‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 50 sur 57 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

dangereuse que celle des modernes, où le poison n'est que mieux préparé. Je devois cette apologie, continue-t-il, à nos vieux romans de.chevaliers errants, pour le service que j'en ai tiré, et pour faire valoir leur autorité en matiere de Chevalerie, et même pour la pairie de France, dont quelques-uns nous représentent les droits et les prérogatives, telles qu'elles étoient du temps de leurs auteurs. » |

Après avoir. indiqué les secours qu’il avoit

tirés des romans, par rapport aux parlements et aux prérogatives des pairs, il ajoute, pages 283

et 284.

« Je me suis servi de cette occasion, pour

» rapporter ces traits, parce qu'on eût peut-

être trouvé mauvais que je les eusse mélés avec l'autorité des véritables historiens ; mais, comme ils ne se sont attachés qu’au récit des affaires générales, sans toucher les

. coutumes et les usages de leur temps, il en faut chercher le portrait dans ces vieux

romans qui nous en ont conservé l'idée, avec des mots qui servent à découvrir l'origine des choses. » Un |

Croira-t-on que le Laboureur ait voulu

perdre son temps à des études frivoles? Pour

roit-on le mettre au rang des gens oisifs auxquels le père Labbe abandonne, comme un futile amusement, les romans de Lancelot, de Tristan, et autres seniblables, qu'il appelle les immondices des bibliothèques *? La censure de ce savant religieux seroit, à la vérité, d'un grand poids, si les ouvrages qu’il proserivoit, lui avoient été aussi connus que ee grand nombre de monuments ecclésiastiques et historiques qu'il a tirés de l'obscurité; mais le jugement qu'il porte dans une matière étrangère à ses études, ne sauroit prévaloir sur celui de tant de célebres écrivains à qui la lecture des romans étoit plus familière, et ne nous empéchera point de dire avec Favin,

* Le père Labbe, Nova Bibliotheca manuscriptorum Zébrorum. Paris, 1652, in-4 , p. 334, n. MDXXIII, du huitième supplément, témoigne ainsi son mépris pour nos anciens romans : Poteram et plura addere, ac præcépué fabulosis referta narrationibus, figmentisque poeércis : les romans de Lancelot, de Perceforest, de Guiron le Courtois, du bon chevalier Tristan, de Bouchechardière , de Guy et Beuves de Hauton, de Clériadus et de Méliandre , du pauvre Duraz dit Guérin » d’Artus , de Ha reine Genèvre, de Méluzine, etc. Ferüm hæœc otiosorum hominum ppuoloxntz , etc. Bibliothecarum meras quisquilias, üs, qui nugamentis hujusmodi delectantur, everrendas permitto. | .

que c'est .principalement dans ces ouvrages que nous pouvons puiser la véritable connoissance de nos antiquités. Enfin, sans aller chercher trop loin de quoi justifier mon projet, lorsque j’entreprends de ressusciter , pour ainsi dire, nos vieux romanciers, je ne fais que suivre l'exemple de M. Galland. Il n'a pas cru que les notices de plusieurs romans manuscrits de la bibliothèque de M. Foucault et de quelques autres qui sont conservés à la bibliothèque du roi, pussent déshonorer des mémoires où l'on trouve d’ailleurs tout ce que l'antiquité grecque et latine nous offre de plus curieux et de plus intéressant *.

Mais comme les savants dont ; je renouvelle l'opinion, ont négligé de l’établir, peut-être parce qu'ils en étoient trop convaincus pour se donner la peirie d'entrer en preuve; je dois au moins la développer, exposer une partie * de leurs raisons, et faire voir, autant qu’il me sera possible, l'utilité qu’on peut retirer de ces sortes de lectures, et la manière dont elles doivent ètre faites. :

Je ne dissimulerai point ‘qu’ di avoir achevé te mémoire, j'ai appris que j'avois été

* Voy. les Mém. de l’Acad. des bell.-lett., t, II, p. 728.

SUR L'ANCIENNE CHEVALÆRIE, 487 prévenu il y a long-temps par M. Chapellain, et que ce savant académicien; dont le none seroit aujourd’hui. plus respecté, s’il s'étoit borné à la gloire qui étoit due à sa vaste et singulière érudition, avoit traité le même sujet dans un dialogue* adressé à M. le cardinal de Retz. Jai été moins peiné d'y rencontrer quelques-uns des moyens dont j'avois fait usage, que satisfait d'y trouver mes opinions fortifiées par les siennes, et d'y apprendre que M. Lefèvre, savant historien (connu sous le nom de Chantereau-Lefèvre, par un grand nombre d'ouvrages historiques), avoit résolu de . donner sur les anciennes coutumes de France, un traité dans lequel il comptoit s’appuyer principalement sur le roman de Lancelot du Lac **. : |

* Ilest imprimé dans la continuation des Mémoires : de littérature et d'histoire. Paris j 1628, t. VI part. 4, P: bee

« Je Suis d'avis, dit-il à l’un des interlocutéurs, p. 341, de vous renvoyer, pour les coutumes, au grand coutumier du royaume de Logres : je veux dire » au livre même de Lancelot, où vous les trouverez se- » mées fort dru; si vous n’aimez mieux attendre la pu- » blication du traité qu’en- fait le grand antiquaire, » M. Lefèvre, qui n'autorise presque ses observations

que par les passages qu'il tire de Lancelot, dont H

Muni de tant d’autorités respectables, je dis que les historiens et les généalogistes pourront trouver dans les anciens romans de quoi lever plusieurs doutes, éclaircir des difficultés, et étendre leurs connoissances. A l'égard des géographes et des antiquaires, j'ose affirmer qu’ils y apprendront une infinité de détails curieux et importants.

On ne peut disconvenir que plusieurs de mos anciens romans ne soient purement historiques, et qu'ils ne tiennent de l'invention, que : quelques circonstances merveilleuses , souvent exagérées, dont il est aisé de débarrasser le fond de lhistoire, si l'on écarte tout ce qui s'éloignant de la vraisemblance n'a que l'air d’uné vaine parure, et ne s'accorde point avec les autres événements connus par des écrivains plus graves et plus sincères. Mais ‘dans les romans qui sont le plus remplis de fables, il se rencontre des faits qui appartiennent à l’histoire, et qui, pour être déplacés de leur 6rdre chronologique , ne laisseront pas de pouvoir nous donner quelques lumières.

Les auteurs de ces ouvrages, ne pouvant rien

» fait son capital en cette matière : coutumes. Je vous » dirai seulement en général qu’ellès ont le caractère » des mœurs de ce temps reculé. »

inventer de leur propre fonds, semblent, à laide de quelque lecture, avoir emprunté les faits ou les circonstances dont ils ont orné leurs récits, soit des chansons historiques qui avoient cours, soit des historiens connus de leur temps, et qui pEAERt s'être perdus depuis. | Un de ces romanciers *,racontant divers eombats entre Charles-le-Chauve et Gérard de Roussillon, met la scène d'un de ces combats à Civaux; et peut-être dans cette transposition de temps, il ya conservé. des. détails vrais et conformes à cé que l’histoire lui avoit appris de la bataille de Vouillé près de Civaux entre Clovis et Alaric, du moins par rapport à la position et aux divers mouvements des.

deux armées. On lit dans le même roman la:

description d'un siége du château de Roussillon par les Vandales, accompagné d’un stratagème des assiégés pour faire croire que leur ville étoit dans l'abondance, quoiqu'elle fût

* Je parle de l’auteur du roman de Gérard de Roussillon , en vers provençaux, mss. de la bibliothèque du roi, n. 7991, in-8. On connaît un autre roman en vers françois , du même nom, mais avec des différences considérables : j'en ai vu plusieurs mss. à la bibliothèque du roi, à Sens, à Dijon , et dans quelques bibliothèques d'Italie. —

sur le point de manquer des choses les plus nécessaires à la vie : ce stratagême ést appliqué par nos historiens au siége d’une autre place plus connue.

Ce que je dis de l'histoire, je le dirai également des généalogies.. On peut assez raisonnablement combpter sur la vérité de celles que rious fournissent les romans historiques; et, à l'égard des autres, on y peut avoir recours pour des degrés généalogiques, obscurs ou incomplets, si d’ailleurs on trouve les romans conformes aux degrés qui sont connus par les titres et par les histoires. Chérche-t-on dans l'ordre des descendants d’un prince ou d’un seigneur , quelqu'un de ses enfants , qui semble ‘avoir fait souche, sans que néanmoins on en ait la preuve certaine? je crois que quand un roman ancien lui donnera: un fils, ou comprendra dans le nombre des frères qui sont issus de lui, et qui sont bien connus d’ailleurs, un personnage dont on ignoroit le nom ou l'existence; je crois, dis-je, que ce personnage doit être regardé comme l’auteur de la ligne descendante ou collatérale dont on souhaitoit de découvrir l’origine et la liaison.

Ces raisons ne ont lee regardées que.

comme de simples présomptions, pour nous

inviter à chercher dans les anciens romans les connoissances qui sont du ressort des historiens et des généalogistes? Je ne craindrai point d'avancer que la géographie françoise du moyen âge en tirera les mêmes secours que l'histoire.

On sait que la plupart étoient composés par les hérauts d'armes *-et par les trouvères, qui les alloient réciter, déclamer ou chanter dans les cours des seigneurs; et que, pour flatter davantage ceux à qui ils étoient destinés, ils choisissoient souvent leurs héros ou leurs principaux personnages parmi les ancêtres de ces seigneurs, et ne manquoient pas de mettre la scène de leur roman, ou de quelqu'un de ses principaux épisodes, dans les pays et-dans les châteaux que ces seigneurs habitoient, ou dans ceux qui faisoient partie de leurs domaines :

* Le père Ménestrier, dans son livre de la Chevalerie anciénne et moderne , Paris, 1683, in-12, au chap. 5, qui traite des hérauts, dit, p: 225, « qu’on choisissoit » pour ces offices des personnes que l’on croyoit avoir de » l’esprit, du savoir et de l'expérience, mais selon le » mauvais goût de ces siècles ignorants. C’est d'eux que » nous sont venus tant de romans sur les faits d'armes » et de Chevalerie, ct tant de fables par lésquelles ils » tâchoient de se faire valoir, et de rendre célèbres les voyages qu’ils avoient faits en divers paÿs. »

souvent même c'étoient leur propre seigneur et leur propre province qu ils étoient bien aises d'illustrer par leurs compositions. Dans l’un ou Pautre cas, n'est-il pas plus que vraisemblable qu’ils connoissoient bien les pays qu'ils avoient fréquentés, et les lieux de leur naissance ? Qu’auroient-ils gagné à représenter ces lieux autrement qu'ils ne les voyoient, si ce n'est la honte d’être démentis par tous ceux qui les écoutoient? Ainsi je ne fais point de doute que leur témoignage ne soit aussi sùr et aussi fidèle que celui des plus exacts géographes, soit pour la situation de certaines proviances ou de certains cantons, soit pour le cours actuel des rivières et des ruisseaux qui les arrosoient , soit pour la position des chàteaux, des villages et des villes qui ne subsistent plus, ou dont les noms ont changé. Le roman françois de Gérard de Roussillon, adressé aux seigneurs de: la maison de Bourgogne, en fournit plusieurs exemples dont j'ai reconnu l'exactitude, pa l'examen de l'état présent des lieux que j'ai été le plus à portée de connoître. On pourroit aussi déterminer par ces auteurs l'étendue et les limites des provinces et des domaines des seigneurs. Je ne veux point cependant pousser trop loin

l'usage qu’on peut faire de leurs écrits sur cet article : ils peuvent être suspects de flatterie, ‘et avoir cherché à faire leur cour à un seigneur particulier, aux dépens de ses voisins; mais du moins en résultera-t-il que l’état ou domaine du pe dont ils ont voulu gagner la bienveillance, n'a pas eu plus d'étendue que celle qu'ils lui ont donnée.

Il semble, après ce que je viens de dire, que personne n'a plus d'intérêt que les géogra- .phes à lire soigneusement nos anciens romanciers : mais les antiquaires n'en ont pas moins; j'entends ceux qu? cherchent à déméler l’origine et à suivre la trace de nos usages et de nos coutumes; et quelle étude doit étre plus intéressante pour un François? C’est dans nos romans, images de nos coutumes anciennes *, suivant Pasquier, que l’on trouvera les con- noissancés les plus détaillées sur l'ancienne maniere de faire la guerre, sur les droits et la dépendance des différents degrés des feudataires , sur les gages de bataille, sur l’'administration de la justice, sur la noblesse et la Chevalerie, les armures, les armoiries, les tournois, etc. Tous ces points emprunteront

: Recherches, liv. IX, ch. 30, p. 820.

des romans leur principale lumière. Ceux qui Jes ont composés n'étoient point, heureusement, assez habiles pour connoître et observer ce que les peintres appellent le costume : ils appliquoient presque toujours au temps dont ils faisoient l’histoire vraie ou fabuleuse, des usages du temps où ils vivoient : ils n’étoient pas non plus assez inventifs pour draper d'imagination leurs figures; semblables aux anciens peintres, venus apres l'invention de la poudre, qui n'ont presque jamais représenté dans les miniatures le siége de Troie, sans y joindre quelque pièce de notre ®nillerie. Et ce qui prouve encore mieux qu'ils représentent les choses, non comme elles étoient avant eux, mais telles qu'ils les voyoient, c'est qu'étant tous conformes entre eux dans la peinture des mêmes usages , chacun suivant leur temps, ils s'accordent encore en ce point avec tout ce que nous connoissons par les témoignages des historiens, des anciens auteurs coutumiers et des autres écrivains les moins fabuleux. S'il y avoit quelque doute à former, il ne tomberoit tout au plus que sur quelques articles, où ils s'éloigneroient du concert qui règne pour l'ordinaire entre les uns et les autres. Mais il ne faut pas toujours prendre à la lettre les expres-

sions dont se servent les romanciers, surtout ceux qui ont écrit en vers : le style figuré étoit alors très-familier; ainsi les mots de fief et de seigneurie s'appliquoient à tout, même a ka vertu et. à la beauté. On n'avoit point ‘encore attaché aux mots des idées exactes.

Je dois faire ici une autre observation générale sur nos anciens romanciers, c’est que leur objet principal étoit de représenter les devoirs réciproques des seigneurs et des vassaux, de montrer que, si le vassal étoit obligé d’avoir beaucoup de soumission pour son suzerain ; celui-ci lui devoit aussi des égards, le pro téger dans ses besoins raisonnables, et. ne jamais abandonner sa défense dans les cas légitimes ; et que si le souverain du plus haut degré lui manquoit, il trouveroit toujours au tribunal divin une cour de justice supérieure à la sienne, qui lui feroit subir un jugement sans appel, et porter la peine due aux injustices qu’il auroit exercées.envers ses inférieurs. Telle est la morale de la plus grande partie de nos romans; et elle n’est ni moins sensible ni moins importante que celle dont on fait honneur aux plus beaux poëmes de l'antiquité.

Mais ce principe de morale et de droit demande peut-être des restrictions, suivant les

applications qu'en ont faites les différents romanciers. Ceux qui écrivoient pour des seigneurs d'un ordre inférieur, et ceux qui destinoient leurs ouvrages aux seigneurs du degré le plus éminent, pouvoient quelquefois vouloir gagner leur affection; et ce qui n'étoit point indifférent aux romanciers, obtenir des présents et des grâces de ces seigneurs, en étendant leurs droits et leurs priviléges aux dépens des autres, dont ils restreignoient les prérogatives en même temps qu'ils augmentoient les charges de leur dépendance. Il seroit im— portant de pouvoir toujours connoître pour quels seigneurs les romans étoient composés, et de quel degré de souveraineté relevoient les auteurs qui les ont écrits.

Ne méprisons donc point les détails de ces temps reculés , puisqu'il nous est tres-important, pour la matière des fiefs, de connoître quelquefois les moindres circonstances de la vie d’un auteur obscur, qui ne nous aura laissé qu'un ouyrage peut-être très-grossier et trèsméprisable à bien des égards : je ne saurois trop répéter de quelle conséquence il est, pour éclaircir la matière. des fiefs, de bien savoir tout ce que les romans nous ont.conservé de leurs usages. Si Dumoulin, Chasse-

neux, et les autres savants jurisconsultes qui en ont traité, avoient été plus remplis de ces lectures, ils auroient pu répandre plus de clarté dans leurs ouvrages , et souvent se concilier. dans les questions qui les ont tant de fois partagés, parce qu'ils raisonnoient moins d’après les faits, que d’après des principes supposés. Mais ne les surchargeons pas d'un fardeau trop pénible; et plus économes de leur temps, laissons-leur le loisir de méditer sur ces faits que nous sommes plus en état qu'eux de déméler, par la relation immédiate. de cette recherche avec nos autres études; -et soyons assurés qu'ils nous rendront avec usure les secours que nous leur aurons donnés, et que les uns et les autres nous goüûterons les heureux fruits que ne manque jamais de produire le concert des gens de lettres et des savants, lorsque dépouillés de toute passion et de toute vanité, loin de donner une exclusion absolue, ni une préférence outrée. à aucun genre d'é— tude , ils ne s'occuperont de bonne foi que du bien général, en s instruisant mutuellement les uns les autres... | Je pourrois encore faire un mérite aùx romans, de la connoissance générale qu'ils nous donnent des mœurs, du génie et du goût

des siècles dans lesquels ils furent écrits. On peut lire tout ce que dit M. Chapellain à ce sujet, aussi bien que sur les richesses de notre ancienne langue. Ces articles sont les plus ingénieux et les mieux traités dans son Dialogue ; et s’il restoit encore quelque doute, on pourroit se rappeler avec quelle satisfaction on a vu dans lés romans de Gérard de Nevers, de Saintré et de Tiran-le-Blanc, le tableau naïf et fidèle des mœurs antiques. Mais tout le monde sent assez que chaque siècle se peint dans les ouvrages d'esprit et d'imagination qu’il a produits, ou qu'il a fait revivre. La valeur romanesque du règne de François I‘ fit traduire et mit en vogue le roman d’'Amadis, quoique M. de la Noue *, qui prend l'effet pour la cause, ait dit que la lecture de ce livre a été la source dela fureur avec laquelle on s'est livré aux duels. Les romans d’Astrée, de Cyrus, de Cléopâtre, de la princesse de Clèves et -de Zaïde, nous peignent les cours de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV, plus ou moins remplies d’une valeur noble, gé— néreuse , héroïque et peut-être fastueuse, d'une galantérié tendre, pure et honnête, accom-

* Discours politiques et militaires, disc. 6.

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIL. 449 pagnée de fêtés brillantes, somptueuses et magnifiques : les sentiments y sont élevés, délicats et naturels, les mœurs respectées ou du moins ménagéés; et les plus vives passions y sont aussi décêntes que des passions peuvent l'être. Il seroit à souhaiter que nous pussions ‘laisser à nos descendants une opinion aussi avantageuse des mœurs de notre siecle. Quelle que puisse étre cette opinion, il n'en. est pas moins vrai que l’on ne se trompera guëre dans les jugements qu'on portera sur de pareilles

autorités. | Pour revenir à nos anciéns romans de Che-

valerie, il faut convenir de bonne foi que la plupart représentant des guerriers farouches, pleins d’une valeur brutale, féroce et sanguinaire, autorisée et produite par le peu de subordination qui régnoit entre les différents membres de l'État, ceux qui les ont. composés sont souvent fastidieux par leurs fictions, leur composition, le tour de leur esprit , et la gros- . siereté de leur style ; et c'est peut-être une raison .de plus pour désirer qu'on les fit bien connoître par des extraits. —.

Les bons livres perdent toujours à être abrégés. Les beautés principales sont anéanties ou défigurées dans l'extrait le mieux fait; et d'ail.

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