HONNEURS DE LA COUR
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MADAME ALIENOR DE Poictiers fut fille de Monsieur Jean de Poictiers , Seigneur d’Arcy, et de Madame Isabeau de Sousa, sa Compaigne, descendue des Rois de Portugal. Icelle Dame Isabeau de Sousa s'en vint ? par decà avecq Madame Isabeau, fille du Roi de Portugal, et fut mariée au Seigneur d’Arcy , dont elle eut plusieurs enfants , et entre les autres’ une fille qui fut ladicte Alienor : et demeura icelle avec sa mere, dez l’aage de sept ans, en la maison de Bourgongne, tant qu'elle fut mariée à Messire Guillaume, Seigneur de Stavele, Viscomte de Furnes en Flandres.
Icelle Dame Alienor a bien voulu mettre par
: Copié d’après un manuscrit in-4°, sur papier, d’une écriture du seizième siècle, à la tête duquel est ce titre : Ce Livre a esté copié d'un Manuscrit qu'avoit Mademorselle de Beauvais, et qui venoit de M. le docteur Chifflet.
3 L'an 1429. SMS
esgript ce qu'elle vit et ouyt dire à sa dicte mere durant le temps qu’elles résidéèrent en ladicte Cour de Bourgongne des Honneurs Royaux, quy se doibvent faire et entretenir ès Cours des Princes , chacun selon son estat, sans les croistre, exceder , ne diminuer : et quy autrement en veut user, ils pourront plus tourner à dérision et tromperie qu'à honneur et réputation : et ont esté iceux status si bien ordonnez et débatus en la Cour des Roys et Roynes par les grands Princes et Nobles, aussi par les Hérauts et Roys d'armes, que nul depuis n'a sceu ne deu differer à les garder et observer pour le temps présent ne pour le temps avenir, et commence laditte Dame ainsy :
Quand je vins en Cour, je n’avois que sept ans : je y vis demourer Mademoiselle ? de Bourbon, qui depuis fut Comtesse de Charrolois, avecq Madame Isabelle de Portugal, femme de Monsieur ducq Philippes, sa Lelle- Tante * : et avecq demeuroit aussi Mademoi-—
* Les distinctions, les cérémonies de la cour du roi.
? Isabelle de Bourbon.
3 Beau et Belle. Les épithètes Beau et Belle, mises devant les titres de parenté, n’étoient communément employées que par les personnes d’un raug supérieur en parlant à celles d’un rang inférieur : ces dernières, quoi-
selle * d'Estampes, fille du frere de Monsieur de Nevers et de la fille de Piqueny : et de Madamoiselle * de Coimbre y demeurant, aussy niepce de maditte Dame Isabelle ; lesquelles trois niepces alloient comme je vous diray.
La première alloit Madamoiselle de Bourbon, et puis Madamoiselle d'Estampes , et puis Madamoiselle de Coimbre : mais elles alloient touttes mair à main *. J'ay maintes fois ouy dire que l'on faisoit tort à Madamoiselle de Coimbre , et qu’elle devoit aller tout devant. Mais Madame Isabelle de Portugal disoit qu'elle
que leurs parentes, ne se seroient point permis l'usage des mêmes termes Beau ct Belle, comme supposant une espèce de familiarité. La mode a pu changer quelquefois à cet égard, mais on voit la règle établie par plusieurs exemples rapportés dans la suite de ce manuscrit.
* Isabelle de Bourgogne.
* Béatrix de Portugal. |
3 Main (aller à la ) et hucher. Aller à la main semble désigner une espèce d'égalité de rang entre les personnes; elles se huchoïent , ou, comme on le verra ci-après, s'appeloient pour s’inviter mutuellement à se prendre par la main, et à marcher sur la même ligne : Aller l’un devant l’autre , ou comme on ‘voit ailleurs : Puis l’un, puis l’autre, exprime encore la même égalité entre personnes qui passoient tantôt devant et tantôt après , sans’ distinction, et suivant que le hasard les placoit.