‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 136 sur 455 · Livre xxxu · texte numérisé non relu

Livre xxxu

Mais leur principal effort fut auprès de M. l'évêque de Comminges, à qui ils reprochèrent que les jansénistes avaient bien fait voir par cette conduite qu'ils étaient les véritables ennemis de la paix, et n'avaient agi qu'en fourbes dans toutes les conférences, puisque dans le temps qu'on les tenait pour traiter d'accommodement, ce livre était déjà imprimé dans la résolution de le faire débiter partout, et de faire regarder cette paix comme une chose tout à fait dése.^pérée, et rendre inutiles tous les soins de ce prélat, les vœux de tous les gens de bien, et les désirs du roi même. Que c'était une ingratitude horrible et un visible mépris de la personne et de l'autorité de cet évéque, puisqu'au préjudice de la grâce et de l'honneur qu'il leur faisait dans celte affaire, ils avaient eu la témérité de publier cet ouvrage sans son agrément.

M. de Comminges, entrant dans leur sentiment, blâma hautement la conduite des disciples de saint Augustin, et témoigna en être aussi mal satisfait qu'il était édifié de la bonne foi et de la sincérité de ces Pères, qu'il avait toujours reconnus aimer sérieusement la paix. Il s'en plaignit dès le même jour à M. d'Andilly, et dit que c'était une chose insupportable que l'on eût souffert la publication d'un ouvrage de cette qualité, qui était seul capable de rompre la meilleure et la plus solide paix qu'on aurait jamais pu faire, et engagea cet ami à en porter aussi ses plaintes à M. l'abbé de Saint-Cyran et à M. Singlin. Ces trois messieurs déclarèrent qu'ils étaient de son sentiment louchant une publication qui s'était faite si fort à contre-temps, qu'ils la détestaient comme une extrême et très dangereuse imprudence, et que bien loin d'y avoir donné leur consentement, ils pouvaient lui dire en confiance qu'ils avaient fait tout leur possible pour le faire supprimer, et pour porter celui qui en était le maître à en surseoir la publication, au moins jusqu'à ce qu'on eût vu que la paix fût tout à fait désespérée. M. d'Andilly lui fit même voir des lettres qu'il avait écrites sur ce sujet à M. de ^aint-Amour, et qui étaient toutes remplies de raisons qui l'engageaient à la surséance. Mais les Jésuites se gardaient bien de dire à M. de Comminges que c'étaient eux-mêmes qui avaient publié ce livre en le dénonçant au roi et aux ministres de son Etat, et que c'était l'effet des lettres que M. Colbert avait écrites en plusieurs

iÔO MÉMOIRES DE GODEFROI HERMANT

villes du royaume pour le faire arrêter. Ce prélat ne connaissait pas l'engagement où les amis de M. de Saint-Amour avaient été de distribuer ce livre pour empêcher qu'il ne fût flétri en France ou à Rome avant que de paraître dans le monde, et que le soin de leur propre sûreté les y avait aussi obligés, de peur que se trouvant saisis de tous les exemplaires par l'infidélité de quelque valet, ils ne subissent eux-mêmes les peines qui seraient portées par quelque arrêt ou quelque sentence, et qu'outre la crainte qu'il y avait d'en voir périr tous les exemplaires, il était à propos de prévenir en cela la rigueur des magistrats, qui se conformeraient sans doute à toutes les inclinations de la cour.

Mais quoique M. Arnauld n'eût depuis longtemps aucune espérance de cette paix, cette édition du Journal s'était faite sans qu'il en sût rien. C'est ce qu'il témoigna peu de jours après à M. Hermant dans un billet qu'il lui écrivit* :

« L'histoire est publique depuis deux jours. J'ai fait ce que j'ai p.u pour en faire différer la publication ; mais trois ou quatre personnes s'en étant chargées, il y en a une qui l'a faite sans l'ordre des autres, ce qui a fait ]qu'on ne Ta pu différer davantage. Cependant celte publication a fait entrer un de nos amis, qui est le boiteux, (M. Girard) dans le plus grand emportement du monde, jusqu'à écrire à M. d'Andilly : « qu'il voyait bien par là qu'en pensant défendre la vérité, on ne défendait qu'une cabale, et qu'il était résolu de déceler les publicateurs de ce livre »; ce qui serait la plus grande trahison du monde ».

Le lundi 9 du même mois, les Pères de l'Oratoire du collège de Troyes reçurent la réponse de leur lettre au P. Senault, qui leur mandait que le livre qu'on avait cherché si extraordinairement n'était autre qu'un Journal de ces messieurs de Port-Royal dont on avait donné avis au roi, en lui représentant qu'il y avait dans cet ouvrage des choses contraires au bien de l'Eglise et de l'État. Qu'il avait appris des ministres que l'ordre ne portait point que l'on fit visite chez eux; mais seulement chez le nommé Le Fèvre, libraire de leur collège, chez qui on disait que les ballots devaient être déchargés, et que le lieutenant-général de Troyes s'était sans

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