D'UNE
ANCIENNE PIÈCE DE VERS FRANCOIS, INTITULÉE : DES TROIS CHEVALIERS ET DE LA CHANISE, PAR JACQUES DE BASIU, OU DE BASIN. ( MANUSCRIT DE TURIN, N° G. 1, 19.)
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De faux amis couvrant leur haine par beaux dehors et belles paroles, savent surprendre et décevoir les gens; mais à peine sont-ils parvenus à leurs fins, qu’ils accablent d'injures et de reproches ceux qu'ils avoient traités d’abord avec le plus de distinction. Les traitres ne se lassent point de continuer leurs perfidies, et font tant pour décrier les honnêtes gens, qu'ils ne leur laissent ni le temps ni les moyens de faire connoître leur probité, comme on le verra dans ce conte.
Il y eut jadis une noble dame, telle que dans aucun royaunre elle n'eùt trouvé sa pareille en beauté, libéralité et courtoisie : comtesse n'étoit ni duchesse, mais cependant dame de |
haut parage : épousée l’avoit un bachelier de bonne étoffe, dont le château étoit l'hospice de tous les bons chevaliers qui trouvoient en lui un seigneur opulent et toujours prêt à faire éclater sa magnificence : s’il ne se distinguoit pas au loin danses tournois, du moins brilloitil dans sa maison par la bonne chere, et par les riches présents dont il combloit ceux qui le visitoient ; aussi Jonsorte1l de l'estime de tous ses voisins.
Un tournoi avoit été publié dans le canton, et avoit attiré chez le seigneur dont nous par- Jons , trois chevaliers, dont deux étoient puissants en amis, et renommés par leur opulence, autant que par leur vertu; mais le troisième n'étoit pas riche, à peine avoit-il douze cents livres pour aller aux tournois, et cependant il n’en eût laissé passer un seul qu'il n’allât s'y montrer ; il ne redoutoit ni bois ni acier (ni les lances ni les épées), LES une fois il avoit la tête armée.
Amoureux tous trois de la dame, ils l'avoient en vain fatiguée de leurs plaintes, aucun n’en avoit été ni écouté ni refusé. Le plus riche des trois, après lui avoir exposé ses raisons, lui avoit exprimé ainsi son martyre, en lui offrant tout ce qui dépendoit de lui :