ΰ . MÉMOIRES
périt, comme on l’a vu dans la vie de Mauny, avant d’avoir pu assouvir toute sa haine contre Philippe. Il mourut à Londres, en 1343, des blessures qu’il avoit reçues à la défense de la ville de Vannes, que les Bretons du parti de Charles de Blois reprirent cette année-là sur les Anglois. Édotard lui ft faire les plus magnifiques obsèques : sôn corps ft inhumé dans l'église dé Saint- Paul. Robert jéignoit la valeür à la courtoisie, maïs jamais ame ne fut plus vindicative que la sienne. Il sacrifia tout à son ressentiment, sa famille, son roi, sä patrie. Quelqu’ injuste que fée sa vengeance, son nom, son sang, les services qu'il avoit rendus à Philippe, sembloient la légitimer à ses yeux ; il se persüadoit qu’un prince dant il avoit épousé la sœur, et qui lui dévoit sa couronne , n’étoit plüs en droit dé lui rien refusét; et s'il passoit pour un traître dans l'esprit de son roi, ce dernier lüi paroissoit sans doute un ingrat; mais rien he peut excuser sx fureur , et c’est à regret que la France met au nombre de ses ennemis es plüs mortels cetillustre rejéton' du’ sang de ses rois. Heureuse ericore s’il étoit le‘seul de ses princés dont ele ait eu à déplorer la valeür'!
(4) Sans que Philippe le vôie sursesterres. Philippe VE, dit de Valois, étant parvenu au trône selon l'esprit de la loi salique (Froissart, vol. I, ce. 22), mterprétée par les douze pairs de France et les barons du roÿaume, qui s’étoient assemblés à Paris après la mort de Charlesle-Bel , signala les commencements de son règne par une victoire complète qu’il remporta la même année de son couronnement , en 1338, sur les Flamands révoltés contre leur comite. I] avoit trop d'obligation aux grands vassaux de la couronne; parmi lesquels Louis, comte de
Flandre, teñoit ün rang distingué, pour négliger les occasions de leur marquer sa reconnoissance en les défendant contre leurs sujets rebelles. Après cet acte éclatant de justice et de protection envers les soutiens de. son trône, il songea à se faire: rendre les hommages accoutumés par tous ceux qui lui en devoient à cause de leurs fiefs mouvants de sa couronne. Le roi d'Angleterre fut obligé, comme les autres grands vassaux de la couronne, de remplir ce devoir.
Philippe , jaloux d'établir Le bon n dans tout son royaume, en faisoit la visite. « 1] se partit de Paris. dit » Froissart (ch. 28), en grand arroy, et le roi de Be- » haigne ( de Bohême ) et le roi de Navarre en sa compaignie , et foison de ducs, comtes et seigneurs (car » il tenoit grand estat et noble, et faisoit grans livrées et grans dépens) , et alla visiter son royaume parmi » Bourgogne. » Il se rendit de-là à Avignon où le pape Jean XXII tenoit sa cour.
La fureur des croisades n'étoit point encore éteinte. Jean , se voyant entouré de ces trois monarques auxquels s'étoit joint aussi le roi d'Aragon, crut l’occasion favorable pour rallumer leur zèle en faveur des chrétiens persécutés en Asie. Il leur peignit les maux de toute es- | | pèce que les fidèles souffroient en Palestine pour la religion. Son .éloquence, aussi animée que touchante, fit La plus forte impression sur les princes; et les remplit d’indignation contre Îles Sarrasins. Philippe de Valois deinande la croix le premier au souverain pontife. Les rois de Bohème, de Navarre et d'Aragon en font autant. Leur exemple est imité de tous les princes et seigneurs qui les avoient suivis à Avignon; bientôt une nouvelle croisade est prêchée dans tous les royaumes catholiques,
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excepté en Angleterre où il s'en préparait une autre bien différente contre la France; car dans le même temps que Philippe prenoit là croix à Avignon avec ses plus fidèles vassaux, Édouard et les siens se liguoient contre lui à Londres par les vœux fanatiques du Héron.
Le roi de France prit congé du Pape, et continua la visite de ses villes et châteaux, dont &/ avoit.sans nom: bre, dit Froissart , Jaisant petites journées et grandes dépenses. 1 prit sa route par Montpellier, traversa l’Auvergne , le Berri, la Beausse , le Gastinois , et se rendit à Paris. Le royaume de France, continue le même écrivain, éfoit & donc gras, dru, et plain, et les gens riches et puissants de grand avoir. Quelle douce satisfaction pour les rois de parcourir leurs États quand ils sont assurés de n’y trouver que des sujets heureux!
Philippe ne fut pas long-temps sans être instruit de la terrible conspiration tramée contre lui. La guerre qu'il songeoit à porter en Asie n’eut pas lieu; mais les grands préparatifs qu’il avoit déjà faits à ce dessein ne lui furent pas inutiles : ils servirent à défendre son propre royaume. Ainsi Philippe ne fut pas pris au dépourvu, et quelque funeste qu'ait été la querelle que lui suscita le roi d'Angleterre, la France doit peut-être s’en applaudir, puis: qu’elle lui épargna les malheurs d’une croisade. :
Les deux rois rivaux se joignirent à Vironfosse, chacun à la tête de son armée. Tout ce que les deux nations’ ennemies avoient pu rassembler de plus braves combattants et de plus nobles chevaliers, se trouvoit réuni dans les deux camps. Tout sembloit annoncer la bataille la plus terrible et la plus sanglante qui sc füt peut-être jamais donnée. On peut voir dans Froissart (chap. 42) de quels hommes les deux armées étoient composées. ]J] ÿ
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 79 voit dans oellé de F rapce quatre rois , six ducs, vingtsix comtes êt ples de quatre mille chevaliers; elle étoit divisée en trois corps de quinze mille hommes d'armes et de vingt mie hommes de pied chacan. Celle d'Édeward n'étoit pas moins fombreuse. Mais ces deux formidubles armées se séparèrent sans en venir aux mains, soit que les deux rois eussent horreur du sang qu'ils alloient répardré , soit qu'ils se craignissent également; peut-être aussi que la saperstition qui avoit alors tant d'empire sur les esprits empêche îles François de livrer bataille æax Anglois. I eût fallu la donner un vendredi, our qu'ils regardoient comme mulheureux pour leursarmes. De plus, Robert, roi de Sicile, qui passoit pour un grand astrologue, avoit fait coùrir dans l’armée françoise des lettres par lesquelles il prédisoit à Philippe une déroëte certaine toutes Îles fois qu'il attaqueroit les Anglois lorsqu'ils seroient cominsandés par Édouard en per- . sonne. Le roi de France , n’évoatant que son tourape et son resseritinfent, eût passé sur ces considérations toujours méprisabtes pour l'homme qui pense, mais aussi toujours trop puissarites sur la multitude, si son conseñ te lui eût représenté vivement Îles suites funestes que pouvort entraîner après elle la perte de la bataille. En effet, il risquoit sa couronne , et Édouard n’exposnit poitit la sienfie. Ce dernier pouvoit être battu sans perdreün pouce de ses possessions au-delà de la mer. Il n’autroit pas sans doute refusé le combat si on le lui avoit présenté; mais il n’osa l’engager le prenfier , et Philippe, cédant aux avis de la prudence, jugea à propos de ne pas tenter la fortune. Il congédia son armée le lendemain , et le roi d'Angleterre rentra avec'la sienne dans 1e Brabant, ce qui fit dire aux seigneurs françois, « qu’il
ns conviendrdôt à Édouard faire moult de telles chévau- » chées avant qu’il eût conquis le royaume de France. » Ce ne fut pas en effet sous le règne de Philippe.de Valois que la France courut les plus grands risques, malgré les fréquentes incursions des Anglois dans nos provinces, et malgré la malheureuse bataille de Créci. J'ai rappelé dans la vie de Mauny avec quel héroïsme les Calésiens défendirent leur ville. Cet exemple seul auroit dû apprendre à Édouard qu’ un roi qui avoit de pareils sujets étoit presque invincible , et qu'on ne soumet jamais à un nouveau joug des peuples dont les cœurs ne sont point aigris par le mécontentement , ou flétris par la misère : or; nous avons vu que du temps de du à VI l'ai- . sance régnoit dans tout le royaume. |
(5) Salisbery (le comte de). Il avoit accompagné
Edouard III à Amiens en 1328 , lorsque ce prince s’y rendit pour faire à Philippe de Valois hommage des terres et comtés qu’il possédoit en France. Il ne fut pas un des. moins ardents à remplir son vœu pour la cause du roi d'Angleterre.
. “Le comte de Salisbery portoit d'abord le nom de Guillaume de Montaigu. Ce fut à cause de ses hauts faits d'armes dans la guerre d'Écosse qu’'Édouard le gratifia du comté de Salisbery , dont il prit le nom. Il le maria aussi à Gatherine, file de milord Granfton, originaire de Bourgogne, l’une des plus belles femmes de son. siècle , et dont le roi d'Angleterre devint amoureux peu de Vente après , comme on l’a déjà remarqué.
Ce seigneur fut fait prisonnier , en 1339, avec le comte de Suffélk , dans une entreprise que Jacquemart d’Artevelle tenta contre les habitants de Lille qui tenoient pour
le roi de France. Ces deux illustres guerriers furent envoyés à Philippe par la garnison de Lille qui s’étoit saisie d'eux. On les enférma au Châtelet de Paris , où ils demeurèrent jusqu’en 1341 (Froissart, liv. F, ch. 47 et 76), que le roi échangea le comte de Salisbery contre le comte de Moray, qui avoit été pris par les Anglois en Écosse. Froissart ne dit point ce que devint le comte de
Suffolk.
(6) Dont Godemar du Fay étoit FR long-temps le gardien.
Godemar du Fay, écuyer du Loue selon Froissart, et gentilhomme de Bourgogne selon le P. Daniel, étoit un officier distingué, en qui Philippe de Valois avoit la plus grande confiance. Il s’en montra toujours digne jusqu'au moment de l’affaire de la Blanche-Taque, dont je parlerai plus bas. Lorsque les deux armées campées à Fironfosse se furent retirées, le roi de France, qui prévoyoit les tentatives que les alliés ne manqueroient pas de faire sur celles des villes de Flandre qui étoient de sa domination, envoya Godemar à Tournai, non-seulement pour garder cette place, mais pour défendre aussi Lille et Douai, et en même temps il le déolara souverain capitaine et régent de tout le pays des environs. Du Fay remplit avec gloire cette commission honorable, qui ne pouvoit être que la récompense d'une fidélité à toute épreuve, d’une intelligence et d'une bravoure reconnues. Jamais Édouard ne pat entamer le pays qui fut confié à du Fay. Ce dernier fit même des courses dans le Hainaut 2 où il alla prèter main forte aux troupes que Philippe ÿ avoit envoyées
pour châtier Jean de Beaumont. Après ces expéditions,
il tamba plusieurs fois sur les Flamands, et leur ceusa des dommages considérables par les fréquents partis qu’il détachoit eontre eux. Lorsque le roi d'Angleterre forma Le dessein d’assiéger Tournai, du Fay s'y enferma , le peurvut d'armes, de soldats et de vivres, et, par sa longue et vigoureuse résistance , il donna Le temps à Philippe de Valais de venir le secourir. Ce fut. pendant le siége de cette place que se conclut la trève d'Arras, et du Fay eut l'honneur d’avoir sauvé Tournai. Après des preuves: si.éclatantes de zèle ct de courage, le roi crut ne pouvoir agir plus sagement que de lui. confier le passage important de la Blanche-Taque;.e'étoit le seul endroit où l’armée d'Édquard pouvoit:hasarder de traverser la Somme. Kn choisissant toub autre passage, elle se seroit exposée au danger presque évident de se faire tailler en pièces. Du Fay arriva à ce gué assez tôt et avec beaucoup plus de monde qu'il n’en falloit pour le garder ; il avoit avec lui plus de douze mille hommes bien disposés à faire leur devoir. Il Les rangea en ordre de bataille sur le bord de la rivière ; mais soit que sa bravoure l'abandonnât en cettc eccasien, soit qu'il eût pris des engagements secrets avec l'ennemi, il nese comporta pas comme on avoit lieu de l’attendre du conservateur de Tournai. Après une assez foible résistance, il Hâicha honteusement le pied, et à son exemple tous ses gens prirent la fuite. La perte de ce poste fut de la plus funeste conséquence pour les François. Fdouard se retrancha de l’autre côte de la Somme, y attendit Philippe et le défit complètement. Alors se vérifia malheureusement la prédiction du roi de Sxile, qui avoit annoncé au roi de France qu'il seroit battu s’il attaquoit Édouard en personne. Philippe
fut tellement irrité contre Godemar du Fay, qu'il avoit résolu de le faire pendre comme un traître. Mais Jean de Hainaut apaisa la colère de ce prince en hn représentant que toute la fleur de la noblesse françoise même n'eût pas arrêté Édouard ( Froissart , premier vol. , chap. 43 , 45, 47, 52 et 127 ).
(7) Robert appelle ensuite le comte d’Erby. La Guienne et la Gascogue furent les deux principaux théâtres où le comte d’Erby signala sa valeur, comme on l’a vu dans la vie de Mauny. Il étoit neveu du comte de Lancesstre au tert-col, et cousin du roi d'Angleterre. Ce monarque donna en 1343 un tournoi à Vindsor, pour célébrer la fête de Saint-Georges. Quelques seigneurs gascons du parti des Anglois s’y rendirent pour prier ce prince d'envoyer de nouveaux renforts capables de garantir de l’attaque des François les places de leur province qui appartenoient à la couronne d'Angleterre , et qui étoient situées sur les frontières de la Guienne. Le comte d'Erby: fut ehargé par Édouard d'y mener une armée, ce qui fut: exéeuté ævec la plus grande célérité. Le comte , débarqué: en Guienne , ne se contenta pas de’ s’y tenir ser la défensive , il pénétra dans la Gascogne, et le nombre des places qu’il y soumit, malgré tous les efforts du comte de l’Isle, pour s'opposer à la rapidité de ses conquêtes ,: est incroyable ; mais le général anglois ne les garda pas long-temps. Philippe de Valois y envoya, en 1345 , le dec de Normandie , son fils, quiles reprit presque toutes, à l'exception d’Aiguilton, dont il fat obligé-de lever te siège pour voler au secours de la Normandie, où Édouard avoit fait une descente avec une nombreuse armée. Le dessein de ce prince avoit d’abord été de la conduire en
Gascogne , pour empêcher la prise de la forte.place d’Aïguillon que les François pressoient vivement; mais les vents contraires ne lui permirent pas d'y aborder, gt pour faire diversion, il se jeta sur la Normandie, par le conseil du perfide Geoffroy d’'Harcourt , conseil qui ne fut que trop utile au roi d'Angleterre. - C’est ici naturellement le lieu de parler de Geoffroy d'Harcourt , quoique ‘sa révolte contre la Françe n'ait éclaté qu’en 1345; il eut trop de part à la guerre funeste qui fut la suite du vœu du Héron > pour que je n’en fasse pas mention. :
Geoffroy d'Harcourt, grand baron de Normandie, sire de Saint-Sauveur-le-Vicomte , et de plusieurs autres villes et seigaeuries dans le Cotentin, tomba dans la disgrâce de Philippe de Valois ; l’histoire ne dit pas pour quel sujet. Quoi qu’il en soit ,.il sortit du royaume, et se retira d’abord auprès du duc de Brabant , son cou: sin , qui tâcha en vain de le faire rentrer dans son devoir. T1 passa ensuite en Angleterre, et, à l'exemple de Robert d'Artois , il alla offrir ses services à Édouard. Ce fut lui, comme on vient de le dire , qui engagea ce monarque à tomber sur la Normandie. Édouard partagea son armée en trois corps; Geoffroy d'Harcourt eut le commandement d’une de ces truis divisions. À la tête de cette troupe , il se rendit maître de la ville de Caen, et s’avança ensuite presque jusqu'aux portes de Paris, comme pour y braver son souverain; il défit un parti d'Amiénois qu’il rencontra, et se réunit à Édouard. Ce fut après sa jonction que se donna la bataille de Créci.
Soi frère le comte d'Harcourt, gouverneur de Rouen, étoit dans l’armée de Philippe de Valois, et réparoit par sa fidélité et par sa bravoure le crime de ce rebelie. I]
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE... Ba
effaça de son sang la honte que senefrère sembloit s’efforcer d’attacher à un nom si digne d’ailleurs de passer avec gloire à la postérité. Ce brave comte fut tué dans
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le combat. IL avoit été envoyé à Londres pour exiger d'Édouard Thommage de la Guienne , tel que le roi de France le désiroit ; il s’étoit trouvé au camp de Vironfosse et au siége de Tournai , et avoit partout donné des preuves de son attachement à la France. Geoffroy d’Harcourt, son frère, continua à servir les ennemis de sa patrie jusqu’en 1356 qu'il fut.tué à la bataille de Coutances en Normandie ( Froissart, vol. I, c. 172). Si l’on en croit la Chronique de Saint-Denis , il quittà les Anglois.après la bataille de Créci, et, par un généreux repentir, .il vint se-livrer à Philippe de Valois et implorer sa clémence. « En ce même an (1346), v est-il dit, » se présenta au roi de France monseigneur Geoffroy de » Harcourt, chevalier normand, la touaille mise au col » de ses propres mains, double, disant telles paroles : #- J'ai été traistre enversde roi et le royaulme, sien re » quiers miséricorde et paix; laquelle miséricorde ct » paix le roi lui ottrpya de sa bénigne grâce.» Mais ce récit £st formellement démenti par celui de Froissart. |
(8) Louis deNevers, comte de Flandre » eut le malhgur: d'être toute sa vie en guerre avec ses sujets. Il implora contre eux le secours de Philippe de Valois. Ce monar.. que remporta sur.les rebelles une victoire complète à. Cassel , et se rendit maître de cette, ville ma}gré la bravade qu’ils avoient faite de mettre sur leurs ‘Femparts. Ja figure d’un coq, avec ces mois: .