TOME II
Les auteurs du même temps font mention de plusieurs autres espèces de Chasses, parmi lesquelles je distinguerai celle du tigre, qui se faisoit au miroir. :
Il paroit que cette Chasse n'étoit guëre connue en France Que par le rapport des croisés, qui avoient voyagé dans le Levant.
Nos écrivains ne nous en donnent quelque idée que par les figures et les comparaisons qu'elle leur a fournies pour orner leurs compositions amoureuses. On y voit, entre autres détails, que lorsqu'on vouloit dérober à une tigresse ses petits, on l’amusoit en lui présentant un miroir, et qu'on prolitoit du moment où elle contemploit attentivement sa figure, pour faire l'enlèvement projeté.. On employoit un moyen à peu près semblable, pour surprendre des oiseaux appelés widecogs (bécasses); c'est ce qüe nous apprend un Traité fort ample et fort méthodique, que nous avons sur toutes les espèces de Chasses connues älors. Ce Traité qui est du quatorzième siècle, enseigne la manière de fabriquer les panneaux, les filets, les appâts et pièges, pour prendre les bêtes.
L'Histoire nous présente, à cette époque, un fait digne de trouver place dans cet ou-
vrage. Le jeune Louis, comte de Flandre, ataché par les liens du sang et de l'amitié à la maison de France, était, pour ainsi dire, captif de ses sujets qui youloient le forcer à | épouser la fille du roi d'Angleterre. Après avoir pendant long-temps mis tout en œuvre pour éluder Pexécution des promesses qu'on lui avoit arrachées, le moment fatal où il ne lui étoit plus possible de différer, arriva. Il touchoit à l'instant où ces odieuses noces devoient s'accomplir. Ayant un jour obtenu plus :. de liberté que de coutume, il demanda à se promener dans la campagne, sous prétexte d'aller sur les rivières voler les oiseaux aquatiques : c'étoit cette espece de Chasse qu'on désignoit par ces mots : chasser en rivière, ou aller en rivière. Un héron s'étant levé, le fauconnier du prince lâche son faucon ; le jeune comte lâche aussi le sien. Il feint dé se laisser emporter par l'ardeur de la Chasse; il court pour suivre et appuygr son oiseau, criant de toutes ses forces, poussant toujours son cheval, le frappant des éperons; enfin lorsqu'il se vit hors de la portée de ses gardes, il gagna en diligence le comté d'Artois, où il n'avoit rien à craindre de leur poursuite. Il se rendit ensuite à la cour de France, où il fut 16°
tres - bien accueilli ‘ Philippe de Valois.
Ce que J ‘ai dit jusqu’à présent sur la Chasse, se réduit à quelques fragmients que j'ai trouvés épars soit dans les anciens auteurs, soit dans les anciennes ordonnances de nos rois sur la Chasse ‘#, et que j'ai recueillis avec le plus de soin qu'il m'a été possible. Maintenant nous touchons à des temps qui vont me fournir une assez grande abondance de matériaux. J'espère qu'ils me mettront en état de donner sur la Chasse une suite d'observations plus liées et plus continues. Depuis le bi Jean , il n'est presque aucun règne qui ne fournisse quelque trait capable de piquer la curiosité des amateurs de la Chasse. |
RELATIVES
| t A LA PREMIÈRE PARTIE DES MÉMOIRES SUR LA CHASSE. :
(4) L'onrerxé de la Chasse est presque ‘aussi ancienne que le monde. Les homes répandus sur la terre se trouvèrent souvent obligés d'en disputer la possession aux animaux. Ils ne songèrent d’abord qu'à soumettre les plus foibles, et à se garantir des attaques des autres. Bientôt ils eurent le courage de faire la guerre, mêmé aux plus féroces, soit à force ouverte, soit par adresse, De-là les différents moyens qu'ifs imaginèrent pour leur livrer combat avec plus d'avantage et moins de danger: On ne tarda pas à faire un art de ce qui n’étoit que l'effet de la nécessité, et par la suite l’exercice de'cet art qui appartenoit de droit naturel à tous les hommes, devint, lorsque les sociétés furent formées, le privilége des rois et des grands de la nation. Ils s’en firent un noble dé lassement , un plaisir qui fut encoré long-temps utile à ceux même qui n’en jôuissoient plus, puisque la Chasse préservoit leurs possessions des ravages des bêtes fauves et des animaux féroces. Mais dans la suite l'amour de la Chasse se changea malheureusement en passion dans ceux à qui cet exercice étoit réservé , et, pour la satisfaire, on vit repeupler d'animaux sauvages et nuisibles
ces mêmes forêts qu’on en avoit purgées avec tant de peine. Des parcs immenses enlevèrent à l'agriculture les plus beaux terrains, et l’infortuné laboureur n'eut pas moins à se plaindre de la cruauté des bêtes fauves que des violences et de la tyrannie des chasseurs; plus d’une fois il eut la douleur de voir sa vie moins appréciée que celle un cerf ou d'un sanglier. Mais pour ne pas m'en tenir à de simples conjectures sur l'antiquité de la Chasse, considérée comme art, je renvoie les curieux à la tradnctio# du Traité de la Vie champêtre, autrement intitulé :.Le Chasseur, par Dion Chrysostôme. Cette traduction ; qui est de M. de Brequigny, se trouve dans les Vies des Orateurs grecs, dont cet Académicien est l’auteur.
Xénophon, qui vivoit quatre cents ans avant l'êre chrétienne, tout à la fois héros célèbre, politique habile, philosophe profond et écrivain judicieux, a composé un Traité sur la Chasse, dans lequel les grâces du style, la beauté des descriptions la justesse des pensées, le disputent à la sagesse des leçons qu’il donne, sur cet art, aux Grecs ses contemporains. Îl faut lire dans son on+ vrage ce qu’il dit des ruses employées à la Chasse, des filets, des lacs, des pièges qu'on. tend aux animaux; et les observations qu'il fait sur le choix des chiens, sur la manière de Les dresser, d'en perpéluer les races quand elles sont bonnes; sur les noms qu’il convient de Leur donner, afin qu'on puisse plus aisément les appeler et les remettre sur les voies. Rien de si agréable et de si animé que les descriptions qu'il fait de la Chasse au lièvre, au cerf, au sanglier. On croit en avoir le spectacle sous les yeux. - è
Hérodote raconte de Cyrus, roi de Perse, qu'il avoit
uné si grande quantité de chiens, que quatre’ villes étoient exemptes de tributs et d'impositions, à condition qu’elles les nourriroient ; c'étoit sans doute pour la Chasse que ce monarque persan entretenoit ce nombre prodigieux de chiens qu'il tiroit de l'Inde. Pline nous apprend que cette espèce de chiens dédaignoit, pour ainsi dire , les daims, les sangliers, et qu elle n'attaquoit ‘volontiers que les lions et les éléphants.
Les Romains étoient trop belliqueux pour ne pas cultiver un art qui ressembloit si fort à la guerre. Aussi Horace, patcourant les différents genres de passions auxquelles il voyoit ses contemporains sclivrer, ne manque pas de faire allusion à cette ardeur bouillante qui em-° porte le chasseur au milieu des forêts, lui fait braver les injures de l'air et des saisons, et oublier les douces caresses d’une épouse chérie.
/ ; Manet sub Jove frigido ‘ Venator teneræ conjugis immemor, Seu visa est catulis cerva fidelibus, Seu rupit teretes Marsus aper plagas.
(Hor., Od. 1, lib. 1.)
(a) César, parlant des Gaulois, dit qu'ils préféroient à toute autre espèce de Chasse celle aux buffles ou bœufs sauvages ; précisément ‘parce qu'elle étoit une des plus périlleuses. Comme ces animaux ont une force et une agilité surprenante , comme ils n ‘épargnent ni les hommes ni les bêtes qui se présentent devant eux, ce sont ceux, ajoute-t-l, qu'ils aiment à attaquer; c'est pèr cet exercice pénible que se forme la jeunesse gauloise. On donnoit de grands éloges à ceux qui en tuoient
un plus grand nombre que les autres, et qui, pour preuve, en rapportoient les cornes. ( Comment. Cæs., ub. VI.)
Quand les Germains (dont on sait que les Franes descendent ) ne font pas’la guerre aux hommes, dit Tacite, ils la font aux animaux, quoique d’ailleurs ils aiment le sommeil ‘et la bonne chère. Quoties bella non ineunt, multüm venatibus » plus per otium transigunt , dediti somno ciboque. (Tacit., de Mor. Germ., c. XV.)
Chez les anciens Gaulois, les chiens de Chasse faisoient un objet de commerce. C’est Strabon qui nous apprend cette particularité ( lib. 4, p. 200, édit. de 1620).
Arrien, surnommé Xénophon le Jeune, qui vivoit sous l’empire d‘Adrien, fait la description d’une espèce de chiens, qui se tiroient des Gaules, et qui étoient excellents pour la quête (Arrien, c. I], de Venatione ). Le même auteur n’oublie pas non plus un ancien usage des Gaulois, qui consistoit à acheter tous les ans, du pro-: duit d'une taxe imposée sur chaque espèce de gibier, une victime qu'ils immoloient à Diane, déesse de la Chasse. Cette solemnité étoit suivie d’un banquet où les chiens paroissoient couronnés de fleurs, comme pour les récompenser des services qu’ils avoient rendus à leurs maîtres dans la poursuite des animaux. |
(3) Bertoald , maire du palais de Bourgogne, chargé d'aller avec trois cents hommes dans les villes du domaine du roi Thierri jusqu’à l'Océan , pour y recevoir les droits appartenants à ce prince , étant venu à Orléans, s’amusoit à chasser dans Îles environs de cette ville. Clataire, qui en eut avis, envoya son fils Méroué, et Landri, maire du palais, avec un corps de troupes pour
l'enlever. Bertoald ne se sauva que par la protection de l'évèque d'Orléans, qui lui fit ouvrir les portes de la ville où il trouva un asile. (Düchesne, Chronique de
Fredegaire, art. XXV, p. 747.)
(4) Un auteur contemporain de Charlemagne composa un poëme latin sur l'entrevue de cc prince et du pape Léon ITT. La moitié de cet ouvrage est employée à la description d’une Chasse après laquelle Charlemagne s’'endormit, et eut un songe qui lui annonçoit les malheurs dont le souverain Pontife étoit menacé. Le poëte se plaît à décrire la magnificence de l'équipage des fils de l’empereur, l'élégance et la richesse de la parure de l'impératrice sa femme, et des princesses ses filles. La Chasse qui fait le sujet de cet ouvrage; paroît avoir été une Chasse aux toiles. et aux filets. On y tua un grand nombre de sangliers, et elle fut suivie d'un festin que Charlemagne donna sous des tentes à toute’ sà cour. ( Voyez, dans la. nouvelle Collection des Historiens de France, t. V, p. 388 et suiv., F’ersus de Carolo Magno, et Leonis papæ ad eumdem adventu.) DR
(5) Philip. Mouske, historien assez véridique , quant au fond. des faits qu'il raconte et qu’il emprunte ordinairement d'Eghinard , mais qui d'ailleurs a voulu orner ce fond par des détails poétiques et imaginaires , pré tend que nous devons la découverte des eaux d’'Aix-la- Chapelle à une aventure de Chasse qui ressemble bheaucoup à celles que nos romanciers ont souvent inventées. Charlemagne, dit-il, chassoit volontiers dans ce :pays, qui n’étoit alors couvert que de forêts. |
Li rois volontiers i manoit:
Pour con que planté iavoit D'oiziaux et d'autre sauvegine, Et s’avoit ciens de bonne orine Et nules gens en tout le mont
Si volontiers Kacier ne vont Ne en rivière com Francois ÊÉt orent fut toujors ancois Et li roi Charles ansement, Kacoit volontiers et sa gent.
Il dit plus bas en parlant toujours de Charlemagne :
Moult volontiers de grand manière , Alloit en bois et en rivière,
Car nules gens ne vont en bois Moult volontiers commé François. .
Les gens de l’empcreur ayant un jour perdu la voie du cerf qu'on avoit lancé, ce prince le suivoit seul à cheval. Un ruisseau se trouve sur son passage, il veut le traverser ; mais à peine son .coursier a-t-il mis le pied dans l’eau qu'il l’en retire avec promptitude en le secouant. Le prince s'aperçoit que gon cheval boite ; il descend, visite son pied , lui tâte la solle, et trouve qu’elle est chaude } aussitôt il met la main dans le ruisseau , et sent une forte impression de chaleur : sans perdre de temps'il remonte à cheval, et s’avance vers la source de gg ruisseau merveilleux; il la découvre, et tout auprès il reconnoît'les vestiges d’un ancien ‘palais de Néron, enseveli sous ces ruines. C’ést dans ce lieu qu'il:fonda depuis la ville d'Aix-la-Chapelle.
Dans les complaintes que le même auteur met dans la bouche de Charlemagnet, sur la défaite de ses braves
SUR L'ANCIENNE GHEVALERIE. 251
guerriers, à Roncevaux, il hri fait regretter les agréments de la Chasse, et les. douces allures de ses palefrois, plaisirs auxquels il faudra qu'il renonce pour endosser encore la cuirasse, et monter les chevaux de
guerre (pag. 227,243 et 244).
(6) IL est souvent parlé dans nos historiens des Chasses que Charlemagne et ses successeurs faisoient aux cerfs et aux sangliers dans différentes forêts, vers.la fin. de l'été, parce que ces animaux étoient plus gras alors qu’en aucune autre saison de l’année, et ce plaisir se lioit quelquéfois à des expéditions très-importantes. L'auteur. du roman de Gérard, écrit en provencal, dit que Charles étant allé vers le’ château de Roussillon pour s’en emparer , fit amener ses chiens , ses levriers et son équipage, dans lequel on voyoit des ours et des lions ( ores e leos). On a de la peine à. imaginer que des ours et des lions aient pu faire partie d'un .équipage de Chasse; mais ce fait scra rendu vraisemblable par les exemples qu'on en trouvera sous les ane de Charles Li et de Louis XII. |
Dans le même roman, Lautéèe fait tenir a Charlemagne un discours où il met au nombre des qualités qui distinguoiént un des plus braves guerriérs de l’armée ennemie, l'intégrité. et la droiture avec lesquelles il rendoit la justice , sa valeur à défendre.en champ clos l’équité de ses jugements, son adresse à la Chasse et à la pêche, son habileté aux jeux des échecs, des tables (des dames) et des dez. C'étoit ä:peu près à ces connoissances que se bornoit tout le mérite des princes et dela noblesse de ce temps-là. ; “
L'art. de former des chiens et dès oiseaux est compté
parmi les premiers enseignements qui entroient dans l'éducation du jeune Blanchandin, fils du roi, comme on peut le voir dans le roman qui porte son nom ( imss. de St.-Germain, fol. 174, verso, vol. 3, n° 1830).
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(7) Les fils et successeurs de Charlenagne eurent tous
le même goût pour la Chasse. Tous se piquoient d’exceller dans cet art qui devint même funeste à plusieurs . d’entre eux. On peut voir dans les Mém. de Trévoux, ‘ mois de septembre 1752, page 1984, d'après l’A/satia illustrata de M. Schæpflin, des détails curieux sur les Chasses de Louis-le-Débonnaire dans la forêt de Vosges, en 821, 825.et 831.
M. de Saint-Foix, Essais one p.48, 19 et 20, nous apprend que Carloman IT fut un jour grièvement blessé à la Chasse, et que Louis IV, dit d'Outremer, mourut à Reinis, en 954, d'une chute de cheval qu'il fit en poursuivant un loup sur la route qui eonduit de Laon à cette ville. Dom Vaissette, cité par dom Clément, rapporte le même fait: Voyez l'Art de vérifier les dates, col. 542. |
Ces différents événements prouvent avec quelle passion nos rois, sur la fin de la seconde race, se livroient à l'exercice de la Chasse, puisque même ils ne craïgnoient pas d'y exposer souvent leur vie. Ils étoient si jaloux de leur droit de Chasse,. qu'il étoit défendu à toute personne, sous les plus grièves peines, de chasser à la grosse bête. Voyez Lex Salica, Ripuar. Bajoar. Aleman. |
Louis, fils de Chartes-le-Chauve, cut besoin d’une permission expresse du roi pour pouvoir prendre le divertissement de la Chasse ; encore son père ,-en lui
abandonnant la forêt de l’Aigue, lui interdit-il toute autre Chasse que celle du sanglier. |
Si Charlemagne accorda aux moines de Saint-Denis et. de Saint-Thin la permission de faire tuer quelques cerfs dans leurs forêts, ce ne fut qu'après des prières très-pressantes de leur part, et il ne se rendit à leurs instances que parce qu’on luifit entendre que la chair de ces animaux serviroit de nourriture aux frères infirmes pour rétablir leur santé, que les peaux seroient employées à couvrir les livres de leur biblivthèque , et à faire des ceintures et des gants pour les Religieux. Voyez Annal. Ord. S. Bened., t. IE, p. 229 et 294. |
Au reste ce n’étoit pas là Les seuls usages auxquels on : employoit alors les peaux de cerf; on s’en servoit encore pour ensevelir les corps de nos rois après leur mort. Ainsi ces chasseurs passionnés emportoient'avec eux au tombeau les objets de leurs plaisirs. Peut-être aussi qu’une peau de cerf paroissoit un linceul honorable et distingué, dans un temps où il n'étoit permis qu'aux souverains de.tuer cet animal. :
" (8) Voyez, dans la Collection de Duchesne, t. IV, Suger, de Rebus in administratione sud gestis; et dom. Félibien, dans son Histoire de Saint-Denis, sous l’an 1144. :
D | ; / (9) Aristote parle d’une Chasse à l'oiseau connue des Thraces, et absolument ignorée des Grecs.
(10) Selon M. Dulard, dans son poëme de la Grandeur de Dieu, ce fut saint Louis qui apporta les premières renoncules en France. Ainsi ce grand roi, au
goût innocent dé la Chasse, joignoit encore le goût non moins innocent des fleurs. Héureux les peuplés dont les maîtres n’ont que des passions semblables !
(13) « Tandis que le roi fesoit fermer Césaire, dont j'ai devant parlé, dit Joinville, il arriva au roi ung
‘chevalier qui se nommoit méssire Elenards de Senin-
gaan , qui disoit qu’il étoit pa rti du royaume de Norone, et là montà sur mer et vint passant et environnant
toute Espaigne, et passa par les détroits de Maroc,
et que à moult grans périls et dangiers, il avoit passé et souffcrt beaucoup de mal avant qu’il peust venir à nous. Le roi rctint celui chevalier lui dixième d’autres chevaliers ; et lui oui dire que les nuyts en la térre du royaume de Norone estoient si courtes en esté, qu'il n’y avoit nuyt là où l'on ne veist bien encore le jour au plus tard de a nuyt. Quand celui chevalier fut : accogneu au païs, il se print à chasser aux lions lui et ses gents, et plusieurs en prinrent périlleusement et en grant dangier, de leurs corps; et la façon du faite qu’ils avoicnt en ladite Chasse, estoit qu’ils couroient sus aux lions à cheval, et quant ils en avoicnt trouvé aucuns, ils lui tiroient du trait d’arc ou d’arbaleste, et quänt'ils en avoient atteint quelqu'un, celui lion qui avoit été atteint couroit sus aux premiers qu’il véoit, et ils s'enfuyoient piquant des csperons , et laissoient cheoir à terre aucune couverte ou une pièce de quelque vieil drap, et Le lion la prenoit et dessiroit, cuidant tenir l’ome qui l’avoit frappé. Et ainsi que le lion se arrestoit à dessirer cette vieille pièce de drap, les autres hommes lui tiroient d’autres traits, et puis le lion laissoit son drap'et couroit sus à son ome, le-
SUR L'ANCIENNE CUEVALERIE. 255 » quel s'enfouyait et laissoit cheoir une autre vieille * pièce de drap, et le lion se y arrestoit, et ainsi.sou- » ventes fois ils tuoient les lions de leur tragj. » (Hist. de saint Louis, par“Joinville , p.93 ct 94.)
(12) Le Dit de la Chasse du cerf ne nous est connu :
que par l'édition que ‘Trepperel en à donnée au commencement dun quinzième siècle. Trepperel le publia sous le titre du Livre du Roy Modus et de la Royne Rat, et le fit mettre dans un françois plus moderne. Nous lui aurions plus d'obligation s’il l'avoit publié'avec toute la pureté du texte original, quelque grossier qu’en fût le langage, et s’il ne l’ayoit pas défiguré par une multitude de fautes d'impression qui souvent rendent le sens presque iaintelligible. Trepperel a dédié cette édition au duc de Vendôme, et j’ai cru devoir rapporter ici. sa dédicace comme un monument du langage et du goût du quinzième siècle.
« A très-hault et très-magnanime Prinœ, Monseigneur Charles, duc de Vendosmoys, comte de Marle, ‘» de Conversan et -de Soissons, Vicomte de Meaulx, » Gouverneur ct Lieutenant-Général pour le Roy ès- » païs de Picardie , Salut.
» Comme il soit très-noble et puissant Prince, que » en ce monde n’y ayt pour les Princes et hommes * Nobles plus louable exercice que celui de la Chasse, » Vénerie et Faulconnerie. En faisant lequel exercice, » santé corporelle est corroborée et fortifiée : oisiveté * mère de lous vices délaissée, plaisirs vénériens ou- » bliés, combien que présent Mars face ses courses. + Vulcain ses foudres; je , vutre très-obéissant serviteur » et Libraire, espérant lumière après ténèbres, et paix
» après guerrcs, ay prins recours à un livre hommié » Modus et Ratio , pieça composé , traitant des déduits, » plaisies, ganières et facons dudit exercice de Vénerie » et Faulconnerie, lequel ay faict revisiter, corriger et » remettre d’ancien style en langage moderne , et icely » faict imprimer en petit volume pour plus plaisamment » porter aux champs, et lequel j'ai dédié et vous faict » présent à vous mondit très-noble et puissant Seigneur, » très-humblement vous suppliant icelui petit Traicté » avoir et recepvoir pour agréable. »
Le savant M. le Verrier de la Conterie, auteur de l'École de la Chasse aux chiens courants, croit que le livre de Modus et Ratio a été composé par quelque gentilhomme très-versé dans l'exercice de la’ Chasse. Le roi Modus et la reine Ratio sont deux personnes allégoriques que l'auteur fait parler alternativement. Le roi donue les préceptes sur la Chasse , la reine y applique des moralités souvent -absurdes et puériles, je dirois même impies, si le goût du quinzième siècle pour les comparaisons relatives aux objets de la religion, ne sembloit les excuser. Par exemple, les gens du tiers-état y sont comparés, par madame Ratio, aux biches et aux lièvres, à cause de leur simplicité, et parce qu'ils ne font point usage de sortiléges comme les grands ; les gens d église, aux cerfs, parce que leur caractère et leur bonne conduite leur donnent droit de marcher la tête haute, sur laquelle leurs dix doigts, au moment de l’élévation au sacrifice de la messe, figurent les dix cors du cerf, et représentent les dix commandements de Dieu. Selon Ratio, le sanglier est l’image du siècle corrompu ; elle trouve dans cet: animal dix propriétés qui sont autant d'emblêmes des dix commandements de
l'Ante-Christ; on ne sera peut-être pas fâché de les trouver ici. |
C’est mon premier commandement Que on maugrée Dieu souvent.
Fay à ton corps tous ses délicts,
Il n'est point d'autre paradis ;
Visite souvent mon hostel,
C'est la taverne et le b..….
Se veulx estre en ma mémoire
Si t'affuble de vaine gloire ;
Desprise de tous povres gens
Et n’ayme rien qu’or et argent,
Se tu n’as du tien prens d’autruy, :
Sans rien rendre.ainsi l'octroy ;
Si ton pére te fait riote,
Si lui mes fus qu’il radote ;
En lieu du service divin
Faut geter hazard sur le vin; -
Se croiras sors et sorceries ,
Tes volontés sont accomplies ;
Se tu as defaulte de mise,
Si le prens aux biens de l'Eglise.
(13) On lit dans un roman de fauconnerie, composé
sous le règrie de Philippe-le-Long, un trait assez singulier qu'on peut, je crois, attribuer à Louis IX. Il ÿ est dit « qu’un roi nommé Louis ayant été à la Chasse du
vol avec toute sa cour, un oiseau (un faucon ) attaqua un aigle qui s'étoit égaré, et le tua. Les courtisans louèrent beaucoup la hardicsse et la vigueur du faucon. Le roi, sans leur répondre, ordonna qu’on le mît à mort, parce qu'il avoit eu la téméraire audace d'attaquer le roi des diseaux. » |
C'est aa temps de saint Louis qu’on peut rapporter