‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 141 sur 455 · Ms. : ses · texte numérisé non relu

Ms. : ses

jamais rien qu'il ne fît conclure. Depuis qu'il avait été fait docteur, ayant formé la résolution de se rendre le maître ou le souverain de ce corps célèbre, ou il a renversé ceux qui étaient contraires à ses sentiments, ou il les a si cruellement persécutés qu'enfin il les a contraints de quitter le champ de bataille et de se retirer des lieux ou son ambition avait établi comme une espèce d'empire, par une conduite plus conforme aux qualités d'un grand pédant qu'au mérite d'un honnête homme. On ne méritait ses bonnes grâces qu'en se dévouant en toutes choses à ses passions, et on ne devait pas espérer de lui aucune faveur ni aucun appui, qu'à condition qu'après avoir été éprouvé par lui en mille manières différentes, on se trouvât en étal de s'attacher à toutes ses volontés par une obéissance aveugle. Il rompait d'abord avec ceux qui lui résistaient le moins du monde, et la réconciliation était pour lui un langage absolument inconnu. Il régnait plutôt par la crainte que par l'amour, son empire despotique se faisait détester par ceux qui s'étaient assujettis mal à propos à ce joug insupportable, etmessieursPereyret,etCagnyé, principal des grammairiens du collège de Navarre, ont dit plusieurs fois à M. Taignier, docteur de la même maison, que c'était une chose terrible que d'être dans la dépendance de cet homme; car sitôt qu'ils essayaient de faire quelque bien qui ne fût pas dans son approbation, il leur suscitait des hommes impétueux et turbulents, qui rompaient toutes leurs mesures par une opposition manifeste, et les accablaient par le grand nombre des suffrages; de sorte qu'il a échappé à Al. Pereyret en de certaines rencontres particulières dédire que si Dieu traitait les hommes avec autant de dureté et de cruauté que cet homme traitait ceux qui se trouvaient engagés sous sa domination, il y aurait déjà longtemps qu'il n'y en aurait plus aucun sur la terre. Le même M. Taignier a laissé dans ses Mémoires qu'il avait su de ce professeur auvergnat qu'il n'était sorti du collège de Navarre que pour secouer le joug d'une si insupportable domination, et que la mort seule avait empêché le dessein qu'il avait pris de passer le reste de ses jours dans la congrégation de l'Oratoire, pour s'affranchir d'une si fâcheuse tyrannie.

Quant à ses mœurs, il a toujours paru exempt des vices grossiers. Sa santé était languissante, mais il la soutenait

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