LIVRE XXXII
« Quand on leur oppose l'autorité du Saint Siège, le respect que tous les fidèles lui doivent, et que Dieu ayant donné la conduite de son Église au Souverain Pontife, il l'assiste aussi de ses lumières et d'une protection toute particulière, ils répondent que l'Église n'ayant point d'infaillibilité pour les faits non révélés, elle a toujours laissé la liberté à la raison de ses enfants, quand elle en a décidé quelques-uns, et qu'ils ne croient pas que Sa Sainteté, qui gouverne avec tant de justice, veuille les assujettir contre leur propre conviction à la créance d'une chose qui ne peut être de foi, puisque cet assujettissement d'esprit n'est dû qu'à l'autorité de la parole de Dieu, de laquelle Sa Sainteté est dépositaire. Et quoiqu'ils conviennent qu'il se peut bien faire qu'ils soient dans l'erreur de ce fait, et qu'ils respectent même ceux qui croiraient cela d'eux, ils pensent toutefois qu'à moins que Dieu leur donne de nouvelles lumières, ils parleraient contre leur conscience s'ils faisaient connaître qu'ils en sont persuadés.
« Je leur ai remontré qu'ils ne peuvent pas au moins se défendre de rendre à ces constitutions apostoliques une soumission de respect et d'humiliation (sic), par laquelle ils témoignent de tout leur cœur et très sincèrement la dépendance dans laquelle ils sont obligés d'être à l'égard du Saint-Siège et de laquelle ils ne veulent jamais se départir. Ils en ont convenu et protestent qu'ils veulent bien se servir des termes qui signifient qu'ils sont dans cette disposition ; mais la difficulté est de trouver ces termes qui n'engageant pas leur créance marquent suffisamment le respect qui est dû à celui qui a droit de parler à l'Église au nom de J.-C, sans blesser par quelque équivoque la vérité et la sincérité chrétiennes.
« On leur a proposé de dire qu'ils reçoivent les constitutions et s'y soumettent même en ce que Sa Sainteté a défini que les cinq propositions sont tirées du livre de Jansénius et condamnées en son sens ; mais ils craignent en parlant de la sorte de témoigner trop distinctement qu'ils croient ce fait et de commettre un mensonge. Et si on leur dit que ce terme de soumettre ne signifie pas croire, ils appréhendent que ce ne soit une équivoque, et qu'il ne soit pas assez sincère.
« Pour soulager cette tendresse de conscience, je leur ai
fait ce raisonnement que je crois solide, et que je soumets pourtant, monseigneur, à votre jugement : Encore que l'Église n'oblige point à la créance des faits non révélés qu'elle décide, lorsqu'on est de bonne foi et comme démonstrativement convaincu du contraire, on ne peut toutefois désavouer qu'elle n'ait droit d'exiger, pour Tuniformité de la discipline, quelque sorte de soumission à ces décisions, principalement lorsque la contradiction marque un manquement de déférence au Saint Siège ou qu'elle trouble la paix de l'Église. Ceux donc qui ne croyant pas le fait décidé diraient néanmoins qu'ils s'y soumettent ne témoigneraient pas pour cela leur créance, mais seulement le respect dû au Saint Siège, et ils ne blesseraient point aussi la sincérité chrétienne par un terme équivoque, puisque le mot de soumission est un terme générique et univoque à la soumission de créance et à la soumission de police et de discipline, et que ce terme doit naturellement être déterminé à signifier celle de ces différentes soumissions que l'Eglise demande dans la circonstance dans laquelle on est quand on parle et qu'on la professe. De sorte que ceux qui sauront les règles de l'Eglise et qui seront persuadés qu'elle n'oblige point à la créance des faits du contraire desquels les fidèles peuvent être quelquefois convaincus par leurs lumières particulières, mais qu'elle derfiande pourtant une autre sorte de soumission, ne serontjamais scandalisés quand ils sauront que par cette manière de parler ceux qui s'en sont voulu servir n'ont voulu signifier autre chose que le respect qu'ils doivent au Saint Siège et au vicaire de J. C, sans toutefois expliquer quelle créance ils auraient sur le fait décidé, de peur d'offenser Sa Sainteté par leur contradiction.
« Je crois, monseigneur, que si vous êtes touché de ces raisons et que si elles vous paraissent justes, vous pouvez beaucoup contribuer à la paix de l'Église en les appuyant, puisque ces messieurs ont avec justice une grande déférence pour tous vos sentiments, et que comme ils ont beaucoup de piété, il me paraît aussi qu'ils cherchent tous les moyens justes et raisonnables de satisfaire Sa Sainteté, et en sa personne toute l'Église. M. votre frère est très considérable parmi eux, et il peut assurément donner un très grand mouvement à l'affaire. Et c'est ce qui m'oblige, monseigneur, à vous conjurer par tout ce que nous devons,