‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 142 sur 455 · LIVRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII

par une grande sobriété, ne buvant que de l'eau, et observant un régime de vie très exact et très rigoureux.

Il parlait peu et ne disait jamais ses pensées à ses plus intimes amis, et il se contentait de leur dire avec un ton de souverain : « Il faut faire telle ou telle chose et n'y pas manquer», sans leur en marquer ni les raisons nilesmotifs, parce qu'il les réservait pour lui-même.

II a passé parmi les siens pour un homme très judicieux, parce qu'il avait assez de discrétion pour ne pas exposer en public les choses qu'il savait bien ne lui pouvoir réussir.

Mais pour emporter toutes choses dans la Faculté, il avait gagné tous les religieux mendiants par une adresse basse et honteuse, en leur faisant accorder par les autres docteurs toutes les grâces qu'ils ne pouvaient demander selon les règles ; et lorsque les théologiens qui avaient du zèle pour la conservation de la discipline lui disaient que cela ne se pouvait faire sans injustice, il se contentait de leur répondre : « Ce n'est pas moi, c'est la Faculté. Qu'elle en délibère, nous ne pouvons pas empêcher la liberté. » Mais il ne faisait entrer les docteurs en ces délibérations que quand il était assuré de la pluraUté des suffrages, et souvent M. Pereyret lui servait d'organe sans savoir de quoi il était question. Que s'il arrivait quelquefois que, s'étant embarqué dans quelque délibération, le succès lui en parût douteux, et que les voix fussent balancées, il la traversait en faisant naître quelque incident qui mettait le trouble parmi les docteurs, et divisait ceux qui n'étaient pas de ce sentiment, afin que les suffragesétant divisés en trois, le plus grand nombre fût enfin de son côté. Cette adresse, qui lui était avantageuse dans des affaires peu importantes, lui était absolument inconnue dans les grandes choses où il s'agissait de l'utilité publique, du service de l'Eglise, et il n'a jamais su ce que c'était que d'honorer la justice et la vérité ; au contraire, il a toujours détourné toutes les propositions qui pouvaient y tendre.

La vigueur que l'Université de Paris avait fait paraître contre les entreprises et la mauvaise doctrine des Jésuites sous la magistrature de deux ou trois de ses recteurs lui fit concevoir le dessein de ruiner la Faculté des arts, d'où se tirent les recteurs dont Tautorité et le zèle ne lui étaient pas supportables, et pour la réduire à n'avoir plus qu'une

voix dans les assemblées générales de l'Université, il fit des cabales dans les autres Facultés, en leur inspirant de la jalousie contre celle qui est la pépinière des belles-lettres, et alluma un feu qu'il sera très difficile d'éteindre pendant plusieurs siècles.

L'affaire des cinq propositions, qui est son ouvrage, a fait voir à tout le monde le peu de solidité de son jugement, et s'il ne se fût tiré de l'embarras où il s'était mis mal à propos en excitant dans toute l'Eglise un trouble qu'il a entretenu pendant tout le reste de sa vie, et qui durera encore longtemps après sa mort, il serait demeuré flétri pour jamais par les deux conclusions que la Faculté avait faites au mois de janvier et en celui de février de l'année 1650, et il se serait trouvé lui seul couvert de toute la honte qu'il voulait faire tomber sur ses confrères Aussi l'unique dessein d'éviter celte infamie l'a porté à exciter dans l'Église le scandale dont il a été le principal auteur; encore n'y aurait-il jamais réussi sans cette horrible persécution qu'il a faite à M. Arnauld et à tous ceux de ses confrères que l'amour de la vérité et l'horreur de l'injustice ont engagés dans sa cause. Le retranchement de plus de soixante-dix docteurs, qu'il a fait exclure des assemblées de la Faculté en un seul jour, a été pour lui une une victoire considérable, mais si honteuse et si funeste devant Dieu et devant les hommes, qu'il en sera déshonoré dans toute la postérité, pour n'en rien dire davantage, de peur d'entreprendre sur le tribunal du souverain juge.

Sa dévotion n'avait rien de relevé ni de solide, et consistait seulement à vivre retiré, à célébrer tous les jours la sainte messe, et à régner souverainement dans son collège, dans l'Université de Paris et dans la Faculté de théologie. Il n'a jamais pu supporter la piété éclairée de ceux à qui Dieu avait fait la grâce de découvrir ou d'éclaircir les vérités saintes dont il n'avait nulle connaissance. Sans entrer dans l'examen de leur doctrine, il les a traités en toutes rencontres de novateurs, de gens de cabale en matière de religion, de prêtres suspects et dangereux, contre lesquels il fallait que tout le monde s'élevât pour les détruire, le tout en termes vagues et généraux, de peur d*être repoussé s'il fût descendu dans le détail pour justifier des paroles si outrageuses. Il parlait de Port-Royal comme d'une habita-

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