SUR
LÉLECTROPUNCTURE.
L’électro-puneture (1) ou acupuncture électrique diffère de l’acupuncture proprement dite en ce que l’aiguille ne joue pas le principal rôle dans l’opération qu’on pratique, mais sert de conducteur à l’électricité, qui, introduite à travers la peau dans le tissu musculaire même, ou dans le tissu fibreux, modifie la vitalité de ces tissus à tel point qu’elle y dénature la douleur et fait cesser l’irritation. Comment ce prodige s’opère-t-il? Est-ce en changeant le mode d’irritation , en forçant les nerfs à ressentir la douleur d’une autre manière que celle dont ils avaient contracté l’habitude, ou bien est-ce en surmontant la douleur dilacérante et aiguë de la goutte et du rhumatisme, par une secousse,
(\) D 'electrum, d’où dérive electrîcitas., électricité, et de punctura, piqûre.
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une convulsion, une stimulation qui force tout un muscle, ou toute une portion de tissu fibreux à se contracter, que l’irritation est ébranlée et qu’enfin elle est vaincue ? je ne yeux ni m’arrêter à discuter ces propositions, ni en établir d’autres qui auraient bien aussi leur degré de probabilité ; je me bornerai à présenter les faits, et à chercher à bien étudier les phénomènes que j’aurai vus se produire, afin d’éviter les conjectures et les fausses applications-, sources infinies de tant d’erreurs en médecine.
Afi n de mettre mes lecteurs à même de juger de l’importance de Félectro-puneture, je dois entrer dans quelques considérations sür l'électricité et sur l’acupuncture, puisque c’est de ces deux moyens combines que l’électropuncture se compose.
. Électricité simple.
L’électricité, comme on sait, consisté en un fluide qui se trouve répandu dans tous les corps de la nature, et dont l’accumulation se fait sur quelques uns par le frottement. Par exemple, le verre, les résines, le soufre, ont la propriété, étant frottés, d’accumuler l’électricité et de la lancer sur des corps qui s’en emparent facilement et au moyen des-
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quels ce fluide se transmet avec une rapidité qu’on n’a encore pu évaluer. Ainsi les métaux terminés e ; n pointe s’emparent avec la plus grande facilité du fluide électrique, lequel parcourt toute leur étendue avec la rapidité de l’éclair et se transmet aux corps auxquels ils aboutissent. Si ces corps se trouvent isolés sur des supports de verre, ou par des cordons de soie ou tout autre corps qui ne se laisse pas facilement pénétrer par l’électricité , ils sont aptes à recevoir et à garder toute la portion d’électricité qui leur sera transmise.
JNos corps organisés étant au nombre de ceux qui reçoivent facilement le fluide électrique, et qui se prêtent à son accumulation, peuvent, lorsqu’ils sont isolés du réservoir commun (la terre), et en communication directe avec les conducteurs d’une machine électrique, se saturer en quelque sorte d’électricité, au point que les cheveux paraissent en feu et se hérissent, c’est ce qui s’appelle recevoir l’électricité par bain.
Si dans cet état l’opérateur non isolé, approche d’un point quelconque de la surface de la personne isolée, une pointe de bois, il s’établit entre ce point et la pointe un courant électrique qui produit la même sensation qu’un vent
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coulis; si, au lieu d’une pointe, on approché une brosse de soie de sanglier, il s’établit uii grand nombre de ces courants, et il en sort de faibles aigrettes qui font éprouver à la partie la sensation d’un fourmillement.
Si., au lieu de ces pointes de bois ou de crin, on approche de la partie, a là distance de deux centimètres (8 lignes) une pointe de métal, il en sort également un courant; mais si on l’approche à un centimètre, il s’établit entre cette pointe et la surface une aigrette lumineuse qui fait éprouver la sensation d’une piqûre; si à cette pointe on substitue un faisceau de fils de fer ou de laiton, ces aigrettes se continuent et les piqûres se multiplient.
Quand, au lieu d’une pointe aiguë de métal, on approche une pointe mousse ou un petit bouton semblable à la tête d’une grosse épingle, une étincelle s’échappe de cette extrémité et va frapper la peau en y produisant la sensation du contact d’une étincelle de charbon ; mais sans y laisser ensuite l’impression de brûlure : jusqu’ici la sensation ne traverse pas le derme.
Si, au lieu d’une pointe mousse, on emploie une boule de métal, du volume d’une noisette ou de celui d’une noix, les étincelles qui
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partent sont plus grosses et viennent percuter avec plus de force; le choc semble se transmettre aux fibres musculaires sous-jacentes ; lorsqu’au lieu de tenir les boules à la distance de deux centimètres de la partie sur laquelle on veut opérer, on les appuie sur une flanelle qui recouvre la peau et qu’on les promène sur un espace déterminé, cela s’appelle électriser par frictions : le patient éprouve alors la sensation d’une chaleur incommode, d’une cuisson comme celle qu’il ressentirait s’il était trop près d’un grand feu; la peau rougit, et conserve encore l’impression pendant quelque temps. ,
Si enfin, au lieu de conduire directement sur une partie du corps le fluide pris sur le plateau de verre par les pointes des conducteurs, on accumule ce fluide dans la bouteille de Leyde, adaptée à un instrument qu’on nomme graduateur ou électromètre de Lane, etqu’ensuite on mette la personne isolée en rapport d’une part avec l’armature interne de la bouteille, et de l’autre avec l’armature externe , alors cet appareil se déchargeant de tout le fluide qu’il avait accumulé , fait ressentir aux deux parties sur lesquelles il est dirigé une secousse ou commotion plus ou moins forte»
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selon que l’électfomètre est gradué. Cette commotion traverse la peau, agit sur les muscles qui l’avoisinent, et semble se perdre dans le trajet du cordon nerveux principal, qui distribue des rameaux à ces mêmes muscles. La sensation de cette commotion est principalement marquée dans les articulations • qu’elle traverse. Quand après avoir accumulé un grand nombre d’étincelles dans la bouteille de Leyde, on vient à la décharger sur une partie de notre corps , alors la secousse devient très violente, parcourt un plus grand trajet , se fait ressentir dans un plus grand nombre de muscles, et quelquefois semble ébranler toute la moelle épinière et tout le cerveau; on a vu des tremblements de plusieurs heures, et même de plusieurs jours, succéder à de semblables commotions.
L’électrisation par bains, par courants ou effluves, par aigrettes , par frictions, par étincelles et par commotions, a été appliquée à un grand nombre de maladies, tantôt mal administrée, tantôt bien entendue et bien dirigée. Elle a réussi principalement dans les affections douloureuses des muscles et des tissus fibreux, et surtout dans la chronicité. Elle a encore réussi dans les affections nerveuses, soit con-
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vulsives, soit paralytiques, soit sensitives. Elle a réussi aussi à activer la nutrition, l’élaboration des fluides, à rétablir certaines fonctions accidentellement supprimées, et à dissiper des tuméfactions non inflammatoires, telles que goitre , scrofules, tumeurs blanches, engorgement du tissu cellulaire ou de glandes, etc... Elle a encore été employée avec succès dans les irritations subinflammatoires de la peau, telles que dartres, éléphantiasis, etc., et même dans quelques inflammations dermoïdes circonscrites, telles que furoncles, etc. Certaines, de ces affections très anciennes ont cédé à l’application persévérante de l’électricité , alors qu’elles avaient été rebelles à tout autre moyen thérapeutique. Seulement on doit observer que lorsque le tissu cutané ou le cellulaire sont affectés , et conservent beaucoup de sensibilité au contact, il ne faut agir que par , courant ou tout au plus par aigrettes ; quand il y a peu de sensibilité , que l’affection cutanée est très chronique, on peut électriser par étincelles. Les étincelles fortes et les commotions doivent être réservées pour les affections, musculaires, fibreuses, glandulaires et nerveuses. Les névroses de l’œil et de l’ouïe doivent être traitées avec beaucoup de précautions;;
ÉLECTRO-PÜNCTUKE.
celles des autres sens et du système musculaire dans une petite étendue, peuvent être traitées par les étincelles qu’oii gradue selon la chronicité et l’habitude, ou la ténacité morbide; celles d’un grand nombre de muscles ou des centres nerveux se traitent toujours par commotions. Les névralgies, ou irritations des cordons nerveux (tics douloureux, tics convulsifs ) doivent être traitées d’abord par étincelles et ensuite par commotions.
Règle générale. Jamais on ne doit traiter par l’électricité les inflammations de quelque importance , quel que soit d’ailleurs leur siège : mais il serait encore plus dangereux d’administrer l'électricité dans les inflammations des viscères, que dans celles des tissus extérieurs : c’est là la grande raison pour laquelle l’électricité a échoué, entre des mains mal habiles, et pour avoir ignoré les lois de là médecine physiologique. Jamais ce puissant moyen de stimulation n’eût été décrié s’il n^eût été administré intempestivement. Dans la goutte et le rhumatisme surtout , il est d’un grand succès , quand préalablement on a fait eésser les accidents inflammatoires, et quand on s’est assuré qu’il n’existe pas d’irritation coïncidente des viscères. Les paralysies, l’épilepsie ,
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et les différents genres de manie ont dû résister sans doute à l’électricité, quand ces affections dépendaient d’une lésion organique du cerveau ou de la moelle épinière ; mais quand elles notaient qu’accidentelles, on a dû obtenir des succès inespérés. Si ce moyen n’eût pas été trop souvent abandonné à l’aveugle routine de quelques physiciens non médecins, qui assimilaient les lois vitales aux phénomènes physiques.des corps inertes; je dirai plus, si les médecins qui l’ont employée avaient été de bons physiologistes, que d’avantages incontestables n’en eût-on pas tirés! Pour s’en convaincre, il suffit d’apercevoir que l’électricité est un puissant stimulant des nerfs et des organes extérieurs, qu’on peut administrer tout en ménageant les viscères, tout en agissant même sur eux antiphlogistiquement, lorsqu’on craint leur sur-excitation. Quelle différence d’une telle stimulation à celle qui est causée par les irritants donnés à l’intérieur, à celle des spiritueux, des diffusibles, destpniques, qui ne sont efficaces qu’autant qu’ils sont introduits dans les organes gastriques! quelle différence, dis-je, dans les cas où les viscères demandent à être ménagés, en même temps qu’il faudrait donner de l’énergie aux organes qui les entourent!...
1 O ÉLECTRO-PUNCTU RE.
Acupuncture simple.
L’acupuncture est une opération connue et?
pratiquée de temps immémorial par lés Chinois , les habitants delà Corée et les Japonais. Les prodiges que ces peuples attribuent à ce moyen peuvent bien tenir quelque choses il 5 est vrai, de leur imagination orientale et de leur amour pour le merveilleux, et c’est bien là peut-être aussi ce qui a empêché jusqu’ici les nations de l’Europe d’y prêter attention, quoique ce procédé leur fût indiqué déjà par Kempfer ( 1 ),, par Then Rhyne, et que Dujardin, en France, et Cleyer eussent traité depuis long-temps cette matière ; mais la persévérance que mettent des peuplés aussi policés et aussi instruits que le sont les Chinois et les Japonais , à employer depuis nombre de siècles^ eëtte opération à la presque exclusion de tous les autres moyens thérapeutiques, si l’on en excepte le moxa, prouve quelle doit être cependant de quelque importance, et qu’elle mérite de fixer l’attention des médecins.-
(i) Voyez Kempfer, Supplément 3 et 4 àe Y Histoire du Japon. "
ÉLECTRO-PUKCTURE. 1 I
Les Japonais regardent l’acupuncture et le moxa comme des agents si supérieurs , qu’ils n’hésitent pas à les employer lors même que tout autre remède a été inefficace : cependant ils connaissent l’usage des vomitifs, des purgatifs, des sudorifiques , des saignées, qui sont les moyens héroïques employés parmi nous.
On peut s en convaincre en lisant le Traité qui concerne leur médecine , et que j’insère à la fin de cet ouvrage ; mais ils ont tant d’amour et d’exaltation pour l’acupuncture et le moxa r quun grand nombre de leurs médecins négligent même toute autre indication thérapeuti que , pour ne s’attacher qu’à ce qu’ils regardent comme positif et essentiel... l’application du moxa et la pratique de l’acupuncture.
Déjà l’usage du moxa s’est introduit parmi nos praticiens d’Europe, et plusieurs en ont célébré les bons effets , quoique peu d’entre eux connussent encore la véritable manière de remployer. (Voyez ci-après le chapitre concernant la préparation et l’emploi du moxa japonais. )
L’acupuncture consiste à enfoncer une aiguille très effilée à travers les parties souffrantes de notre corps.
Ces aiguilles, ordinairement d’or ou dar-
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gent, ont communément trois pouces de longueur sans y comprendre le manche, qui luimême a un pouce environ.
Elles sont renfermées dans un étui que les Japonais nomment santok.
Autrefois ils se servaient d’un petit maillet avec lequel ils frappaient à très petits coups sur le manche de. l’aiguille jusqu’à ce qu’elle fût parvenue à la profondeur désirée; mais ils ont depuis renoncé à ce mode d’opération, qui est douloureux , pareeque l’aiguille entre en quelque sorte de force, malgré la précaution qu’ils y mettaient. Aujourd’hui ils se contentent, lorsqu’ils ont déterminé le lieu de l’opération, de placer perpendiculairement un petit tube ou conduit, dans lequel ils introduisent l’aiguille ; ils jfrappent ensuite avec l’index et à petits coups sur le bout du manche qui la surmonte, jusqu’à ce qu elle ait traversé la peau, puis ils retirent le petit conduit et continuent de frapper du bout de l’index jusqu’à ce que l’aigüille soit parvenue à la profondeur désirée.
D’autres pincent la peau à l’endroit désigné, entre l’index et le pouce d’une main, tandis que de l’autre main ils introduisent l’aiguille de la manière que je viens de dire, et ce pro-
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cédé me paraît préférable, car j’ai remarqué qu’alors on engourdit la peau en la pressant, et d’ailleurs on la tend de manière que l’instrument entre plus aisément ët qu’on ne ressent pour ainsi dire aucune douleur* Quelques uns commencent par enfoncer l’aiguille en la roulant entre l’index et le pouce ; et cette manière est encore bonne, en ce que l’instrument entre sans qu’on soit obligé d’employer la plus légère pression, et ne peut par conséquent occasioner de douleur; il pénètre en quelque sorte en écartant les fibres plutôt qu’en les divisant. On est étonné de la facilité avec laquelle ces aiguillés cheminent; mais l'étonnement n ? a pas lieu pour les chirurgiens qui ont été consultés pour des cas ou des aiguilles avaient pénétré dans les chairs, et s’y étaient perdues ; ils savent avec quelle rapidité ces petits instruments cheminent. On a vu des milliers d’aiguilles ou d’épingles passer à travers les müscles, le tissu cellulaire et d’autres tissus. On peut consulter à ce sujet les observations rapportées par M. Sylvi (Mémoires de la Société médicale d’émulation , 5 e année, page 181); par M. Yillars, professeur de la faculté de Strasbourg, qui, en 1798, ht l’extraction à travers la peau d’un grand nombre d’aiguilles et d’épingles qu’une
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demoiselle, dans un aceès de délire, avait avalées; par M. le docteur Kéraudren, qui a vu une femme tenant un étui à la main dont les aiguilles furent lancées avec force vers le sein, dans lequel elles s’implantèrent; celles qui ne purent être retirées à l’instant passèrent audelà et dans différentes directions ; elles vinrent enfin se présenter dans d’autres régions de la peau, après avoir plus ou moins long-temps cheminé dans les parties molles [ Bulletin des sciences médicales , 18 in). On trouve plusieurs observations de ce genre dans les Éphémèrides des curieux de la nature.
Les Japonais laissent l’aiguille plus ou moins long-temps en contact avec les ,parties souffrantes , quelquefois ils l’enfoncent rapidement et la retirent de même ; d’autres fois, après l’avoir retirée subitement, ils 1 enfoncent de nouveau dans la même piqûre, et répètent cette opération ainsi plusieurs fois, ;spit à la même profondeur, soit en gagnant chaque fois de quelques lignes (i ). Quand ils pratiquent l’opération sur l’abdomen, ils suivent les mou-
(i) Voyez le Traité concernant la médecine,des Japonais, à la fin de cet ouvrage.
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'vements de la respiration en pressant moins -sur la peau lors de l’inspiration, et en retirant ;un peu l’aiguille lors de l’expiration.
Ils dirigent aussi l’aiguille, soit obliquement en la couchant, pour aller en quelque sorte parallèlement aux téguments , soit perpendiculairement , et ils préfèrent ordinairement cette dernière méthode. La profondeur à laquelle ces aiguilles sont portées est communément de deux à vingt lignes, rarement au-delà.
Il nefaut pas imaginer que les Japonais, qui mettent le plus de dextérité à faire cette opération, l’exécutent sans prendre de grandes précautions : ils, évitent le trajet des troncs nerveux, des artères et des veines. Jamais ils ne pratiquent l’acupuncture pendant le travail de la digestion ; lors des grandes fatigues , ni quand on est à jeun. Ils évitent aussi d’opérer pendant les fortes transpirations , dans la colère, et dans les affections tristes. (Voyez le Traité ci-après.)
Les médecins de ces contrées regardent l'acupuncture, (Comme une opération qui exige la plus grande circonspection, et pensent que les plus graves accidents peuvent résulter de ce moyen appliqué mal à propos. Ils s’engagent par serment à n’opérer d’eux-mêmes que lors-
ELECTRO-PUNCTURE.
qu’ils sont experts ( voyez ibid.) et lorsqu’ils en ont reçu l’autorisation de ceux sous les auspices desquels iis se sont formés. Cette autorisation n’est guère accordée qu’après cinq ou six ans d’une application assidue, et cela se conçoit facilement chez des nations qui possèdent aussi peu de connaissances anatomiques, et dont la physiologie est enveloppée des prestiges qu’une imagination superstitieuse et amante du merveilleux se plaît à créer sans cesse. ' -
Comme l’électricité, l’acupuncture a été employée pour un grand nombre de maladies:
les Chinois et les Japonais, par exemple, l’appliquent à tout ; mais il est bien avéré que c’est dans les affections douloureuses et non inflammatoires qu’elle a le mieux réussi. Les douleurs rhumatismales et la goutte ont été soulagées d’une manière très marquée par son moyen; les coliques violentes sont guéries par cette opération très promptement et comme par enchantement. Les Chinois arrêtent par son moyen les vomissements, les diarrhées , guérissent les convulsions et prétendent traiter ,efficacement la paralysie, l’hystérie, la syncope et toutes les affections nerveuses.
Ils ne craignent même pas d’employer cette
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opération pour combattre l’irritation inflammatoire des viscères : la céphalite, les gastro-entérites, la pneumonie, sont également attaquées par eux ; mais en les observant de près , on voit que dans ces affections leur marche ne conserve pas la même assurance, et s’ils obtiennent quelques succès, ils le doivent peut-être autant à la nature qu’aux moyens qu’ils emploient. Leur méthode est plus certaine dans les affections chroniques, et surtout dans celles des organes qui sont extérieurs à la charpente osseuse. Cependant l’expérience prouve que, mieux que l’électricité toute seule, l’acupuncture agît dans les affections profondes , et je puis en parler sciemment, ayant eu l’occasion de l’employer assez fréquemment depuis plus de neuf ans que je m’en occupe (i).
Électricité et acupuncture réunies.
L’électro-puncture est le nouveau procédé que j’emploie, et dont j’ai si fort-à m’applaudir pour les succès que j’en obtiens dans le trai-
(1) Je citerai l’emploi que j’en ai fait sur mon cataleptique de Montaigu, en i8i5. Afin qu’on ne m’accuse pas de plagiat, voyez Bulletins de la société médicale d'émulation, 1816.
ÉLECTRO-PUNCTDRE.
tement des rhumatismes, de la goutte et de beaucoup d’affections nerveuses, celui-là je ne le dois à personne, seul j’ai imaginé de l’employer; il n’a de commun avec l’acupuncture des Japonais que l’usage des aiguilles. Mais c’est, en effet, le fluide électrique dont je provoque la détonation sur l’aiguille qui lui sert de conducteur, qui constitue mon moyen curatif. La pointe de l’aiguille que j’enfonce jusque dans le tissu affecté est mise en contact immédiat d’une part avec les fibres musculaires ou fibreuses que je veux modifier, tandis que de l’autre le manche et le bouton qui terminent l’instrument communiquent avec l’excitateur ou le conducteur isolé de la machine. Au moment où j’opère la décharge électrique sur le bouton qui surmonte mon aiguille , la secousse se transmet instantanément à toutes les ramifications ou aux filets nerveux qui se distribuent dans le muscle ou dans le tissu fibreux que la pointe de mon aiguille a pénétré ; j’en acquiers la certitude par la contraction de tout le muscle à la moindre étincelle, et par la sensation seulement dans les parties non musculaires, ou dont les contractions sont empêchées par les aponévroses qui les enveloppent. Si, après avoir retiré mon aiguille , je
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répète l’expérience au moyen d’uue tige métallique qui ne traverse pas la peau pour atteindre directement les fibres musculaires, mais seulement est mise en contact immédiat avec la partie, cutanée que l’aiguille avait traversée, la contraction musculaire ne se reproduit pas, et on n’éprouve point d’autre sensation que celle de l’étincelle qui vient mécaniquement frapper la peau; il faudrait, pour opérer la contraction du muscle à travers les téguments, qu’on accumulât le fluide électrique en grande quantité au moyen de l’électromètre de Lane, et encore la commotion ne serait pas uniquement exercée sur le muscle et dans la partie souffrante, comme dans le cas où l’aiguille pénètre ces tissus; elle serait partagée par les tissus environnants. De plus, la sensation serait obtuse, tandis qu’elle est distincte, tandis qu’on discerne le contact immédiat,, l’ébranlement direct des filets nerveux qui ressentent la douleur.
Cela nesemblerait-il pas nous découvrir une grande vérité, savoir que le fluide électrique ne traverse pas nos organes au moment de la commotion pu du départ de l’étincelle vers la surface de la peau, mais que la commotion ou le choc de l’étincelle sont seuls transmis. Je ferai
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observer que je ne prétends pas que le fluide électrique lui^même ne puisse être introduit dans l’intérieur des corps, et ne puisse les traverser , l’évidence déposerait eontre moi ; mais je ne parle ici que de la commotion , du choc des étincelles et de toutes les effluves électriques dirigées brusquement vers la surface de nos corps. Déjà les physiciens avaient remarqué que le fluide électrique parcourt principalement la surface des métaux , et que les conducteurs creux et à grande surface transmettent plus d’électricité que ceux qui, dans une moindre étendue, contiennent plus de matière. Si cela est ainsi, il ne serait pas étonnant que l’électricité eût produit souvent peu d’effet dans les affections profondes pour lesquelles elle a été employée comme moyen curatif, et notamment dans les paralysies , dont la cause est.plutôt dans les centres nerveux que dans les organes voisins de la périphérie, organes dont les filets nerveux sont dans ce cas en grande partie privés de l’action vitale.
Si toutes les affections intra-cutanées qui ont reçu jusqu’ici du soulagement de l’électricité, ne l’ont obtenu que par un choc communiqué de l’extérieur à l’intérieur, et non parceque le fluide a pénétré et commotionné directe-
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ment les filets nerveux qu’on voulait modifier, n’est-il pas évident dès lors qu’on aura bien moins agi encore que dans le contant immédiat du fluide avec ces mêmes filets?
Comme nous ne sommes plus dans le siècle des conjectures en médecine, et qu’on ne peut plus procéder qu’en partant rigoureusement des faits, je vais établir ma proposition d’une manière solide par quelques remarques.
I. Si l’on se proposait seulement l’introduction dû fLuide électrique pour guérir les affections rhumatismales , la goutte , les névroses,, et pour dissiper les tuméfactions, etc., il suffirait de l’électrisation par bain, de la satura^ tion du corps par le fluide électrique, pour atteindre le but désiré ; mais l’expérience a démontré que cela ne suffit pas.
II. Les praticiens ayant reconnu l’insuffisance de l’électrisation par bain, ne traitent plus ces affections que par le choc des étincelles , ou celui des commotions, et quelquefois parla sensation que produisent les aigrettes, par celle de la friction , etc. mais c’est toujours ici une sensation ou un ébranlement qu’ils provoquent, et non la simple introduction ou la soustraction du fluide électrique ; et rigoureusement parlant, c’est seulement lors«
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qu’il y a sensation ou vibration, qu’ils guérissent.
III. La question qui reste à examiner est celle-ci : Le fluide électrique s’introduit-il brusquement dans l’économie par les chocs dont il frappe nos organes,-soit sous forme d’étincelles, soit par des commotions ? Il faudrait y pour résoudre cette question affirmativement, que ces chocs et ces commotions ne pussent avoir lieu sur nos tissus que lorsque l’excitateur est isolé et en contaet avec les conducteurs de la machine ,,c’est-à-dire lorsqu’ils conduisent vers nas organes le fluide électrique, et qu’au contraire ces chocs n’affectassent que l’excitateur lorsqu’on dit que celui-ci soutire l’électricité, c’est-à-dire lorsque le patient, isolé et en communication avec la machine, se sature de fluide électrique, tandis que l’excitateur, en communication avec le sol, reçoit la décharge du fluide qui s’échappe du corps isolé. Or , nous observons que , soit que l’excitateur transmette, soit qu’il soutire le fluide électrique, les chocs ont toujours lieu: conséquemment on peut conclure que le choc n’est pas nécessaire pour que l’électricité s’introduise dans nos corps, et cependant c’est par le choc que les guérisons s’obtiennent.
ÉLECTRO-PUN GTURE. 20
Je n’ài parlé ainsi que pour détruire la croyance routinière, maintenant je vais m’exprimer plus, scientifiquement.
1Y. On ne soutire ni on ne transmet pas le-, lectricité au moyen du choc des étincelles ni des commotions. L’électricité vitrée d’une part, et l’électricité résineuse de l’autre, tendent à se mettre en équilibre, et c’est le départ de l’une sur l’autre, lorsque deux corps chargés différemment tendent à se mettre en contact, qui occasione l’éclat de l’étincelle et la percussion de la commotion. Le bruit de l’étincelle est dû au déplacement subit de l’air, Le départ de l’une et l’autre électricité, agissant en sens contraire, frappe de part et d’autre les surfaces qui tendent à s’approcher, et si au lieu d’un excitateur une personne non isolée approche une partie de son corps du corps de celle qui est isolée , l’une et l’autre personne reçoivent également le choc et ressentent la percussion dans la partie qü elles allaient mettre en contact.
Y. Si l’on approche d’une personne isolée le bouton d’une tige qui traverse un tube de verre, laquelle tige est en communication avec le sol, au moment du départ des deux électricités et de la production de l’étincelle , le choc se fait très faiblement ressentir dans la main qui tient,
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le tube de verre, et avec de l’attention on sent distinctement la commotion se transmettre aux cordons nerveux de l’avant-bras. Cependant la main est isolée de la tige métallique au moyen du tube de verre, et n’a pu être pénétrée par l’électricité : c’est donc ici manifestement le choc seul qui se transmet.
VI. Il n’est nullement nécessaire que le fluide électrique s’introduise et parcoure le trajet d’un cordon nerveux, pour que la commotion se fasse ressentir et se propage le long de ce eordon. Le simple contact de l’un de ses filets suffit pour produire cet effet. On sait que lorsqu’un corps heurte brusquement la portion du nerf cubital qui se trouve près de la peau du coude, la commotion se fait ressentir tout le long de ce nerf, et même dans ses branches qui se distribuent aux doigts, et cependant il n’est point là de fluide introduit.
VII. Enfin l’électro-puncture, comparée à la percussion électrique externe, et à l’électrisation par bain, prouve : i° que le fluide électrique peut s’introduire en grande quantité dans nos corps sans choc ni commotion, et qu’alors il ne suffit pas pour guérir; 2 ° que les chocs déterminés à la surface cutanée peuvent se transmettre à travers son tissu et être ressentis
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par les cordons nerveux au moyen de l’électromètre de Lane ou de la bouteille de Leyde, ou même par les fortes étincelles, et dans ce cas l’électricité a été employée avec succès au traitement des maladies, mais les cures se sont opérées avec beaucoup de lenteur ; 3° que le fluide électrique conduit dans l’intérieur de nos tissus, et mis en contact immédiat avec les filets ou radicules nerveuses de celui de ces tissus qui est douloureusement affecté, occasione au moment de la décharge électrique, un ébranlement qui se propage à tout l’organé souffrant; cet ébranlement qui dénature la douleur, et qui est ressenti d’une manière directe, est beaucoup plus avantageusement appliqué à la cure de la goutte, des rhumatismes et des affections nerveuses, que les chocs imprimés à travers la peau, et on conçoit que si on devait retirer quelque avantage de l’introduction des aiguilles toutes seules, on en retirera infiniment plus en joignant à l’acupuncture, les bons effets qu’on obtient de l’électricité.
Ces remarques suffisent pour convaincre de la prépondérance que doit avoir d’une part le choc électrique', sur l’électrisation sans secousses , et d’autre part le choc immédiat et direct imprimé intérieurement aux organes
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souffrants, sur le choc externe communiqué sf travers la peau. Elles-doivent convaincre aussi des avantages que peut avoir lelectro-puncture sur l’acupuncture simple : ainsi j;e< ne les étendrai pas plus loin.
Quant à l’agent, qu’importe sa nature, pourvu que les résultats soient constatés il n’y aurait pas de danger à se tromper ici sur la nature et le mode d’action de l'électricité*, il s’agit seulement des effets qu’elle produit et des bienfaits qu’on peut en attendre.
Je ferai aussi une seule observation sur 1 introduction des aiguilles dans nos organes : c’est en vain qu’on leur attribuerait une vertu magné-. tique par laquelle elles opéreraient ; il faudrait pour cela qu’elles fussent au moins préférablement d’acier, et nous voyons que les Japonais, qui citent tant de merveilles de ce moyen, emploient exclusivement des aiguilles d’or ou. d’argent. Le fluide galvanique qu’on prétendrait soutirer à l’aide de ces aiguilles est un effet naturel du contact d’un métal avec un filet nerveux : les physiciens savent même qu’il ' suffit du contact de deux nerfs pour produire cet effet. Ainsi, laissant à part ce qu’il paraît y avoir de merveilleux dans ce moyen , nous le comparerons à lelectro-puncture, et nous éta-
ÉLECTRO-PUNCTüRE.
blirons en principe que l’acupuncture et l’électricité réunies, produiront plus d’effet que l’un de ces moyens isolés, et l’expérience ne nous: démentira pas.
Nul que je sache ne s’est encore avisé d’introduire l’électricité à travers nos organes dans l’intérieur du corps. Les succès que je savais que les Japonais obtenaient au moyen de l’acupuncture, quelques succès aussi que j’en ai obtenus moi-même, et les avantages que d’autre part j’ai retirés de l’administration de l’électricité , m’en ont suggéré l’idée : c’est de là qu’est née lelectro-puncture, dont les succès ont outre-passé mon attente.
Lors du traitement de mon cataleptique de Montaigu, il.y a'neuf ans (181 5 ), j’avais déjà eu la pensée d’allier l’administration de l’électricité avec le traitement par l’acupuncture.
(Yoyez Bulletins de la soc. méd . d’émulation , 1816.) Il est certain que si alors j’eusse eu à ma disposition, dans mon hôpital, une machine électrique , l’idée de faire pénétrer le fluide au moyen des aiguilles , dans les muscles mêmes que je cherchais à exciter, me fût venue* et les commotions que j’y eusse produites, et que sur un tel individu j’eusse pu graduer sans crainte, auraient probablement ébranlé telle-
ÉLEGTRO-PUNCIÜRE.
ment le système nerveux, que mes efforts eussent été* couronnés d’un prompt succès, et qu’au, lieu de tenter inutilement pendant sept mois l’action des stimulants les plus énergiques , j’eusse en peu d’heures peut-être obtenu par une détente générale, la récompense de mes soins et de mes laborieux travaux.
Mon procédé opératoire est peu douloureux; une très légère sensation aiguë se manifeste au moment ou l’aiguille traverse la partie nervosovasculaire de la peau; j’évite soigneusement les troncs nerveux, les artères ou les grosses veines : les légers accidents douloureux qui pourraient survenir, se calment aussitôt que l’aiguille a été introduite à quelques lignes de profondeur.
Je me sers de trois sortes d’aiguilles ou poinçons. Elles sont exclusivement d’or ou d’argent comme celles des Japonais. La première (voy. planche r% fig. 3 ) est composée d’un aiguillon a d’un pouce de long, très effilé, surmonté d’un œil ou anneau rond b , -assez grand pour recevoir des fils d’or de différentes dimensions, ou un crochet de fil de laiton, à volonté : supérieurement cet œil est terminé par une petite tige cylindrique , légèrement boutonnée, c, qui est destinée à entrer dans un
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manche de cristal (fig. 4) lequel porte à son extrémité une virole d , que traverse une vis de pression e, propre à serrer la tige de l’aiguille. Cette vis de pression est terminée par un anneau, pour pouvoir à volonté y fixer le fil d’or ou y décharger l’excitateur ; la partie du manche de cristal qui avoisine la virole est faite en spirale, afin de rouler plus facilement ce manche entre les doigts, lors de l’introduction de l’aiguille : ce manche est fait préférablement en cristal, pour pouvoir dans quelques cas être tenu par une personne placée hors de l’appareil isolé, et qui ne devrait pas être en communication avec l’aiguille ni avec le patient. Ces petites aiguilles ou petits poinçons, sont employés lorsqu’on veut ne pénétrer qu’à une médiocre profondeur dans la couche musculaire ou fibreuse sous-cutanée; mais lorsqu’il s'agit d’aller plus avant, il faut employer des aiguilles plus longues. Je me sers dans ce cas d’un poinçon (fig- 2 ) dont l’aiguillon est long de deux ponces f, surmonté, comme le précédent, d’un anneau g , auquel on peut ajouter supérieurement une boule à, propre à recevoir une décharge d’étincelles plus fortes, et enfin terminé par une tige cylindrique i destinée.à entrer comme celle de l’aiguille pré—