À LA QUATRIÈME PARTIE DES MÉMOIRES SUR LA CHASSE
r (4) Les arquebuses furent perfectionnées par M. d’Andelot, général de l'infanterie françoise, vers 1554 ; c’est à cette époque que l’usage s'en introduisit à la Chasse. Voyez Brantôme, Cap: Fr., t. IV, p. 390.
(a) « Après ledit roi Henri vint le roi François Il,
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duquel le règne fut si court que les médisants n’eurent loisir de se mettre en place pour médire des
dames, encore que s’il eût régné long-temps il ne
faut point croire qu’il les eût permis en sa cour; car c'étoit un roy de très-bon et très-franc naturel, et qui ne se plaisoit point en médisances , outre qu'il estoit fort respectueux à l'endroit des dames, et les honoroit fort; aussi avoit-il la reine sa femme, et la reine sa mère, et messieurs ses oncles qui rabrouoient fort ces
causeurs et piqueurs de langue. Il me souvient qu'une
fois lui estant à Saint-Germain-en-Laye, sur le mois d'août et de septembre, il lui prit fantaisie d'aller voir les cerfs en leurs ruts dans cette belle. forêt de Saint-Germain , et y menoit des princes ses plus grands familiers, et aucunes grandes dames et filles
» que je dirois bien. Il y en eut quelqu'un qui en voulut » causer, et dire que cela ne sentoit point sa femme de » bien ni chaste, d'aller voir de telles amours et tels » ruts des bestes, d'autant que l'appétit de Vénus les » en échauffoit davantage à telle imitation -ettelle vue, etc. » Le roi le sçut , et les princes et les dames qui l’avoient » accompagné. Âsseurez - vous que si le gentilhomme . n’eüût aussitôt escampé il eût esté très-mal ; il ne pa- » rut à la cour qu'après la mort du roi et son règne. »
( Brantôme, Vies des Dames galantes, t. II, p. 466 et 467.) |
(3) Baïf (Jean-Antoine de ), édit, de Paris, 1573, 1. II de ses poëmes, fol. 56 , verso , et 57, recto et verso, employa ses talents poétiques à célébrer les exploits du roi Charles IX à la Chasse; il ne fit pas dificulté de le comparer à Hercule, et même de lui adjuger la préférence sur ce héros. Voici les vers qu’il adressa au Monarque : |
Au mont Ménalien, Hercule si bien guette,
Comme dehors du fort l'estrange cerf se jette,
Cberchant son viandis , que d’un trait non fautif .
Il traverse le flanc de ce monstre fuitif;
Mais vous, non pas d’aghet, combien que d’embuscade,
Vous peussiez le tirer de seure arquebuzade,
Trop plus juste tireur que ce vaillant archer ;
Mais tout ouvertement vous aimastes plus cher,
À course de cheval le poursuivant a veue,
Une Chasse achever non encore cogneue ,
Ny faicte d’aucun roy. Sans levriers, sans clabauts,
Avez forcé le cerf et par monts et par vaux,
Maumené de vous seul, monstrant que la vitesse Ne sauve le couart, quand le guerrier le presse.
3go MÉMOIRES :. : :.
C’est le cheval guerrier qui,.sous un roÿ vaillaüt, . Magnanime, guerrier, non vaincu, bataillant, ” ‘‘Orgueilleux de sa charge, et de course non lente, ‘” Acconsuivit la beste en ses membres tremblante, Bt sous vostre esperon légier ôbéissant, ©. De la prise espérée ‘vous rendit jouissant. Que ne suy-je Conon, maistre en la cognoissance Des astres du haut ciel ! là haut vostre semlblance En veneur estoilé, la trompe sous le bras, L’épieu dedans le poing, vostre cheval plus bas, D’estoiles flamboyroit. Orion qui menace La tempeste et l'éclair, vous quitteroit sa place, Non pour donner l'orage aux humains malheureux, Mais pour favoriser les veneurs bienheureux. __ Moy donc (ce que je puis) vous, mon grand roy je chante, Avecque le cheval, la beste trébuschante, Au coup de votre main, sur un chesne branchu, Vouant du chef du cart le branchage fourchu, Le roy Charles neufvième, et premier qui a vue, ‘Sans meute, sans relais, à la beste recrue, + Piquant et parcourant fait rendre les abbois, - En consacre la teste à la dame des bois.
(4) « Enfin tout étant prêt pour le ‘départ du roi de » Pologne , il sortit de Paris le 28 de septembre. Le » roi qui ne s’occupoit auparavant que de la Chasse, » sembloit avoir remis son aujgrité et toutes les affaires » de l'État entre les mains de son frère; mais voyant » que ce dernier reculoit toujours son départ, et qu'il + ne cherchoit qu'un prétexte pour passer l'hiver à » Paris, il changea tout d'un coup comme un homme » qui se réveille d’un profond sommeil. Piqué de tous » ces retardements, il jura Dieu, ce qui lui étoit très- » ordinaire par la mauvaise édugation qu'on lui avoit » donnée, et il déclara qu'il falloit que son frère ou lni
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» sortit à l'instant du royaume , et qu'en vain sa mère » entreprendroit de l'empêcher.» ( De Thou, liv. 57, t. VII, p.14.) |
(5) L'auteur du Journal de Henri III, édit. de 1719, p.34, après avoir fait le récit de la mort de Charles IX, âgé de vingt-trois ans, dit que ce prince aimoit trop la Chasse. M. de Thou ajoute que la passion de ce jeune monarque pour cet exercice le rendit cruel. Cet historien remarque en même temps qu'il joignoit à ces plaieirs bizarres beaucoup de goût pour la musique et la poésie, et que peu de temps avant sa mort, il fit venir
- d'Allemagne Roland de Lasso, qui étoit au service
d'Albert, duc de Bavière. Il réussissoit lui-même dans la poésie, et faisoit cas des poëtes, dont il disoit qu’il falloit les traiter comme les chevaux efcellents : les nourrir, mais non pas les engraisser. Un de ceux qu’il estima le plus fut Pierre de Ronsard, qu’on n’a pas fait difficulté de comparer aux plus grands poëtes de l'antiquité, quoique depuis il ait beaucoup perdu de sa réputation. Ronsard fut souvent honoré des bienfaits de ce prince , mais il n’en reçut jamais de fort considérables. Le roi lui adressoit quelquefois des vers de sa composition, et nous en avons d'imprimés qui ne sont pas indignes de la majesté royale. Nous avons aussi de Charles IX un livre sur la Chasse, qu’il a dicté à Villeroy.
(6) Le Traité de Charles IX, sur la Chasse, a été imprimé pour la première fois à Paris, chez Rousset, en 1625, sous le titre de Chasse royale, composée par le roi Charles IX, in-8°. On peut vair ce que Colomiés a dit: de cet ouvrage dans sa Bibliothèque choisie.
Le MÉMOIRES
(7) Voyez la Bibliothèque francoise de l’abbé DL ) t. 12, p. 253, à l’article C/aude Binet.
(8) La traduction de la Vénerie d'Oppien, par Florent Chrestien, précepteur de Henri IV, lorsqu'il n’étoit encore que prince de Béarn, et à qui il l'a dédiée, est moins ignoréc, dit l’abbé Goujet dans sa Biblioth. fr., t. IV; p. 321 ; il la fit imprimer en 1595, in-{°. Les vers en sont alexandrins. Jean Dorat, et Jean de Lavardin , abbé de l'Étoile, ont célébré dans leurs poésies cette traduction de Florent Chrestien; elle est encore recherchée aujourd’hui.
« Florent Chrestien étoit d'Orléans , et d’une famiHe » noble, originaire des confins de Bretagne. Il avoit » une aade pénétration et une patience qui lui per- » mettoit d'exécuteæde sang froid la multitude des idées » que lui présentoit son imagination. Il avoit beaucoup » de goût pour les langues anciennes qu’il cultiva avec » succès. Le président de Thou, qui étoit son ami, dit » qu'il faisoit des vers grecs et latins si heureusement » qu’on pouvoit les comparer aux anciens. Son style est » aussi bon qu’il pouvoit l'être de son temps, mais sa », versification est dure. » C’est ainsi que s'exprime, sur le compte de Florent Chrestien, M. Le Verrier de la Conterie, auteur de l'École de la Chasse aux chiens courants, p. 22. . |
(9) Le vendredi 3 février 1576, « le roi de Navarre » qui, depuis l'évasion de Monsieur, avoit fait sem- » blant d’être en mauvais ménage avec lui, et n’affecter » aucunement le parti des huguenots, sortit de Paris, » sous couleur d'aller à la Chasse en la forêt de Senlis, » où il courut le cerf le samedi, et renvoya un gentil-
‘homme que le roi lui avoit donné lui porter une lettre en poste; et, partant de Senlis sur le soir, prit le chemin de Vendôme, puis alla à Alençon, et de-là se retira au pays du Maine et d'Anjou, où il commença à prendre le parti de Monsieur et du prince de Condé, reprenant la religion qu’il avoit été contraint d’abjurer. » ( Journal de Henri III, t. I, p.62 et 63.)
(10) Amours et Lettres de Henri IV, p.102, 135, 138.
(11) « Sa Majesté étant, dit-il, saine, gaillarde, dispote et en bonne humeur, à cause de divers bons succès: en ses affaires domestiques, et des agréables nouvelles, qu’elle avoit reçues des pays étrangers et provinces de son royaume, et voyant que le temps ‘ étoit beau, et qu’il y avoit apparence que le jour seroit serein, elle se leva de grand matin pour aller voler des perdreaux, avec dessein de revenir d’assez bonne heure pour les venir manger à son dîner, disant ne les trouver jamais si bons ni si tendres que quand ils étoient pris à l'oiseau, et surtout lorsque lui-même les leur pouvoit arracher de sa main ; en quoi toutes choses lui‘ayant succédé à souhait, il re- ». vint lorsqu'il vit que le chaud commençoit à piquer, teHement qu’étant arrivé au Louvre, ayant en sa main les perdreaux , et monté en sa grande salle , il apercut au bout d’en haut d’icelle la Varenne et Coquet qui s’étoient arrêtés à causer ensemble, attendant son retour, auquel il cria tout haut : Coquet, Coquct, vous ne nous devez pas plaindre notre dîner, à Roquelaure, Termes , Frontenac, Harambure , ni à moi, car nous apportons de quoi nous traiter. Mais allez . vitement faire coucher à la broche ; et, leur réservant
»* leur part, faites qu’il y en ait huit pour ma femme et * moi, à laquelle Bonneil que voilà portera les siens de » ma part, et lui dira que je m'en vais boire à elle; mais » je veux que l’on réserve pour moi de ceux qui ont été » un peu pincés de l'oiseau, car il y en a trois bien »- gros que je leur ai ôtés, et auxquels ils n’avoient en- » core guères touché.
» Comme un de ses officiers vint sur ces entrefaites
* lui apporter des melons : J'en veux manger aujour- » d’hui mon saoul, continua-t-il, d'autant qu'ils ne me » font jamais mal quand ils sont fort bons , que je les » mange quand j'ai bien faim, et avant la viande, + comme l’ordonnent mes médecins ; mais je veux, dit-il » en s'adressant aux quatre seigneurs qui avoient chassé » avec lui, que vous quatre y ayez aussi part; c’est + pourquoi n'allez pas après les perdreaux que vous + n’ayez vos melons, que je vous donnerai après que » j'aurai retenu la part de ma femme et la mienne, et » de quoi en donner deux à qui j'en ai promis; et comme » il eut fait ous ces partages de perdreaux et de melons, » ils’en alla en sa chambre, où en entrant il bailla deux * melons à deux des garçons qui étoient à la porte, et » leur dit quelque chose à l'oreille : alors voyant un de * ses officiers qui lui apportoit des projets de patrons de » diverses sortes d’étoffes, de tapis et de tapisseries, il « dit que ce n’étoit pas de ces viandes creuscs-qu'il lut » falloit pour le moment présent , qu'il mouroit de faim : » Je veux dîner avant toutes choses, dit-il , et en atten- » dant mieux, je m'en vais me mettre à table pour com- : mencer à manger mes melons, et boire un trait de » muscat. Il remit apres son dîner à voir ces patrons, ».et à les faire voir à sa femme et à un homme qui le
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æ -contrarioit souvent sur ces sortes de choses, et qui les
* appeloit babioles et bagatelles. M. de Sully étoit ce- » lui même qu'il désignoit; et quand il fut venu, après »-lui avoir parlé avec une franchise pleine de cordialité » d'un petit démélé survenu entr’eux quinze jours aupa- » ravant, il lui dit que plusieurs chosess grandes et pe- » ütes, l’avoient remis dans la joyeuse hümeur où il le » voyoit ; la principale est, ajouta-t-il, qu'il y a plus » de troïs.mois que je ne m'étois trouvé si léger ni dispos » que cejourd’hui, étant monté à cheval sans aide et » sans montoir. J'ai eu un fort beau jour de Chasse ; +» mes oiseaux ont si bien volé, et mes levriers si bien + couru que ceux-là ont pris force perdreaux , ceux-ci »: trois grands levrauts. L’on ma rapporté le meilleur” de » mes autours que je pensois avoir perdu ; j'ai fort bon » appétit, j'ai mangé d'excellents melons ,' et m'a-t-on » servi demi-douzaine de cailles des plus grasses et des » plus tendres que j’eusse jamais mangées. » (Mém- de js À t. VIT, p. 379 et suiv.)
(12) Dans une très-longue lettre que Henri IV écrit de Monceaux, le 3 de juillet 1603, à M. de Sully, alors son ambassadeur en Angleterre , il lui mande : « J'ai » aussi telle créance et fiance:en votre prudence et affec- » tion, que j'approuverai toujours tout ce que vous ferez » en.exécutant mes commandements, ayant pris un sin- »; gulier plaisir aux contestations et disputes qui se sont » passées entre ledit roi et vous sur le fait de la Chasse, » de laquelle vous lui direz que ‘les médecins ne m’ont » ‘défendu l’usage, mais ils me conseillent d’en user un » «peu plus médérément que. je n'ai fait ci-devant; ce
» que je commence à observer depuis votre partement. » (Mém. de Sully, t. VI, p. 226.)
(13) Nous demeurâmes, dit Bassompierre dans ses Mémoires, t. I, p. 206 et 207, édit. d'Amsterdam 1723, quelques joursà Fontainebleau, jouant le plus furieux jeu dont on ait ouï parler; il ne se passoit journée qu'il n’y eût vingt mille pistoles pour le moins de perte et de gain. Les moindres marques étoient de cinquante pistoles , lesquelles on nommoit quitterotes , à cause qu’elles alloient bien vite, à l’imitation de ces chevaux d’Angleterre que Quitterot avoit amenés en France plus d’un an auparavant, qui ont depuis été cause que l’on s’est servi des chevaux anglois tant pour la Chasse que pour aller par pays, Ce qui ne s’usoit point auparavant.
Les marques plus grandes étoient de cinq eents pistoles; de sorte qu’on pouvoit tenir dans sa main à la fois plus de cinquante mille pistoles de ces marques-là. Je gagnai cette année-là plus de cinq cent mille livres au jeu, bien que je fusse distrait par mille folies de jeunesse et d'amour.
(14) Tout le monde sait de quelle manière périt ce grand prince. On avoit déjà plusieurs fois attenté à sa vie ; entre autres, sur la fin de l’année 1605, un homme appelé Jean de Lisle , natif de Senlis , l’arrêta comme à passoit sur le Pont-Neuf, au retour d’une Chasse. Il le tira par son manteau, et le fit tamber sur la croupe de son cheval. La plupart de ceux de sa suite s’étoient retirés à cause de la nuit. Les. valets de pied accoururent et saisirent cet homme, et l’auroient tué à.coùps de poing si le roi ne l’eût empêché. Ce misérable fut mis en pri-
son, et quoiqu’on lui eût trouvé un couteau dans ses poches, cependant il passa pour fou, et on se contenta de le condamner à une prison perpétuelle où il mourut au bout de quelque teinps. (De Thou, liv. 333,t. XIV, p. 433 et 434.)
On.cst redevable à Henri IV d’une ne qui fut rendue, en 1598, contre le port d'armes, pour rétablir la sûreté publique. Ce prince défendit. à toutes personnes, de quelque qualité et condition : qu’élles fussent, de porter sur les grands chemins des -arquebuses, pistolets et autres armes à feu; il n’en excepta que ses gardes du corps en quartier, et les gentilshommes. qui aurotent besoin de ces armes pour chasser sur leurs serres. :( De Thou, liv. 420, t. XI, p. 218 et 219.)
(48) Le poëme de Guillaume Du Sable est entièrement iaconou; personne n’en a parlé. On ne le trouve ni à la bibliothèque du roi, ni à celle de Saint-Germain, ni à celle de Sainte-Geneviève. Tout -e.qu’on en sait, c’est . fut imprimé à Paris en 1614. :
Ce. poëte ; qui fut consécutivement démestique de con ae nos rois, qui les servit dans leurs Chasses , et les célébra tous:dans ses vers, depuis François Ier jusqu'à Louis XITT, sous lequel il écrivoit , ne se borna pas:encore à cette longue carriète : il remonta au règne de Louis XIE pour nous donner l'histoire d’un. chien gris nommé -Relaës, qui, à proportion , ne s’étoit pas moins distingué que son historien par ses longs services à la cour. « Relais, issu de la race des chiens gris, dans la véuerie, appartenoit au duc de Bourgogne, et avoit été donné; . à l'âge de douze mois , à Louis , duc d'Orléans, qui étoit’ alors.en. ble 5 Il le-servit dans ce: duché