‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiquesChapitre 12 sur 44 · TOME IH · texte numérisé non relu

TOME IH

Les deux Puchelles cantent aussi com par devis !, Et chil Robers descrie bantement , à à haut cris, Voidiés les rens ?, voidiés, mauyaise gens salis, Laissiés passer les preus cui amours ont souspris : Véchi viande as Preux, à chiaux qui sont soubgis As dame$ amoureuses, qui tant ont cler le vis, Seigneur, j'ai un Hairon que mes faucons a pris, Et chi ne doit mangier nuls coüars, ce m'est vis; Fors li preu amoureus, qui d'amours sont garnis; Le plus coüart oysel ay prinst, ce m'est avis,

Qui soit de tous les autres, de che soit chescuns fs, Car li Hairons est tels, de nature, toudis $,

Si tost qu’il voit son umbre, il est tous estordis : Tant fort s’escrie, et brait, com s’il fut à mort mis. A li dovent vouver les gens de cest pais,

Et puis que coùars est , je dis à mon avis, | C’au plus coüart qui soit, ne qui oncques fust vis, Donerai le Hairon ; ch’est Edouart Loëis :

Deshiretés de Franche le nobile païs,

Qu'il en estoit drois hoirs ; mes cuers li est falis, Et, por sa lasquethé 4 en morra dessaisis :

S'en dois bien au Hairon voer le sien avis 5.

Et quant li roys l’entent, tous li rousi 6 li vis, Dire , et de mal-talent, li est li coers frémis,

Et dist, puisque coüars est par devant moi mis, Drois est que mieux en vaille, j'en dirai mon avis. Et s’en verrai le fait, se longuement je vis,

Où je moray en painne de mon vœu accomplis, Car je veu et prometh à Dieu de Paradis,

1 Accord. — 2 Ouvrez les rangs. — 3 Toujours. — 4 Lâcheté. 5 Pensée. — 6 Rougiti

Et à sa douche mère, de qui il fu nourris,

Que , ains que chix ‘ ans soit passés , ne scomplis , ; Que je deffierai le roy de Saint Denys”,

Et passerai la mer, avec moi mes bé +

Et droit permi Heinau, passerai Cambresis’,

Et dedans Vermendois logerai, par devis},

Et s’ert li fus 4 boutés par trestout le païs,

Etlà atenderay mes morteus anemis, :

Ch’est Philype de Valois qui porte fleur de lis,

Un mois trestout entier, tant qu’il soit aeomplis :

Et s’il vient contre moi, avee lui ses subgis,

À lui me combatrai ; de chés soit-il tous fis.

Se seulement n’airoie que un home contre dix:

Me cuide il dont tolir, me terre et mon pais; .

Se je-li fis hommage, de coy je suis souspris, J’estoie jovene d’ans, se ne vaut deux espis.

Je le jure, com rois, Saint-Jorge et Saint-Denis, . Que , puis le tamps Ector, Acilles, ne Paris,

Ne le roy Alexandre, qui conquist maint pais,

Ne sist $ tel treu 7 en Franche , Damoisiaux, ne March, Que jé le pense à faire, ains l'an XLVI®,

S'en contre moi ne vient, avec lui ses subgis;

Mès à li je renonche soisen cherteins %,etfis, , Car je le gverreray , et en fais et en dis :

Avecque mon $erment, ay je che veu pourprins ‘®, Et quant Robert l’entent s’en a jeté un ris,

Et dist, tout en asset, or ai-je men avis ‘‘; Quant, par ichel Hairon, que aujourdevoi ay prins,

1 Six, — 2 Le roi de France. —3 Choix. — 4 Feu — 5 Celg: — 6 Imposer. — 7 Tribut, rancon. — 8 1346. — 9 Certain et assuré. — 10 Entrepris, embrassé. — 11 Vœu, désir, intention,

s Lo

Commenchera grant guerre , selonc le mien ais, Je dois bien avoir joie, par Dieu de Paradis,

Car à tort du boin roi fuis sevrés, et partis,

Et bauis fui de Franche, le nobile païs ;

Et desevrés, à dloel, de tous mes boins amis ; Et s’estoit mes sérouges ‘ j'et s’a ma femme prins, | Ma fille et mes enfans , et en sa prison 1nis;

Mès , par la foy que je doy à filles , et à 6x,

Aius que muire de mort, si plaist à Jhesu-Crist, Me logeray en Franche, car jou i ni des ais ;

De l’estracion * sui Monseigneur Saint Loys,

La vesrai-je Philipe qui crie Saint-Denys Montjoie, au roi de Franche , qui est fors poestis Du tamps qu'i fu régens de Franche, et récessis à : De son conseil fu ; de che soiés tous fis 4 ; Loiaument , en tout tamps, le consillay toudis, Dont mauvais guerredon m’en a été méris 5,

Mès, par icheli Dieu qui en la crois fu mis,

Et férus de la lanche du chevalier Longis,

Je m’en irai en Franche, n’en suis mie esbahist ; Et si me combatrai, ains que soie partis:

Or, aviegne qu’aviegne , si l'ai ainsi empris.

Se je vis longuement mes veux est acomplis.

Quant chil Robert d'Artois ot voé son talent,

Les deux plas a reprins, qui tout furent d'argent, Et le Hairon dedens, dont au roy fist présent ; . Et li dois ? Menestrel viélent douchement,

Avoec le Guistreneu s’acordent ingaument®,

1 Beau-frère. — 2 Race, extraction. — 3 Saisi. — 4 Certain, assuré. — 5 Rendu, payé. — 6 Effrayé. — 7 Deux. — 8 Egale-

ment.

Et lès les deux pucheles contoient ‘ douchemient :

Je vois à la verdure , car amours le m'aprent.

La péusiés véoir moult esvoisiement ?

De gieu , et de solas grant esbaudissement.

Qui puis se di * tourna à grant encombrement,

Et encore fera, se Dieux pité n’en prent. |

Et chil Robert d'Artois n’1 fist arrestement ;

La table tréssali ÿ tost, et-apertement ;

Au conte Salebrin ala premiérement |

Qui sist 5 dalès 7 sa mie, où grant amours apent * .. Qui fu gente et courtoise , de biau conténement®,

Fille au conte d’Erbi, qui l’aimoit loialement :

Et Robert li a dist moult gracieusement : | Biaux sire , vous qui estes plains de grant hardement , : El nom de Jhesu-Crist, à qui li mondes apent ‘°, Voués à no Hairon le droit dévouemens ‘!,

Sans faire nul délay, je vous prie humblement.

Et chieux ‘? li répondis; et pour coy ? Ne comment ? Porroie aventurer men cors si hautement ?

Que peusse akiever nul veu parfaitement ;

Car je sers la puchelle qui soit au firmament ‘#, Selonc che que j'ay ‘#, et amours le m'aprent,

Se le Virge Marie estoit chi en présent ,

Osté :5 la déité de li tant seulement,

Je ne saroie faire des deux descinrement ‘‘; D'amours li ay requis, mais elle se deffent ; | ,

1 Chantoient. — 2 Joyeusement ou joie. — 3 Depuis ce jour. — 4 Adversité. — 5 Traverse. — 6 Assis.— 7 Auprès. — 8 Convient, appartient. — 9 Maintien, contenance. — 10 Dépend ou appartient. — 11 Vœu. — 12 Gelui-ci. — 13 La plus belle. — 14 Je sais. =. 15 Excepté. — 16 Séparation, distinction.

Mais gracieux espoirs me donne entendement ; Qu'encore aray merchi , se je vis longuement :

Si pri à la pucelle, de ceur dévotement,

Qu’elle me preste un doit de se main seulement,

Et methe sur mon œil destre parfaitement.

Par foy , dist la pucelle, moult feroit laskement Dame qui son amant rekiert parfaitement

La forche de son cors avoir entièrement,

Se d’un doit atoukier faisoit refusement ,

Et l'en presteray deux , ainsi l’ai en convent *.

Les deut dois, sur l'œil destre, li mist isnelement ? Et se li a clos l’œil , et fremé # fermement.

Et chix 5 a demandé moult gracieusement :

Bcle, est-il bien clos ? Oyl certainement.

À dont dist, de le bouche , du ceur le pensement; Et je veu , et prometh à Dieu omnipotent, Étàsa douche mère, que de beauté resplent ,

Qu'il n'est jamais ouvers, pour ore 7, ne pour vent, Pour mal, ne pour martire , ne pour encombrement? , Si seray dedans Franche , où il a bonne gent,

” Et si aray le fu ® bouté entièrement,

Et serai combatus à grand efforchement,

Contre les gens Phfype , qui tant a hardement ; Je ne sui en bataille prins, par boin ensient'°, Bien li ederai à acomplir sont talent ‘: :

Or aviegne qu'aviegne , car il n’est autrement. Adonc osta son doit la puchelle au cors gent,

1 Lâchement. — 2 Je le promets. — 3 Premptement. — 4 Fermé. — 5 Celui-ci. — 6 Brille. — 7 Temps, heure. — 8 Pnpe chement. — 9 Feu. — 10 À bon escient, savoir ou certitude. — 11 Edouard aiderni.

Et li iex ‘ clos demeure, si ques virent le gent,

Et quand Robert l’entent ; moult de joie l’enpreñt. ‘ Quant li quens Salebrin ot voué son avis”,

Et demoura l'œil clos en la guerre toudis.

Li bers * Robers d'Artois ne s’est mie alentis #.

La puchelle apella fille au conte d’'Erbi :

Damoiselle, dist-il, où nom de Jhesu-Crist,

Car voés au Hairon le droit 5 de chest païs.

Sire, dist la puchelle, tout à vostre devis,

Car je veu, et prometh à Dieu de Paradis,

Que je n’arai mari pour homme qui soit vis,

Pour duc; conte, ne princhedomaine, ne marchis, Devant que chieux vassal aura tous acomblis

Le veu que, pour m’amour , à si haut entrepris ; ; Et quant il revenra , s’il en escape vis,

Le mein cors 1 li otroie, de bon coer à toudis *. Quant li vassaux l’entent, hi cocrs li est souspris, S'en fu en son ceür plus liés # et plus hardis. | Quant la gentix pucelle ot faite sa penséé,

De sen ami servir, car ensi li agrée,

Li quens Robers d’Artois ni a fait demourée;

Les plats d'argent reprent , li portères ‘° li agrée, Car serment se penoit en coer, et en pensée : De dire tel parole dont Franche fut grevée ;

Pour che qu’il ot perdu la nobile contrée ,

Le païs agensi *‘, dont fort li desagrée **;

À Wautier de Mauny a dite sa pensée;

1 OEil. — 2 Souhait ou dessein. — 3 Brave. — 4 Retardé. — 5 Le bon droit qu’avoit l’Anglois sur la couronne de France. — 6 Plaisir, volonté. — 7 Ma personne. — & Toujours. — 9 Plus gai. — 10 L’actiou de porter, — 1j Paré, joli. — 12 Déplatt.

Sire , ce dist Robert, s’il vous plaist et agrée,

Voués à no Hairon vo plaisanche honnorée.

Et Wautiers respondi m'’i a mestier chelée!,

Ne say faire voauche ? qui puist estre akievée 3; Mais pour chou que chi voi une gent honorée, Vaurai esprouver que mes honneurs soit gardée ; Car je veu , et prometh à la vierge honnerée,

Qui porta cheli Dieu qui fist chil 4 et rouséc 5, Qu'en une bonne ville, qui est de tours fremée ,

Et de palus enclose, de tours avironnée, .

Godemars dù Fay l’a longuement gardée ;

Mais, par le serement dont j'ai fait le vouée ©,

Gi bouterai le fu ens une matinée,

Et sera de par moi celle ville gastée,

Et ochise la gent gisant geule bée,

Et si m'en partirai, en ichelle journée, | Tous saïns, et tous haïtiés que ma char n’est navrée, Ne ma gent, qu'avec moy est par dedans entréc :

Or me doinst Dieux pooir d’acomplir ma pensée.

Et quant Robert l’entent, moult forment li agrée, Et dist fors 1 est la cose, s’ensi estoit passée;

Mains preudens en morra, ains ke soit akievée.

. Quant Wautiers de Magny ot le sien veu voué, Robers cheli d'Artois, dont j’ai devant parlé,

À reprins les deux plats, si les a relevés,

Et les trois menestreus ont leurs cordes tiré ,

Et les deux pücelles ont en haut cscrié;

Loyaux amours nous mainent , qui nous ont encanté. Le preu conte d’'Erby a li quens # apelé,

1 Silence. — 2 Vœu. — 3 Achevée. — 4 Ciel. — 5 Rosée: — 6 Vœu. — = Difficile: — 8 Comte.

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 409 - Et li proie pour Dieu ,-et pour la Trinité, Que il veue au Haïron son voloir, et son gré : Et li Quens respondi, par grant humilité :

Robert , je le ferai à votre volenté ;, Et je veue, et prometh, et si iert akievé, Que, se li rois englès nous a delà mené, .

En la terre de Franche, dont on a tant parlé, Que encontre un fort tonte , que on a tant reduuté , Ch’est Loeys de Flandres, ainsi l'ont apellé : Le mainie Philype de Valois le menbré Qui se fait roi de Franche, mès c'est contre le gré Le bon roi Édouart, qui tant a de fierté :

Si m'aït sains Thomas, j’ai en mon ceur voué, Tant cherqueray le conte, que je l’arai trouvé : Demanderay lui jouste, s’il a le ceur osé, :

Et s’il ne vient à mi, par très-grand poesté, Par le foy que je doy Édouart le menbré, Que si très-près de lui aray le fu bouté, Que bien sera pa lui véu, et .esgardé. ss Or aviegne qu’aviegne, je l'ai ensi voué.

Et quant Robert l’entent, forment : li vint à x gré, | Et dist, si. faite guerre me seroit amisté; Encore venta li termes, se Dieux l’a déstiné, Que mi enfans seront de prison delivré, Et si porai bien nuire chiaux qui tant m'ont grevé. Quant chiex Robert d'Artois ot dit chou qu'il pensa ; Les deux plas a FSphRes et si les relgva ; Au comte de Souffort s’en vint et dit li a :

Biaux sires, vous qui estes des Anglès per-delà, Voés à no Hairon, et Diex vous aidera :

1 Fortemenit.

Et li quens respondi, ne vous en faurai jà,

Car je veu et prometb , et mes cors ' le tenrä

Que, si li rois englès nous amene de là,

En la terre de Franche, où maint chevalier a, Que chertes le mien cors à toujours cachera ?

Le fils d’un empereur, où moult de bontéa, Ch’est le roi de Behaigne, ne sai s’il i venra * ; Mès se mon cors l'encontre, par Dieu jà n’i fauru Qu'il n’ait bataille à mi; mon cors desiré là,

Ou de glaive #, ou d’espée, si qu'il le sentira;

Si que il proprement à terre versera,

Et s’arai son keval, ne sais s’il me donra 6.

Or aviegne qu'aviegne , tout ainsi eñ sera.

Quant Jehans l’entendit, chil qui Biaumont garda, Par grant ire de ceur, moult fort en souspira ;

Et sachiés de certain qüe formént l’en pesa,

Et dist outrageux veus vostre coer voué a;

Car jou qui suis parens au boh roy qui tant a Conkis en grant noblesse, et encore fera,

S'il me het, et je l'aime, et il est par-delà,

Ne li faurai-je © mie, quant li besoins sera,

Que par icel seigneur qui le monde estora,

Qui nasqui de la virge, quent l’estole leva,

Je vous renderai prins, ne vous en faurai jà :

Li fors roys de Behaigne en prison vous tenra Qui qu'en poist, ne qui non, autrement n’en ira. Dist li quens de Souffort , or soit sans courouchier, Amours, et hardemens, et li grant désirier

Que nous avons de Franche la terre calengier 1

1 Ma personne, moi. — 2 Cherchera, chassera. — 3 Viendra. = 4 Lance. 5 Donnera. — 6 Manquerai. — 7 Disputer, demander,

Nous en fait le grand fais énprendre , et enkerkier *. Chil amant par amours se doivent efforchier,

Car qui par amours aimme , il se doit avanéhier;, En parole, ou en fait, on se doit efforchier ; Chescnns le fera bien , s’il vient à l’aprochier ;

Mais li plus fort sera du retourner arrier.

Li quens Robert d'Artois ne si vault atergier,

Ii fait les menestreux de viéle efforechier ?,

Et ces dames danser, pour le proie # essaucbier.

Les deux plas a réprins , et le Hairon arier 4.

Jehan de Faukemont emprent à arrainnier 5 ;

Li bers $ Robers d'Artois, ni vaut plus arester; Jehan de Faukemont enprent 1 à apeler;

Et vous, Sire, qu’en guerre vous faites si douter,

Or voués aù Hairon le droit d’aventurer #:

Et chil a répondu, je nc dois m’en mesler :

De veu de promesse ; car je n’ai que donner;

Car je suis povres hons, si ne m'en voel mesler; Mais , pour l’amour de vous, et pour mes honneurs garder, Je veu, et je prémeth, et le voel affer,

Que , se li rois ettglois passoit delà la mer,

Et permi Cambresis voloit en Franche entrer, | Que j'iroie le fer par devant li bouter,

Et si n’espargneroïie, ne moustier, ne autel,

Femme grosse, n’enfant que je peusse trouver,

Ne parent, ne amis, tant me peust-il amer,

Pour tant que il vausist roy Édouart grever;

1 Chercher. — 2 Renforcer, augmenter de son. — 3 Prise. — 4 Derechef. — 5 Parler, interpcller, adrésser la parole. — 6 Brave: . — 7 Entreprend , commence. — 8 Risquér, hasardcer, chercher les aventures. ;

Por son veu acomplir, vorray mon cors pener. .

Or aviegne qu’aviegne, ji voel aventurer.

Et dist li uns à l’autre, tès hons fait à amer |

Qui l'onneur son seigneur voelt croistre, et amonter, Li quens Robers d'Artois ne va plus atargant,

Les plas d'argent reprent , qui sont fort et pesant,

Et les deux Pucelles s’aloient escriarit : | Loyaus amours nous mainent, qui nous vont encanter, Robers a apellé un chevalier vaillant, |

Che fu Jehan de Biaumont, un prinche conquérant, Oncles au gentil conte de Henau le poissant :

Lors li a dit Robert moult gracieusement :

Voués au Hairon, sire, je vous envois priant.

Dist Jehan de Biaumont , Sire, à votre talent,

Mès de tant de paroles me vois moult merveillant, Vantise ne vaut nient qui n'a achiévement;

Quant nous sommes en taverne, de ches fors vins boevant, Et ches dames delés ? qui nous vont regardant,

À ches gorgues polies, ches colières # tirant,

OEil vair , resplendissant de beauté , souriant,

Nature nous semont d’avoir ceur désirant, .

De contendre, ÿ le fin de merchi atendant ; * Adonc conquérons-nous Yaumont et Aguilant,

Et li autre conquirent Olivier et Rolant;

Mais quand sommes as camps, sur nos destriers courans, Nos escus à nos cols, et nos lanches baïssans,

Et le frodure grande nous va tous engelans,

Li membre nous effendent #, et derrière, et devant,

1 Accomplissement, effet. — 2 Lorgnant de côté. — 3 Colle: rcttes, guimpes. — 4 Mot queje n’entends pas; peut-être signi< fle-t-il frémissent, oa sont morfondus.

Et nous ‘ ennemis sont envers nous approchant, Adonc vauriémes ? estre en un chelier $ si grant, Que jamais ne faissions véu , ne tant ne quant 4 : De si faite vantise ne donroie un besant.

Je ne dis pas pour cause $ que me voise escusant, Car je veu et prometh, au vrai cors Saint- Amant, Que se li rois englés voloit faire aïtant,

Qu'il entrat en Hainau , et passa en Brenbant,

Et parmi Cambresis , allat en Franche entrant, Son marisal 6 seroie de son ost conduissant , Pour guerroier en Franche le riche roi poissant, Que je ne li faurai, pour nul bomme vivant,

Et en tous ses besoingues serai toudis 7 devant, Pour tant # perdrai ma terre, et quanques j'ai vaillant ; Mès se li roi de Franche voloit faire aïtant, | Que, de sa volonté, il me fust rapellant 9

En Franche, dont bannis sui, pour mon ensiant ‘°, D'Edouart partiroie, par Dieu le tout puissant, Isi honestement que nus, petit ne grant,

Ne me poroit monstrer que fuisse meffaisant,

Ne, par traïson nulle, je H fuisse grevant :

Et, se che ne veut faire, j’ai Dieu en convenant !, Qu’'au boin roy Édouert serai toudis aidant,

Et parmis cette guerre serai la gent menant.

Et quant li rois l’entent, se l'en va merchiant. Quant Jehan de Beaumont ot dit ce qu’il pensa, Robert, celi d'Artois, gaires ne demoura;

1 Nos. — 2 Voudrions. —3 Cellier à vin. — 4 Ni peu, ni beaucoup, point du tout. — 5 Pour m’excuser. — 6 Maréchal. — > Tou-

jours. — 8 Quoique. — 9 Réroquant. — 10 Comme je lc sais. — 11 Promis.

Les deux plas à reprins, et si les releva,

Et les trois ménestrels il mie n'oublia :

Les deux pucelles cantent, chescuns une cmmena. Per devant la roïne , Robers s’agenouilla,

Et dist que le Hairon par tems départira,

Mès que ? chou ait voué que le * ceur li dira. Vassal, dist la roïne, or ne me parlés jà ;

Dame ne peut vouer, puis qu’elle Seigneur.a, Car s’elle véue riens, son mari pooir a,

Que bien puet rapeller 4 chou qu’elle vouera;

Et honnis soit li corps que jà si pensera,

Jà que mes chiers Ÿ soiés commandé le m’ara,

Et dist le roy, voués, mes cors l’aquittera ;

.Mès que finer en puisse, mes cors s'en penera; Voués hardiement, et Dieux vous aidera.

Adonc, dist la‘roince , je sai bien, que pièchaé, , Que sui grosse d'enfant, que mon corps senti l’a, Encore n’a-il gaires, qu’en mon corps se tourna, Et je voue ,'et prometh à Dieu, qui me créa,

- Qui nasqui de la Vierge, que ses corps n’enpira, Et qui morut en crois, on le crucifia,

Que jà Li fruis de moi, de mon corps n’istera 1,

Si m’en arès menée où païs par de-là,

Pour avanchier le veu que vo corps voué a;

Et s’il en voelh isir, quant besoins n’en sera, D'un grand coutel d'achier li miens corps s’ochira ?; Serai m’'asme 9 perdue, ct li fruis périra.

1 Distribucra. —'2 Dés que, pourvu que. — 3 Facon de parler encore en usage pour voudra, aura envie de faire. — 4 Révoquer, annuler. — 5 Sire. — GIl y a long-temps. — = Sortira. — 8 Je ne tuerai. — 9 Mon ame.

Et quant li rois l’entent, moult forment l’en pensa, Et dist, certainement nuls plus ne vouera ;

Li Hairons fu partis ‘, la roine en mengna.

Adonc, quant che fu fait, li rois s’apareilla,

Et fit garnir les nés ?, là roineï entra,

Et maint franc chevaliers avecques lui mena.

De illoec * en Anvers, li rois ne s'arrêta.

Quant outre sont venu, la dame délivra;

D'un biau fils gracieux la dame s’acouka 4;

Lyon d’Anvers.ot non quant vn le baptisa.

Ensi le franque dame le sien veu aquitta ;

Ains que soient tout fait, maint preudomme en morra, Et maint bon chevalier dolent s'en clamera,

Et mainte preude femme pour lasse s’en tenra.

Adonc parti li eours des Englès par de-là.

GChi fivent leus Veus du Hairon.

1 Partagé, distribué. — 2 Nefs, Vaisseaux. — 3 De-la. — 4 Accoucha. — 5 Éut nom. |

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