TOME Ile
« Elle a toujours fort aimé, dit-il, d'aller
à cheval jusqu’à l’âge de soixante ans ou plus, qui pour la foiblesse l'en privèrent, en ayant toutes les envies du monde : car c'étoit l’un de ses plus grands plaisirs à faire de grandes traittes, encore qu’elle en fût souvent tom-— bée au grand doramage de son corps; car elle en fut blessée plusieurs fois, jusques à rupture de jambe et blessure de tête, dont il l'en fallut trépaner, et lorsqu'elle fut vefve et eut la charge du roi et du royaume , accompagnoit toujours le roï et le menoïil avec elle, et tous ses enfants, et quand le roi son mari vivoit, elle alloit quasi ordinaire-
ment avec lui à l'assemblée du cerf et des
autres Chasses. S'il jouoit au pallemail, elle le vouloit voir le plus souvent jouer, et y jouoit elle-même. Elle aimoit aussi fort à tirer de l’arbalète à jallet, et en tiroit fort bien, et toujours quand elle s’alloit promener, faisoit porter son arbalète, et quand elle voyoit quelque beau coup , elle tiroit.»
François II donna un spectacle fort extraor-
dinaire à toute sa cour ; lorsqu'étant à Saint- Germain — en = Laye, il lui prit envie d'aller voir les cerfs en amour, accompagné des princes ses plus familiers, et de quelques grandes
dames et filles que je dirois bien ; c'est encore Brantôme qui parle”. Il n'en falloit pas tant pour aiguiser les langues des médisants ; l’un d'eux en parla dans des termes dont l'historien ne fait point grâce à la modestie du lecteur ; ces propos , indiscrètement hasardés, ne manquérent pas, suivant l'usage, de revenir aux oreilles des princes ct des dames. Le critique téméraire sentit bien qu'il ne pouvoit pas rester pluslong-tempsà la cour,sans s'ex poser à quelque revers éclatant : il prit.le parti: de se retirer avant que l'orage vint fondre sur lui. Fran: cois II n'étoit pas d'humeur à souffrir ces pestes de la société, dont là malignité ne respecte rien, et qui se font un jeu de la réputation des dames. Si son règne eüt été plus long, il auroit réprimé cette licence. Brantôme, qui lui fait, avec raison, un mérite de ces louables dispositions , auroit bien dû profiter de la lecon, pour s'interdire une foule de traits satiriques qu'il lance contre les plus grandes dames de la cour, et ces propos licencieux qu'il se permet si souvent dans ses ouvrages.
Charles IX fut beaucoup moins sévère à cet égard que son prédécesseur. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire, dans un ample traité de la Chasse, composé de son temps, les discours que
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l’auteur fait tenir aux chasseurs buvant ensemble , et s'entretenant de leurs bonnes for. tunes, dans leurs assemblées. On a peine à comprendre qu'un officier de la vénerie du roi ait osé mettre sous les yeux de son souverain de pareilles indécences, dans un ouvrage qu’il lui dédioit. Au reste, ce traité renferme sur la Chasse plusieurs particularités intéressantes que je ne dois pas négliger.
L'auteur, Jacques de Fouilloux , après avoir parlé de ses qualités, et du goût qu'il eut des son enfance pour marcher sur les traces de ses pères, qui volontiers aëmèrent filles, armes et vénerie, nous instruit de toutes les pratiques du noble métier de la Cahsse; et, entre autres, d'un usage assez singulier qu'on pratiquoit alors, et qui consistoit à enfler avec des soufilets d'orgue des lits et matelas de peau, sur lesquels les chasseurs , arrivés au rendez-vous, . s'étendoient pour écouter la voix des chiens. L'auteur répète une partie des burlesques hyperboles qu'avoit employées avant lui Gaston Phébus ; il dit que la Chasse fut toujours aiméé des princes, des grands seigneurs et des gentilshommes, surtout de ceux de la France nourrice de toute noblesse, et fontaine des arts et sciences.
Lorsqu'il est question de l’art de sonner, Fouilloux déclame avec force contre le relàchement introduit dans la pratique de cet exercice merveilleux; il prend le ton d’un veneur qui auroit une mission particulière pour précher la réforme : il rappelle les heureux temps où cet art, cultivé avec soin, charmoit les oreilles des chasseurs, et faisoit entendre aux chiens tout ce qu'ils devoient faire. « Tant d'hommes, » dit-il, portent la trompe qui n'y entendent » rien et font plus de tort aux chiens que de » plaisir. » Il gémit de voir les princes et les seigneurs , aveugles par les richesses, abréger leurs jours, perdre leur ame, renoncer à la douce et innocente félicité dont on jouissoit dans les siècles fortunés, où les forêts reten— tissoient continuellement du son harmonieux des trompes, mélé au bruit des bouteilles et des flacons. « On ne sait pas, ajoute-t-il, son- » ner de la trompe et parler aux chiens avec » ces cris et ces langages plaisants, comme les » héros de l’art des corneurs, le duc d’Alençon, Huet de Nantes ,et de sire de Mantmo- » rency, qui se faisoient entendre pardessus » les autres veneurs. Aujourd'hui les piqueurs , nese font plus un plaisir comme nos an-
» ciens de voir courir, chasser et requêter les » chiens ; ils ne cherchent qu’à satisfaire l’im-— » patience qu'ils ont de voir prendre ou mou- » rir un Cerf; à peine sont-ils au lancé qu'ils , » voudroient én être à la curée. » Ces lamentations, qui nous paroissent risibles , partoient de cet enthousiasme qui caractérise les vrais amateurs en tout genre, et qui souvent leur fait trouver des charmes dans les objets que la multitude envisage avec la plus froide indifférence. | Charles IX, à qui Fouilloux dédia son livre, devoit se reconnoître au portrait qu'il fait des veneurs impatients. Ce prince entreprit ce qu'aucun autre n'avoit osé faire avant lui; il attaqua un cerf à vue ; et, sans aide de chiens courants ni de levriers, sans prendre même de relais, il le poursuivit par monts et par vaux à Course de cheval avec tant de fureur, qu’enfin le cerf fut forcé et rendu. Jean Antoine deBaïf * célébra cet exploit dans une piece de vers, où Charles est comparé à l’Hercule -de là fable. On juge bien que dans ce parallèle tout l'avantage est du côté du monarque. Un autre poëte eut un plus beau sujet pour exercer sa vérve, lorsqu'il célébra la Chasse
que fit Charles IX pour détruire un loup furieux, et venger une multitude de malheureux qu'il avoit dévoreés.
Ce prince, livré tout entier à ses plaisirs, abandonnoit les soins du gouvernement à la reine sa mère, et au duc d'Anjou son frère. Un dépit soudain lui fit changer de résolution ; tout-à-coup il quitta ces amusements pour ne s'occuper que des affaires. Le duc d'Anjou, appelé au trône de Pologne, imaginoïit sans cesse des prétextes pour éloigner l'époque de son départ. Charles n'avoit pris le parti de se méler du gouvernement que pour vaincre l’indécision de son frère, et lui donner des dégoûts qui pussent le déterminer à partir. A la fin perdant patience, il jura Dieu, et déclara hautement que son frère ou lui sortiroit du royaume, et qu'en vain sa mére s'y opposeroit .
L'absence du duc d'Anjou, qui partit enfin pour la Pologne, rendit le roi àses premières inclinations : il s'abandonna de nouveau à ses plaisirs avec si peu de ménagement qu'ils fu rent cause de sa mort. Ce prince décéda dans la vingt-quatrième année de son âge. Quelquesuns ont dit qu’il mourut pour avoir trop sonné du cor.
Brantôme, empruntant le langage des poëtes, met en problème si sa mort doit être attribuée aux excès de Vénus ou-à ceux de Diane. En parlant des amours de ce prince avec sa liberté, ou plutôt sa licence ordinaire, il rapporte les propos que lui tint une dans de la cour, piquée du peu de goût que ce prince montroit pour les femmes, dans sa premièré jeunesse. « Vous faites, lui disoit-elle, plus de cas » de la Chasse etde voschiensque de nous auv tres. » Par cette raison, Brantôme croit que Charles fut plutôt la victime de Diane. « Pour » quant à l'exercice de Diane, dit-il, je le » crois fort; car il y étoit violemment adonné, » fut à courir et à piquer après le cerf, fut à » beau pied, à le détourner avec le limier, et » y étoit si affectionné qu'il en perdoit le dor- » mir, , étant à cheval avant le jour pour y » aller, et se peinoit aussi fort à appeler les » chiens, fut de la voix, fut de la trompe.»
Charles IX nous a laissé un monument de son amour pour la Chasse, dans un traité qu'il dicta lui-méme à son secrétaire Villeroi, et qui ne fut publié qu'après sa mort ‘. D’autres auteurs, pour lui plaire, avoient écrit sur la même matière ; on distingue, dans le nombre, Claude Binet, qui composa une espèce de
poëme, sous le titre de Chant forestier ou le Chasseur 1.
Jamais on'ne vit e deux extrêmes se suc— céder si subitement que dans l'instant où Henri III succéda lui-même à son frère Charles IX. La cour, qui venoit d’être le théâtre de l’activité la plus impétueuse, devint touta-coup le centre de la mollesse la plus efféminée. Henri, dont l'exemple n’inspiroit que l'indolence et la volupté, auroit anéanti jusqu'aux dernières traces de la ‘valeur nationale , si ce sentiment pouvoit s’éteindre dans le cœur des François. Ses courtisans, livrés à une vie molle, paroissoient cependant des hommes tout différents lorsqu'il s'agissoit de faire quelque actiôn de bravoure ; c'étoit aussi la seule vertu par laquelle ils tenoient encore aux anciennes mœurs. Les exercicés de la Chasse cessèrent d’être un arausement pour eux, et les délices d’une oisiveté sensuelle devinrent leur unique délassement aprés | les fatigues de la guerre:
Le roi avoit des chiens pour sa vénerie, mais il n'en faisoit aucun usage. Quel goût pouvoitil avoir pour ces animaux fiers et vigoureux, lui qui avoit mis toute son affection dans une nouvelle espèce de chiens, connus sous le nom
362 | MÉMOIRES de chiens de Lyon, et dont jusqu'alors il n’a— voit jamais été question à la cour de nos rois.
Ces chiens, qui étoient de la plus petite taille , devinrent la passion de Henri. Il en portoit ordinairement plusieurs dans un panier pendu à son cou en écharpe. C'est ainsi qu’on le voit représenté dans quelques-uns de ses portraits; c'est dans ce bizarre ajustement qu'il donnoit audience aux ambassadeurs ; il ne le quittoit même pas lorsqu'il entroit dans les églises pour assisterà la prédication. L'entretien de ces misérables animaux montoit à des sommes exorbitantes. Voici ce que nous en dit M. de Thou, dont je vais rapporter les propres paroles. |
« Le roi, ayant demeuré quelque temps en » Bourbonnois, alla à Lyon pour être à portée » de ses deux favoris, qui marçhoient chacun » avec une armée; Joyeuse du côté de l’Auver- -» gne et du Gévaudan, et Épernon du côte de » Ja Provence. Pendant qu'il étoit à Lyon, » aussi tranquille que si tout le royaumé eût » joui d'une paix parfaite, il s’attacha à ras- » sembler de ces petits chiens dont on est fort » curieux dans cette ville. Tout le monde fut » très-surpris de voir un roi de France, au milieu d'une guerre si terrible, et dans une
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disette extrême d'argent, donner à de semblables plaisirs tout ce qu'il avoit de temps
et toutes les sommes qu'il pouvoit rassem-
bler. En effet, quelque prodigue que fût ce prince, si l'en compare les profusions de sa maison avec celles qu'il fit à Lyon,
pour des chiens, on trouvera ces dernières
infiniment au-dessus des autres ; sans compter les dépenses en chiens de Chasse et en oiseaux de proie, qui vont toujours à des sommes. considérables par an dans les mai-
» sons des rois, il lui en coûtoit tousles ans plus
de cent mille écus d'or pour de petits chiens de Lyon, et il tenoit à sa cour, avec de gros ap-
DOS multitude d'hommes et de
femmes qui n ’avoient d'autre emploi que de les nourrir. »
Un prince ‘est ons à plaindre quand il …
craint pas de se dégrader par des fantaisies si humiliantes. Mais c'est trop nous arrêter à des temps qui n’offrent au souvenir de la postérité que des horreurs dignes d’être à jamais ensevelies dans l'oubli; je me hâte.de passer à un règne plus glorieux, et de me prévaloir de la célébrité d’un de nos plus grands rois, pour relever mon sujet aux yeux des j juges les plus sévères. ,
Henri IV, qui, dans les montagnes de Béarn, autrefois le théâtre des Chasses de Gaston de Foix, avoit reçu une éducation dure et austère, acquit de bonne heure cette force de corps dont il eut besoin pour supporter les fatigues d'une vie toute militaire. Il excella dans tous les exercices qui demandent de la vigueur , de l'adresse et de l’agilité : il y surpassa tous ceux des gentilshommes et des guerriers de son siècle , qui avoient retenu l'esprit et les mœurs de notre antique chevalerie. On peut voir dans les Mémoires de Sully le détail de tant d'exercices différents : il rendra croyable ce que j'ai dit ailleurs du maréchal de Boucicaut.
De tous les exercices, celui de la Chasse fixa plus particulièrement la constante prédilection de Henri. Son précepteur, Florent Chrétien *, remarqua dans son élève ce goût naissant, et voulut sans doute le flatter en lui dédiant sa traduction de la vénerie d'Oppien. Henri aimoit, dit M. de Sully, « toutes sortes de Chas- » ses et de voleries, et surtout les plus péni- » bles et hasardeuses, comme ours, loups, » sangliers ; il chassoit aussi les cerfs, che- » vreuils, renards, fouines et lievres ; vols » pour héron, oiseaux de rivière , milans, hi- » boux, corneilles , perdrix , à la terrasse, aux
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 365 » chiens couchants, et aux canards avec les » barbets *.»
La Chasse lui fournit des ressources dans plus d’une occasion. Il racontoit lui-même à Sully qu'étant prisonnier en 1584, et ne sachant à quoi s'occuper, il charmoit ses ennuis en s'amusant dans sa chambre à faire voler des cailles. Deux ans après, ayant sujet de craindre les mauvais desseins d’une cour défiante , à qui il étoit toujours suspect, et qui le faisoit observer continuellement , il résolut de s'affranchir d'une contrainte peu convenable à son carattère. Il feignit de vouloir aller chasser dans la forêt de Senlis : il y alla effectivement courir le cerf ; mais sur le soir il s'écarta, et au lieu de revenir à Paris, il prit la route du Maine , et courut chercher, loin de la cour, la liberté dont il n’avoit depuis long - temps que les apparences *.
Son intrépidité naturelle le portoit quelquefois aux plus indiscrètes témérités. Devenu roi de Navarre, il se plaisoit à chasser lesours dans les montagnes du pays de Foix, où il faisoit sa résidence ordinaire, et ne craignoit point de braver la fureur de ces féroces animaux. La
* Mém. de Sully,'t. XIE, p. 289.
cour de France s'étant transportée dans ses Etats, il ne fitaucune difficulté de proposer aux dames un si terrible divertissement ; mais on leur en représenta si vivement les périls, qu’il ne fut jamais possible de vaincre leur frayeur. Elles eurent grande raison de s'en defendre : car cette Chasse eut de funestes suites. Deux ours démembrerezt deschevaux d’assez bonne taille; quelques autres forcérent dix suisses et dix arquebusiers. Un dernier , des plus grands qu'on püût voir, étant percé de plusieurs coups d'arquebuse, et emportant six ou sept tronçons de piques brisées sur son corps, embrassa sept ou huit hommes qu’il trouva sur le sommet d’an rocher, avec lesquels il se précipita en bas, et ils furent tous mis en pièces.
Parvenu au trône, Henri IV ne perdit aucune occasion de satisfaire son goût pour la Chasse ; il s'y exerçoit sans cesse à Saint-Germain-en-Laye , à Folembrai dans la forêt de Couci, à Fontainebleau, à Monceaux, dans tous les lieux abondants en gibier. Rien ne pouvoit l'arrêter, ni le mauvais temps, ni l’intempérie de la saison la plus rigoureuse, ui même le dérangèment de sa santé. M: de Praslin écrivoit de Fontainebleau à M. de Sully: « Depuis vous avoir laissé, je trouvai le roi
» qui chassoit à la volerie, laquelle finie, nous » chassâmes aux loups et pour la fin nous » courûmes un cerf qui dura jusqu'à la nuit, » qui nous fit l'honneur de nous accompagner » trois ou quatre heures durant. Si le plaisir » fut grand, la peine ne fut pas moindre; car » après tout cela, il nous fallut faire retraite » de six grandes lieues tous mouillés que nous » étions, hormis le roi, qui changea de tout. » Au retour de tout cela je ne pouvois man- » quer de trouver sa majesté de bonne hu- » meur, quoique fort lasse; car nous étions » demeures vainqueurs de toutes les bêtes » que nous avions attaquées. » Dans la même lettre il ajoute, en finissant, que le roi s’étoit amusé toute la matinée et une partie de Re à visiter tout ce qu'il faisoit faire, et qu'au retour de son parc il avoit eu un péu de fièvre*.
Les propres lettres de Henri IV sont des monuments de soni ardeur pour la Chasse. En parlant d’affaires avec ses ministres, et d'amour avec. ses maitresses ; il leur fait part de ses courses dans les forêts. Il leur en parle dans des termes qui expriment tout le feu de sa
* Mén. de Sully, t. IX ; p. 292 et 293.
passion pour cette espèce de plaisir. « Mon » cher cœur, écrit-il à une maitresse, j'ai pris » le cerf en une heure avec tout le plaisir du » monde. » D’autres fois : « Je pris hier deux » cerfs; je vis jouer des comédiens où je m’en- » dormis. » Un jour il mande : « J'ai pris trois » cerfs aujourd'hui, de quoi je suis bien mar- » ris, je suis fort las qui me fait finir. » Un autre jour : « J'ai pris aujourd’hui deux cerfs, » et je me porte bien”. »
L'auteur anonyme de lHistoire de ses amours, publiée avec quelques-unes de ses lettres à ses maîtresses, nous assure avoir appris d'un homme de condition qui accompagnoit ce prince dans toutes ses.Chasses, que jamais on ne lançoit un cerf qu'il n’ôtât son chapeau, ne fit le signe de la croix, et puis piquoit son cheval et suivoit le cer
Au fort de la guerre, Henri profitoit du moindre loisir qu’il pouvoit se procurer, pour méler le divertissement de la Chasse aux exploits militaires les plus périlleux. Je n’en citerai que deux exemples. Le premier concourt avec l'époque de la bataille d'Yvri. Sully, qui
* Amours et Lettres de Henri IV, p. 102, 135, 138. ** Ibid. à la suite des Amours et Lettres de HenrilV
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 369 recut à cette glorieuse journée plusieurs bles— sures, nous apprend que s'étant fait transporter sur un brancard dans son château de Rosni, peu éloigné du champ de bataille, il vit, en approchant de sa terre, la campagne couverte de chiens et de chevaux; c'étoit l’équipage du monarque victorieux, qui se délassoit ainsi des fatigues d’une action où il venoit de faire des prodiges de valeur. Bientôt il le rencontra lui-même ; qui, après avoir pris quelque repos à Rosni, s’en retournoit: à Mantes en chassant. | | .
Le second trait dont je veux parler daté de la reddition de Paris. Henri venoit de terminer le siége de cette ville, dont la conquête assuroit sur sa tête la couronne de ses pères; aussitôt il part pour Melun, est quatre jours à s'y rendre, et prend le divertissement. de la Chasse chemin faisant : déjà même il:s’oceupe des projets que son autorité mieux affermie lui permettoit de faire pour le rétablissement de Fontainebleau , où il se proposoit de goûter le plaisir de la Chasse. Cependant il faut lui rendre cette justice qu’il ne consacroit à ce noble amusement que les instants dont il pouvoit disposer sans que les affaires d'État en
souffrissent.