d’une vie toute chrétienne. Sans recourir au témoignage d'Henri Estienne (Apol. pour Hérod., ch. VI) qui cependant cite les prédicateurs les plus accrédités , je renvertai aux Ordonnanees de ce saint roi, rapportées dans le Traité de la police (t. I, p. 489 et suiv.). Elles font voir qu'un poëte du même temps (Chastie Musart, fabl. mss., n° 7615, fol. 140, recto, col. 4 et à abat point du pr vilége de la poésie dans les vers suivants :
Qui reson voudroit faire,
+ 392 | NOTES : L'on devroit pér'saint Gille, Riche femme qui sert De barat et de guille*, Et qui pour gaignier Vent son corps et aville “*, Aussi corn un mesel ***, Chaciér hors de la ville, S'en souloit **** maintes femmes, Par maintes achoisons *****, Chacier hors de Ja ville ; C'estoit droit et raisons :
Or est venu le temps; Et or est la raisons, ’ Plus a par tout bardiaux . Qu'il n’a autres maisons.
Un témoignage plus respectable , que je vais encore copier, ne fera pas plus d'honneur aux mœurs du siècle qui suivit celui de saint Louis, et fait voir que sous Charles VI la cour même devint le théâtre du scandale. La plus ancienne et la plus édifiante de nos maisons re- Aigieuses en eut le triste spectacle , suivant le moine de Saint-Denis qui déplore en ces termes le malheur de son monastère. - hat
Après le récit des tournois faits en 1388 à Saint- Denis (Hist. de Saint-Denys, ch. VI, p. 170 et 171) pour.la Chevalerie du roi de Sicile et de son frèré: « Jusques-là, dit l’historien, tout alloit assez bien, mais » la dernière nuit gasta tout par la dangereuse liénbe » de masquer et de permettre toutes sortes de postures » plus propres à la farce qu’à la dignité de personnes si
* Fausseté, tromperie. — ** Avilit, diffame. — *** Comme un lépreux. — *“*** Avoit coutume. — ***** Sujets, causes. |
» considérables, et que jgstime à propos d’estre re= » marquées dans cette histoire pour servir d'exemple à » l'advenir à cause du désordre qui en arriva. Cette » mauvaise coûtume de faire le jour de la nuit, jointe à » la liberté de boire et de manger avec excès, fit pren- » dre des libertés à beaucoup de gens, aussi indignes de » la présence du roi que de Ja sainteté du lieu où il te- + noit sa cour. Chacun chercha à satisfaire ses passionsg » et e’est tout dire qu’il y eut des marys qui patirent » de la mauvaisc conduite de leurs femmes, et qu'il y s eut aussi des filles qui pérdirent le s0in de leur hon- . neur. Voilà en peu de mots le récit de toute cette » feste que le roi acheva de solemniser par-mille sortes » de présents, tant pour les chevaliers ct les escuyers qui » s’y signalèrent , que pour les dames et les damoiselles : » illeur donna des pendants d'oreille de diamants, plu- » sieurs sortes de joyaux et de riches étoffes, prit congé * des principales qu'il baisa, et licencia toute la cour. »
On pratiquoit enfin si mal les leçons de l’amour honnête tant recommandé, que nos romanciers et nos poëtes, dans l'éloge des seigneurs qui faisoient le mieux les honneurs de leurs châteaux, leur prêtent la même complaisance pour leurs hôtes que celle des peuples qui habitent le long du Nil, sûivant tes relations de nos voyageurs (Voy. M. de Buffon, Hist. Nat. vol. IIl). Qu'on lise dans l’auteur du roman de Gérard de Roussillon , en provencal, les détails très-circonstanciés dans lesquels il entre sur la réception faite par le comte Gérard à l’ambassadeur du roi Charles. ( Mss. du roi, 7991, fol. 40, verso:) On y verra des particularités singulières qui donnent une étrange idée des mœurs et de la politesse de ces siècles aussi corrompus qu'ignorants.
394 | NOTES Si je rapporte encore W vers suivants d’un de nos poëtes françois, qui he peuvent point être pris à la lettre, c’est moins pour faire connoître la dépravation du siècle que pour donner une idée de l'esprit de nos écrivains qui repaissoient leurs lecteurs de pareilles fictions. Une dame qui recoit chez elle un chevalier ne veut point s'endormir qu’elle ne lui envoie une de ses femânes: pour lui faire compagnie.
La comtesse qui fut céurtoise,
De sô oste pas ne li poise”,
Ainz li fist fére à grant delit **,
En une chambre un riche lit.
Là se dort à aise et repose;
Êt la comtesse à chief se pose “**,
Apele une soue **** pucelle,
La plus courtoise et le plus bele,
A consoil ***** Li dist, belle amie,
Alez tost, ne vous ennuie mie *****",
L Avec ce chevalier gesir,
Si le servez, s’il est mestiers. .
Je i alasse volentiers, -
Que ia ne laissasse poyr honte ;
Ne fust pour monseigneur le comte
Qui n’est pas encore endormiz. ,
(Fabliaux mss. du roi, n° 9615, fol. 210, verso, col. 1.) (18) Voyez le récit que fait Fleury, p. 399 de ses * N'est pas fâchée d’avoir un tel hôte. — ** Une grande joie. —
#*# Enfin va se coucher. — **** Sienne. — ***#* En secret , à loreille. — ***#*# Qu'il ne vous déplaise.
Moœurs des chrétiens , de tous les désordres qui régnoient dans l’armée des croisés aû temps de Joinville; ils étoient encore pires que ceux des autres armées : « Tou- » tes sortes de vices, ajoute-t-il ;/ y régnoient, et eeux » que les pélerins avoient apportés de leur pays, ét ceux » qu'ils avoient pris dans les pays dl
(19) Hugue branet, l'un de nos plus anciens troubadours, se plaint de voir l'empire de l'amour renversé pur l’impatience des amants qui, pervertissant ses anciennes loix, veulent obtenir d'emblée ce qui autrefois
n’étoit que le fruit d’une longue persévérance (Mss. du roi, n° 7326, ol. 256, conféré avec les mss. du roi 7614, d'Urfé, du marquis Ricçardi à Florence, et de Modène). Il fait entendre que l’amour semoit alors de mille fleurs, qu’on ne connoît plus , le chemin qui conduisoit à la félicité, et qu’en un jour on dissipe les biens qui, auparavant, auroient suffi à faire, pendant trois mois, le bonheur d’un amant délicat et raisonnable. Il ne se contente pas de se plaindre des amants de son siècle, il leur prouve que non-seulement ils pèchent contre les loix de la morale, mais enccte qu'ils servent mal leur passion même par un excès de vivacité mal entendu. |
« J'ai vu le temps ; continue-t-il, qu'un cordonnet, » un anneau, un gant : payoient un amant des signes , » des témoignages, des protestations d'amour, des cou- » plets et des vers amoureux de toute une année. Au- »jourd'hui tout est perdu si l’on n’obtient sur-le-champ » ce qu'on veut. Dans cet beureux temps, qui n’est » plus, on aimoit mieux espérer le bien suprême que de » l'obtenir; et pourquoi ? l'amant trop tôt satisfait auüroit » perdu les douces pointes dont il est piqué par les dé-
"396 NOTES + sirs; pourquoi ? je le répête encore, c’est que le don » long-temps tenu en résefve par l'amour honnête, vaut » mille fois celui que l’autre amour prodigue. » D’autres troubadours nous représentent encore en termes énergiques les siècles corrompus de la galanterie, et ces siècles remontent bien plus haut. Comme” on y . voyoit des amants infidèlès, volages, trompeurs, indiscrets, gascons, et de ceux que nous appellerions petits maîtres et. gens à bonnes fortunes; ces amants y trouvoient aussi des femmes changeantes, capricieuses intéressées, ayant enfin tous les caractères de la corruption et de la décadence de l'anour. | Eustache: Deschamps; dans une de ses ballades (Poés. manuse., folio 365), condamne les femmes mariées, qui ne sont point fidèles, à être exposées à l'é-
chelte d'amour, espète de peine infamante ; mais | ajoute- t-il : | |
Ceste eschielle n "estoit pas en usaige . Au temps je que régnoit loyauté, © Pour ce qu’oneur, amour et vasselaige, | Secret. déduit, plaisance et honnesté Estoient si es nobles cuers enté, son Que Pen vivoit Hement; | Et s’amoit l’en très-amoureusement :
Et faisoit-on joustes , festes, estours * Autrement va : dame qui va chansent:
Doit. estre mise à l’eschielle d’amours.
(20) Les fraternités d'armes, contractées par des su* : jets ou des alliés de nos rois, firent naître souvent des ité 1 l is ces en° soupçons sur la fidélité de ceux qui avoient pris c
:* Tournois. | si HR
gagements. Le roi , en 1370, témoigna son mécontentement de la conduite du comte d’Ostrenant, son allié, qui avoit accepté l’ordre de la Jarretière (Froissart , Liv. IV, p. 193 et 194, et l'Hist. de Ch: VI, par lé moine de Saint-Denys, p. 197), et l'on ne fut pas moins scandalisé de voir le duc d'Orléans se lier, en 1399, par une fraternité d'armes et d'alliance avec le duc de Lancastre , qui peu après détrôna Richard, roi d'Angleterre, gendre du roi Charles VI (Hist. de Ch. VI, par le moine de Saint-Denys, liv. XIX, ch.3, p. 410). Le crédit ‘ que donnoient ces sortes de sociétés , étoit en effet d’une conséquence dangereuse pour le repos de l'Etat. L'un des. chefs d'accusation allégués contre Descssars fut d’étre venu à Paris en 1413, sous prétexte d'asiter à un tournoi qui devoit se faire dans le parc de Vincennes, mais en effet pour y mener le roi et le duc de Guienne, dans le dessein de les enlever avec un grand nombre de troupes qu'il avoit pratiquées pour ce sujet, car on disoit qu'il tenoit en Brie près de cinq cents hommes d’armes (Ib. liv. XXXIIT, eh. 3, p. 863).
Charles VII fut souvent agité de jalousie et de soupçons contre les ducs d'Orléans (Monstrelet, vol. Ib, fol. 179; recto 18, recto et verso, et vol. IIT, fol. 85, recto et verso) ,: de Bretagne ( Chron. scand. de Louis XI, sous l'an 1459, p. 155 et 156) et autres qui semblétent avoir des intelligences contraires à son autorité, soit pour avoir refusé son ordre, soit pour avoir accepté | celui du duc de Bourgogne’ |
(21) Les premiers siècles. de gotre monarchie virent les- grands seigneurs, les courtisans destinés à défendre également par les armes les droits de la natien, et par
398 NOTES leur éloquence les droits des particuliers. Ils imitoient l'exemple des Romains qui se consacroient également aux exercices de la guerre et à ceux de la plaidoirie. Du moins me semble-t-il qu’on peut l'inférer du huitième canon du concile de Reims, en 630, qui regarde les incestueux : par ce mot, j'entends ceux qui ont contracté des mariages aux degrés de parenté prohibés. -Le service dans le palais et le pouvoir de plaider sont interdits aux coupables : Neque in palatio militiam, neque agendarum causarum licentiam habeant. Militia, qui dans des temps si reeulés ne peut avoir aucun rapport à notre Chevalerie, répond au mot service que nous disons également du service militaire ct de celui que les officiers du roi font à la cour. Les seigneurs , dans les temps postérieurs, lorsque la Chevalerie eut pris naissance , furent dans leurs fiefs les arbitres de la jastice, suivant le témoignagé d'Yves de Chartres (Épit. 247). |
Cette double fonction de guerrier .et de juge est souvent réunie dans la. personne des plus grands seigneurs et des chevaliers : Gui Cap de Porc, dans l'histoire des Albigeois (Mss. de M. de Bombarde , fol. 17, verso), est qualifié commée un. chevalier de la plus haute naissanee ou de la plus grande valeur, et comme le meilleur légiste de la ‘chrétienté. Le roman de Gérard de Roussillon, en provençal (par W. de Tudela, mss. du roi, fol. 67, verso), parlant aussi de Pierre de Monrabei, brave capitaine blessé dangereusement dans une bataille, dit qu’il fut obligé de*garder le lit pendant cinq ans sans pouvoir monter à cheval ni juger de procès.
Tous les chevaliers cependant ne se dévouoient pas également au service des armes et à l'étude des loix : quelques-uns se partagèrent entre le métier d'homme
de guerre et celui de juge, embrassant l’un ou l’autre, , suivant leurs inclinations, leur génie , ou leurs talents et leurs facultés. L'histoire d’un de nos fabliaux nous fournit ces deux exemples dans un même récit. Une dame qui avoit pour mari un riche seigneur ( Vavassour }; fut priée d’amour- par un chevalier : lPépoux, homme éloquent, beau parleur et savant, faisoit sa. plus chère occupation d'assister aux plaids, et de prononcer des jugements. L'amant n’aspiroit qu’à courir le monde pour acquérir de la gloire, gagner des prix aux tournois, et sé faire la réputation d’un preux chevalier (La Robe vermeille, parmi les fabl. mss. du roi, 7615, fol. ‘49, recto, Col. 4). , UE
(22) Les canons des conciles et F- bulies des papes prononcèrent en vain les peines de l'excommunication contre les aeteurs des tournois et ceux qui leur fournissoient le chemp, avec menaces de priver de la sépulture ecclésiastique ceux qui seroient tués dans ces combats (Fleury, Instit. au droit ecclés., t. IT, ch. 13, p. 120). Les tournois furent presque toujours en honneur et toujours fréquentés. ; malgré les remontrances des gens d’é- glise et des moines (le Laboureur, ‘Origin. des armes, p.202). Îl en coûta la vie, en 1240, à soixante chevaliers ou écuyers, suivant Albéric (Favin, Théât. d’hon., p-1810 ,etla Colomb., Th. d'honn. t. I, p. 36), pour ne les avoir point écoutées dans un tournoi fait à Nuys près de Cologne (super Rhenum apud Nutiam sub Colonid) (Chron. d’Albéric , p. 578), qui pourroit bien être le même qui a été cité plus haut d’après Philippe Mouskes , en 1228, p. 836, et dans lequel il dit que quarante-deux chevaliers et autant d’écuyers périrent. ‘
AT es A M À . RS ;
{ VE 0 ( L'AIVEPEOITY 3 e) #
OF
{oo : NOTES
Le cardinal Nicolas, suivant les termes de la Chron.
de Saïnt-Denis , t. IT, p. 145 : « défendit tout tournoie-
» ment aux jouxtes, et tant contre les jouxtants comme »* contre les souffrants et aydants, et mêmement contre ° les princes qui en leurs terres les souffroient ; il jetta * grant sentence contre eulx, et après ce soumettoit
». leurs terres à interdit de l'Église : mais après, le pape,
» à la requête des fils au roi et maints autres hommes, » dispensa avec eulx, parce qu'ils estoient nouveaux * chevaliers, pour ce que par trois jours devant ka- * resme ils peussent auxdits jeux jones tant seulement et » non plus. » : o.
Nos rois eux-mêmes réprimèrent souvent par leurs ordonnances la fureur des tournois qu'ils ranimérent
“encore plus souvent par leur exemple, comme on vient
de le voir (Voy. le Ree. des Ordonn. sous les années
4280, 1296, 1504, 1311, 1312, 1314, 1315, 1316 et
131 8). L'intérêt de la’güerré où de la paix étoient les motifs ordinaires de la diversité de ces réglements ; et il est fait mention, dans nos anciens fabliaux, d’une de ces défenses passageres qui furent suivies de la publication d’un tournoi fait à la Haie en Touraine (Saintré, pag. 535 et suiv. La Colomb., Théât. d'honn. > P- 259 et suiv. Mss. du roi, n° 7615, fol. 208, verso, col: 1).
L'abus que l’on y faisoit de la Chevaleric prodiguéc à toutes sortes de gens, et les dépenses dans lesquelles les tournois entraînoicnt la noblesse qui se mettoit parlà dans l'impuissance de soutenir celles de la guerre , furent les principales raisons de nos rois pour suspendre l'usage de ces exercices, el pour les intcrdire entièrement ( Voy. Ménestr., Chev. anc. et mod., ch. VE,
. p. 246). D'autres souverains les autorisèrent an contraire ! + |
DE LA CINQUIÈME PARTIE. 4o1
des des motifs tout différents : un instinct barbare leur avoit suggéré, pour opprimer de grands vassaux dont ils étoient. jaloux, les artificieux moyens que l'on a regardés depuis comme un raffinement de politique; intéressés qu'ils étoient à l’abaissement des seigneurs que leurs richesses rendoient trop puissants , ils cherchèrent à les en dépouiller. Ils leur inspirèrent exprès, dès le douzième siècle, la vaine ‘ambitign de se surpasser les uns les autres par l'excès de la magnificence et de la profusion. . Le luxe des tournois, s’accroissant de plus en plus ; devoit absorber en un jour, suivant le récit de Geoffroi ; moine du Vigeois, les fortunes immenses des vassaux si portoient ombrage à leurs supérieurs. ( (Labbe, bibl. mss. t. Il, p. 322). : ni.
: Beaucaire, lieu célèbre encore actuellement par ses foires , l’étoit alors bien davantage par les fêtes extra- ‘ vagantes que donnoient, aux plus beaux jourside l'été, les princes et les seignèurs ou les héros de la Provence. Il fut choisi, en 1174, comme le théâtre le plus digne du tournoi que fit publier le roi d'Angleterre, qui vouloit solemniser la réconciliation de Rémond, duc de Narbonne , avec le roi d’Aragbn. Ce monarque et le roi d'Angleterre , qui auroïent réhaussé l'éclat de cette assemblée par leur présence , ne s'y trouvèrent point; mais elle ne laissa pas d’être encere composée d'environ dix mille chevaliers, et les seigneurs (tyranni) n’en firent pas moins retentir leur nom par de folles dépenses. Le eomte de Toulouse y donna à Rémond d'Agout cent miülle pièces (d'or ou. du moins d’argent, solidorum), et eelui-ci , éhevalier généreux et magnifique, les distribua aussitôt par égales portions à cent autres chevaliers. Bertran’ Raïembaus ou Raibaux, ayant vrdonné qu'on