LIVRE XXXII
bulles n'en font aucune pour cette signature de Louvain. « Rien ne nous réunirait davantage, et vous n'avez rien de meilleur pour vous justifier contre ceux qui vous supposent divisé de sentiments d'avec nous et d'avec M. deSaint- Cyran, que d'alléguer ce qu'on a offert de la part de nous tous. Je prévois aussi bien que vous que l'on ne se contentera pas et que nous ne pourrons pas nous en servir, mais c'est cela qui me confirme davantage à croire qu'il n'y a pas le moindre ?crupule à l'embrasser et l'offrir, puisqu'on ne le rejette qu'à cause que l'on ne rend pas assez à la définition et à la créance du fait, qui est la seule chose que nous ne pouvons accorder. Dans toutes les choses obscures et douteuses où les raisons de part et d'autre nous ont paru considérables, je n'ai pas été si téméraire que de vous solliciter à vous rendre à ce qui aurait pu contenter. Mais en ceci, il me semble que si j'avais aucun pouvoir sur votre esprit, je n'aurais fait aucun scrupule de vous y engager. Il ne faut pas vouloir des assurances et des évidences en toutes choses. Il ne s'agit pas, comme vous me le mandez, d'une profession de foi, elle est dans vos articles de notre créance, mais d'une déférence et point de discipline qui ne renferme pas une condamnation d'un livre que noiis estimions exempt de toute erreur. Nous ne le nommons pas en ne nommant pas les cinq propositions. Et pour moi, je suis dans le sentiment de nos amis docteurs, que nous avons offert au commencement une formule qui ne le condamne pas à la vérité, mais qui dit plus que celleci, quelque limitation que l'on semble y avoir opposée.
M Quand j'ai commencé cette lettre, je pensais relire les vôtres, mais je n'en ai pas eu le loisir. Vous m'avez obligé d'avoir retranché de la lettre de M. Le Nain celle qu'avait écrite autrefois M. de Saint-Cyran à quelqu'un de ses amis. Il n'a donné aucun sujet à ce magistrat d'écrire de lui comme il a fait. Vous êtes d'accord dans le point capital avec lui de ne point se servir de la lettre de M. de Comminges, n'approuvant nullement cet expédient. Il n'a point opiné et dit son avis sur la formule du. subjicimus^ ne l'ayant pas vue. Il ne s'attache qu'à celle de Louvain. Il s'offense de ce qu'on le cite, n'en ayant point donné de sujet ni dit son sentiment là-dessus. Il serait contre la bonne foi de publier une lettre secrète qu'il a écrite autrefois à ses amis pour
condamner les sentiments qu'il peut avoir différemment de ceux de ce temps-là qu'il écrivit cette lettre. Vous en avez bien changé depuis ce temps-là, ne croyant plus ce que vous avez cru que P. R. pouvait. Ces choses-là ne sont pas à publier, mais à représenter seulement entre nous pour nous aider à trouver la vérité dans l'esprit d'union et de charité. Tout ce que l'on dit et rapporte les uns contre les autres me touche également. L'on ne s'épargne point assez les uns les autres, et je crains que le démon ne se joue de nous par ce zèle, soit pour la vérité, soit pour la paix, en nous faisant violer ou blesser la charité. Je n'ose en dire davantage pour ne pas faire attendre davantage M. Ilamon. Je ne vous dis rien sur la lettre de M. de Comminges à M. d'Angers. Il nous fait parler d'une manière que personne de nous ne voudrait autoriser. J'en ai dit mon sentiment. Elle est meilleure à supprimer qu'à publier. Celle de M. d'Angers est incomparablement plus jiJste et meilleure. En tout cela vous devez agir et répondre avec grande sagesse pour épargner les faibles et les gens prévenus. Pour moi, il me semble plus j'y pense [que] vous pouvez tirer avantage de l'offre qu'on a faite de la signature de Louvain.
« Je vous dis mes sentiments avec la liberté avec laquelle je voudrais que vous me dissiez les vôtres. Je prie Dieu qu'il soit votre guide, votre lumière et votre soutien. Rien ne vous touche et ne vous afflige que je ne le ressente comme étant une même chose avec vous*. »
Cette lettre ne fit pas changer de sentiment à M. Arnauld sur le sujet de la formule de Louvain. Mais il déféra aux avis de M. Singlin touchant l'article de sa lettre à M. Le Nain qui marquait M. de Saint-Cyran par ces paroles : « Pour l'autre personne dont vous m'opposez l'autorité, je reconnais avec vous que c'est un homme qui a d'éminentes qualités, mais vous me permettrez de vous dire que c'est en partie ce qui me confirme dans mon sentiment, puisque l'ayant autrefois consulté sur ce sujet, il m'a répondu en ces propres termes : Je ne crois pas qu'on puisse signer le
l.Ily a dans cette lettre d'un si mauvais français quelques passages très difficiles à co iipreudre; ils sont bien coufonnes an texte du manuscrit.