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226 . . MÉMOIRES. | jourd'hui l’action de gu#ter une bête et de la détourner; le lancer, :le lasser courre, etc. C'est beaucoup qu'il nous reste sur'une pareille matiere, un passage si clair et si instructif.
Certaines légendes parlent souvent de Chasses qui se faisoient alors ; mais toujours à l'occasion de quelques miracles, dont plusieurs ne sont guëre dignes de la gravité de l’histoire. Tantôt c'est une meute qui, après avoir chassé tout le jour, se trouve le soir arrêtée par. une force surnaturelle, devant un lieu saint , où le cerf s'étoit réfugie; tantôt c'est un lièvre qui, ayant épuisé toutes :ses ruses pour échapper aux levriers, se jette entre les bras d’un saint homme qui lui sauve la vie. Ailleurs on voit ue ours aux abois grimper ur un arbre où un hermite avoit jeté ses habits, et trouver sous ce respectable froc son salut. Ces récits, qui peuvent paroître assez frivoles en eux-mêmes, nous deviennent cependant précieux, parce qu'ils répandent des traits de lumieres sur le sujet que nous traitons. |
Nos rois chasseurs se piquoient d'attaquer de préférence les bêtes les plus redoutables, et de s'exposer les premiers aux plus grands périls, ainsi que l'histoire le rapporté de Théodorie IE; roi des Visigoths : mais ils ne
dédaignoïent pas. commé lui de faire usage du cor ou du cornet : ils en portoient toujours un péndu à leur cou, et ils en sonnoient à pleine trompe pour animer les chiens. L’automne ‘étoit la saison de l'année où ils prenoient ordinairement Îe plaisir de la chasse, C'est un fait constaté par l'histoire de Thierti, fils de Elovis *, et surtout par celle des rois de ka seconde racé. Les forêts ‘de Vosges , d'Ardeñines et dé Guise; remplies de tôuttés sortès dé grandes bêtes , avoiènt pour eux de puissants attraits; ils ‘bâtiteht àux environs plusieurs miaisons royales :'ils confièrent aux plus grands séigneurs la, garde: de’ces forêts; cés seignetits étoient ‘chargés surtoüt d'empêcher que personne n y -chassât ;'et de punir rigou— réüsemént éeux qui osoient ‘ transgresser ces déferisés. 5 Fe FLE 8 Es ME. MS PR CS Toute la noblesse ; À l'exemple dès” TOÏS , avoit unt'éxtréme passion pour la.Chasse : aol exertice ne éinvenoit mieüx À des guerriers, qui, incapables de cultiver leur esprit, étoient uniquement occupés du soin! d'augmenter Jeür forcé et lèur adresse.’ La. même passion” sé comimuniqua dussf au: clergé, et il s’y livroit mé avet:utie sorte d” iodéténèe. En vain des
vüriéiles firent les’ plus Prison efforts poût 15°
réprimer ce désordre: des. prélats oubliant la gravité de leur ministère, et le. respect dû an lieu saint, ne rougissoient pas, de faire retentir les églises de l’aboiement de leurs chiens, des cris de leurs oiseaux de proie, Get. abus sacrilége , commun alors à la noblesse et an clergé, n’empêéchoit pas cependant que les chasseurs ne s'abstinssent religieusement de la Ghasse les dimanches, C'est ainsi que, dans les siècles d’ignorance et de barbarie, on a presque toujours su allier ensemble tous les contraires. Sur le déclin de la. première race, il n'est plus question des Chasses de nos rois. Un plaisir qu'il faut acheter par tant de fatigues, dut être sans.attrait pour des princes.ensevelis dans le sein de la mollesse. Ils: abandonnérent sans doute cet exercice à leurs maires du par lais, comme ils leur avoient abandoané les rênes du gouvernement., | | Charlemagne, qui. me à à la, A che françoise l'éclat qu’elle avoit perdu sous les derniers rois. mérovingiens ,‘et.quien étendit la puissance bien, au-delà de ses anciennes limites, ce héros qui eut presque toujours les armes à la main, profitoit volontiers des courts intervalles que lui haissoit la continuité de ses expéditions rapides pourse liyrer,anx plaisirs
SUR L’ANCIENNE CHEVALERIE. ‘299 et pour donner des fêtes. Il avoit imité, à bien des égards, le faste des empereurs d'Orient ;. c'étoit sur le modèle de leurs Chasses qu'il avoit formé l'état des siennes. Il paroît que les. rois ses successeurs adopterent la plupart des. : institutions de ce prince, relatives à la Chasse. Voici l’idée qu'Hincmar, archevêque deReims,,. nous donne de ces institutions.
Quatre veneurs, dit-il, étoient chargés des.
chiens de chasse, et un fauconnier des oiseaux. de proie. Ils étoient subordonnés aux trois principaux officiers de la maison du roi, au sénéchal, au houteillier et au connétable. C'étpit d'eux qu’ils recevoient l’ordre pour disposer; suivant les saisons, de tout ce qui étoit nécessaire aux différents équipages de fauconnerie et de vénerie. Ces trois grands officiers régloient aussi le nombre d'hommes, de chevaux et de chiens qu’on dévoit entretenir dans le palais du. monarque et dans chacune de ses maisons de Chasse ; de plus, ils assignoient les quartiers où les divers équipages de chasse devoient aller résider; car il falloit choisir des lieux capables de fournir à leur subsistance, et où ils pussent en. même temps s'exercer.
orque ces équipages commençoient à être à charge aux habitants d’un canton, on les
230 .':. : MÉNOIRES faisoit passer dans un autre. On avoit néan+ moins attention que le palais où résidoit le prince n'en fût jamais totalement dégarni, et qu'il y en restât toujours un nombre suffisant, soit pour servir au besoin, soit pour la décoration. É
Charlemagne est toujours représenté comme un prince actif, que ses guerres et ses occupations n ‘empéchoient pas de suivre les exercices de la Chasse. Éginhard, son historien, dit qu'en cela il se conformoit au goût national ; car, ajoute-t-il, aucun peuple sur la terre n’est comparable aux Francs dans l'art de la Chasse, La plupart des historiens contemporains noys parlent fréquernment de certaines parties de Chasse, où l'impératrice et les princesses, ainsi que l'empereur, signaloient également. teur adresse et leur courage ‘. Il paroïit que les . Chasses se faisoient alors comme elles se font encore axjourd'hui en Allemagne.On rassembloit dans une enceinte, formée sans doute par des:toiles et des filets, uné grande quan tité de bêtes : les principaux chasseurs, montés sur dés. chevaux dressés pour cet usage, les attaquoient à coups de javelot, et en faisoient unie grande destruction. On rapporte que Charlemagne ,:s'étaht égaré seul à la Chasse, dé—
SUR L’ANCIENNE CHEVALERIE. 294 couvrit lés eaux -d'Aixa-Chapelle, qui depuis sont devenues si fameuses et si utiles *.
Ces mêmes forêts où nos rois de la première race s'étoient exercés à chasser, furent aussi le théâtre des Chasses de Charlemagne et de sés successeurs. Ces princes faisoient la guerre au cerf pendant le mois d'août, et au sanglier en septembre et pendant tout le cours:de l'automne . Cependant nous voyons plusieurs de nos rois chasser aussi en hiver, au printemps; à Pâque et à la Pentecôte. Ils ne tenoient jamais leur cour pléniete, qu'il n'y eût quelque grande Chasse. C'étoit pour donner à cette noblesse guerrière un divertissement qui s'ac: cordât avec ses goûts. Dans la suite on y substitua les joutes, les tournois, et d’autres exercices de cette espèce ; plus propres encore que la Chasse à former des militaires.
La nouvelle génération qui succéda à celle de Charlemagne 7, nous fournit peu de faits qui aient des rapports à la Chasse, si'cé n'est un trait de l'abbé Suger, qui donna un grand exemple de fermeté, en faisarit revivre les droits qui avoient été usufpés sur sôn monastère. En ces temps de licence et de trouble, la facilité qu'on avoit de secouer le joug de la subordination, faisoit que chaeun entrepre-
232 MÉMOIRES noit autant qu'il pouvoit sur les droits d’autrui. Ceux surtout des églises et des abbayes étoient. fort peu respectés par une classe d'hommes qui avoient la foree en main. Le droit de Chasse en particulier étoit envahi par la noblesse, avec d'autant moins de scrupule , que la décence et les canons en interdisoient l'usage aux gens d'Église. Mais ils n° é— toient pas eux-mêmes fort réguliers sur cet article. Suger, qui devint un excellent ministre d'Etat, et dont l’air contagieux de la cour n’altéra jamais la probité, se détermina, pour maintenir les droits de son monastère, à faire en personne une Chasse dans la forêt d'Ive- Jine, appartenant à l'abbaye de Saint-Denis.
Il .assembla les feudataires les plus attachés à cette maison, le comte d'Evreux, Amauri de Montfort, Simon de Neaufle, Evrard de Villepreux et plusieurs autres : il alla passer avec eux huit jours entiers sous la tente, et pendant tout ce temps on ne discontinua pas de chasser les cerfs. Au retour, Suger fit faire partout des présents de venaison ‘.
Philippe-Auguste, qui avoit beaucoup de goût pour Ja, Chasse, ne négligea rien pour s'en, ménager le plaisir. En 1183 il fit clorre de murs le bois de Vincennes, dans le dessein
de le peupler de bêtes fauves. Henri, roi d'Angleterre, pour donner au monarque francois une preuve de son attachement, ordonna de rassembler, dans ses Etats de Normandie et d'Aquitaine , les jeunes cerfs, les daims et les chevreuils. Quand ils furent en assez grand nombre, il les fit tous embarquer sur un grand bateau, avec les provisions nécessaires pour leur nourriture, et les envoya par la Seine au roi de France son suzerain. On en peupla le bois de Vincennes, et des gardes perpétuels furent préposés pour veiller à leur conservation. É | | Philippe - Auguste ne vécut pas en aussi | bonne intelligence avec Richard, successeur de Heriri. Ces deux monarques rivaux en tout semblèrent vouloir disputer à qui feroit de plus grandes dépenses. pour la Chasse. Lorsqu'après de longs démélés, ils eurent conclu la paix, et qu'ils se furent retirés dans leurs États, l'un et l’autre s’occupérent uniquement de leurs chiens et de leurs oiseaux, s'il faut en croire Bertrand de Born. Ce troubadour, accoutumé à vendre ses services à qui les payoit le mieux, ce satirique aussi violent que guerrier sanguinaire, se plaint amèrement de ce que ces princes, au lieu d'entretenir dé
braves guerriers, ne songeotent plus qu’à nourrir des chiens et des oiseaux. Tous deux lui paroissent également avilis par la lâcheté et l’avarice. « Ils ne savent pas, dit-il, ré- » pandre l'argent à propos pour acheter des » gens de guerre; ils le jettent avec profusion » à des levriers et à des faucons. »
Nous avons vu que dès les premiers temps de la monarchie on avoit beaucoup de goût pour la chasse aux oiseaux; mais nous n'avons pas distingué jusqu'ici la fauconnerie de la vénerie, quoiqu'il ne faille pas les confondre. La passion pour les oiseaux de proie alla toujours chez les François de pair avec celle qu’ils avoient pour les chiens de chasse; et si autrefois il y eut de leur part quelque préférence , elle fut toute en faveur de la Chasse aux oiseaux. La fauconnerie, inconnue chez les anciens, nous est venue des peuples barbares, principalement des nations du Nord ?.
Ce divertissement étant réservé à la noblesse, et les dames le partageant avec les gentils hommes, il ne pauvoit manquer d'être en honneur. Les gentilshommes y trouvoient sans cesse de nouvelles occasions d'exercer cette galanterie , qui a’ toujours fait le caractère des François. a
Chacun s'émpressoit de témoignèr combien il étoit jaloux de plaire à sa dame, par les soins et les attentions qu'il avoit pour son oiseau ; il fallait savoir le lâcher à propos, il falloit k suivre à toutes jambes, : ne le ja-— mais perdre de vue, l'animer de la voix, aller promptement détacher de ses serres la proie dont il v’étoit saisi, le présenter, le faire revenir au leurre, le rapporter triomphant, l'enchäperonner , et enfin le replacer avec dextérité sur le poing de sa maïtresse.
La fautonnerie subsista dans son éclat jusqu’au siècle dernier. Elle ne cessa d’être en faveur que depuis l'invention du menu plomb.
Cette découverte rendit l'exercice de la Chasse plus facile et plus commode ; mais aussi elle ke réduisit au seul plaisir de voir tomber le gibier sous les coups meurtriers.du chasseur. Elle en ‘baunit ce qui autrefois en faisoit le plus grand agrément, la présence des dames.
En effet il ne s’en trouve maintenant parmi
ellés qu'un très- petit nombre qui ose se familiariser avec le bruit des armes à feu, ét avec l'idée des dangers auxquels leur usage expose quelquefois.
1H me suffit d'avoir donné une rte idée de la Chasse aux ‘oiseaux, parce que-j'aurai
occasion d'y revenir. Je reprends la suite des rêgnes de nos rois, et je m'’arrète à celui de Louis IX. | | Ce pieux monarque, après avoir satisfait aux devoirs du trône et à ceux de la religion, ne dédaignoit pas de chercher un honnéte délassement à ses travaux dans des plaisirs innocents. Îl aimoit surtout les récits historiques. Ce fut là un de ses principaux amusements pendant ses expéditions d'outre-mer. Aussi les chevaliers de son armée alloient-ils au loin reconnoître le gouvernement, les forces, les mœurs et les usages des nations étrangeres, pour venir ensuite raconter au roi ce qu'ils en avoient appris. Les diverses productions, soit de l’art, soit de là nature, n'écliappoient pas non plus à leur louable curiosité. On sait que c'est aux croisades que nous devons la découverte de ces belles renoncules qui font aujourd'hui l’'ornement de nos jardins ‘. Un des objets qui fixoient davantage l'attention de nos curieux observateurs, étoit la manière dont chassoient les habitants de ces contrées lointaines. ps Quelques-uns de ces chevaliers, qui avoient été témoins d’une Chasse au lion, ne se contentérent pas, lorsqu'ils furent de retour au
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 237 camp, d'en faire la description; ils voulurent en donner eux-mêmes le sepectacle. Cette Chasse terrible exposoit aux plus grands dangers; il falloit de toute nécessité terrasser l’animal ou périr..
On attaquoit le lion à cheval: en lui tirant | un. coup de fleche, ou en lui lançant uñ javelot. L'animal blessé se retournoit avec fureur contre celui de qui il avoit reçu le coup ; mais le cävalier l’écartoit en lui jetant quelque pièce d’étoffe sur laquelle l'animal furieux se précipitoit. Un autre cavalier survenait , frappoit le lion, et, pour lui échapper, usoit du même stratagème. Ges attaques et cette manœuvre se répétoient pendant quelque temps. Alors les chasseurs, après avoir essayé chacun en particulier leurs forces et leur adresse eontre le lion , se réunissoient tous pour l'accabler sous la multitude des coups ‘‘. Ceux de nos auteurs qui ont donné des préceptes sur la vénerie, font mention d'un procédé à peu près sem blable, usité pour la Chasse des .ours et des sangliers. —
- Les chasseurs sont redevables à À saint Po Tune découverte beaucoup plus utile pour eux; c'est une race de chiens qui .subsista long-temps , et qui renforça considérabiement
les meutes de nos rois, lesquelles n’avoient été jusqu'alors composées que de chiens noirs et blancs. C'est un fait que le roi Charles IX nous apprend dans son discours sur la Chasse. Je ne puis mieux faire que d'employer : ses propres éxpressions.
- « Le roi saint Louis étanit allé, dit-il, à la conquête de la Terre-Sainte , fut fait :prisonnier ; et comme entre autres bonnes choses il aimoit le plaisir de la Chasse, étant sur le point de sa liberté, ayant su qu’il y ‘avoit une race de chiens en Tartarié qui étoient fort excellents pour l& Chasse du cerf, il fit tant qu'à son retour il en amena une meute en France. Cette race ‘de chiens sont .ceux qu’on appelle gris : la vieille et » ancienne race de cetté couronne , est, dit-on, » que la rage ne les accueille jamais. 5 C'est au régne de saint Louis qu'on doit faire remonter lépoque du premier ouvrage didactique , que le temps nous ait consérvé sur la vénerie. La vue seule du manuscrit ne permet pas de lui donner une date moins an— cienne, puisque l'écriture « est de la fin du treizieme siecle. ss | Cet ouvrage en versestintitulé : Le Dit de:la Chasse du cerf”, I evntient en abrégé tous les
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procédés ou opérations de la Chasse, telles que la quête avec le limier, l'action de dé— tourner , le requêter et le lancer, la mort de la bête , la curée, la distribution des droits, et le retour à la maison. On y trouve toutes les instructions nécessaires pour juger si le cerf est: bon à chasser , d’après les connoissances qu'on peut tirer de l'inspection, soit du pied, soit des portées, soit des fumées, soit du bois , etc. L'art de la vénerie y paroît porté à un degré de perfection qui étonne. C'étoit le fruit d’une pratique continuelle , et d’une étude réfléchie, et qu'aucun autre objet ne pouvoit distraire. La passion de la . Chasse absorboit tout le loisir des gentilshomimnes, qui, pendant plusieurs siècles, regardérent comme indigne d’eux toute espèce d'occupation a. le maniement des armes n'entroit pour rien ‘
Outre la grande Chasse au cerf, il … en avoit une espèce particulière qui se pratiquoit rarement. Nous ne la connoissons que par nos romanciers, et On ne peut guére douter qu'il n'y ait ques chose de vrai dans les récits qu'ils en font.
Le roi Artus, dit un de ces auteurs, tenant à Cardigan une cour pléniere, plus magnifique et plus superbe qu'aucune dont on eût jamais
240 MÉMOIRES ouf parler, voulut encore en relever l'éclat par. une Chasse au cerf blanc : la coutume en étoit. ‘perdue; il se proposoit de la rétablir. La diffi- . culté de rencontrer un cerf blanc, dont l’espèce n’est pas commune, et les funestes inconæénients que pouvoit faire naître le privilége accordé à celui qui portoit au cerf le coup mortel , avoient fait abandonner cette Chasse. Le vainqueur jouissoit du droit de choisir entre toutes les pucelles de la cour, celle qu'il estimeroit la plus belle, et de lui donner un baiser. Ce prix singulier, plus dangereux que l'ancienne pomme de discorde, n'étoit que trop. capable d’exciter des ressentiments ter— ribles par une foule de chevaliers galants, dont il n’y.en avoit pas un qui ne crût sa dame supérieure à toutes lés beautés de l'univers; pas un qui fût d'humeur à souffrir une préférence qu'il regardoit comme le plus sanglant des affronts. Les représentations furent inutiles ; le roi avoit promis la Chasse, il ne voulut pas s’en dédire : elle eut lieu, et.les suites ne justifièrent que trop les alarmes de la prévoyance. De noirs accès de jalousie, de furieux emportements de rivalité, en furent les funestes effets, et le sang des braves coula pour la gloire de leurs dune. —
Plusieurs de nos anciens romans parlent de cette espèce de Chasse; une preuve que le récit qu'ils nous en a n'est point un jeu de leur imagination, c’est qu elle a ëncore lieu ns en Allemagng. Les nouvelles publiques de 1748 annoncérent le spectacle d'une Chasse au cerf blanc, dont le duc de Bavière donna le divertissement à toute sa cour. | | | -
La Chasse du sanglier tenoit le second rang après celle du cerf; et plus elle étoit accompagnée de périls, plus elle âvoit d’attraits pour nos guerriers. Il existe des poésies com-— posées vers le treizieme siecle, qui contiennent des détails très-curieux sur la Chasse du sanglier. Il y est parlé de l'habillement et de l'équipage des chasseurs, de la chemise, du pourpoint fourré de gris, de la robe courte et verte serrée avec une ceinture de cuir d’Irlande , du couteau de chasse appelé quenivet, de la pierre servant à l’aiguiser, désignée sous le nom de fusil, de l'arc et des flèches, de Ja chaussure étroite ét bien tirée qui fait briller la beauté des jambes et la forme élégante des pieds; des chaussettes, des bas, des bottes fortes, des éperons sans or ni argent , enfin du
cornet d'ivoire pendant au cou.