CHAPITRE V
M. Singlin déplore la division oaissaate entre ses amis, et en écrit à M. Amauld.
II [était] difficile que la retraite de M. Aroauld, la suite de tant de ditféreots projets pour arriver à la paix, et la diversité de sentiments sur ces formules, ne troublât insensiblement la paix particulière des défenseurs de saint Augustin aussi bien que l'espérance de la générale. M. Singlin, qui déplorait ce malheur, fit tous ses efi'orts pour l'empêcher, et quelque vénération qu'il eût pour M. de Saint- Cyran, il tâcha de réunir les esprits en écrivant le 5 avril cette lettre à M. Arnauld, qui est encore plus pressante que les autres :
« Ce que j'ai toujours appréhendé, et si je l'ose dire, prévu est à la veille d'arriver, de voir de la division entre nous, si Dieu par sa miséricorde ne l'empêche, et si l'on ne s'entend mieux que l'on ne fait en ne se rendant pas si crédule de toutes les choses que l'on rapporte assez mal les uns des autres. Je vous avoue que rien au monde ne me touche davantage que de nous voir dans des sentiments différents dans une affaire commune, et pour laquelle ou souffre déjà assez d'ailleurs en toute manière, et particulièrement à cause des maux, des scandales et des affaiblissements qu'elle produit dans des âmes de piété qui ne sont pas capables de bien connaître ceux qui ont plus de raison en cette rencontre. Quand je vous ai parlé du scandale de quelques-uns de nos amis, je n'ai nullement entendu parler de ceux qui s'entremettent de cette affaire avec Ms»" de Comminges. Je ne suis pas plus édifié que vous de tout ce qu'ils disent et font, se mêlant de ce qui ne leur appartient pas et de ce qui est au dessus d'eux, et ne servant qu'à nous mettre mal dansl'espritdespersonnes de piété et de vertu. Si j'avais quelque pouvoir sur eux, je leur imposerais un éternel silence. Je ne lésai vus qu'une fois pour vous défendre de nos amis qui ont comparu devant eux, et pour leur faire voir que ce n'était point une affaire dont on dût espérer une bonne issue, étant de soi inexcusable, et y ayant très peu de nos amis qui ont engagement dans la cause qui voulussent se servir de ce