I DU
L emoxa est un cône ou petit corps pyramidal que les peuples de la Chine et du Japon emploient comme moyen héroïque, pour traiter toutes les maladies qu’ils supposent ne devoir guérir ni par les remèdes administrés intérieurement, ni par l’acupuncture, leur moyen favori dans l’état aigu, ou au début des affections morbides.
Ce qu’il y a de fondamental dans leur doctrine, ils le font reposer sur l’efficacité de l’acupuncture et du moxa ; mais ils pratiquent plus spécialement la première dans: les affections aiguës, et surtout les douleurs ou les spasmes, et ils réservent les seconds pour les chroniques : cependant ils emploient aussi ces derniers dès le début des maladies, et principalement lorsqu’ils se proposent d’agir pro-
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fondement. (Voyez ci-après le Traité de la médecine des Japonais. ) Tous les secours de la pharmacie et les saignées mêmes ne sont pour eux que des auxiliaires.
Le moxa des Japonais a la figure d’un cône, dont la base n’a pas plus d’un centimètre et demi (six à huit lignes) de diamètre, et dont le sommet n’est distant de la base que d’environ trois centimètres (un pouce) (1); jamais, ou bien rarement, leurs dimensions n’excèdent ces proportions.
La matière que les Japonais, comme les Chinois , emploient à la confection du moxa, est exclusivement la substance cotonneuse ou le duvet qu’ils retirent de Yartemisia vulgaris latifolia , et qu’ils nomment jamogi ; ils les font très long-temps sécher à l’ombre , les broient et les épluchent, de manière à en retirer le
(1) Les Chinois ont des moxas de diverses formes; ils en ont po.ur les riches et pour le peuple. Quelques uns ont la figure conique, comme les moxas japonais ; d’autres sont en forme de petits bâtons, du volume, de la figure et même de la couleur d’un petit bâton de cannelle, qu’ils coupent en fragments. M Klaproth m’avait donné quelques uns de ces bâtons ; mais je n’ai jamais pu imiter leur préparation dans les diverses tentatives que j’ai faites.
duvet parfaitement dégagé d’épiderme et mollet; ils lient ensuite ces différentes parties entre elles, je ne sais par quel procédé, et ils en forment, à ce qu’il paraît, des corps solides ayant la figure de ces trochisques odorants que nous sommes dans l’usage de brûler dans nos appartements. J’ai fait bien des tentatives pour préparer le moxa en petits cônes solides à la manière des Japonais, sans pouvoir y réussir : tous les corps que j’employais à lier ensemble les particules de mon duvet, ou en détruisaient la faculté igniscible, ou l’exaltaient de manière à ne pas pouvoir conserver ce mode uniforme et lent d’ignition qui fait toute la vertu spécifique du moxa. C’est en vain que j’employais divers corps glutineux et résineux avec ou sans addition de nitre, etc. Tous mes trochisques manquaient leur effet, et mes préparations ne valaient pas le duvet employé seul et rapproché par la pression; ce qui me décida à renoncer à toute substance intermédiaire aux molécules de duvet. Considérant que plus ces molécules se toucheraient étroitement , et mieux l’ignition se communiquerait et serait uniforme, je m’attachai donc spécialement à obtenir un duvet parfaitement pur , dégagé de particules hétérogènes. A cet effet,
l’expérience m’a appris que Xartemisialalifolia, recueillie après le coucher du soleil en été, et séchée lentement à l’ombre, est la plus propre à subir la préparation. On la suspend librement, et de manière à n’être rassemblée qu’en très petits paquets, à des perches, dans un lieu sec, à l’abri des injures de l’air. Il convient que les feuilles de cette plante soient ainsi suspendues pendant plusieurs années avant de s’en servir, et au moment où on désire les employer, il faut les faire mettre pendant quelques heures à la cave, pour les faire ramollir; puis on les pile dans un mortier jusqu’à ce que tous les fragments d’épiderme et de côtes ou nervures des feuilles aient été soigneusement enlevées. Cette opération est longue et ennuyeuse; la préparation est plus prompte si l’on se sert des petites cardes faites exprès pour cet objet. Le duvet ainsi préparé est renfermé dans des boîtes, et conservé en lieu sec pour l’usage (i).
(1) Je dois déclarer que nulle part je n’ai réussi à faire préparer mon moxa avec autant de soin que chez M. Sallé, pharmacien, rue Saint-Jacques, n° 4 1; et son débit fait qu’il peut le fournir à raison de 5 o centimes la boîte, contenant du duvet pou r environ dix moxas:
Depuis Pouteau on ne faisait usage en France que du moxa confectionné avec le coton; on employait le moyen curatif sans se donner la peine de rechercher le procédé dont se servent les peuples de qui nous le tenons. Les premiers voyageurs qui nous ont rapporté les merveilleuses cures que les Japonais obtenaient à l’aide du moxa ne se sont nullement occupés de nous en décrire la préparation ; ils nous ont plutôt présenté le moxa comme de petits corps formés avec une plante cotonneuse, qu’ils ne se sont attachés à en décrire la nature , la confection , et le mode d’opération. On a vaguement parlé d’un duvet qui couvre l’armoise de ces pays ; et dans l’impatience que les médecins ont mise à expérimenter un moyen nouveau pour eux, dans l’incertitude où ils étaient sur la nature et la préparation du moxa des Japonais , ils ont pensé
c’est à bien meilleur compte qu’on ne pourrait le faire soi-même. Je me plais à indiquer ce pharmacien, en raison de la modicité de sou prix, et du soin qu’il met à la préparation. C’est à lui que je suis redevable du mode de préparation au moyen des cardes : ce qui me produit un duvet plus doux et moins brisé ; l’ignition en est aussi plus uniforme.
que le coton suffirait et produirait un effet semblable à celui qu’obtiennent les Chinois et les Japonais lorsqu’ils font usage de leur duvet cotonneux ; il en est résulté que le coton a brûlé , et qu’il a produit une eschare. On s’en est tenu au coton. Quelques praticiens éclairés ayant remarqué tout le mal que se donne l’opérateur,et toute la gêne qu’il éprouve pour parvenir à faire brûler convenablement les cylindres de coton, avaient imaginé d’employer diverses autres substances, et de les allier avec le nitre, le soufre sublimé, l’alcool, etc. D’autres ont mis leur amour-propre à préparer avec une espèce de luxe des moxas odorants et dé diverses couleurs , ou à s’ingénier à employer les substances les plus communes et qu’ils trouvaient, pour ainsi dire, sous la main : telles sont des cordes , des étoupes, des mèches. Leur intention est sans doute louable ; mais on aurait droit de s’étonner que ces praticiens eussent connu la manière dont les Japonais préparent le moxa, et qu’ils n’aient pas eu la bonne foi de lui donner la préférence sur tout ce que nous avons imaginé sur cet objet. En effet, les Chinois et les Japonais comptent une longue expérience dans Femploide leur moxa, et ils n’ont pas varié
à son égard ; pourqûoi n’auraient-ils pas préféré le coton , l’étoupç., et d’autres substances igniscibles qu’il leur est plus facile de trouver sous la main, que Vartemisia vulgaris, qui demande tant desoins et de préparations? Un peuple aussi ancien, aussi observateur que l’est le peuple chinois , et qui de plus met en ce moyen le soin de sa conservation, auraitil manqué de chercher et de s’arrêter au procédé qui aurait procuré le plus de succès ? Que le simple bon sens prononce, et que l’amourpropre se taise là où il serait déplacé. Ayons la bonne foi de nous guider un peu par les errements de ce peuple, dans une matière que nous tenons de lui y et dans laquelle nous sommes encore si neufs et si loin de l’égaler.
Il existe une grande différence entre l’action de notre moxa et celle du moxa des Japonais.
Chez nous on n’aperçoit que la cautérisation , et les effets qu’elle produit sont regardés comme une révulsion. Chez ces peuples lointains on n’explique pas les effets , mais on observe les cures : tout y est empirique, il est vrai; mais cet empirisme a quelque chose d’imposant, quand il s’appuie sur tant de siècles d’expérience. Notre moxa de coton agit en imprimant en peu de temps un sentiment
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très incommode de chaleur à la portion cutanée sur laquelle il est appliqué ; cette chaleur acquiert promptement un haut degré d’intensité , et cette intensité dure au moins douze à quinze minutes ; elle continue jusqu’à ce que le feu ait atteint la peau , et alors on découvre une eschare brunâtre ou noirâtre qui se détache en cinq ou six jours, laisse une plaie profonde qui suppure abondamment, et qui reste ordinairement long-temps douloureuse ; la cicatrice qui lui succède est difforme et garde ordinairement beaucoup de sensibilité.
Il faut ajouter qu’on est dans l’usage, en France, d’employer des cylindres de coton qui ont ordinairement trois centimètres (un pou ce) de diamètre, et au-dessus ; j’en ai vu appliquer de sept centimètres de diamètre (deux pouces et demi), qui oecasionaient des plaies effrayantes.
Les moxas japonais se distinguent par une action lente ; ils ont la forme de cône : on les accqle par leur basé, sur la peau, par le moyen que je décrirai ci-après, et , lorsque leur pointe est allumée , ils transmettent d’abord au tissu cutané une sensation d’irradiation. Cette sensation n’êst point une douleur ; mais , observée attentivement et sur une partie très sensible , elle paraît être une espèce
de vibration , ou plutôt un sentiment qui tiendrait le milieu entre le malaise et le plaisir, sentiment que je ne saurais mieux comparer qu’à celui qu’on éprouve à l’épigastre lorsqu’on va s’évanouir. 11 paraîtrait que cette irradiation est due aux petites commotions que fait éprouver l’introduction du calorique aux ramifications nerveuses qui aboutissent à la partie sur laquelle pose la base du cône. La sensation dont je viens de parler se convertit insensiblement en une chaleur qui augmente petit à petit, au lieu d’acquérir brusquemént le summum d’intensité, comme dans le moxa de coton : il en résulte que la peau ne ressentant qu’une chaleur graduelle et lente, a le temps de se préparer à chaque instant à la sensation qui va suivre , et qu’elle s’accoutume mieux à supporter la douleur lorsque la sensation de chaleur a atteint le summum d’intensité, et il lui faut à peu près cent secondes pour y parvenir. Elle conserve cette intensité pendant quinze à vingt secondes seulement, et quelquefois moins ; ensuite, la douleur décroît, et cette sensation de décroissement emploie quatorze à dix-huit secondes , ce qui fait en tout, au plus deux minutes un quart ; tandis que la douleur intense du moxa de coton
se fait ressentir pendant l’espace de plus de douze minutes , c’est-à-dire plus de trente-six fois autant que la période d’intensité du moxa japonais, ce qui présente une différence énorme pour la souffrance du patient.
La base du moxa brûle encore dans l’épaisseur d’une ligne, que la douleur a tout-à-fait disparu, et au lieu de laisser une eschare sèche, grillée, comme celle du moxa de coton, on découvre, en écartant les cendres de la base du cône, une eschare d’un blanc jaunâtre, humide , qui se détache au milieu de l’aréole rouge qui forme la phlogose environnante :
cette eschare est de moindre dimension que n’était la base du moxa. Après l’opération , on peut appuyer ou frapper sur la partie sans faire éprouver de douleur. L’eschare ici ne-se détache que du dixième au quinzième jour ; la plaie offre autant de profondeur que celle qui résulte d’une eschare d’égale dimension d’un, cylindre de coton ; la suppuration est la même.
En 1 8 1 5 , à la même époque ou je m’occupais d’acupuncture à l’hôpital militaire de Montaigu , auquel j’étais attaché, et où j’avais à traiter nombre de maladies chroniques,, j’avais à employer fréquemment le moxa ; mais
j’étais rebuté par l’horrible souffrance que faisaient éprouver à mes malades les cylindres de coton : et réfléchissant au fréquent usage que font du moxa les Chinois , je présumai que ce peuple devait avoir un procédé plus supportable que le nôtre, et je conçus le projet de faire des recherches sur cet objet. C’est alors que je m’adressai à M. Klaproth , et c’est aussi vers cette époque que ce savant me mit en rapport avec les personnes qui possédaient des manuscrits de M. Tilsing et la poupée japonaise ou Tsoe-Bosi qu’il avait rapportéedu Japon. Alors aussi je fis l’acquisition de plusieurs objets , et notamment du manuscrit que j’insère à la suite de ce mémoire , et je copiaf le Tsoe-Bosi, qui lui sert de démonstration. Les précieux documents que renferme ce manuscrit me mirent sur la voie de l’emploi du moxa, mais ne m’apprirent rien sur sa préparation et sa confection. Ce n’est qu’en multipliant mes tentatives, et en essayant mes différents résultats , que je parvins à préparer mon duvet, à confectionner mes cônes, et à simplifier le procédé opératoire, de telle sorte que j’atteignis le point de perfection où j’aspirais d’arriver, celui de rendre l’application du moxa plus supportable pour le malade , et plus
commode pour l’opérateur. Il n’y avait en effet, jusqu’à ce jour, que souffrance intolérable d’un côté, et gêne extrême de l’autre. Get appareil de chalumeau ou de soufflet, pour entretenir l’ignition , de trépied ou de pince à anneaux, pour maintenir le cylindre ; cette constance à souffler d’une manière incommode et désagréable , en s’aveuglant au milieu d’une épaisse fumée qui suffoque; cet emploi de plusieurs hommes pour maintenir le patient ou les différentes pièces de l’appareil ; tout cela est tellement effrayant pour le malade et pénible pour l’opérateur , qu’il me semblait impossible de ne pas désirer de trouver un procédé plus simple , plus doux et plus commode ; ou bien il fallait s’attendre à voir échapper un moyen curatif dont le nom seul est devenu la terreur du malade.
Lorsque je veux appliquer le moxa, je me munis d’une des boîtes qui contiennent le duvet préparé de la manière dont je l’ai décrit plus haut ; et ayant déterminé le nombre de cônes que je me propose de brûler, je les prépare en prenant pour chacun d’eux une masse de duvet, du volume d’une noisette; je roule d’abord cette petite masse entre les paumes des mains, afin de rapprocher les unes des
autres les molécules ; puis , saisissant le petit rouleau que je viens de former -, avec le pouce et les deux premiers doigts de la main droite» j’aplatis l’autre extrémité du rouleau contre la paume de la main gauche, et pressant ainsi mon duvet en le pétrissant à diverses reprises entre ces trois doigts d’une main et la paume de d’autre, je réussis à former un cône ou pyramide dont les molécules se trouvent très serrées.
Ayant ainsi préparé un nombre déterminé decônes ou pyramides, je mouilleun doigt avec un peu d’eau , ou avec de la salive ; j’en frotte les endroits où je veux faire l’application , et j’y fais aussitôt adhérer l’un des cônes en l’y accolant par sa base: je place de la même manière tous les autres cônes, en observant entre eux au moins la distance d’un pouce.
Tous mes cônes adhèrent fortement, et soit qu’ils soient placés sur un plan horizontal, soit qu’ils occupent un lieu déclive, ils ne se dérangent pas.
Tout étant disposé, je prends une allumette ou un morceau de papier que j’allume à une bougie , et présentant successivement la flamme au sommet ou à la pointe de chacun de mes cônes, je les allume avec la plus grande
facilité : ils brûlent tous en même temps, uniformément et lentement, en dégageant de petites bouffées de fumée par des scintillements oçcasionés par les molécules, qui, n’étant pas pressées et renfermées comme l’est le coton dans les cylindres , se déplacent facilement pour livrer passage à la fumée. L’intensité se maintient ainsi sans qu’on soit obligé de souffler, et le médecin reste témoin paisible de l’opération, sans compromettre sa dignité par un travail désagréable et fatigant. Il peut même alors porter du soulagement au malade en lui promenant sur les parties environnantes, et proche du lieu où se fait ressentir la douleur, des corps froids, tels que des fers à repasser, du marbre, de la glace , afin que la sensibilité, cutanée, partagée entre ces deux impressions opposées , reste plus vague et plus indécise(i). 11 peut aussi exhorter le patient au courage, lui promettre la prompte disparition de la douleur, lui annoncer qu’il est au summum
(1) Les patients sentent en effet un grand soulagement de çe moyen, et quand on cesse de promener le corps, froid' sur les parties voisines, ils le redemandent avec des instances pressantes;
d’intensité et que la décroissance arrivera au bout de quelques secondes. Ces paroles consolatrices, cet allégement par les corps froids qu’on a promenés autour de la partie souf-r frante, laissent dans lame du malade un sentiment de reconnaissance qui l’attache encore plus à celui de qui il espère la fin de ses maux; tandis qu’un sentiment de crainte et même d’aversion accompagne toujours l’opération faite avec le moxa de coton. Le médecin qui a soufflé le feu, qui a augmenté la douleur et qui s’est montré impitoyable, imprime à son malade une appréhension et un sentiment instinctifs d’éloignement, que sa raison souvent ne peut réussir à vaincre.
Non seulement ici l’opération est beaucoup, moins douloureuse, mais elle est bien plus commode à exécuter: et d’abord on n’a pas besoin d’appliquer ces moxas l’un après l’autre comme dans les procédés où il faut assujettir le cylindre et souffler dessus , ce qui suppose qu’on ne peut s’occuper en même temps que d’un seul moxa, et ce qui a le désavantage, lorsqu’il faut en appliquer plusieurs, de perpétuer la douleur, et d’accroître à chaque nouvelle application le découragement et l’indocilité du malade, en même temps que la
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résistance et l’apparente cruauté de l’opérateur, et aussi en multipliant ses fatigues.
C’est peut-être à ces difficultés et à ees désagréments qu’on doit la réserve des médecins d’Europe dans le nombre des moxas qu’ils prescrivent. Les Japonais appliquent très-rarement -moins de dix cônes de moxa à la fois, à moins que ce ne soit dans une partie peu étendue, comme à l’un des membres, ou pour une affection légère ; et ils vont jusqu’à deux cents eônes en même temps lorsqu’il s’agit d’une maladié grave, surtout si elle occupe les viscères» ( Voyez ci-après les propositions contenues dans le Traité sur la médecine des Japonais. )
Il leur arrive aussi d’appliquer successivement et sans désemparer plusieurs cônes de moxa sur le même point: ils ont recours à cette pratique toutes les fois qu’une affection est profonde ou très difficile à enlever.
Maintenant que j’ai décrit suffisamment, je pense, le procédé opératoire qui m’est propre, tant pour la confection que pour l’application du moxa que j’ai appel e japonais, à cause de l’analogie qu’il doit avoir avec celui de ces peuples, et aussi par égard pour la source à laquelle j’ai puisé, il me reste à dire un. mot
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des avantages thérapeutiques qui résultent de son application ; car ce point-ci n’est pas moins important que le mode d’opérer : je le ferai, de même que pour l’éleetro-puncture, sommairement ; la nature de ee travail ne comportant pas d’observations détaillées, et d’ailleurs ce moxa est déjà assez répandu pour que chacun en ait connaissance, et ait cherché à en apprécier les avantages. La simplicité et l’agrément qu’il présente ^comparés à l’ancienne manière, me sont garants de l’empressement que les praticiens mettront à en apprécier le mérite.
J’ai employé le moxa japonais selon le procédé décrit ci-dessus, pendant quatre ans, à l’hôpital de Montaigu (succursale de l’hôpital militaire deParis) depuis iSi 5 jusqu’en 1818. Cet établissement, spécialement réservé aux affections chroniques, m’a fourni journellement l’occasion d’en faire usage, et je l’ai souvent comparé au moxa de coton. Mes expériences ont été répétées jusqu’à satiété. M.Therrin, alors chirurgien en chef de cet hôpital, et membre de la plupart des sociétés savantes de Paris, peut attester les succès que j’ai obtenus ; tous les chirurgiens attachés à cet hôpital employaient le même moyen. M. Broussais ,
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et beaucoup d’autres médecins, ne se servent pas aujourd’hui d’autre procédé. Je puis affirmer, d’après mon expérience et sans crainte d’être jamais démenti, que constamment j’ai obtenu des succès plus marqués avec le moxa japonais que lorsque j’employais le cylindre de coton, l’étoupe ou d’autres substances à moxibustiou. Je conviens qu’il était de mon devoir de faire connaître, beaucoup plus tôt que je ne l’ai fait, le résultat de mes travaux à cet égard, et que j’ai à m’accuser de n’avoir pas tenté de faire rejeter depuis long-temps des procédés opératoires barbares, qui font la désolation du malade et le tourment de l’opéra-? teur; mais cela tient à mon peu d’empressement , ët à la crainte que j’ai toujours de mettre en avant des choses que l’expérience n’aurait pas assez mûries. D’autres considérations encore m’avaient empêché ici de publier mon procédé : mes relations avec des hommes de mérite qui avaient été mes chefs, et qui ont traité la même matière j ont contribué à mon silence.
Les tumeurs blanches , coxalgies , rachialgies , rachitis , rhumatismes chroniques , endurcissements , empâtements , tuméfactions de toute espèce (non inflammatoires) du tissu
cellulaire , des muscles , des articulations, des glandes, des testicules, des viscères, etc... les névralgies, névroses, etc.,sontles affections que j’ai traitées, et dans lesquelles j’ai obtenu de fréquents succès.
Lorsque, dans ces affections,j’employais le moxa de coton , et qu’il existait encore quelques traces d’une inflammation qui avait précédé , souvent je ramenais l’état inflammatoire , et j’accroissais le malaise au lieu de le diminuer, à moins que je n’employasse de très petits cylindres, et un seul ou deux à la fois ; alors mon opération restait sans succès, et j’avais tourmenté inutilement le malade. Jamais cet inconvénient n’a eu lieu parJ’application de mon moxà, dont la douleur est bien moins long-temps sentie , et dont par conséquent on risque bien moins de faire retentir la stimulation, soit dans la partie affectée, soit dans les viscères.
En employant les cylindres de coton sur des individus irritables , ou qui ont une phlegmasie viscérale avec mouvement fébrile, on aggrave souvent leur état, et si l’on a affaire à une irritation inflammatoire ou subinflammatoire désorganisatrice , on est sûr de hâter la destruction. Les moxas japonais sont bien aussi
nuisibles dans l'état inflammatoire fébrile ; mais dans les subinflammations, et même dans les phlegmasies chroniques désorganisatriees , ils ne sont jamais causes'd^accidents fâcheux , et souvent le soulagement succède à leur application, même dans les cas désespérés.
Les moxas japonais, qui laissent une eschare 1 si légère , agissent cependant sur des organes situés à une certaine profondeur, comme on peut le constater en considérant leur influence sur les viscères. Jamais on ne se sert du moxa comme du vésicatoire, en révulsant, en irritant des organes éloignés ; il faut toujours faire l’application le plus près possible du lieu affecté. C’est aussi pour cette raison qu’une trop forte ignition est nuisible dans les cas qui conservent quelques traces d’acuité , parcequ’elle tourne au profit de l’irritation intérieure. Alors la brûlure du coton est dangereuse , et l’on aurait moins à craindre de l’emploi du moxa japonais.
Le moxa a plus d’analogie avec le séton qu’avec le vésicatoire et le sinapisme.
Quoique j’aie obtenu autant d’effet d’un nombre de moxas japonais comparé à un nombre égal de moxas de coton , je n’hésite
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pas à déclarer qu'en général on applique trop peu de moxas à la fois : et ici c’est encore l’expérience qui me guide (1). Mais pouvaiton se permettre de multiplier les moxas de coton, quand on avait à combattre la résistance du malade et la fatigue de l’opération , puisqu’on ne pouvait appliquer plus d’un moxa à la fois? Je sais qu’on eût facilement remédié à ce dernier inconvénient en imaginant une tablette garnie de supports et criblée de trous pour recevoir un plus ou moins grand nombre de cylindres, et un soufflet à bec élargi, aplati, propre à donner un courant d’air capable d’alimenter rignition de tous les moxas contenus dans la tablette criblée; mais comment remédier à la prolongation de la douleur, et aux autres inconvénients attachés à l’emploi du moxa.de coton ?..... Je ne rejette cependant pas entièrement ces derniers, je pense même qu’il est des cas où il faut les préférer ; mais ces cas sont ceux où il convient de pratiquer une ustion qui tienne le milieu entre le cautère actuel et le véritable moxa .
(1) J’applique rarement moins de dix moxas à la fois, et souvent trente ou quarante.
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celui des Japonais. On pourrait aussi s’en servir lorsqu’on se propose de déplacer une irritation ou de modifier une partie malade chez un sujet très peu irritable : et encore ne convient-il de l’appliquer ni sur le tronc ni à la tête ; je m’étonne même que jusqu’ici on ait osé si souvent ne pas tenir compte des accidents qui en sont résultés.
Lorsque je veux modifier un organe par l’application de moxas , je circonscris la partie malade , en enfermant le lieu douloureux ou engorgé dans un chapelet de cônes de moxas, mis à la distance d’un pouce les uns des autres : après l’opération je recommande simplement d’éviter le contact des corps rudes , ou je fais appliquer une compresse enduite de cérat si le frottement du linge sec ne peut être supporté, ce qui est rare après l’opération de mes moxas. La peau ordinairement conserve q>eu de sensibilité.Les eschares se circonscrivent et se détachent entièrement au bout de dix à quinze jours : je facilite leur chute et j’excite la suppuration en les couvrant de petites rondelles de peau , enduites du digestif animé, composé de térébenthine et de jaune d’œuf ; si les plaies étaient un peu irritées et causaient de la douleur, il faudrait panser avec du cérat.
Lorsque les petites plaies sont prêtes à se cicatriser, je brûle un autre chapelet de moxas en dedans de ce premier , et les conduisant de même , j’arrive ainsi, après un certain nombre d’applications, de la circonférence au centre, et j’obtiens de cette manière des cures que je n’espérais pas réaliser en employant le moxa de coton.
Dans quelques cas rebelles , j’ai été obligé de recommencer plusieurs fois, en plaçant les nouveaux moxas dans les intervalles que laissaient les cicatrices des premiers, et j’ai fini par voir ma constance et celle du malade couronnées d’un plein succès.
Il arrive souvent que, dans les irritations viscérales , une des régions de la peau devienne sympathiquement douloureuse , c’est alors sur ce lieu qu’il convient de placer les moxas.
Lorsqu’il s’agit d’une névralgie ou d’une névrose , c’est sur le trajet même des nerfs affectés , ou à leur origine, ou même vers les centres auxquels ils correspondent , qu’il faut appliquer les moxas.
Si l’on a à combattre une paralysie , c’est toujours à l’origine des nerfs qui se distribuent aux organes privés du mouvement ou du sentiment, qu'il convient d’agir, c’est
dans tout le trajet de la colonne vertébrale vers ses apophyses costales , et à la base du crâne , que les moxas doivent être placés, C’est vers le dernier endroit que se trouvent 1 ’ A -mon et le Day-soey des Japonais , lieux tenus en grande considération par eux , pour les applications de moxa ou l'acupuncture dans une foule de maladies nerveuses graves.