‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiquesChapitre 29 sur 44 · A LA SECONDE PARTIE DES MÉMOIRES SUR LA CHASSE · texte numérisé non relu

A LA SECONDE PARTIE DES MÉMOIRES SUR LA CHASSE

(1) Herront ou Herfort fut le lieu de la naissance et de la mort du poëte Philips , qui l’a célébré dans son poëme de Pomone.(Voy. Yard, Idée de la Poésie angloise, t. I,p. 33. ) Cette ville vit naître aussi la fameuse vierge, dite d’'Herfort, dont les prédictions furent si aus à Cromwel.

(2) Gace ou Gasse de la Bigne, ou de la Vigne, est appelé Gasto de Vineis par les auteurs du Gallia . Christiana, t. VIIT, p. 1636. Antoine Véran imprima le poëme de la Bigne! à la suite du Livre de Gaston Phébus, qui étoit en prose, sous le titre de : Phœbus des Déduïts de la Chasse des bestes sauvaiges et des oyseaux de proye. Et il donna au public ces deux Traités . comme s'ils eussent fait les. deux parties du même ouvrage; dont Gaston Phébus auroit été seul l’auteur. Pour mieux déguiser cette supposition , il eut la mauvaise foi de supprimer les vers où la Bigne se nomme et parle de lui-même, au commencement et vers la fin de son poëme ; mais il lui a échappé, au fol, 37 recto, col. 1, un pas-

sage qui fait connoître clairement que l'ouvrage en vers appartenoit à Gasse de Ja Bigne. |

Les successeurs de Gasse de la Bigne js la place de premiers chapelains de nos rois, out commencé à prendre le titre de grands aumoniers. (Choisy, Hist. de Charles V, pe 429).

(3) Quoique le poëme de Gasse de la Bigne ait été imprimé , et qu'il y en ait même plusieurs éditians , cependant comme ces éditions sont rares, et. d’ailleurs i imprimées en caractères gothiques, j'ai cru que mes lec- .teurs me sauroient gré de leur donner un extrait fidèle et suivi de cet ouvrage singulier ; je n’en citerai que ce qui me paroîtra propre à faire connoître le goût, la poésie et la littérature de ce temps-là, On trouvera cet extrait après les notes du quatrième Mémoire sur la Chasse. . ; | .

(4) Si vous compterai la manière

D'un fait qui en Berri avint

Ïl n’a pas des ans plus de vint.

Où pais de Berri avoit. .

Un chevalier qui moult aimoit

Les esperviers en la saison.

Un en avoit en sa maison

Qu’après gibier laissa aller, |

Car ne le vouloit pas.muer; .. :;

Mais quant d’avecques soil osta, Gezet clochettes lui 6sta,

A:la fin qu'il ne fust repris. .

Il estoit près de son pourpris

Si en recongnoissoit mieux l’estre,

MÉMOIRES Car par une haulte fenestre , :

En la sale du Chevalier, Hault sur le trait s’aloit percher, Et layens faisoit son sejour |

Souvent et de nuit et de jour.

Le Chevalier à fame avoit .

Une Dame qui moult amoit, Car elle estoit et bonne et belle,

. C'est grant trésor de l'avoir telle,

Laquelle avoit un estournel Qui parloit si bien et si bel,

‘Car très-grant merveille avoient

Ceulx qui si bien parler l’oyoient.

Or avint, en une journée

Qu'il faisoit froide matinée,

Que la Dame la cage prist Et l’estournel près du feu mist, Mais il s'en yssit de la caige

De quoy ne fist mie que saige, Et se commence à -esplucher,

À soy estendre et soy aysier.

La Dame qui moult fort be | En soubzriant le regardoit :

Tantost com l'espervier le di, ; D'amont où estoit, descendit, :

Et le preist ct Pen emporta.

Adonc la Dame s’escria.

Tellement que le Chevalier, Qui estoit prez en un solier, Acourit à val pour sävoir

Que la Dame povoit avoit :

Si la vit qu’elle decurtoit ‘.

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIÉ.

Ses mains, et à mont regardoit, ‘En disant lasse que ferai?

Car mon estournel perdu ay, La chose que avois plus cher :

Haïs mon seigneur! l’espervier.

L’emporte lassus à mont,

Dont je suis courroucé moult.

Le chevalier tost print un gant, Et le poin luitant maintenant En s’en alant droit à la porte; Tantost l’espervier lui aporte L’estournel; mais le chevalier

: Qui savoit d’oyseaux le mestier, Courtoisement le descherna,

Et du pié tout sain lui osta,

Et dit à la dame : tenés

Votre estournel , et regardés.

| La dame ot grant joie et le prist,

Qui en sa eaige le remist.

Mais j'ay depuis oy raconter Qu'il fut bien un mois sans parler.

Ce qu’ay dit preuve par un homme

Qui m’a juré ly Sains de Romme, Qui fut present et vit le fait

Quant chiez le chevalier fut fait.

Pierre d'Orgemont a nom, | Qui est uns homs de grant renom :

Si l’a fait le Roy président

À Paris en son parlement,

Et depuis par sa suffisance ,

TT a fait chancelier de France.

®) Les ecclésiastiques étoient si jaloux de leur Chasse, qu’on en a vu exercer les plus grandes cruautés contre ceux de leurs vassaux qui avoient osé chasser sur leurs terres sans permission , ou contre ceux de leurs serviteurs qui avoient détourné quelques effets appartenant à leur équipage de chasse. En 1531, un certain d’Inteville, évèque d'Auxerre, fut condamné pour avoir fait crucifier un de ses gardes , qui avoit veadu à son insu quelques oiseaux de fauconnerie. Voy. l’Indica’ion sommaire des faits qui prouvent la compétence de la justice séculière , etc., p. 42 et suiv.

(6) On trouve dans les Ord. des rois Le Francé, st. VI,

p- 141, les Lettres de Charles V, qui portent qu'il n'y aura plus que six maîtres des eaux et forêts, et que dans ce nombre sera compris le maître de la vénerie. Ces mêmes Lettres ordonnent qu'ils seront choisis par la chambre des comptes. Le prince enjoint en même temps à cette cour de faire rendre compte aux anciens maîtres des eaux et forêts de ce qu'ils avoient reçu; de punir ceux qui avoient malversé, ét de travailler à la réformation des forêts du royaume.

Parmi les principaux abus que Charles V réforma dans l'administration des Chasses, on peut compter l’abolition du droit que sés veneurs avoient, ou plutôt qu'ils s’étoient afrogé, de loger dans les monastères tousleurs équipages aux frais des moines.

On voit sous ce règne plusieurs permissions, franchises et exemptions de Chasse accordées ,ou confirmées par ce sage monarque à différentes villes ou villages, en 1364, 1369, 1370 ct 1374. Ordonn. des rois de France.

SUR L'ANCIÈNNE GHEVALERIE. 295 : (7) L'abbé de Choisy (Hist. de Charles V, p. 416 et

422) fait mention d'une Chasse de ce prince avec le roi des Romains dans le parc de Vincennes. Sous le même règne on voit le roi de Navarre faire une partie de Chasse, à la faveur de laquelle il se fait enlever par “les François, pour dégager la parole qu'il avoit donnée aux Anglois de les servir. Ibid., p. 162.:Le même auteur rapporte que le fameux Jean Chandos -qui aimoit passionnément la Chasse, y eut un jour un œil crevé, et que *cet accident fut depuis la cause de sa mort.

(8) Choisy, dans son Hist. de Charles V, fait mention d'un comte de Tancarville, qui étoit lecteur du roi. Ce .pourroit bien être le même dont parle Gasse de la Bigne, et auquel'il attribue un si grand amour pour la fouconnerie et la vénerie. |

©) Favéaal des Ursins (Hist. de Charles VI y) SOUS l’an 380, p. 10) fait à peu près le récit suivant :

e On raconte que le roi Charles VI, pendant son sé- » jour à Toulouse, étant allé chasser dans la forêt de » Bouconne avec plusieurs seigpeurs de sa cour, gl *-surpris de la nuit qui étoit très-obscute, et qu'il s’é » gara. On ajoute que s’enfonçant de plus en plus . ° le bois sans pouvoir reconnoître l'endroit où il étoit, - » ilfit un vœu, s’il pouvoit échapper du péril où il se » trouvoit, d'offrir le prix de son cheval à la chapelle de + Notre-Dame de Bonne-Espérance dans l’église des > Carmes; qu'aussitôt la nuit s'étant éclaircie, il sortit * heureusement du bois; que le lendemain il s'aequitta + de son vœu, et qu'il fonda en conséquence un ordre » de chevalerie sous le nom de Notre-Dame -d'Espé-

» rance, On'cite en preuve une ancienne peinture qu'on

-»+ voit sur la muraille du cloître des Carmes de Tou-

» Jouse, auprès de la chapelle de Notre-Dame-d’Es- » pérance , où un roi de France est représenté à cheval » s’inclinant devant une image de la Vierge: des sei- + gneurs y sont peints aussi au nombre de sept, qui » marchent à pied après le roi, teus armés hormis la » teste : ils portent des cottes d'armes avec les armoiries »+ chacun de leur maison , leurs noms sont écrits au bas » en caractères de ce siècle-là ; mais on n'en peut lire » que cinq, qui sont le duc de Touraine, le duc de » Bourbon, Pierre de Navarre, Henri de Bar et Olivier » de Clisson; les deux autres ont été effacés par le temps. + Tous ces personnages sont peints de grandeur natu- » relle. Le fond de cette peinture est chargé de loups,

» de sangliers et d’autres bêtes sauvages qui habitent

» les forêts. Au plus haut il y a une manière de frise » où sont peints des Anges qui portent en leurs mains » des banderoles , sur lesquelles est écrit trois fois le » nom Espérance. » Dom Vaissette, Hist. du Languedoc, t. hÉ p- 396, sous l'an ui à

(10) Parmi les différentes Orioniences de Charles VI, sur la Chasse, oe trouve Îles suivantes.

En 1393, ce prince ayant accordé, par a d à plusieurs personnes la permission de chasser ou de faire chasser dans ses forêts, aux cerfs, biches, sangliers et truies, ce qui avoit dépeuplé ses Chasses, ordonna, par ses Lettres du 7 septembre 1393, « qu'afin qu'il » troûvât plus plaisant déduit dans ses forêts , lorsqu'il » voudroit y chasser, toutes les permissions qu'il avoit 5 accordées, ou qu’il pourroit accorder dans la suite,

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 299 »-n’auroient point d'exécution si elles.n'étoient signées » du signet du duc de-Bourgogne ». Ces lettres sont adressées aux maîtres des eaux et forêts, aux maîtres gruyers, gardes et verdiers des forêts. Le même jour le roi donna au duc de Bourgogne une permission exclusive de chasser ou faire chasser dans la forêt de Crécy en Brie, à toutes bêtes rouges et noires à force de chiens, et filets et harnôis. Ces lettres sont adréssées aussi aux maîtres des eaux et forêts, au verdier et au garde ou gruyer de cette forêt. (Ordonn. des Rois de France, t. VIT, p: 579.) :

On voit dans ” nées Ostnes: t. VII, p. 644, que les Juifs payoient une redevance aux veneurs du roi. . En 1395, il.est dit, art. 42 d’une Ordonnance de Charles VI, que les veneurs et les fauconniers, même ceux du roi, ne pourront se loger que dans les hôtel leries publiques , et ne pourront prendre de vivres. pour eux, pour leurs valets, leurs chevaux, leurs chiens et leurs oiseaux, qu’en payant sur-le-champ.

En 1396, Lettres du même roi touchant la Chasse.

I y est dit : Que plusieurs non nubles, laboureurs et autres, qui par eux-mêmes n’avoient aueun droit de Chasse, ni aucune permission pour chasser, entretenoient cependant chez eux des chiens, des furets, des lacets et des filets, et divers autres engins propres à prendre grosses bètes rouges. et noires, lapins, lièvres, perdrix, faisans et autres animaux ; qu'ils faisoient des excursions dans les garennes du roi et dans celles des nobles , ce qui donnuit lieu à des querelles fâcheuses, exposoit ces chasseurs frauduleux à être mis en prisan, à payer de grosses amendes, les détournoit du labourage et du commerce, ct les conduisait insensiblement à devenir

des voleurs et des meurtriers. De plus, lorsque le roi ou les nobles vouloient prendre le plaisir de la Chasse, les bœs et les garennes se trou voient entièrement dépeuplés. Pour remédier à ces abus, Charles VI, par ses Lettres du 10 janvier 1396, «-défendit aux non nebles qui n’au- « roient point de privilége pour la Chasse, ou qui n’au- » rolent point obtenu de permission de personnes qui * fussent en droit de la leur donner, de: chasser à bêtes

» grosses ou menues, ni à oiseaux en garenne, ni de- » hors, et d'avoir dans leurs maisons chiens, furets, .» lacets, etc. Et il ordonna que s’ils en avoient, les no- » bles ou les juges des lieux où ils demeureroient , ou » dans lesquels ils chasseroient, pussent les leur ôter. » IL laissa cependant la Chasse à ceux des gens d'église à qui ce droit pouvoit appartenir par lignage ou par quelque autre titre, et aux bourgeois qui vivoient de leurs héritages ou de leurs rentes. 11 permit néanmoins aux gens de labour d’avoir, pour éloigner de leurs terres les porcs et les autres bêtes sauvages, des chiens, sans . qu’on püt les leur ôter, et sans qu’ils fussent dans le cas d'encourir l'amende; mais il voulut que s’ils prenoïent quelques bêtes , ils fussent tenus de les porter au seigneur .ou au juge, et que s'ils ne le faisoient pas, ils payassent la valeur de la bête, et fussent condamnés à l’amende. Ces Lettres sont adressées à Guillaume, vicomte de Melun, souverain maître et général réformateur. des eaux et forêts par tout le royaume, et à tous les autres maîtres et enquêteurs des eaux et forêts. (Ordonn. des Rois de France, t. VIIT, p. 117.) ?

Une Ordonnance de 1397 porte, entre autres choses, ces paroles, art. 20 : In venationibus Aprorum retinemus nobis caput et ungulas, et in venationibus Ursorum en-

chiam (c'est-à-dire la hanche ou eschinée) et plantas Cervorum et Bicharum espaulam. Item retinemus nobis solvoragium.est Animalium, omnium hominum extraneorum, sicut est levart 'consuetum , et omnes nidos'avium nobilium. Un morceau excellent du cerf, que les an- | ciens chasseurs désignoient par ces mots : le fol l'y laisse. Comme qui diroit est fou qui ne prend pas ce morceau du cerf dépecé. C’est vraisemblablement de cette expression et par imitation, que nous avons formé celle de sots l’y laissent, pour désigner dans certaines volailles deux. morceaux très-délicats. qui se trouvent placés de chaque côté de l'épine dorsale. .

(11) « Messire Guillaume de Gamaches fut destitué » de l'office de grand veneur de France, parce qu'il » avoit, par plusicurs fois , fait faillir le roi Charles VI » de prendre le gibier à la Chasse, et en fut pourvu messire Loys d'Orguechin : y eut procès entre eux au * parlement pour raison de ladite destitution, le 17-jan- » vier 4414. Depuis fut ledit de Gamachés pourvu de » l'office de grand maître et réformateur des eaux et » forêts dé France.» (Du Tillet, Recueil des rois de France, leur couronne et maison, p. 306.)

(12) Le livre que le comte de Foix a composé sur la Chasse à pour titre : Le Miroir-de Phébus des déduits de la Chasse des bestes siuvaiges et des oyseaux de proie, par Gaston Phebus de Foix | seigneur de Bearn.

€ 3) Peut-être le nom de Phébus lui fut-il donné aussi à cause de son amour excessif pour la Chasse.

(14) Les princes que nomme Froissart ne furent pas

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les seuls à qui Gaston Phébus fit la guerte; il la fit encore ‘et tres-souvent au comte d'Armagnac sou voisin, avec lequel le roi l’obligea enfin de faire la paix. Cette paix fut cimentée en 1377, par le mariage du fils aîné de Gaston Phébus avec la fille du comte d'Armagnac, que sa beauté et son esprit, dit l'abbé de Choisy (Hist. de Charles V, p. 396), avoient fait surnommer /a gare -Armagnagoise. |

(15) Ce seigneur ne serait-il pas le même qu'un scigneur de Fontaines en Anjou, qui fut tué à la bataille de Cravant, vers l'an 1422, suivant ce qu’on lit dans le Jouvencel, manuscrit de M. d'Hérouville, vers la fin du recto de la feuille chiffrée 3. On péut voir l'Histoire de ce seigneur dans la Chronique d'Anjou, par Bourdigné, fol. 133, verso et autres, et fol. 136, verso, et 137, verso. a |

(16) Le duc d'Anjou, roi de Naples, étant revenu en France apres la perte de son royaume, se retira à Angers, où il se livra au plaisir de la Chasse, pour s’étourdir sans doute sur son malheur, et pour en adoucir

l’amertume. (Choisy, Hist. de Charles VI, p. 249.)

(17) Les chiens et les ofseaux du duc de Bourgogne, pour la vénerie ct la fauconnerie, étoient plus grands même que ceux du roi. (Choisy, p. 222.)

(18) Le duc de Bourgogne envoya à Bajazet douze faucons blancs pour la rançon du comte de Nevers. Zbid., 215 et 223.

(s9) Charles VII, n'étant encore que dauphin , fut attiré à la chasse dans la forêt de Villeneuve-Saint- George, par le duc de Bourgogne , dont Île dessein étoit de l’enlever, ce qu’il ne put exécuter. Le même dauphin, fils de Charles VI, ayant pris l’autorité en main, sans consulter davantage le duc de Bourgogne, accorda à tout le monde la permission de chasser, et supprima les capitaineries qui avoient été établies depuis quarante ans. C’étoit le moyen de séulager le peuple et de se l’attacher. (Choisy, Hist. de Charles VI, p. 403, 405 et 419.)

" (20) Voy. Mathieu de Coucy, Hist. de Charles VI, édit. de Godefroy, p. 671, sous l'an 14535.

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