TOME II
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Quand êe coq chanté aura,
Le roi Cassel conquerrera.
‘Leur capitaine, nommé Colin Dannequin,. perdit la vie dans le combat, Ce châtiment les contint pendant quelque temps, mais ne les rendit pas plus affectionnés à leur comte. Ge n’est point par a force des armes qu’on ramène des cœurs aliénés. Les Flamands se révoltèrent . de nouveau, et trouvèrent un chef plus redoutable que le premier dans la personne de Jacquemart Artevelle, brasseur de bière. Édouard , le fier Édouard, ne rougit pas de faire alliance avec ce rebelle ; ce fut même de lui qu’il reçut le titre stérile de roi de France qu’il porta toyjours depuis, et dont ses successeurs soùt encore de nos jours dans l’usage de se décorer. Le comte de Flandre eut besoin de toute la puissance de Philippe de Valois pour ne pas succomber, et mourut avant d’avoir réduit entièrement ses sujets. Il fut tué à la bataille de Créci , où il combattit vaillamment , et où il fit les plus SH efforts pour empêcher la déroute des François.
(9) Le comte Suffort , ou plutôt de Suffalck, étoit un des. principaux seigneurs de l’armée qu’Édouard conduisit en France , après qu'il eut été forcé de lever le siége de Cambrai. 11 n’eut pas le temps d'accomplir le vœu téméraire
| qu'il avoit fait contre le roi de Bohème. Il fut pris avec le comte de Salisbery par ceux des Flamands qui étoient restés fidèles au roi de France et à léur comte. Voici quelle en fut l'occasion.
“Philippe de Valois, informé que les Flamands avoient fait hommage au roi d'Angleterre, et poussé la félonie
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIF. 83
jusqu’à lui décerner le titre de,ror de France, ‘employa d’abord la médiation du Pape auprès d'eux pour les faire revenir à leur devoir, et en même temps:il leur fit faire les promesses les plus magnifiques; mais ils s’en moquè-
rent. Clément VI les excommunia et leur interdit tout service divin jusqu’à ce qu’ils fussent rentrés sous l’obéissance qu’ils devaient à leur prince. Cet anathème les effraya d’abord; mais Édonard , moins scrupuleux, les rassura en leur mandant qu’il repasseroit bientôt la mer , et leur amèneroit des prêtres tant qu'ils en voudroient pour leur chanter la messe, voulsit le Pape ou non, dit Froissart (vol. I, c. 47); car il estoit bien privilégié de ce faire. Philippe, voyant que les promesses st les menaces ne produisoient aucun effet sur les Flamands , reprit la voie des armes. Il les fit attaquer par les habitants de Tournai, de Lille et de Douai. Ces bourgeois, bien armés, font une excursion jusqu'aux portes de Courtrai, et ramèngnt chez eux un butin immense. Artevelle , qui faisoit sa résidence à Gand, instruit de cet acte d’hostilité, jure d’en tirer vengeance. Il assemble aussitôt une armée, et envoie prier les comtes de Suffolk et de Salisbery de venir se joindre à lui avec leurs troupes. Les deux comtes se mettent en marche, «et, .ne connoissant pas les chemins, ils prennent pour leur servir de guide un certain messire Vanflart de la Croix. Ceux de Lille, ayaut appris qu’un détachement anglois devoit passer dans leur voisinage, sortent de leur ville , se mettent en embuscade et l'enlèvent. Vanflart avoit prédit aux deux comtes que cet accident leur arriveroit s'ils s’obstinoient à s'engager dans un défilé qu’ils .voulurent absolument suivre pourarriver plustôt au rendez- vous. Il les exhorta à revenir sur leurs pas; voyant
qu'il nc pauvoit rien gagner sur eux, il leur tint, suivant Froissart, ce langage: « Messcigneurs, vrai est que pour » guide en ce voyage vous m'avez prins, et que tout cet ».-hiver me suis tenu avec vous à Ypres , et de vous et de » votre compaignie me loue grandement ; mais s’il ad- » vient que ceux de Lille issent sur nous , n’ayez nulle » fiance que je les doive attendre, mais me sauveraï + plutôt que je pourrai, car se j’étois prins par aucune » adventure , ce seroit sur ma tête , que j'ai plus chère » que votre compaignie.» Les deux généraux anglois rirent de cette naïveté et continuèrent leur route. Ils ne marchèrent pas long-temps sans se voir en effet environnés par un corps de plus de quiuze cents Lillois, anxquels , malgré leur belle défense , ils furent ebligés de se rendre. Leur guide tint parole ; il se sauva et les laissa se tirer d'affaire comme ils pourroient. Les Lillois cnvoyèrent leurs prisonniers à Philippe de Valois. Les deux comtes anglois furent mis dans les prisons du Chàtelet, et on les échangea dans la suite contre des prisonniers françois. Ainsi se vérifia, en partie pour le comte de Suffolk, la menace que lui avoit faite Jean de Beaumont ; ce ne fut pas lui à là vérité qui l’exécuta, mais elle n'en eut pas moins son effet.
. (40) Le roi de Bohème, que le comte de Suffolk sc proposoitd’attaquer etde combattre corps à corps, senommoit Jean, et étoit fils de l’empereur Henri VIT, qui mourut en 1313.11 disputa la couronne impériale à Louis de Bavière qui l’emporta. Se sentant trop foible pour la luienlever de vive force , ils'étoit retiré en France dans le dessein d’y attendre le moment favorable pour faire valoir ses droits. Il fut toujours étroitement attaché à Philippe de
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Valois , et il l’aida de sés conseils et, de son épée dans loutes les occasions. [1 avoit assisté à la cérémonie de l'hommage que le roi d'Angleterre vint reñidre à Amiéns au monarque françois. Il s’étoit aussi trouvé à la cour dés pairs lorsqu'ils s’assemblèrent pour prononcer contre Robert d’Artois l’arrêt qui le bannissoit du royaume. H avoit accompagné Philippe à Avignon , et s’y étoit croisé avec lui : cette démarche, quoiqu’elle n'eût pas de suite , ne nuisit point à ses affaires auprès du Saint Père, qui prodigua és èxcommunitations à Louis de Bavière ; excommuhications qui opérèrent, ent 1346, et la déposition de Louis , et l'élévation de’ Charles, fils du roi de Bohème dont je parle, au trône iinpérial. Le roi de Bohéïnè avoit marié sa fille Benne de Luxembourg à Jean , duc de Normandie, fils de Philippe de Valois. Il étoit dans l’armée françoise à Vironfosse ; ce prince avoit déjà accompagné auparavaïit le roi de France à la fameuse bataille de Cassel , où il fit dés prodiges de valeur, Enfin, pour donner une dernière preuve d’attachement à Philippe, il voulut, tout vieux et toit aveugle qu'il étoit, combattre encore pour lui'à la malheureuse journée de Créci. « Vous êtes, dit-il aux seigneurs qui » l’environnoient, nes conipaigñnons et mes amis à la » journée d'hui , je vous reqtiers que vous me menez si » avant que je puisse férir un coup d’espée. » (Froissart, vol. 1, ch. 136.) Ces braves chevaliers, pour ne pas perdre ce prince dans la mêlée, le mettent au milieu d’eux et attachent même son cheval aux leurs. Ils le conduisent si avant sur les Anglois, que non-seulement il « férit un coup d’espée, voire plus de quatre, et se » combattit moult vigoureusement, et aussi firent ceux » de sa compaignic, et si avant si boutèrent , que tous
s y demoutèrent et furent lendemain trouvés sur la place * autour du roi, et tous leurs chevaux liés ensemble. » Charles, fils du roi de Bohème, se trouva aussi à cette bataille, et y recut trois blessures , selon les historiens étrangers; mais $i l'on en croit Froissart, il se retira quand il vit que la chose alloit mal pour les François. Rien fie peint mieux Ia bravoure chevaleresque que le trait du vieux toi de Bohème , qu’on vient de rapporter. 1 ‘
(11) Nos armées étoient jadie; éomme aujourd’hui, composées d’une espèce de cavalerie légère ; mais cette cavalerie n’observoit aucune discipline. Ceux qui s'enrôloient dans cette milice étoient pour l'ordinaire dés hommes sans ressources et accablés de dettes ; un désespoir aveugle les précipitoit au milieu des combats. Ils se donnoient un chef sous lequel ils vivoient indépendants de toute autre puissance. En temps de guerre ils se vendoient aux princes qui les payoient le mieux : aussi ne les ménageoit-on guère ; dans les batailles ils étoient toujours placés aux endroits les plus périlleux ; ‘dans les marches ils alloient en avant et battoient la campagne. Ces farouches guerriers répandoient partout la terreur et la désolation, partout ils portoient le fer et la flamme , et des traces de sang marquoient leur passage dans tous les lieux où ils dirigeoient leur marche. En temps de paix ils vivoient de ce qu’ils enlévoient aux gens de la campagne dont ils étoient perpétuellement le fléau. Ils se répandoient tantôt dans une province et tantôt dans une autre. Ils étoient continuellement en armes , et s’honoroient du titre d’aventuriers..
C’étoit à la tête de pareilles troupes que se trouvoit le sire de Fauquemont. Le vœu horrible qu'il fit sur le
Héron prouve qu'il étoit digne de les commander. Philippe de Valois s’étoit servi de.ce partisan pour punir le duc de Brabant d’avoir donné retraite à Robert d'Artois. Fauquemont fit en effet essuyer à ce duc des pertes con= sidérables par ses brigandages. Édouard, qui sentoit dé quelle ressource ces.aventuüriers pouvoient lui étre contrée la France , se les attacha à force d'argent : ils entrèrent parfaitement dans ses vues.
Quoique Fauquemont ne possédât rlen, ainsi qu’il le dit lui-même, et qu’il n’eût pour tout bien que.la troupe qu’il commandoit , il falloit cependant qu’il füt d’une famille distinguée » puisque Froissart le qualifie toujours de sire , et qu'il traila en personne avec Édouard dans l'assemblée tenue à Malines en 1339; il paroît même qu'il y alloit de pair avec les princes de l'Empite. Il füt à la solde des Anglois, jusqu’à la trève d’Arrds , et s’élant joint au comte de Hainaut et à Jean de Beaumont, il porta avec eux le dégât dans la Thiérache et la Picardie. Il les aida à prendre la ville d'Aubenton et à forcer le duc de Normandie de lever le siége de Thun-l’Evêque. Mais depuis la trève d'Arras, conclue pendant le siége de Tournai, il n’est plus fait mention de cet aventurier dans les armécsdu roi d'Angleterre. Il se retira saris doute de son serviee pour aller exercer soh métier ailleurs. On trouve dans Pe= . tt-Jehan deSaintré, t. II, p.474, un sire de Fauquemont ‘ qui alla à une croisäde en Prusse. Ce fut apparemment le même dont nous parlons, qui, sélon la superstition de ces temps-là , voulut éxpier par une guerre sainte tous les excès que sa valeur avoit à se Feprocher:: ]l ne faisoit qu'y mettre le comble.
(42) Cescigneur étoit frère de Guillaume TI, dit Bon,
comte de Hainaut, quimouruten 1337, dans le cours de sés négociations avec les princes de l'Empire, en faveur d'Édouard. Jean de Hainaut, désigné indifféremment par les historiens sous les noms de Jean, ou de sire de Beaumont, inspira à Guillaume 11, son neveu, comte de Hainaut et de. Hollande, les mèmes sentiments que Guillaume-le-Bon, son père, avoit eus pour le roi d'Angleterre. Jean de Beaumont étoit un des plus vaillants cheväliers de son temps. Il débuta dans la carrière des armes ‘par un trait de hardiesse, capable seul de l’immortaliser : ce fut de reconduire en Angleterre Isabelle , femme d'Édouard Il, que les violences de Huele-Dépensier , ministre et favori de ce prince , avoient forcée d’en sortir, accompagnée du jeune Édouard y Son fils, et de quelques seigneurs anglois ; cette princesse infortunée n’avoit pas même trouvé auprès de Charles-le. Bel, son frère, l'appui qu’elle devoit naturellement en attendre. Après l'avoir gardée trois ans à sa cour , Charles vouloit qu’elle retoürnêt aüprès du roi son mari, sur la simple parole de ce prince. Mais elle connoissoit trop l’acharnement de ses ennemis contre elle, et la foiblesse d'Édouard II , pour se remettre entre leurs mains sans autre assurance. Jean de Hainaut, plus généreux qe Charles-le-Bel , offrit de l’ÿ reconduüire à la tête d’ime armée : ce qu'il exécuta avec tant de bravoure et d’intelligence, qu'il mit le roi et ses favoris à là distrétion d'Isabelle. Elle fit déposer son mari et couroûner son fils Édouard III.’ Jean de Hainaut repassa a mer après cette gloricuse expédition. Péu de temps après il revint en Angleterre pour secourir le jeune monarque contre le roi d'Écosse qui lui avoit déclaré la güerre. Ce fut sans doute pour réconnoître tant et de si grands ser-
vices , qu'Édouard voulut épouser là nièce du sire dé Beatmont. Îl n’est donc pas étotinant après cela de voir ce seigneur se dévouer entièrement au roi d'Anglèterre, el protester, en faisant son serment sur le Héron, d’être toujours le premier à attaquer ses ennemis. Quel que fût son attachement poùr Édouard, il -paroît cependant qu'il se seroit volontiers raccommodé avec Philippe de Valois, dont il avoit encouru la disgrâce, peut-être pour avoir fait la guerre au roi d'Écosse, allié de la France, peut-être aussi pour avoir'été trop favorable'à Robert d'Artois. Quoi qu’il en soit, il ne fut que trop fidèle à son vœu. Il étoit en effet du premier corps de bataille à l’armée du roi d'Angleterre, campée à Vironifosse , tandis que le comte de Hainaut servoit dans l’armée francoise ; ainsi on auroit vu l'oncle comibattré contre le neveu si l’action se fût engagée. Depüis cètté époque, Guillaume entra tout-à-fdit dans le parti d'Edouard, et Jean de Beaumont ; son oncle, le seconda avec beaucoup de chaleur dis toutés ses expéditions contre la France. Jeun de Hainaut demeura attaché à l'Angleterre jusqu’à la mort de son neveü ;: qüi fut tué dans la guerre contre les: Frisons, Philippe de Valois, chercha alors à le détacher des Anglois. H connoissoit sa valeur et le prix de ses talents militaires. Il n’auroit pas dû , s’il eût été plus politique, différer si long-temps à he à son ennemi un homme de ce mérite ; mais quelquefois la France n’achète les héros qu'après qu'ils lui ont fait tout le mal qu’ils ont pu, et lorsqu'ils ne sont presque plus en état de lui être utiles. Philippe offrit à Jean de Beaumont des avantages beaucoup plus considérables que ceux que lui faisoit Édouard : il les accepté en 1345: Son bras , affoibli par l'âge ct par les travaux ;
go = MÉMOIRES
n'étoit plus guère capable de se signaler dans les conibats ; aussi le roi ne l’attira-t-il auprès de lui que pout profiter de ses conseils. Jean de Beaumont donna encore des preuves de son ancienrie bravoure à Blanche- Taque , où il tomba sur les Anglois qui passoient la Somme en cet endroit, et en prit ou en tua un grand nombre. Il se trouva aussi à la bataille de Créci, et combattit toujours à côté de Philippe de Valois qu'il n’abandonna point pendant toute l’action. Ce prince ayant eu son cheval tué sous lui, Jean de Beaumont lui donna le sien, et continua de combattre vaillamment tait qu’il y eut espérance de rétablir les affaires ; mais voÿant la déroute des François inévitable, et ce monarque qui : n’avoit plus qu'une quarantaine de chevaliers autour de sa personne , en danger d’être pris, il lui conseilla de se retirer. « Sire, lui dit-il, retraÿez-Vous, ne vous per- » dez mie si simplement; si vous avez perdu à cetté » fois, vous recouvrcrez à une autre.» Aussitôt il prend le cheval du roi par la bride et l’entraîne hors du combat. Ainsi on peut dire que si la valeur de Jean de Beaumont fut dans un temps funeste à la France, la prudencé de ce héros la sauva dans. un autre. ( Voyez Froissart, premier volume, chap. 9, 10, 11, 12, 13,14, 15, 16, 17, 20, 29, 33, 39, 42, 45, 46, 50, 107, 108, 127, 130.)
Comme Jean 111, duc de Brabant, a joué aussi un grand rôle dans cette guerre , je crois qu’il convient de le faire connoître en peu de mots.
Jean Ill, duc de Brabant, succéda à son père, Jean II, en 1312. 1 n’avoit que seize ans. Ïl ÿ eut pendant sa minorité, dans ses États, des soulèvements à la faveur desquels Dluisurs villes éténdirent leur liberté et leurs priviléges. Robert d'Artois s'étant réfugié auprès de ce seigneur , qui étoit son cousin , en fut très-bien accueilli.
Cette condüite du duc de Brabant envers le comte d’Artois ,. déplut fort à Philippe de Valois, qui, pour s'en venger, suscita contre lui le roi de Bohême; Jean de Luxembourg et plusieurs autres princes. Le duc de Brabant ne fut point alarmé des menaces de ses ennemis. Îl fittoujours devant eux sibonne conténance , que jamais ils n’osèrent en venit aux mains avec lui. Philippe ne put s'empêcher d'admirer sa bravoure et sa fermeté. Il le fit venir à Compiègne, et voulut le réconcilier avec ceux qu’il avoit engagés à lui déclarer la guerre; et même il conclut avec lui un traité particulier. Cette réconciliation | ne fut pas de longue durée. Le duc de Brabant se ligua peu de temps après avec Édouard. Il se laissa engager dans cette ligue par les sollicitations du comte de Haiïhaut et de Jean son frère, qui avoient eux-mêmes embrassé la cause du roi d'Angleterre. « Mais politique aussi s habile que guerrier courageux, le duc de Brabant » amusa long-temps les envoyés du roi d'Angleterre ». avant de se décider (voy. Art de vérifier les dates). » Son cœur penchoit pour. Édouard, ais son honneur » et son intérêt le retenoient dans le parti de Philippe. » Il avoit tout à craindre du ressentiment de ce prince, ».en violant la foi qu'il venoit de lui jurer. D’un autre côté toutés les forces d'Edouard et des princes ses alliés étoient déjà rassemblées sur les frontières de ses - États ; on pouvoit les envahir avant que la France eût s le temps de lui prêter main-forte! On v’atiendoit plus » que sa déclaration pour agir. Il la donna.en feignant » de céder à la nécessité. Il envoyoit messages sur mes- - sages à la cour de France, pour la rassurer sur sa con- ».duite avec le roi d’ Angleterre ; enfin il y fit demeurer » le seigneur de Travehen , comme un otage et un garant
Lx LE
02 : MÉMOIRES » de sä bonne foi. » Ce seigneur emploÿa toutes les res: sources de son éloquence pour tâcher d’excuser son maître, mais il ne convainquit personne. Le duc de Brabant démentoit par ses actions les discours de soû ministre qui en mourut de dépit. En effet le duc alla se joindre à l’armée anglo-impériale qui faisoit le siége de Cambrai; il commandoit le second corps de bataille à l'armée d'Édouard à Vironfosse, il fut au siége de Tournai. En un mot il servit tles M pui comme leur allié le plus fidèle. |
Ce prince mourüt le 5 décembre de lanuse 1355, à l’âge de cinquante-neuf ans. Son SE à fut porté à l’abbaye de Villiers.
| (3 C'étoit Philippe , fille de Guillaume-le-Bon , comte | de Hainaut, et de Jeanne de Valois , sœur du roi de Fran: ce. Si on jugeoit du caractère de cette princesse par lés expressions dont ellese serviten faisantson vœu sur lehéron, on ne pourroits’empécher dela regardercommeunefemme cruelle et barbare. Mais quand on considère quel étoit l'esprit de l’ancienne Chevalerie , et l’ espèce de fanatisme qu’il inspiroit à tous ceux qui s’y livroient, on est disposé à penser d'elle plus favorablement, Ces expressions ne furent peut-être que l'effet du trouble dont son ame étoit violemment agitée, en voyant la malheureuse nécessité où l’on mettoit son mari de prendre les armes contre un oncle qu’elle ne pouvoit ni ne devoit haïr. Peut-être aussi Ini furent-elles dictées par la politique, afin d’éloigner d'elle les soupcons que sa qualité de nièce du roi de France auroit pu faire naître. Elle avoit certainement l'ame sensible ; les représertations vives et touvhantes qu’elle fit au roi Édouard son mari , en faveur des
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. Oà
citoyens de Calais qui s'étoient généreusement dévoués à la mort pour sauver leurs compatriotes, en sont une . preuve éclatante,
. Quoi qu'il en soit, elle passa en effet la mer et se send en Flandre avant que l’année 1338 fût révolue. Édouard l'y avoit précédée, et il venoit de terminer heureusement ses négociations avec les princes de l’Empire, quand elle arriva. Elle établit d’abord sa cour à Louvain, puis à Anvers où elle accoucha de l'enfant sur lequel: elle avoit osé faire ces imprécations dont il est parlé dans le Fœu du Héron. | |
Cette princesse doit être mise au rang des reines qui ont honoré davantage le trône d'Angleterre; elle eut non-seulement les vertus propres à son sexe, mais encore ces qualités brillantes qui excitent l'admiration, et que la renommée se plaît à célébrer. On se rappelle qu’elle soytint avec gloire la guerre en Écosse, et qu’elle déploya dans cette expédition tous les talents du capitaine le plus expérimenté au métier des armes...
Presque toujours dans les-camps, cette reine goûta peu ces agréments,.ces douceurs de la vie, qui sont l'apanage ordinaire des épouses des rois. Souvent elle | partagea avec son mari les travaux et les dangers de la guerre, et rarèment put-elle partager avec lui la joie de ses triomphes, ou du moins cette joie ne dut jamais être bien pure pour elle , puisque les succès de son mari faisoient le malheur de son oncle. L’attachement d'Édouard pour la belle comtesse de Salisbery, ses assiduités auprès de cet objet de ses complaisances, durent verser dans son cœur beaucoup d’amertume, et répandre la tristesse sur ses derniers jours. Cependant il paroît que le roi son fpoux la traita toujours avec des égards. Il lui avoit
donné souvent des marques de sa tendresse ; douze enfants dont il la rendit mère, en furent la” preuve et le fruit. On assure même qu’il: la regretta beaucoup lorsqu’elle mourut. La mort de cette princesse arriva le 16 août 1369.
RD RRD>mR-R-etei eeiet etre etc ata ati TEXTE DU VOŒU DU HÉRON‘.
Ens el mais de setembre , ,qu'estés va à declin,
Que cil oisillon gay ont perdu lou latin , Et si sekent ? les vignes, et meurent ? lirosin, ‘ Et despoillent li arbre, et cœuvrent li chemin ;
L'an M. CCC. XXX VII ; ainsi le vous aff, Fu Édouars à Londres, en son palais marbrin; ; Avecques lui séoient duc, conte, et palasin *
Et dames, et pucheles, et maint autre méchin 4.
* Nous avons cru qu’en faveur des amateurs du vieux langage, il étoit convenable d'ajouter aux notes qu'on vient de dire, le teite du Poëme du Vœu du Héron. Cette pièce est conservée en manusgrit dans la bibliothèque de Berne, n° 323 , entre la Chronique de Guillaume de Nangis et la Chronique de Flandre ; je dois à M. Sinner, bibliothécaire de Berne, la connoissance et la communication de ce monument de l'ancienne Chevalerie. Pour en faciliter l’intelligence, j'ai rendu en françois plus moderne les mots qui m’ont paru pouvoir embarrasser quelquefois le lecteur. (Le texte de ce poëme a-été de nouveau collationné sur l’original. )
1 Leur langage, jargon. —2 Sèchent. — 3 Mrissent. —4J eunes gens.
96 | . MÉMOIRES Édouart, Loéys ‘ l’apèlent si voisin ; ' Li rois séoit à table, sans penser mal engin ; En pensées d’amours, tenant le chef enclin; Du gentil roi de Franche s’apeloit-il cousin, Et le tint en chiertée ?, com son loiel voisin : Envers li ne pensoit bataille, ne hustin 3; Mais quant fortune tourne, ensi com je devin #, Tost movent ces paroles dont il aist grant venin : Ensi en avint-il, en che propre termin, Par un gentil vassal, qui étoit de grant lin * : Robers d'Artois ot non, ce dient palasin :
Chil $ comencha la guerre, et l’orible hustin 4 Dont meint bon chevalier fu-jeté mort souvin 7; Mainte dame en fu vesve ; et main povre orfelin, Et maint bon maronier acourchiet son termin 8, Et mainte preude femme mise à divers destin, Et tante belle église fu nu et mise à fin ; Et encore sera, se Jhesus n’i met fin.
Signour, à ichel temps de coy je vous devis, Quant li airs se reffroide, apprès le douch tamps prin #, Et nature'esvoisie ‘° dékiét ‘ de ses délis ‘?, Et chil bos ‘# se deffoeillent, et prés sont défflouris ; Fu Édouars à Londres, avec lui ses marchis ; Moult y ot asanlé ‘4 de gens de son pays.
Là fu Robers d'Artois, un hons de moult grant pris: Bannis estoit de Franche, le nobile pays, Escachiés ‘5 de la terre roi Philippe, o cler vis ‘6;
1 Roi de France. — 2 Amitié. — 3 Débat, démélé. — 4 Je
pense, j'imagine. — 5 Lignage. — 6 Celui-là. — 7 Renversé. — 8 Abrégea sa vie. — 9 Printemps. — 10 Joyeuse. — 11 Déchoit. — 12 Plaisirs. — 13 Bois. — 14 Assemblée. — 15 Chasse. —
16 Visage.
Et n’osoit demourer de cha mer, ou pais, N'en Flandres, n’en Namur, n’en Auvergne antressi | Et li falirent tout, et parens, et amis, ue Pour l’amour du bon roy qui tenoit Saint-Denis *, Fors le roi d'Engleterre , dont bien fu recoeillis ; Chieux ? le print à tenser % contre ses anemis : Moult le tint en chierté, qu'il estoit ses amis, Extrait de son lignage, de per Îles fleurs de lis : Che jour , estoit à Londres, quens Robers li marehis, Et d’aler en gibier envie lot souspris,
Pour ce qu'il li souvint du très gentil païs
De Franche l’alosée #, dont il estoit ravis ®.
Che jour, ala voler par camps, gt par larris 6.
Un petit faucon porte, qui de lui fu nourris :
Un faucon muskadin 1, l’apellent où païs,
Tant vola par rivière qu’il a un Héron pris;
Sitôt com il le prinst, sidi rougi li vis,
Et dist qu'il le donra Édouart Loéys,
S'en fera faire veus à chiaux de son païs :
A Londres s'en repaire , avec lui ses soubgis.
En la quisine # entra , là fu li -Hairons mis,
Et là fu-il moult bien, et plumés et farsis,
Et si fu quis ? en rost, ensi com si devis.
Entre deux plats d'argent fut li Hairons assis ; Deux maîtres de viéle a quens Robers saisis, Avoec un Quistreneus ‘*, accordant par devis *! ; Deux Puchelles apele, filles de deux Marchis;
Le Hairon aportèrent ens où palais vautis ‘2:
1 La France. — 2 Celui-ci. — 3 Défendre, protéger. — 4 Louéc. — 5 Privé, banni. —6 Friches , landes. — 7 Emouchet: — 8 Cuisine. — 9 Cuit. — 10 Joueurdeguitare. — 11 À souhait. — 12 Voûté,