QUATRIÈME PARTIE
TanT que François I“ vécut, on avoit pu présumer que l’ardeur que montroit Catherine de Médicis pour la Chasse, n'étoit de sa part qu'une ruse politique pour s'insinuer davantage et plus facilement dans les bonnes grâces du roi. Les courtisans, qui supposent toujours des vues profondes aux actions les plus ordinaires des princes, dirent alors que ce goût si décidé en apparence pour la Chasse entroit dans le projet que cette princesse, fine et habile, avoit formé de né jamais quitter le
-roi, d'observer de plus près ses démarches, et de pénétrer ses plus intimes secrets. Peutêtre ne $e trompoient-ils pas tout-à-fait dans leurs conjectures; mais toute la suite de la vie de Catherine de Médicis fit voir que le plaisir de la Chasse n’en étoit pas moins chez elle une passion dominante. Le roi Henri II ne lui cédoit guere par son amour pour la Chasse; non content de se livrer sans réserve à tous les exercices les plus violents, il chas-
soit dans toutes les saisons de l’année à la grosse bête, et surtout le cerf.
A l’ancienne race des chiens gris venue de ses prédécesseurs, il en ajouta une nouvelle de chiens blancs, qu'il avoit mise au monde, dit Brantôme, plus roides .que les gris, mais non st assures, et d'aussi bonne créance que les autres. La Chasse aux toiles, et la volerie des oiseaux n'étoient pour lui qu'un délassernent.
«L'an 1550, il publia un édit-pour fixer le prix du gibier, et pour défendre aux paysans et aux artisans toute espèce- de Chasse. M. de Thiou attribue ce réglement au désir de réformer les exces et la somptuosité dans les tables, et de mettre un frein au luxe *. Il est plus naturel de penser que l'envie de maintenir les droits de la noblesse, et la crainte de voir tous les pays de Chasse dévastés par une liberté trop générale , furent les motifs qui l'engagèrent à publier cette loi. L'invention de l’arquebuse, dont on commençoit à faire usage , fournissoit à tout le monde des facilités pour la Chasse, dont il importoit de prévenir l'abus".
Jodelle, poëte du temps, dédia au roi une ode sur la Chasse , et Le Blond, autre poëte,
* DeThou,t.1,1. V, p. 401 et suiv.
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 353 publia, en 1553, un poëme intitulé : le Temple de Diane, et plaisir de la Chasse, dont l'abbé Goujet a donné un extrait“. Ce poëte, à limitation de La Bigne, ose mettre en parallèle la mélodie des chiens de chasse, et celle des chantres de la chapelle du roi. Il pousse même la comparaison jusqu’à l'indécence la plus outrée. Son imagination déréglée lui fait trouver des rapports entre les églises collégiales, les chanoines, les chapelains, les chantres, les cloches, les orgues, le béritier, le parfum de nos temples, et l’aboi des chiens, les sons du cor, les oiseaux, les fumées, l'odeur des bêtes. Enfin, ce poëte viole si ouvertement toutes les bienséances , qu’on diroitque l'amour
de la Chasse lui a fait perdre le jugement.
La régence de Catherine de Médicis, après la mort de Henri ÎI qui périt victime des exercices qu’il avoit trop aimés, fut un temps de triomphe pour la vénerie. Plus maîtresse que jamais de suivre ses goûts, elle montra pour la Chasse une passion toute nouvelle, et s’attacha à inspirer le même goût aux princes ses fils. Voici le portrait que Brantôme nous a laissé de cette reine.
* Tome XI de sa Bibl., p. 107.