‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiquesChapitre 8 sur 44 · LES PRINCIPAUX PERSONNAGES CITÉS DANS LE POÈME DU VOEU DU HÉRBON · texte numérisé non relu

LES PRINCIPAUX PERSONNAGES CITÉS DANS LE POÈME DU VOEU DU HÉRBON

(1) Épouanp III. Personne n’ignore l’histoire de ce vaillant prince qui mit la France à deux doigts de sa perte. Cependant, comme il est le héros de ce poëme, je ne puis me dispenser de rappeler ici ceux des principaux traits de sa vie qui sont liés à l'événement mémorable auquel le terrible Vœu du Héron donna lieu. Il étoit fils d'É douard IT et d'Isabelle de France, sœur de Charles-le-Bel. Ce dernier prince, ainsi que ses deux frères, Louis-Hutin et Philippe-le-Long, étoit mort sur le trône sans laisser d’enfants mâles pour lui succéder.

Les douze pairs et les barons de France s’assemblèrent à Paris pour décider à qui la couronne seroit déférée. Après bien des débats ils la placèrent sur la tête de Philippe de Valois qui, étant neveu de Philippe-le-Bel , se trouvoit être le plus proche héritier du trône. Sa sœur Isabelle, reine d'Angleterre, s’étoit déclarée sa rivale; mais les prétentions de cette princesse furent rejetées d’après cette maxime fondamentale : « Que le royaume » de France est bien si noble qu'il ne doit mie aller à » femelle. + ( Froissart, vol. 1, c. 4.)

MÉMOIRES SUR L’ANCIENNE CHEVALERIE. 59 Cependaïit il s'étoit trouvé dans l'assemblée, des seigneurs, ou assez mauvais Françbis, ouassez mauvais raisonneurs pour souteni que.si la doi salique empêchoit Isabelle de monter sur le trône , parce qu'elle étoit une femme , au moins cette loi n’en excluoit pas le roi d’Angleterre, son fils, puisqu'il étoit un homme. Ceux qui argumentoient ainsi ne vouloient pas faire attention qu’isabelle ne pouvoit communiquer à personne des droits que, de leur propre aveu, elle n’avoit pas ellemême.

Quoi qu’il en soit, Édouard prit ou parut prendre son parti assez paisiblement. Il consentit même à rendre foi et hommage à Philippe de Valois, pour les domaines qu'il possédoit en France. Il est vrai qu'il refusa de mettre ses mains, selon l'usage, entre celles du roi. Mais lorsqu'il fut de retour à Londres, il envoya à Philippe de Valois un acte en bonne forme et muni de son sceau, par lequel il avouoit que l'hommage qu'il lui avoit rendu étoit un hommage-lire. C'étoit assurément reconnoître Philippe de Valois pour légitime possesseur de la couronne de France ( Froissart, vol. 1, c. 25 ). Il y à toutc apparence qu'il n'avoit pas encore formé alors le dessein de lui disputer la couronne; il vécut même assez pacifiquement avec le monarque françois jusqu’en 1338. Mais Robert d'Artois, qui ne respiroit que la vengeance contre sa patrie, vint troubler cette bonne intelligence, au moins apparente; il entreprit de persuader à Édouard qu'il avoit des droits réels sur la couronne de France, et de l’engager à les faire valoir. Édouard qui sentoit toute la difficulté de l’entreprise, en délibéra, et souvent et pendant long-temps, avec son conseil. Robert d'Artois, voyant que le roi d'Angleterre ne pouvoit

se déeider, s’avisa, pour forcer son irrésolution, de l’attaquer par l’endroit le plus sensible à un héros. Il taxa de lâcheté l'indifférence qu'Édouard montroit pour un trône qui lui appartenoit, et il osa l’exposer à la censure publique en le comparant, au milieu même de sa cour, à cet oiseau méprisable qui a peur de son ombre. Le roi ne put supporter l’idée d’un pareil reproche ; et ce stratagème qui, suivant nos idées, auroit dû l’indigner contre Robert, eut tout le succès que ce dernier s’en étoit promis. Édouard , se livrant à l’emportement de sa passion pour la gloire, s’engagea par le vœu fatal à porter le fer et le feu dans le sein de la France. Nous ne rappellerons pas ici les détails de cette guerre désastreuse , parce qu'ils appartiennent à l’histoire ; et il nous suffira d'en avoir montré la cause, de remarquer qu’elle ne fut dans le fond que l'effet terrible de cet enthousiasme chevaleresque qui ne respiroit que le sang et le carnage, et de cette frénésie guerrière que toutes les horreurs des croisades n’avoient encore pu ralentir.

Guillaume , comte de Hainaut, ayant été ur des alliés. d'Édouard le plus ardent à le seconder dans son entreprise contre la France, il nous est indispensable d’en faire mention ici. Quoiqu'il ne se trouve pas au nombre de ceux qui prononcèrent le serment redoutable sur le Héron , il n’est pis douteux que s’il: eût assisté à. cette assemblée fameuse, il n’eût fait aussi le même. vœu.que les autres. |

Guillaume » comte de Hainaut, surnommé le Bon, étoit beau-père d'Édouard III à qui il avoit marié sa fille, nommée Philippe. Quelque ébranlé que fût déjà le roi d'Angleterre par l’éloquence de Robert d'Artois, il ne voulut cependant pas entreprendre la guerre contre

la France sans avoir auparavant consulté son beaupère, et Jean de Hainaut son oncle, l’un et l'autre aussi habiles politiques que guerriers intrépides. Guillaume étoit allié de Philippe de Valois; il avoit épousé, en 1305, la princesse Jeanne, l’une des sœurs de ce monarque ; Guillaume se trouvoit dans une position assez embarrassante. Obligé de se décider, il ne balanca pas à sacrifier les intérêts d'un beau-frère à ceux d'un gendre : il approuva-ké dessein d'Édouard, et promit de le seconder de tout son pouvoir. I fit même des démarches pour procurer au roi d'Angleterre des alliés puissants parmi les princes de l'Empire; mais il ne vécut pas assez long-temps pour voir l'effet de ses négociations en faveur d'Édouard : il mourut le 6 juin 1337, honoré des princes ses voisins, et regretté de ses sujets. Il fut inhumé dans l’église des Cordeliers de Valenciennes, lieu de la sépulture des corntes de Hainaut: Sa veuve , Jeanne de Valois , se retira dans l’abbaye de Fontenelles, où, sans se lier par des vœux, Lo vécut avec toute pie régularité d’une religieuse. si RARE ee Guillaume IL, fils du vrésédEnt se laissa. die par les conseils. de Jéan de. Hainaut , $on.oncle ; et se prêta de même aux desseins ambitieux du roi d'Angleterre; mais il n'osa se déclarer ouvertement pour Édouard qu'après que ce prince eut été revêtu par l’empereur, Louis de Bavière, du titre de vicaire de l’Empire. Alors se joignit au monarque aaglois, qui commença ses hostilités contre la France, en.1338 , par le siégo. de Cambrai. L'évêque de Lincoln, principal. agent. d'Édouard, somma, de Valenciennes où:il s’étoit rendu, Guillaume, d’Aussonne , évêque de Cambrai, de livrer ectte place à son maître. Cette singulière sommation se

faisoit d’un peu trop loin pour que Guillaume d’Aussonne püt l'entendre et y répondre. On ne sera pas fâché de trouver ici le cérémonial et les forinalités avec lesquels elle se fit.

L'évèque de Lincoln montant un escalier à fa suite d'Édouard, que le comte de Hainaut conduisoit par la main vers une salle préparée pour le recevoir, s'arrêta sur un des degrés, et, élevant la voix, dit : « Guillaume « d'Aussonne, évêque de Cambrai, je vous admonpgste, * comme procureur de par le roi d'Angleterre, vicaire » de l’empereur de Rome, que veuillez ouvrir la cité de s. Cambrai, s’autrement le faites, vous vous forfaites, + et y entrerons par force. » Il somma de même le eomte de Hainaut de se joindre avec toutes ses troupes au vicaire de l'Empire, pour aller faire le sitge de Cambrai. Guillaume le suivit de près avec Jean de Hainaut, son oncle, et se logea avec son armée mon bin du roi. On Jlivra de rudes attaques à Ja ville qui ft Le plus belle défense ; Édouard, désespérant de l'emporter, leva le siége , et résolut de pénétrer en Frange. Ce n’étoit que par yne feinte complaisance pour Louis de Bavière qu'il avoit assiégé Cambrai, et afin de persudder aux Flamands et aux Allemands, peut-être à Philippe lui-même; qu'il n’agissoit qu’au nom de l'Empire.

‘Cependant le ‘comte de Hainaut, qui avoit intérèt de ménager Philippe de Valois, refusa de suivre Édouard sur les terres de. France { Froissart, ch, 39 ); il avoit même défendu sévèrement à ses troupes, durant le siége de Cambrai: d'y. fäire aucune excursion, voulant prouver au roi de France, par celte conduite, que s’il avoit pris les armes en faveur du monarque anglois, ce n'étoit qu’en qualité de vassal de l'Empire. Il tit plus, il se sé-

SUR L'ANCHÉNNE CHEVALERIE. 63 para d'Édouard, et-se rendit, à la tête de cinq'cents lances , auprès de Philippe de Valois qui ‘étoit campé à Vironfusse, à deux lieues de l’armée angloise. La bataille n’eut pas lieu ; mais Guillaume qui la croyoit inévitable, créa ce jour-là plusieurs chevaliers qui furent depuis appelés chevaliers du lièvre, par une espèce de dérision, ou peut-être’ pour rappeler l’époque de leur réception. Quoi qu’il en‘soit de motif de cette dénomina- Hon, voigi le fait qui y donna lieu. :

Un lièvre ayant passé par'‘häsard devant les premiers rangs de l’armée françoise, excita de grands cris qui furent pris par les rangé suivents pour des cris de guerre. Tout le monde s’armaien conséquence! et ce fat ce moment. que le comte de Hainaut choïsi® pour faire ses chevaliers. Il ne fut pas le seul qui créa des chevaliers en celte occasiun : plusieurs autres seigneuts' imitèrent son-exemple. C'étoit un-usage de conférer 1x dignité de chevalier sur k champ de’bataille, et à Piüstant: qu’on alloit charger l’ennémi. On juge assez quel courage cet honneur. devoit inspirer à ceux qui l'obterloient, et avec quetle:ardeur ils aoiutenoient là gloire d'un si beau titre. ." Guillaume, voyént que les deux rois sé tetiroient-sans combattre, regagta Valcuciennes; d’oû'il'envoya bientét.aphès défitr le roilde France, à icæuse de quelques excursions :que des troupes françoises avoient faités dans le Hainaut. Philippe ;: aussi surpris'qu'indigné de la hardiesse du conte, dit : que c'étvuit ur fou outrageux; et qu’il marchandoït Bien: de “faire ardoir (brûler) ‘son pars (Froissast, ch 45). Ces paroles, qui furent re dues à Guillaume, ne l’empéchèrent pas de‘tomber sur ln: Théérache, et d'y faire: tout le dégât qu’il put. Il prit d'assaut la ville d'Aubenton, la pilla ct y mit le feu; il

fit essuyer le même traitement à plusde quarante villages où hameaux. Ces représailles attirérent un nouvel orage sur le Hainaut. Philippe y envoya, en 1340, Jean, duc de Normandie, son fils, avec ordre de saccager sans pitié tout le pays. Les François assiégeoient Thin-l'Évéque. Guilliume accourut au secours de cette place avec une armée grossie de tout ce qu'il put rassembler de troupes en Flandre et.en Allemagne. Elle étoit assez forte pour obliger celle de France à se retirer, si Philippe de Valois n'eût accouru en personne DOM la renforcer. |

. On vit dans cette occasion un. n.exemple Énaiies de détours et des artifices auxquels on avoit recaurs. alors pour éluder seæengagements, ‘et pour concilier: javens s& religion la violation des traités les plus solemnels. Le roi de France ne pouvant, par ses conventions avec l’empereur, entrer à titre de général sur les terres:de l'Empire, se rendit dans l'armée de son fils, comme simple soudoyer, et ne fit pas dificulté d' y servir, pour ainsi dire, sous ses ordres ( Froissart, ch. 80). Leduc de Normandie étoit censé faire le siége en son:propre pom. Qu'on juge quel fond. on pouvoit faire sur les traités du quatorzième siècle! Le moindre prétexte, l'interprétation la plus forcée, suffsoient pour autesiser les souverains et leurs vassaux à les enfreindre.

Au reste Philippe n’étoit pas le.seul à qui an püt .reprocher de pareilles supercheries; Édouard s’étoit fais revêtir, comme on l’a déjà dit, du vain titre de vicaire de l'Enpire, afin de pouvoir, à la faveur de ce titre, dé clarer à la France une guerre dans laquelle on supposoit que les intérêts de EE entrpient pour quelque CDS à & Le sd dat Pau 2 ue F.

LA

Les Flamands, révoltés contre leur comte par la séduction de Jacquemart Artevelle, s’étoient angagés avant

leur défection à payer une somme considérable au Saint-

Siége, dans le cas où ils manqueroient à la fidélité qu’ils avoient jurée au roi de France ; que fuut-ils?. Pour se dispenser de leur serment et de leur obligation envers

le Pape, ils déclarent Édouard roi de France, prennent”

les armes pour lui , et croient leur conscience en sûreté. Ainsi dans tous les temps les hommes ont eu l’art de trahir leurs devoirs en feignant de les respecter, et l’intérêt a toujours trouvé le moyen d'étuuffer les scrupules. L'armée françoise. et celle de Guillaume, campées sus les murs de Thin-l'Évêque, n’étoient séparées que par d'Escaut. Le comte, brülant du désir de se venger du duc de Normandie, lui envoya demander une suspension d'armes de trois jours seulement, pendant lesquels il offroit de faire construire un pont sur la rivière pour faciliter aux deux armées le moyen de se joindre et d'en venir aux mains. Si la bataille avoit eu lieu, on auroit vu un roi de France combattre en simple chevalier saus l’étendard de son fils, Ge fut peut-être par égard pour le roi son père que Jean refusa le défi de Guillaume. Cette foule de seigneurs qui composoient les deux armées ne respiroit sans doute que le combat. Un événement fatal à la France pbligea le duc de Normandic

de lever le siége de Thin-l'Évéque. Ce fut la prise de

l'Écluse par les Anglois, la veille de la Saint-Jean 1349,

et la défaite. totale de la flotte qui défendoit cette place. |

Édouard, après cette victaire, alla mettre le siége devant Tournai, ville de lu domination françoise; Guillaume 1] s’y rendit avec son armée, Cependant la comtesse de

Hainaut, sa mère, négocioit une trève entre les deux

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