‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiquesChapitre 31 sur 44 · A LA TROISIÈME PARTIE DES MÉMOIRFS SUR LA CHASSE · texte numérisé non relu

A LA TROISIÈME PARTIE DES MÉMOIRFS SUR LA CHASSE

(1) En ce temps (année 1463) vint devers le roy en Ja ville de Senlis , la royne Isabelle de Savoye sa femme, en petit estat : car pour le temps le roy dépendoit ( dépensoit) le moins qu’il pouoit, et entendoit à assembler trésor, tant pour rembourser le duc de Bourgogne des villes engagées sur la riviere de Somme, comme pour faire ses plaisirs, comme celuy qui aymoit merveilleusement à chasser et à voler, et donnoit largement à braconniers et à fauconniers, qui lui faisoient son déduit : à autres gens ne donnoit que pou ou néant, et ne tenoit compte de soy vestir ne parer richement; ains se vestoit le plus du temps de drap de petit pris et de pourpoints de futaine , plus meschamment que à son estat n’appartenoit : ains aymoit tous ceux qui ayans à besongner à luy venoient devers lui en simple estat. Il ne diminua tailles ne subsides en son royaume , ains en mettoit sus des nouvelles tous les jours , dont son peuple fut grandement foullé et travaillé. ( Monstrelet, vol. 3, fol. 96 verso et 97 recto.)

(2) En ce tems retournerent du royaulme d'Angleterre

monsieur l'amiral et autres dessus nommés, qui ainsi s’en estoient allés avec ledit de Warvich , audit pays d’Angleterre, lesquels y demourerent longuement, et n’y firent riens. Et par eux ledit roy d'Angleterre envoya des trompes de chasse ct des bouteilles de cuyr, à l'encontre des belles pieces d'or, couppe d’or, vaisselle , pierreries et autres belles besongnes , que le roy et autres seigneurs avoient donnés audit de Warvich, à son parlement de Rouen. (Chronique scandaleuse de Louis XI, à la suite de Commines, édit. de Godefroy, 1714, p. 415).

(3) Jacques de Fouilloux, gentilhomme poitevin, qui mourut sous le règne de Charles IX, auquel il dédia un ouvrage qu'il composa sur La Chasse, parle beaucoup d’un chien nommé Souëllard , dont on tira une nouvelle race sous Louis XI. Voy. la Vénerie de Jacques de Fouilloux.

(4) L'abbé Goujet, parlant de l’anonyme auteur du Traité du Nouveau-Monde, dit : « J'ai beaucoup moins » compris le but d’un autre petit poëme de douze » feuillets, qui a été imprimé in-4° sans date, en ca-

ractéres gothiques. Ce poëme est intitulé : Le Livre » de la Chasse du grand séneschal de Normandie : et » les dits du bon chien Souillard, qui fut au roy Loys » de France onzieme de ce nom. Si c’est une allégorie, » elle est si enveloppée, que je n’y ai rien entendu. » L'anonyme y loue également la Chasse, les chiens » qui y servent, et la beauté qu'il ne désigne point. »

(Biblioth. Fr.,t.IX, p. 421, 422 e

(5) Mézeray, t. Il, p. 191, 192, de sa grande His-

toite , parlant de la liberté avec laquelle on'se vengeoit après la mort de Louis XI, de la dureté de son gouvernement, et des propos qu’on se permettoit sur son avarice sordide, dont il restoit des monuments authentiques à la chambre des comptes, ajoute ces mots : » Néanmoins que pour ses pläisirs rien ne lui avoit esté » cher, spécialement pour la Chasse et pour les femmes; » car pour la Chasse il avoit entretenu des légions de + chiens, d'oiseaux, de veneurs et de fauconniers, s’es- > tant rendu si jaloux de cet exercice, qu’il l’avoit dé- » fendu sévèrement sur peine de la corde même aux » ‘gentilshommes, si bien que de son regne c’étoit un »’hien plus grand crime d’avoir tué un cerf qu’un » ‘homme, de quoi ils faisoient d’étranges contes. » Louis XI aima la Chasse jusqu’à sa mort, qui arriva en 1483. Durant sa maladie au Plessis-lès-Tours, comme il ne pouvoit plus prendre ce divertissement , on attra+ poit les plus gros rats qu'on pouvoit, et on les faisoit èbasser par des chats dans ses appartements pour l’a-

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muser.

(6) On peut voir dans Godefroy ( Observations sur l'Histoire de Charles VIII, p. {07 et suiv. ), les représentations que la noblesse fit à ce prince dans l’assemblée des États en 1484, au sujet des atteintes portées à leurs droits de Chasse par son prédécesseur, et les réponses favorables que le roi fit à chacun des articles de leurs

doléances.

(7) On sait de quelle manière Charles VIII fut élevé. Il passa toute sa jeunesse dans le château d'Amboise, où Louis XI son père le tint séquestré du monde en-

tier; il vouloit, conformément aux principes de sa dé-

fante politique, que son fils. vécût ignoré autant qu'i-

gnorant. Dubouchage encourut l’indignation de Louis XI

pour avoir uu jour, par complaisance et par pitié, mené

le dauphin à la Chasse. Voy. la nouvelle Histoire de ç

Marie de Bourgogne, p. 275. “ ;

(8) Parmi les Lettres de Louis XII, imprimées à Bruxelles-en* 1712, on trouve, t. II, une lettre de Jean Caulier, datée d’Amboise, à Marguerite d'Autriche, pour lui faire part de la réception qui avoit été faite en France à son ambassadeur, en 1510. « Cet évêque (de Gurce), » dit-il, p. 42, fut mené à son logis, où il ne fut demi- » heure, que le roy ne l’envoyast querir pour aller à » la Chace, où il fut environ une heure, et n’y eust » prinse que d'ung lievre, que print un léopard. A la » p. 43, il ajoute : Et à l’après souper, environ entre » quatre et cinq, ledit sieur dé Gurce et nous alasmes » aveëq le roy chasser au parcq, où il fut tué un san- » glier, et prins par un léopard, deux chevreux cn notre » présence et tout auprès de nous; ce fait ledit roy yscit » hors dudit parcq et fist monstrer son écurie ». Ce passage et ce qu'on a dit des Chasses de Jean Galéas, duc de Milan , rendent très-vraisemblable ce qui a été rapporté de Charlemagne dans la première partie de ce Mémoire, où il a été fait mention des lions que ce prince avoit dans ses équipages de Chasse. C’étoit, selon toute apparence, des léopards, qu’on aura pris pour des liops.

(9) André des Borgo informant Margueri te d'Autriche des conférences qu’il avoit eues avec Louis XIL, dans sa lettre datée d'Equirie près la Hérounière, du 27 avril

1511, lui mande : « Madame, hier matin me partis de » Lyon; et m'en alis à la Héronniere où est le roy, » lequel demeurit tant tard à la Chasse, que ne puis » parler à luy, et fus contraint de venir ici, à mon logis » loingtain de celluy du roy une lieuc et demie; ce matin » me suis tiré pardevers lui, lequel j'ay trouvé à table, » et après beaucoup de devises de plaisir, tout inconti- » nent qu'il a eu disné, s’est retiré en sa chambre avec

» moi. » ( Lettres de Louis XII, t. IT, p. 189.)

(10) Olivier de la Marche, p. 98 de l’Introduction à ses Mémoires, édition de Gand, parlant avec éloge de l’archiduc Maximilien , s'exprime ainsi ::« Combien que » ce fut lors un jeune prince, qui volontiers et moult » bien joustoit et tourvoyoit et aimoit le deduit des » chiens et d'oiseaux sur tous autres princes du monde, » toutesfois il eslonga (éloigna veriueusement toutes ces » plaisances, pour aller faire lever le siege d'Utrecht: » Marie de Bourgogne, femme de l’archriuc Maximilien, mourut le 25 mars 1482, d'une chute de cheval qu’elle fità la Chasse du héron , étant grosse. Voy. la nouvelle histoire de Marie de Bourgogne, pag. 279, et l'abrégé chronologique du président Hénault.

(14 ) François I* est appelé le pére des veneurs par Fouilloux , pag. 4 de sa Vénerie. Il fut aussi proclamé pére des arts et des sciences , à son convoi funèbre, par les crieurs publics de Paris, suivant la relation, de ses obsèques, au cinquième vol. de du Bellay.

(12) Guillaume Cretin a vécu sous Charles VIIT, Louis XII et François 1°". Il était chantre de la sainte chapelle

de Paris, et jrésorier de celle de Vincennes. À ces titres il joignait celui de chroniqueur.ou historiographe du roi.

Il se nomme quelquefois Dubois, soit par sobriquet i soit que ce fût un nom de seigneurie, comme on peut le voir par le commencement d’une épiître qu'il adresse à frère Martin » religieux Célestin.

Le gros Dubois, aliäs dit Cretin, En plumestant sur son petit pupitre, À minuté cette présente épître, Pour l'envoyer à frère Jehan Martin.

Cretin passoit pour le coriphée des poëtes de sôn temps. Sa muse est gaie ,- vive et facétieuse; si ses plaisanteries sont quelquefois de mauvais goût, c’est son siècle qu’il faut en accuser plutôt que son esprit. Celle de ses poésies qui a la Chasse pour objet est intitulée : Le Débat entre deux dames sur le passe-temps des chiens et des oiseaux, Voiei comme il décrit un retour de Chasse :

Joyeux devis se mirent à Penchère, Menus propos furent en avant mis, Ainsi que on fait entre les bons amis.

On chante, on rit, on s’accole, on se baise.

Cependant le souper s'apprête.

On perce vins, on larde venaison,

Poulets , pigeons ne se sauvent, ne oison.

Les amoureux se devisent aux dames, Comptent leurs cas, jurent Dieu et leurs ames Que leur amour , tant les tourmente et nuit, Qu'ils n’ont repos la seule heure de nuit,

Font des piteux , soupirent et lamentent ; Mais pour certain je crois qu’en cela mentent.

Voÿ. la Bibl. fr. de l'abbé Goujet, t. X, p. 23, art. de Guillaume Cretin.

(13) L'aventure de François 1®:avec le comte Guillaume, dont le récit se trouve dans les Cent Nouvelles de la reine de Navarre, y est rapportée de façon à faire croire que ce n’est point un conte fait à plaisir, comme plusieurs autres histoires fabuleuses qui font partie de ce roman. Voy. la dix-septième nouvelle de la seconde journée, pag. 291 et suiv.

(14) Le roi (François I« ), dit M. de Thou(t.I. Liv. IT , p. 180 de son hist.), se sentoit extrêmement tourmenté d’un ulcère incürable, qui lui étoit venu vers le fondement, dès le temps que l’empereur passa par la France pour aller en Brabant, et qui s’étoit peu à peu étendu jusqu’à la vessie. Cet ulcère invétéré lui ayant enfin causé la fièvre , il voulut aller dissiper sa mélancolie dans une magnifique maison de plaisance qu'il avoit fait depuis peu bâtir au bout de la forêt de Saint-Germain. De-là il alla à Dampierre, près de Chevreuse, ensuite à Limours et à Rochefort, qui sont des pays de Chasse. Mais comme il s’en retournoit à Saint-Germain, la fièvre, qui d’intermittente étoit dégénérée en continue, l’obligea de s'arrêter à Rambouillet, où4l mourut le dernier jour du mois de mars 1546 , après"avoir vécu cinquante-deux ans six mois et dix-neuf jours , et régné trente-deux ans trois mois moins un jour.

François I°, suivant Brantôme (Cap. fr., t. Ï,

p- 254), se détermina à conclureleconcordat avec LéonX, afin d’être en état de récompenser les services de sa noblesse par le don des abbayes et des biens de l'Église, dont il aimait mieux la gratifier que d’en laisser la jouissance à des « moines clostraux, gens inutiles, qui ne servaient à rien qu'à boire et à manger, taverner , jouer, ou à » faire des cordes d’arbaleste, des poches de furets, à + prendre des connils (des lapins), à siffler des linottes.» Voilà leurs exercices, dit-il: encore étoient-ce les plus innocents.

Le goût de la Chasse étoit si général et si répandu alors, que les ouvrages même de dévotion étoient remplis de termes, d'images et de métaphores empruntés de cet exercice. On trouve dans la Bibliothèque de l'abbé Goujet (t. X, pag. 513 et 514) un Guillaume Michel, dit .de Tours, qui vivoit sous François I<. Cet abbé, parlant des ouvrages de ce poëte, s'exprime ainsi :

« Je commence par la forêt de conscience, contenant la Chasse des princes spirituels, imprimée en 1516. L’idée de ce livre est singulière. Sous l'emblème d’une Chasse, l’auteur veut apprendre à poursuivre les péchés, qui sont les bètes les plus dangereuses qui puissent ravager la forêt de conscience, c’est-à-dire l’ame chrétienne. Pour exciter les ames chrétiennes à selivrer à cette Chasse, il entre dans le détail des péchés les plus connus, il en expose les effets, il en peint la difformité; il décrit les ravages qu'ils font dans le monde et dans les divers états qui composent la société ; il montre les obstacles qui s'opposent à leur poursuite. Mais plus ces obstacles sont grands, plus il exhorte à se munir de toutes les armes qui sont nécessaires pour faire une Chasse heureuse. La crainte de Dieu, son amour, la confession , la pénitence,

la satisfaction , la retraite, la fuite des occasions, voilà les cors, les chiens, les armes que son chasseur spirituel doit employer , et les gardes qui veillent sur la forêt On voit que tout cela ouvre un vaste champ à la morale. Quand l’auteur se sent fatigué de parler en vers, il a recours à la prose, qui est également dans le style figuré. »

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