‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 140 sur 455 · CHAPITRE XII Mort de M. Cornet. Ses qualités · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII Mort de M. Cornet. Ses qualités

Le mercredi 18 avril, M. Cornet, grand maître du collège de Navarre, l'un des principaux auteurs des dernières tempêtes qui agitaient toute TEglise, et principalement celle de Flandre et de France, mourut sur les dix heures du soir, et alla rendre compte à Dieu de tant d'intrigues et de troubles dont on le reconnaissait l'auteur dans TUniversité de Paris. La ville d'Amiens lui avait donné la naissance. Sa famille n'était pas des plus relevées selon le monde, mais un de ses frères se trouva posséder assez de biens pour laisser un de ses tils conseiller au présidial.

Ce docteur avait été jésuite dans sa jeunesse, et il en a conservé l'inclination et l'esprit toute sa vie. Mais soit que sa mauvaise santé l'empêchât de s'y engager par des vœux, soit qu'il fût au nombre de ces émissaires que la société envoie ou dans le corps de l'Église ou dans le siècle, il avait pris une si grande domination dans la Faculté de Paris que sa mort, jointe à l'arrêt du Parlement du 16 de ce mois, réduisit toutes ses troupes confédérées, tant séculières que régulières, dans la dernière consternation. Jamais homme n'eut plus de pouvoir dans aucune compagnie qu'il en eut dans la sienne jusqu'au dernier soupir. Les docteurs attachés au parti des Jésuites l'écoutaient comme leur oracle ; ils consultaient son visage, sa contenance et ses gestes avant que de former leurs avis; le moindre de ses regards formait leurs* paroles ou les obligeait de se taire, et nul d'entre eux ne se donna jamais la hardiesse de le contredire en quoi que ce soit. .

Depuis qu'il eut fait exclure des assemblées ceux qui avaient défendu la doctrine de saint Augustin sur la matière de la grâce en la personne de M. Arnauld, il n'entreprit

Page 1