LIVRE XXXII
VOUS et moi, à la religion, à l'Église, et au chef visible qui la gouverne avec tant de sagesse, de justice et de sainteté, d'autoriser mes pensées si vous les approuvez, afin que M. Arnauld ne s'en éloigne point. Toute l'Église a les yeux sur lui comme sur une personne d'un mérite extraordinaire et de qui elle attend de grands secours. Plus il a de lumières, et plus il a d'obligation de s'abaisser devant celui qui est dans le trône apostolique. *
« Si vous trouvez, monseigneur, qu'il faille prendre une autre voie que celle que je vous propose, et que pour le bien de l'Église, il faille donner un autre tour à l'affaire, je soumettrai avec joie toutes mes pensées aux vôtres, et serai ravi que vous connaissiez que j'ai tant d'estime pour vos lumières, et si peu d'attachement ;\ mes sentiments, que j'aime beaucoup mieux que l'affaire réussisse par votre conduite que par mon ministère.
« Je prie Notre Seigneur de vous combler de ses grâces, et de vous conserver pour son service et pour le bien de son Eglise, et de me donner les moyens de vous témoigner que je suis avec un très profond respect, monseigneur, « Votre très humble et très obéissant serviteur et confrère.
« Gilbert, « Evêque de Comminges.
« De Paris, le 20 mars 1663. »
On peut juger combien M. Arnauld dut être mortifié par cette lettre écrite contre lui [à] son propre frère, et vraisemblablement à la sollicitation de M. d'Andilly, son frère aîné. Il y voyait les Jésuites loués comme de sincères amis de la paix ; il s'y voyait décrit comme un homme plus capable de l'empêcher par sa crainte mal fondée et par ses difficultés que de la procurer par son zèle et par sa condesdance. Il voyait de plus que M. Tévéque de Comminges, en représentant l'origine et le motif des conférences, s'était abstenu de mander à M. d'Angers que Ton [n']y était entré qu'avec une condition expresse que la question de fait n'y entrerait point, et que l'on se réduirait uniquement au dogme. Mais le réponse de M. d'Angers, son frère, le surprit d'autant plus que le connaissant pour l'un des plus sages et des plus prudents prélats, il n'aurait jamais pu se persuader qu'il se fût hâté de répondre à M. de Comminges, sans
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le consulter lui-même sur sa disposition. Cependant cela n'était que trop véritable, et voici ce que répondit M. d'Angers :
« Monseigneur,
« Si je n'avais craint de vous interrompre... * »
M. d'Angers exécuta promptement ce qu'il promettait à M. de Commingesà la sollicitdttion de M. d*Andilly, qui voulait la paix à quelque prix que ce fût, sans examiner les termes avec trop de délicatesse, et il écrivit cette lettre à M. Arnauld son frère :
« Comme je ne doute point, mon très cher frère, que vous n'ayez été informé... ■ »