‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 134 sur 455 · LIVRE XXXIl · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIl

logeaient les louliers de la Bourgogne, mais ce fut aussi sans y rien trouver. Il poussa sa commission encore plus loin, et étant allé au collège chez les Pères de TOratoire. il n'y trouva rien de ces livres, ni dans la bibliothèque ni dans quelques autres lieux de cette maison qu'il visita au delà des bornes de Tordre qui lui avait été donné, et crut que comme il portait qu'il ferait cette visite chez le libraire du collège, cela pouvait bien aussi s'entendre du collège même.

Ce fut une assez étonnante conjoncture que, pendant une si rijroureuse perquisition faite par un magistrat qui n'épargnait rien pour s'en faire un mérite à la cour, M. de Saint- Amour fût lui-même ù. Troyes, où il entretenait M. Taignier, qui s'y était réfugié depuis longtemps, et qui était arrêté au lit depuis deux jours par une fièvre violente accompagnée de tranchées d'entrailles et d'une espèce de flux de sang. II lui venait faire présent d'un exemplaire de son Journal. Son hôte en prit un aussi pour sa part ei se chargea de six autres dont ils lui promirent le paiement. Mais quoique M. de Saint-Amour, en s'en retournant à son auberge, lui eût promis de le venir revoir le lendemain, qu'il devait encore passer tout entier à Troyes, le bruit de cette perquisition lui fit prendre d'autres mesures, et le fit monter le lendemain jeudi 5 dans le coche de Dijon sans prendre congé de ce malade, et se contentant de lui faire dire que c'était avec regret qu'il partait si promptement sans le voir.

Ce jour-là même, le supérieur de l'Oratoire de Troyes écrivit à Paris au P. Senault pour lui donner avis de cette visite, qui lui paraissait contraire aux immunités et aux privilèges des compagnies ecclésiastiques, et pour lui rendre compte de la déférence qu'ils avaient rendue aux ordres du roi portés par ce magistrat, l'ayant traité avec tout l'honneur possible en le conduisant dans tous les lieux de leur maison qu'il lui plut de visiter.

Le bruit de cette visite faite avec tant d'empressement chez les Pères de l'Oratoire se répandit aussitôt dans toute la ville de Troyes, et chacun se persuada que les Jésuites en avaient été les promoteurs, pour se prévaloir d'une occasion si avantageuse et exécuter le dessein qu'ils avaient formé depuis longtemps de s'emparer du collège de Troyes par Pautorité du roi, et de rompre enfin une barrière qui leur [en] avait toujours défendu l'entrée jusqu'à ce temps-là. Leur

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espérance contre l'aversion du peuple de cette ville venait d'être fortifiée par l'habitude très étroite qu'ils avaient auprès de M. de Machauld*, maître des requêtes, qui, étant sur le point de venir à Troyes en qualité de commissaire de S. M. pour examiner les charges et les dettes de la ville, devait aussi porter, à ce qu'ils se persuadaient, les ordres de S. M. pour leur établissement dans ce collège.

Gomme la chambre de justice se tenait à Paris avec beaucoup de chaleur en ce temps-là, et que l'on avait môme conduit prisonniers depuis peu de jours dans la Bastille, MM. de Guénégaud et de la Bazinière, trésoriers de l'Epargne, quelques habitants de Troyes crurent que les livres qu'on était si fort en peine de découvrir étaient des libelles que Ton avait pu imprimer en Hollande en faveur de M. Pouquet, dont on examinait le procès, et que Messieurs ses frères étant relégués en Bourgogne, oii les leur avait envoyés pour les distribuer ensuite dans toutes les provinces du royaume, et que M. Colbert y ayant été maltraité aussi bien que la mémoire du feu cardinal Mazarin, M. Colbert avait envoyé cet ordre si exprès et si précis au lieutenant-général de Troyes, son ami.

Une conduite si extraodinaire ayantalarmé tout le monde, quelques-unes, des communautés particulières allèrent ce jour-là même 5« d'avril s'informer de la propre bouche du lieutenant-général pour savoir de lui si l'ordre qu'il avait reçu de S. M. ne s'étendait point aussi sur leurs communautés. Il se contenta de leur déclarer que non ; mais il dit en particulier à quelques-uns de ses amis qu'il croyait que cet ordre du roi était comme une lettre-circulaire pour les villes de la route de Bourgogne, et que sans doute c'était pour des libelles composés en faveur de M. Fouquet, n'y ayant nulle apparence que ce fût pour autre chose.

Il y avait déjà quelque temps que les Jésuites avaient eu avis qu'il était arrivé de Hollande un grand volume qui portait pour titre : Journal de M. de Saint -Amour touchant ce qui s'est passé dans Rome en l'affaire des cinq propositions, et que ce livre passerait en d'autres villes que Paris et se répandrait en d'autres provinces. Us en portèrent de

1. 11 est questioQ d'un magistrat de ce nom en 1644, dans U Journal de M. d'Ormesson.

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