TOME II. ÿ
rois. Une pareille médiatriee ne pouvoit manquer de réussir dans un siècle où l’on ne savoit rien refuser aux
dames.
(27 Ses pensées n'étoient que des pensées d’xmour. C'étoit l'amour dont Édouard brèkoit pour là comtesse de Salisbery qui avoit jeté dans cette profonde rêverie où il parut plongé tant que dura la fête qu’il donnoit à sa cour. Cette dame, dit Freissart, étoit non-seuwtement la plus belle, maïs encore le plus sage du royaume d'Angleterre. On peut la mettre aussi au nambre des héroïnes de ce sièele. Tandis que son mari faisoit la | guerre en Flandre, elle signaloit son eourage en défendant vaillamment le château de Salisbery, dont David, roi d'Écosse, faisoit le siége. Elle l'obligea, par la vigoureuse résistanee qu'elle opposæ aux efforts de .ce. prince, à renoncer à son entreprise. Édouard, voulant profiter de la trève qu’il avoit conclue avec Philippe de Valois pendant le siége de Tournai, pour revoler en Écosse, étoit repassé en Angleterre avec toute son armée. Ïl arriva devant le château de Salisbery le jour même que les Écossois en levèrent le siége. H voulut vorr l'illustre héroïne qui avoit si bien défendu cette place. Il prend dix ou douze chevaliers avec lui, se présente aux portes du château qui lui sont aussitôt ou vertes. La comtesse vint au-devant de lui dans sa plus riche parure. Tous ceux qui accompagnoient le roi furent frappés de l'éclat de sa beauté, de l’air de aignité et de noblesse qui se faisoit remarquer dans toute sa personne; ses manières affables et engageantes lui gagnèrent tous les cœurs; il n'étoit personne qui ne lui fit secrètement hommage du sien. Edouard qui ne l’avoit
point vue depuis le moment où. il'la marie. au comte de Montaigu, et qui dès-lons sentit du: penchant ponr elle, fat si: transporté à la vue de l'aimable comtesse , qu'il ne put s'empêcher de li déclarer sa passion. IL faut, voir dans Froissart ( vol. I,.eh. 784) touies les partieulanités de cette déelaration. La: comtesse y répondit avec autant de poligesse.que d'adresse. « Hoa, dit-elle à Édouard , » cher sire, ne me vewilliez mie maequer, ne tenter, je .». ne paurrçis. cuider que ce: fût à certes, çe que vous …« dites,.ne que si noble et gentil prince, comme vous » estes, eût pensé à déshouorer maoi.et mon mari, qui » est si vaillant ehevalier et qui tant vous a servi, et » encore gist pour vous, en prison “. La vertu de la .comtesss ne fit. qu'accroître l'amour d’'Édouard; mais, retenu par la crainte d’offenser un seigneur: qui se dévouoit pour lui, il n’osa læpresser davantage. H laquitta et se mit à poursuivre les Écossois. À son retour à Londres,, comme la trève avec la France duroit encore, il ft publier. une jeute ou tournoi, auquel il invita tous les seigneurs et toutes les nobles dames. et. damoiselles d'Angleterre; son intention. étoit d’y attirer la comtesse de Selisbery, dont il était-plus amoureux que jamais. Le | eamteson mari, qui venoit tout récemment d'être échangé .eætre d'autres prisonniers françois, fut aussi invité à .eette fête. Édouard lui recommanda surteut d'y amener .sa femme. Le comte qui igaoroit le motif secret de son .mañtre, amena.donc à la cour, sans avoir le plus léger .soupcon ,. la. belle comtesse son épouse ; cette dame, qui
* Le comte de Salisbery étoit en effet alors prisonnier en Françe .avec le comte de Suffolk , comme on le verra à la note de çe dernier.
étoit fort éloignée de vouloir nourrir la passion du roi, se rendit à la joute dans la parure la plus simple et la plus modeste ; mais elle n’en fut pas moins pour Édouard la reine du tournoi. Cette fête dura quinze jours, et fut une des plus brillantes et des plus magnifiques qu’on eût vues depuis long-temps ; chaque jour fut marqué par des danses ou des joutes. Dans un des derniers combats à . la barrière, Jean, fils aîné du vicomte de Beaumont, périt malheureusement ; il étoit rare de voir ces spectacles se terminer sans que quelque seigneur n’y perdit la vie. Mais ces tragiques événemens n’altéroient en rien la joie et les plaisirs qui régnoient dans ces fêtes. La mort qu'y recevoit un chevalier étoit aussi glorieuse pour lui que s’il l’eût reçue dans un combat contre l’ennemi : c'étoit des fleurs et non des larmes qu’on répandoit sur son cercueil. Les principaux seigneurs qui assistèrent à ce tournoi furent, outre le roi d'Angleterre, Guillaume1l, comte de Hainaut, Jean de Hainaut son oncle, Robert d'Artois, les comtes d'Erby, de Salisbery , de Gloeestre, de Varwick, de Cornouailles, de Suffolk, et un grand nombre d’autres (Froiss., vol. T, c.91). La bravoure et la galanterie animoïient cette assemblée auguste. Quoiqu'Édouard ne l’eût convoquée d’abord que pour y attirer la comtesse de Salishery, afin de la voir et de l’entretenir de sa flamme, il ne laissa pas que d’en profiter pour former avec ces seigneurs de nouveaux projets contre la France. La comtesse de Montfort, qui s’étoit rendue aussi au célèbre tournoi de Londres, sut profiter de la circonstance pour engager le roi et toute sa noblesse à embrasser sa querelle contre Charles de Blois qui lui disputoit la Bretagne. Elle n'eut pas de peine-à : obtenir l'effet de ses demandes. Ce fut par cette province
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.qu’Édouard résolut de pénétrer dans le royaume en personne; ce qu’il exécuta en 1343 , confondänt en quelque sorte ses intérêts avec. ceux de l'héroïne. bretonne, et saisissant tous les prétextes de nuire à un rival qu'il désespéroit de vaincre. On ne peut lire sans horreur les dégâts qu'il fit en Bretagne, soit pour défendre la comtesse de Montfort, soit pour satisfaire son animosité contre des peuples qu'il regardoit comme autant de rebelles, parce qu'ils refusoient de le reconnoître pour roi de France. Mais au milieu de tous ses exploits guerriers, l’image de la belle comtesse de Salisbery lui revenoit toujours à l'esprit. On peut voir dans la plupart de nos historiens les suites de la passion qu'il conçut pour cette femme vertueuse; on se contentera de rappeler ici que ce fut pour elle qu'il: institua cet ordre de Chevalerie si-connu sous le nom d'ordre de la Jarretière : institution dont la devise prouve tout à la fois et le respect de l'amant et la vertu de l’amante.
(3) Robert d’ Artois. 1] n'est personne assez peu instrait de notre histoire pour ignorer la défection de ce seigneur, l’un des plus hauts barons de France , comme dit Froissart (liv. 1, ce. 26 ), et le mieux enlignagé, puisqu'il étoit du sang royal; il descendoit de Robert, l’un des fils de saint Louis. Il avoit épousé la sœur de Philippe de Valois, et il ne contribua pas peu à faire poser sur la tête de ce prince la couronne de France que les pairs et les grands du royaume avoient tenue, pour ainsi dire, suspendue cntre lui et Édouard, dans un moment où ils paroissoient encore incertains auquel des deux elle devoit appartenir. Philippe, reconnu roi de France, traita Robert non-seulement comme un
- beau-frère, mais comme un bienfaiteur auquel ïl étoit redevable dû trône. Robert jouit pendant trois ans de 4oute la faveur du prince ; il en partageocit même er peelque sorte l'autorité, puisque, comme ajoute l’auteur que nous avons déjà cité, en France étoëit tout per lui
fait, et sans dui n’étoit rien fait. Mais'son excessive ambitivn le précipita bientôt dans un abime de malhears, en le rendant rebelle à son souverain et traître à sa patrie.
Robert, sous les règnes précédents, avoit revendiqué le comté d'Artois sur la comtesse Mahaud, sa tante. Cette contestation avoit été déjà jugée doux fois à son désavantage dans la cour des pairs. Se voyant si fort en crédit sous le mouveau roi, il crut l’occasion favorable pour recommencer le procès. J1 ne douta point que Philippe de Valois n'appuyât ses prétentious de toute sa puissance : dl fat trompé. Philippe ne jugea pas à propos
d'interrompre Île cours de la justice ; les pairs examitiè-
+ rent de nouveau l'affaire avec la plis sérieuse attention. Robert, voyant que la faveur ne fmsoit rien pour lui, crut qu'il falloit entraîner les suffrages par le nombre et
le poids des titres. Îl en produisit de faux. L'imposture fut découverte, eten conséquence les pairs le condaninèrent au bannissement comme fanssaire. |
Robert, furieux , s’emporta indiscrètemeñt contre le roi; il s’oublia jusqu'à lui faire des reproches ‘et mênre des menaces. Le roi fut indigné et l'auroit fait mourir, dit Froissart, s’il l’eût cu en sa puissance. Mais e seigneur se sauva , laissant sa femme et ses deux fils, Jean et Charles, exposés à tout le ressentiment de Phäippe.
Ce prince en effet les fit mettre en prison, où ils démeu-
rèrent tant qu’il vécut : punition trop rigoureuse pour
CS
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Uhe faute qui ne leur étoit pas personnelle. Le roi, continue notre auteur , en fut moult blämé en derrière.
Robert, fugitif de France, apres avoir erré pendant quelques mois en Flandre et dans le Hainaut, passa à Londres, déguisé en marchand. Il s’y plaignit, avec cette éloquence qui lui étoit naturelle, des mauvais traitements qu’il essuyoit de la part du monarque françois.
IL n'eut pas de peine à se concilier tous les esprits: Le roi d'Angleterre, qui sentit combien les talents et la valeur de Robert pourroïent lai être utiles un jour, s'empressa de l'admettre à son conseil ; et, pour se l’attacher encore davantage , il lui donna le comté de Richemont. 11 l’emmena avec lui au siége de Barvick, et ce fut durast ce srêge que Robert, toujours animé du plus violent désir de se venger, s’efforça de prouver à Édoüard la
Jégitimité de ses droits sur la coüronne de France ; il
oublioit alors avec quel zèle et quel avantage il avoit soutenu autrefois le contraire dans l'assemblée des barons françois. Quoi qu'il en soit, il réussit à persuader au monarque anglois d'interrompre ses conquêles, pour tourner ses armes contre la France. On peut donc re- : garder, à juste titre, Robert d’Artois comme le premier moteur de cette guerre sanglante qui s’alluma entre Phiippe de Valois et Edouard : guerre à jamais mémorable , où los François donnèrent les preuves les plus éclatantes de leur amour pour leur roi, et dé leur zèle à défendre une loi qui, depuis cette époque surtout, a toujours été regardée comme loi fondamentale de notre monarchie. Le comte d'Artois qui avoit été l’instigatéur de cetle guerre, en fut aussi un des acteurs les plus reduutables. Il accompagna le roi d'Angleterre dans toutes ses expéditions en France, et y signala son courage ; mais il