TOME I
450 | MÉMOIRES | leurs nous savons combien il est dangereux de faire des abréges des bons livres, puisque de tels abrégés ont causé la perte d'un nombre infini des meilleurs ouvrâges de l’antiquité. On n'aura pas la méni. crainte pour les mauvais, où:il est'aisé de faire choix des choses'utiles et curieuses qui s'y trouvent, comme par hasard : si l’on recueille avec soin ce qu'ils peuvent avoir de précieux, leur perte, quand ils viendroient à disparoître, ne causera aucun regret. S'en trouvera-t-il de si méprisables en tout point , qu’ils ne contiennent . rien qui mérite d'être retenu ? C’est toujours un grand bien que quelqu'un se soit donné la peine de les lire pour nous l’apprendre.
‘Ainsi, lorsque nous nous serons engagés dans des lectures dont il n'y a aucun fruit à recueillir , nous l’avouerons avec sincérité, comme je l'ai déja fait dans un Mémoire sur Jean de Venette , il y auroit une mauvaise foi et une mauvaise honte inexcusables à laisser ignorer aux autres les routes où nous nous serions égarés.
Si je puis me flatter d’avoir affoibli la pré— vention où quelques personnes pouvoient étre, que la lecture des romans de Chevalerie étoit une lecture aussi ingrate et inutile que frivole
SUR L’ANCIENNE CHEVALERIE. 451 et insipide ; qu'il me soit permis de souhaiter: que quelques g gens de lettres se partagent entre eux lé pénible. travail de lire ces sortes d'ouvrages ,\ dont le temps détruit:tous les jours nues morceaux, d'en faire des ex> traits qu’ils rapporteront à un système général et uniforme, afin que, .cessant de prendre des routes différentes, on ne soit point obligé de recommencer souvent les mêmes lectures.
On pourroit ainsi parvenir à avoir une bibliothèque générale et complète dé tous nos anciens romans de Chevalerie, dont la fable, rapportée très-sommairement , renfermeroit ou le détail, ou du moins l'indication de ce qui regarde l'auteur, son ouvrage, et les au tres auteurs du temps dont il auroit fait mention. On s’attacheroit par préférence à tout ce qui paroîtroit de quelque usage pour l'histoire, pour les généalogistes, pour les antiquités françoises -et pour la géographie, sans rien omettre de ce qui donneroit quelques lamières sur les progrès des arts et des. sciences, On pourroit y conserver encore ce qu'il y auroit de remarquable du côté de l'esprit et de l’invention ; quelques tours délicats et naïfs, quelques traits de morale, et quelques pensées ingénieuses: car si l’on vouloit refuser aux ro-
mans,sausrestriction, toute espèce de mérite en ce genre, je pourrois en appeler au jugement d'un homme que personne n'’oseroit récuser.
. M. l'abbé Massieu, dans son Histoire de la Poësie françoise, après avoir donné l'extrait du reman de la Rose, rappelant l'exemple du respect que les auteurs du ‘plus beau siècle de Rome eurent pour ceux qui les avoient précédés, nous invite à-ayoir pour nos anciens écrivains la même religion que ces grands hommes avoient eue pour les leurs; qu'ils révéroient comme ces vieux arbres de leurs bois sacrés, dont les troncs à demi-pourris avoient je ne sais quoi de vénérable. M. l'abbé Massieu, en homme que l'esprit et le goût éclairoient également, a su déméler quelques étincelles échappées à travers l'épaisse fumée, dont nos vieux auteurs sont enveloppés, etles a fait revivre avec éclat. Sa bonne foi, ennemie de toute espèce d’injustice, lui a fait prendre la défense de ces écrivains opprimés, avec autant de chaleur qu’il en auroit mis à repousser les traits lancés contre lés célèbres écrits d'Homère et de Virgile. Je cite avec plaisir un homme illustre , qui daïgna seconder mes premiers effprts dans la carrière des lettres.
un
EXTRAIT POÉSIES PROVENÇALÉS. |