TOME II
Ma conjeeture cependant n'est qu'une conjecture, je ne vous la donne pas pour une décision. »
(22) Philippe IT, roi d'Espagne, dit M. le président de Thou, Liv. 120, t. XIII de son Hist. univ., p. 227, ordonna qu’on élargit toutes les personnes qui étoient détenues pour fait de Chasse, et accorda la grâce des criminels qui avoient été condamnés à mort. Et plus bas, p. 230 et 231, ce prince ordonnoit, par son testament, qu’on payêt de bonne foi toutes ses dettes ; qu’on indemnisât les propriétaires qui souffroient quelques pertes par les défenses qui avoient été faites dans tout son royaume , de chasser dans les forêts et les lieux destinés au plaisir du roi.
Ce fut à ce prince que le roi de Perse envoya une ambassade pour lui proposer d'établir un traité d’alliance entre la cour d’Ispahan et la maison d'Autriche. Le rai de Perse, dit M. de Thou, Liv. 438, t. XIV, p. 635, accompagna ses lettres de présents considérables. Il envoyoit au roi d'Espagne les statues d'Ismaël, d’Inchel, et la sienne : elles étoient ornées de pierreries et de perles; un bureau à la persane , enrichi de diamants ; quatre chiens qui étoient sortis du ventre de leur mère tout mouchetés de rouge, de jaune et de bleu; deux pièces de tapisserie brochées d’or, et chamarrées de pierreries et de perles; quatre cors de chasse d’un éclat extraordinaire , et d'une matière inconnue en Europe. oo
SUR L'ANCIENNÉ CHEVALERIE. 403
Ertrait du Livré de Gaces de la Bigne, ou la Bune, des Déduits de la Chasse. { Manuscrits du Rot; n° 7626; fol: 1.)
: GASSÉ DE LA | BieNE , jédis premier chapelain da roi Jean, que Dieu absolve, commença à Helfort en Angléterre, l'an 1359, ce Roman des Déduits, par l’ordré de ce prince, pour l’instrtiction de son quatrième fils, Philippe, duc de Bourgogne, encore jeune, et acheva depuis cet ouvrage à Paris.
L'auteur, qüi se soumet à la correction de l'Église, s’il commet quelque faute, recommande à celui qui désire d’avoir de bons oiseaux d'éviter les péchés de colère et d’ürgueil ; et, continuant ses leçons à son disciple, fils du voi, il veut lui faire prendre différentes armes qui sont autant de vertus *. Il ne lui donne pas encore uñe lance, parce qu’il est enfant, mais une épée d'amour par raison ordotinée , qui diffère en tbüt point de la périlléuse épée d'amour désordonnée : description de la galanterie honnête, mise en opposition avec celle qui né l'est pas : réputation ou bonneur, combien difficile à acquérir et aisée à perdre.
* Plates aures d’umilité; Afin que parmi le cousté; Orgueil ne te puisse blecer Au cueur ne nullement toucher.
De patience soit l’escu.
Les plates, soient bien clouées, Et les bouglettes bien fermées, .
Nécessité d'abandonner les déduits pour défendre son pays lorsque la guerre y survient : vertus qui sont bannies des lieux où elle règne, et qui se réfugient à la cour d’un roi qui craint et aime Dieu. Détail des postes qu’elles y occupent, et des fonctions dont elles y sont chargées pour la justice aux conseils du roi. Amples moralités sur ce sujet. Démêlé de justice avec grâce et pitié qu'elle voudroit exclure de la cour du roi, pour n’être point gênée dans la poursuite des crimes. L'auteur reprend le propos des péchés qu'il faut fuir pour avoir de bons oiseaux, et parle de gourmandise et de luxure, pays de paresse, avarice et envie. Récit à ce sujet d’une Chasse du vol qui se fit à Saint-Denis, où se trouvèrent Avarice et Envie, avec les vertus morales propres aux bons faucenniers. Mauvais personnage qu’elles y firent. Autre Chasse du vol qui, sans leur participation, fut entreprise par les Vertus, près de Bondi, sur la rivière qui courre à Vaujoy ( p. e. Vaujour }. Ces vices et leurs compagnons se trouvent à la Chasse au même lieu avant les vertus. Combat de part et d'autre, où 15 vertus eurent tout l'avantage.
Orgueil et Ire, coupables du blasphême, et qui mé-
Et te garde bien qu’en l’escu 11 n’ait nul défaut de vertu.
De raison feras bacinet.
Tu ne porteras-point de lance,
Pour ce qu’es encore en enfance,
Mais auras une belle espée. ru
SUR L’ANCIENNE CHEVALERIE. foi
ritent d’avoir la langue percée d’un fer chaud, supplice infligé par la nouvelle ordonnance de saint Louis, sont remis à quatre sergents de la douzaine qui passoient par-là, menant un meurtrier pris vers les bois de Senlis, et sont avec lui conduits au Châtelet de Paris, en prison, pour être jugés par le prévôt de Paris. Cette Chassé finit par un souper au Bourget, près de Saint- Denis, à l'hôtel de la Fleur de Je: Usages de la table et des bâtimens.
Conseil tenu avant que de se mettre à table, entve toutes les vertus morales, au sujet des vices leurs ennemis, qu’elles veulent exclure de la fauconnerie. :
Récit que Déduit leur fait d’une Chasse du vol, mal menée par la troupe de ces vices ,et du mauvais souper qui la termina, où il est parlé des mauvais augures tirés de la rencontre des-moines et des preudomes contraire à la Chasse, au lieu des ribaudes qui sont, suivant la vicieuse bande, des augures favorables. Ils avoient été interrompus par les reproches de l’hôte honnête homme, qui dit avoir étudié il y a trente ans , à Toulouse et à Montpellier, et n'avoir pas moins bien appris la fauconnerie; il leur fait une sage remontrance sur la folie et l’impiété de pareilles divinations, et conseille à Déduit, qui est avec eux, de se séparer d’une si mauvaise compagnie, et d'aller se joindre comme il a fait à celle des vertus à qui il parle. Suite des avis qui furent donnés au souper des vertus, pour exclure les vices de la fauconnerie. Raison s’y oppose, de crainte d’allumer une guerre dans laquelle les vices trouveroient des alliés dans toutes les nations, entr'autres les Illemons. Détails qu'on voit à ce propos sur la guerre, et les ordres de bataille. Réflexions sur le peu de support que trauveroient les
vertus, attendu la corruption du siècle qui court. La çanclusion fut de bannir les vices de la fauconnerie ; ste cri public dé ce ‘bannissement. fut fait à son de trompe,
Description du souper que firent ensuite les vertus : détails de Ia salle à deux cheminées, de cette maison, de la table, du vin de Beaune et du vin françois, des différents services après le cérémonial , des compliments de civilité ‘pour y prendre les premières places, qu’on veut donner à Honneur et à Faillance, comme étant de la maison de France : les grâces, après ce souper, furent dites pærmn prêtre nommé Gasses (l’auteur ). Contes ou propos merveilleux des exploits de faucohnerie qui furent. la matière: de la conversation de l’après-souper. On boit enfin le vin du coucher, et chacun veut payer son. écot; mais Honneur défraie la compagnie, et l’on ne s’y oppose pas parce qu'il est de royale lignée.
Alliance faite par serment sur le livre des Évangiles, apporté par Gilles, et serment que font toutes les vertus de soutenir la guerre contre les vices qu’elles ont bannis, et conseil indiqué au lendemain matin, sur les moyens de la faire. Proposition d'en donner le commandement à Honneur qui, dès son enfance, a toujours été accompagné de Hardiesse, et mérité le nom de Hardi : allusion à Philippe-le-Hardi , duc de Bourgogne, qui aime Jes giseaux ; Dieu et l'Eglise.
: À peine fut-il nommé, qu'il arrive un messager mal courtois j c’est Dépit qui, sans faire aucun cérémonial de civilité en usage parmi les hérauts d'armes, vient faire une déclaration de guerre au nom de l’armée des vices, campée depuis Louvre jusqu’à Corbueil.
La guerre est acceptée. et la réponse portée au camp
SUR L'ANCIENNE CHEV ALERIE. 4o7
de Pontablon, outre la rivière, par le même Dépir, qui rend compte des forces de l’armée qu'il a trouvée au Bourget, à trois lieues de Paris, et qui, peu après, envoyé lui-même pour reconnoître les ennemis, voit la bannière de fleurs de lis semée : c’étoit celle d'Honneur, leur général. Guerre, batailles, maréchaux, et autres détails contenant le préambule de l’événement du combat. Troupes de Luxure et de Gloutonnerie qu'on fit venir du plat pays d'Argenteuil et du gibet de Paris, pour renforcer l’armée des vices , où il y a tous les ordres monastiques, excepté les Billettes, qui semblent se distinguer par leur continence, comme on verra plus bas les gens de la ville d’Issi distingués par leur paresse.
Vœu du paon qu’avoit fait la troupe de Luxure et de Gloutonnerie, pour la défense d’une forte maison, ou place, près du Pontablon ; prise de Luxure comme elle se sauvoit pour se réfugier à Paris, où elle étoit sûre d’une bonne réception. Victoire re remportée par les vertus, à cause de la quantité de bons fauconniers qui ne manquent jamais de les suivre.
Honneur et Déduit, après cette glorieuse ia , vont à la cour du roi dont il a été parlé dans ce Traité, et qui avoit Prudence et autres vertus pour conseillers. 1 leur fait une réception digne d’une telle victoire , et leur donne un dîner où la table est servie magnifiquement. Arrivée d’un chevalier nommé Déduit de chiens, qui vient demander justice de Déduit d'oiseaux. Le roi donne jour à l’un et à l’autre au premier de mars pour entendre leurs raisons. Déduit de chiens , comme demandeur , vint à la cour de justice ou parlement, le premier avant le jour marqué, puis le défendeur, chacun accompagné de ses amis. Conseillers du roi qui l’assis-
408 MÉMOIRES tent, au nombre de six , à ce lit de justice. Plaidoyer de Déduit de chiens, par son avocat, Amour de chiens ; il s’y plaint d’un prètre qui a fait un roman de fauconnerie, où il prétend que le mot Déduit par exeellence n'appartient qu’à la fauconnerie, et l’avocat demande que ce non soit affecté au Déduit. des chiens par excellence , comme très-supérieur à celui des oiseaur. Réponse de Déduif d’aissaur | par son serviteur Amour d'oiseaux, son avocat. Il convient que son maître Déduit d'aiseaux ei le prêtre ont compilé et composé un livre qu'ils ont nommé, simplement Dédurt; mais il défend le prêtre, 1° du reproche qu'on lui fait d’être venu on ne sait d’où; 2° de ce qu’il s’est fait fauconnier dans sa vieillesse, malgré les loix qui interdisent aux prêtres le métier des oiseaux. Sur le premier chef il est dit que ce prêtre est de Normandie, de quatre races de noblesse ( des quatre côtés de lignée ) qui ont beaucoup aimé les oiseaux, savoir des La Bigne, des Aigneaux, des Clinehamp et des Buron ; que dès l’âge de neuf ans il portoit des hobereaux aux champs , et qu’à douze om lui fit dresser ( affuitier) un faucon ; mais que bientôt après il quitta le métier des oiseaux pour faire ses études, et que dans:la suite le bon cardinal de Prenestre, nommé Pierre des Pray, l'ordonna prêtre”, le retint chez lui pour gouverner sa chapelle, et lui fit beaucoup
Le { ;
+ Le prestre est né de Normandie, De quatre costés de lignie, Qui moult ont amé les oÿseaulx, De ceux de la Bigne et d’Aigneaux, - ::
, ‘Et de Clinchamp, et de Buron, , 5... … Yssit le prestre dont parlon.
SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 40ù
de bien en cour de Rome : qu'à la vérité ce prêtre alloit urie ou deux fois la semaine ès Flaches de Bedaine, se divertir avec le fauconnier (nommé Petre) le plus habile de ce métier, mais que c’étoit toujours après avoir dit sa messe et son office. Ce mème prêtre à été maître <hapelain de trois rois de France qui lui ont fait une fortune. telle que rien ne lui manque, et quand ces princes alloient voler en rivière, il ne restoit pas derriére, sans pour cela être fauconnier , puisqu'il.n’y gagnoit rien, et qu’il y cherchoit seulement une honnête récréation dont les loix ne défendent que l'excès. Saint Bernard et le docteur Innocent sont cités en témoignage.. LE os à
Le prêtre ayant été tenu pour excusé par le roi, Amour de chiens reprend:la parole, et soutient que les chiens sont préférables aux oiseaux, et plus nobles, Éloge des chiens, et histoires à leur honneur ‘récitées ici, particulièrement celle du chien peinte à Montargis, dont le maître, nomnsé Aubery de Montdidier , fut tué par Makaire, au bois. de Bondi, à trois lieucs de Paris. Duel auquel le chien fut amenè le premier comme appelant, et dont il sortit victorieux de la lice, aux Prés- Notre-Dame, à Paris, etc. Réfutation d’un proverbe qui dit qu'amonr d'épervier ne vaut rien , et: allégation d'un autre qui dit que trop est fol qui dit mal des dames. |
Depuis il a fait grant vaillance, Car a servy trois rois en France, En leur chapelle souverain, De tous trois maistre chapelain , Lesquels lui ont fait tant de bien, : Qu'il m’a dit qu’il ne lui fault rien.
Amour d'oiseaux répond que la Chasse des chiens ne demande que des connoissances assez bornées qu'il détaille, et dit qu'après avoir passé son enfance à étudier la grammaire, il vint à la cour de France, où de tout temps on aima la Chasse des chiens et des oiseaux, et s’instruisit pendant bien des années de la vénerie et de la fauconnerie, dont il a souvent ouï faire des questions, et soutenir d'ennuyeuses disputes, et rapporta le mal qu’il y a à dire des chiens, usant de la liberté des avocats que les juges devroient punir; et fait l’élage des oiseaux , en disant que si étant mal attachés ils s'envolent, ils ne font qu’user du droit des prisonniers de guerre qui sont gardés dans une étroite prison, sans être retenus sur leur parole, et à l'égard du grand vent qui les fait envoler, il cite Denis-ie-Grand, évêque de Senlis , auteur d’une Ghasse de faucons, où , entre autres instructions, il recommande de ne point voler par le grand vent qui emporte l'oiseau de force : il-cite encore Philippe de Victri, évêque de Meaux, dans un de ses motets, dont il entendit la composition mieux que persanne. Éloge de l'épervier sur tous les autres oiseaux, confirmée par unc histoire arrivée il n’y a pas plus de vingt ans, en Berri, à un chevalier dont l'épervier enleva à la (femme de son maître un estourneau qui parloit et qui étoit sorti de sa cage, il le rendit sans lui avoir fait aucun mal. L'auteur tient ce fait d’un homme qui le vit, et le lui a juré par les saints de Rome : le chevalier chez qui il se passa étoit Pierre d'Orgemont, que le roi a fait président en son Parlement de Paris, puis chancelier de France. Supériorité de l’épervier, en ce qu'il est dressé très-promptement, au lieu qu'il faut que le chien aït plus de deux ans, quoique les oiseaux
vivent plus que les chiens , témoin le lanier du chevalier, seigneur de Feuquerolles en Normandie, qui vécut pendant vingt-deux ans, et ne mourut que par accident.
Réplique faite par Amour des chiens. Justification contre ce qui a été dit de la rage des chiens. Médecine contre ce mal; récrimination en alléguant de pires maladies des oiseaux. |
Duplique faite par Amour d'oiseaux, qui disculpe les oiseaux de l'accusation du mal caduc, de la lèpre, etc., et propose la médecine pour les en garantir ou les guérir. Il renvoie à ce sujet au Traité fait par le vaillant et habile guerrier, le camte d'Auxerre, sur les remèdes contre les maladies des oiseaux , comme trèsexpert daris la fauconnerie : autres défenses contre les accusations faites aux oiseaux, et qu'il impute à la malhabileté des fauconniers, tels qu'Hativet, dont il reprend la manière de traiter les oiseaux qu’il se fait donner par le roi ou le grand seigneur ( p. e. le grand fauconnier ). pour les dresser ; on voit encore cette censure , p. 113,.c. I. Il donne en même temps toutes les leçons nécessaires sûr la façon de les gouverner , de les faire voler, etc., et conclut qu'il n’v a pas moins de différence que du ciel à la terre, entre la noblesse des oiseaux et celle des chiens, à ne considérer que la différence des pays et des régions où les uns et les autres font l'exercice de leurs talents. .. |
Raison, qui a écouté les parties, les fait retirer afin que le roi en délibère; maïs elles furent rappelées aussitôt pour savoir si Béduit d'oiseaux avouoit son avocat le damoiseau, qui avoit parlé pour lui, ce qu'il fit. Prudence ne juge pas à propos que l'arrêt soit rendu avant d'accorder encore une audience sur une’ seconde
question, et remet l'affaire au lendemain matin que le roi reviendra en son Parlement tenir sa cour de justice, et chacun va diner.
Le roi ayant pris séance le jour suivant, et le conseil du roi s'étant pläcé près de lui, Raïson s'adresse à Déduit de chiens qui est acteur dans cette cause , et lui dit de faire proposer les raisons par son avocat : c’étoit” Amour de chiens qui prend la parole. |
Plaidoyer en faveur des chièns, pour prouver que le déduit en est meilleur que celui des oiseaux. L’utilité publique fit imaginer, pour la défense de. l'humanité contre les bêtes sauvages, de recourir aux chiens qui sont propres à les combattre, et les dresser à cet usage, tant les levriers, les allants, les grands mûâtins et les chiens courants, > que les autres qui ne sont pas nommés ici. Usage de coiffer le loup et le sanglier par les chicns. Les oiseaux n’éprouvent et n’exercent pas le courage des hommes par le péril, ne servent pas à la défense du peuple et de ses bestiaux, ni de ses héritages, et ne donnent pas aux hommes une nourriture ample et s0lide, comme leurs chiens, par leurs Chasses. Description de la Chasse du cerf, appelée Chasse royale, et instructions pour la bien faire. Limier , appelé aussi levrier, conduit à la botte pour connoître Îles erres ou allures du cerf par les pieds, parles fumées, par Le frayoire, par les portées et par le viandis, pour le détourner en faisant ses brisées. Rapport à l'assemblée où se trouve le roi, qui considère ses sages chiens d'Allemagne, ses bons chiens de Bretagne et autres meutgs ,: et où se rendent les autres veneurs à qui l’on a distribué les buissons pour quêter, et qui tous apportent leurs fumées, dont chacun parle , surtout les moins habiles, plus que les
autres. Déjeuné. Arrivée des chiens, veneurs à cheval, aides, pages, valets de chiens tous en habits verds. Le roi monte un fier et prompt coursier de Pulle ( Apouille) bien embouché, fait lesser dix au douze de ses bons chiens pour divertir lui et son maître veneur ( p. e. le grand-maître de la vénerie , homme de grand honneur qui près de lui ordonne tout, et lui conseille de ne donner que trente-huit ou quarante chiens. Le roi en veut cinquante à cette fois pour le laisser courre; car Chasse de roi doit se faire à grands cris et à grand bruit. On sonne du cor, et le roi fait découpler les cinquante chiens qui vont après le limier. Voyez la comparaison de cette mélodie avec celle de la chapelle du roi, où l’on trouve des détails très-savants et très-curieux sur la musique, vers 1360. Le roi lui-même sonne fortement du cor, et baissant la main voit passer le cerf vingt-huit cors, etattend que tous les chiens, qui étoient bien ensemble, soient aussi passés, puis courre le cerf qui se forlonge; le roi à qui l’on propose de donner une seule lesse de levriers qu’on y tenoit, la refuse, voulant que le cerf soit pris à force sans relais.
Refuites du cerf sur lui-même, et ses rüses, puis le change qu’il fait prendre aux chiens qu’il met en défaut. Cri d'arriére-arrière que font les veneurs pour les faire requêter, jusqu’à ce qu’un des sages chiens, relevant le défaut, les entraîne sur la bonne voie. Le cerf va à l’eau, d’où les chiens qui l’aboient le font sortir. Prise de la bête qu'un veneur perce de son épieu. Sons pal tous les
cors que Lo si grande mélodie” 0
) el
| Que il n’est home si les or, Qui voulsist autre paradis.
4t4 MÉMOIRES
‘On fait avéc art la dépouille du cerf que les rois qui ont régné en France ont toujours pris grand plaisir à voir; on le dépèce, et l’on régale les dames du pays où il a été forcé. On donne la curée aux chiens, puis on leur jette les boyaux en criant : Appelle, appelle!
Souper du roi. Propos sur la Chasse faits à la table, où on lui apporte les dintiers, qu'il donne avec grand plaisir ; la tête lui est aussi présentée pour en considérer le beau ramage et les grosses moles près de la tête. L’après-souper est employé par les veneurs à faire chacun quelque récit d'événement de Chasse merveilleux qui apprête à rire au roi, et dont quelques médisants voudroient rendre suspecte là vérité; mais les gens qui entendent la Chasse savent combien il y arrive d'aventures , suivant le proverbe :
De chiens, d'oiseaux , d'armes, d’amours, Pour une joie cent doulours.
Autre Chasse, c’est celle du sanglier dont l’avocat, . qui continue de parler, fait une description plus sommaire : il y a de la folie de l’attaquer à pied autrement qu'avec l’épieu, mais on le peut à cheval avec l'épée forte, longue et bien amourée ( p. e. émoulue, aiguisée , tranchante), un peu large et bien fendante : l’attaque en est plus redoutable que celle d'un homme armé, mais la victoire en est aussi bien glorieuse ; et quelle joie aussi, au milieu du souper, de distribuer d’amples et bans morceaux. On peut, même au clair de la lune , se donner le plaisir de chasser le sanglier avec les chiens au vautret (en vautreant ); maïs il y faut être jeune et fort pour attendre l’animal et se colleter avec
SUR L’ANCIENNE CHEVALERIE. 4a5
lui. Il y a encore beaucoup de science aux Chasses du loup, du lièvre et du renard, et le langage varie suivant ces diverses Chasses.
Chasse du loup , à laquelle il paroît qu’on faisoit dans le bois une enceinte : qu’une partie de cette enceinte étoit garnie de filets ou toiles -(harnois) où l’on plaçoit à un bout des levriers forts et hardis, et à l’autre des gens armés de grands épieux et massues pour garder le passage, et tandis que le reste du bois étoit rempli de batteurs qui faisoient, avec de grands cris et des bâtons, lever les loups qu’ils poussoient devant eux. On pend aux arbres les loups qu'on a pris. Chasse du renard, qui se fait en garnissant de bourses les bouches des terriers, ou én les étoupant : s’il est dehors , on le donne aux levriers lorsqu'il va pour s'y terrer ; s’il est terré, on met après lui ces bons chiens terriers qui l’aboient jusqu’à ce qu’on l'ait découvert avec la pioche, et qu’on le prenne. Les oiseaux détruisent-ils des bêtes aussi nuisibles au commun peuple que celles-là? Raison dit à l’avocat d’abréger ses récits, sans quoi on le laissera pour donner audience à la réplique de son adverse partie : il répond qu’il n’est pas de la nature du coucou qui dit en un mot tout ce qu’il a à dire, puis continue son plaidoyer.
Chasse du lièvre au levrier. Indications suivant les différents temps de pluie, de sécheresse, de vent, etc. pour connoître en quels lieux les lièvres font leurs gîtes. Cette Chasse est un plaisir commun à tous les États, aux grands, aux moyens, aux petits; mais voici comme s’y prennent le roi, les princes et les seigneurs. Toute la troupe des chasseurs marche sur une ligne, et l'on a trois lesses de trois levriers chacune, qui sont menées par autant de valets ; deux de ces lesses sont placées aux
deux extrémités , et la troisième dans le milieu où se tient le roi : un lièvre est-il levé, il n’y a que deux levriers de la lesse découplée qui le courrent appuyés de deux hommes bien montés, criant : s’en ira-t-il? mauvais levriers. La troisième va l'attendre au passage d’un bois, lorsqu'il veut le gagner, et le prend. Chasse qui est faite par gens d’un état moyen, comme curés, chanoines, écuyers, barons, prévôts et moines. Récit que fait l'avocat d’une Chasse où le menèrent six personnes de ces six espèces, dans une campagne entre Troyes et Châlons. Portrait du meilleur de tous les levriers, qui étoit et qui appartenoit à l’écuyer, c’est le modèle d’un levrier parfait “. Cri de va-la , va-la, fait aux levriers, et prise du lièvre par le chien de’écuyer. L'avocat qui parle toujours, dit y avoir perdu'en courant'son chapeau de bierre , habillement de tête.
: Chasse des paysans au lièvre. Ils vont environ cinquante ou soixante ensemble avec une quarantaine de chiens, après les vendanges, courir les lièvres dont il y a grande quantité, et en prennent jusqu’à vingt et trente.
* Museau de luz (brochet) avoit sans faille,
. Arpe de lion, col de cingne, Encore y avoit autre cigne, Car il avoit oil d’espervier, Tout estoit blanc le lévrier.
Oreille de serpent avoit,
. Qui sur la teste lui gisoit;
Espaule de chèvre sauvaige, Coste de biche de bocaige, Loigne de cerf, queue de rat,
- Cuise de lièvre, pié de chat :
Il ressembloit un leu servier.
Ïls en prennent aussi à la croupie avec leurs chiens lorsqu’ils viennent dans leurs jardins, et-en font bien leur profit en les vendant, au lieu que le meilleur faucon qui auroit pris près de Paris cygnes cornants, ne eue seroit bon que pour le manger.
Chasse de la loutre, appelée en France /uerre. Des chiens qui paroissent ne rien valoir les poursuivent sous l’eau , et les en font sortir pour être tuées à coups de fjurchefneres , appelées fouies dans les termes de l’art ; ou pour être prises par un levrier qui les attend.
” Cette Chasse et les autres produisant les trois espèces de biens que définit Ysidore , le profitable, l’honnête et le délectable ; le Dédait des chiens , suivant la ‘conclusion de son avoeat, est préférable au Déduit des oùseaur, et demande que celui-ci soit condamné à payer amende et dépens.
Réplique de l'avocat 4rour d’Oiseaux. 11 réfute ce qui a été dit de la musique des chiens, et relève plusieurs autres points du précédent plaidoyer. Il remontre le grand inconvénient des dépenses qu’exige la Chasse sur laquelle .on voit encore ici quelques détails. Si l’on compte que le roi.ne prend pas un cerf qui ne coûte cent livres de bons parisis (monnoie vers 1360. -)Il n y arien a dire; il est assez riche pour y fournir, ‘mais on y tue:aussi beaucoup de chevaux, etssouvent ll y a'eu des:barons et des seigneurs:à qui il'en æ eoûté'tà vie! comme il'arrive à la Chasse du sanglier, qui‘tient aux æhiens, et qu’on va attaquer à pied avec l’épieu; si trois levriers le prennent alors par derrière, et souvent le chasseur, deux des chiens y sont éventrés, et le troisième blessé ou estropié rudement. Élege de la Chasse aux bi seaux, nommément du vol au faucon fait par le roi,