‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 143 sur 455 · LIVRE XXXll · texte numérisé non relu

LIVRE XXXll

tion de sectaires et d'hérétiques qui voulaient renverser toute la discipline de l'Église ; cependant il n'a jamais osé en toute sa vie marquer une seule chose en quoi il trouvât à redire à leur conduite, et tout son soin était de se tenir renfermé chez lui, où il se donnait la liberté de les décrier impunément devant des personnes qu'il savait leur pouvoir nuire.

Il n'avait ni grâce ni force en parlant ; il n'était ni prédicateur ni orateur ; néanmoins il s'expliquait assez nettement en latin, et il a été assez heureux pour se faire admirer par ceux qui jugent des choses plutôt par le préjugé des personnes que parles qualités réelles et par le véritable mérite. Jamais on ne lui a entendu parler de piété, ni en particulier ni en public, et quand il a fait quelques prédications dans son collège, c'était d'une manière si sèche, si humaine, et qui était tellement destituée de cette onction divine que la sainteté de notre religion demande d'un prêtre de J.-C. et d'un ministre de sa divine parole, que ses auditeurs s'en retournaient de ses sermons plus froids qu'ils n'y étaient venus. H s'est toujours déclaré en faveur des opinions les plus relâchées; il a traité de surannées celles qui n'étaient pas conformes à la corruption du siècle présent ; toute son application a été à chercher les moyens de les éluder. Ce qui a fait que. quelque désordre qui se rencontrât parmi ses confrères qui méritât d'être réprimé, uu il l'a dissimulé par une lâche complaisance, ou il s'y est opposé si faiblement que ceux qui étaient coupables de ces désordres y sont demeurés en paix en méprisant la mollesse de ses corrections. 11 n'en était pas de même des gens de bien qui, n'étant point conformes à ses maximes jésuitiques, ont toujours trouvé en lui un cruel persécuteur.

Quoiqu'il ait été choisi plusieurs fois par la Faculté pour faire la fonction de syndic, il n'a jamais fait paraître aucun amour pour la discipline de ce corps célèbre. Jamais il ne s'est étudié à inspirer quelque piété aux bacheliers de licence, et il ne lui est jamais arrivé de les exhorter à se rendre de dignes prêtres de J.-C. et à remplir saintement la qualité de docteurs ; mais toute son application a été d'acquérir par ce moyen de nouvelles, créatures, ou de discerner ceux jqui pouvaient dans la suite être contraires à ses desseins.

Que s'il a été aimé et considéré de quelques-ans de ceux qui tenaient les premiers rangs dans 1 État, ce n'a été que parce qu'ils le jugeaient favorable à leurs desseins, et qu'il regardait comme sa première règle le soin de s'accommoder à leurs volontés. Ce fut en cette vue que les cardinaux de Lyon et de Kichelieu le flrent grand maître du collège de Navarre, parce qu'il donna des ouvertures à ce dernier pour faire casser par le feu roi d'heureuse mémoire le mariage de M. le duc d'Orléans avec la sœur du duc de Lorraine. La considération qu'il s'était acquise par ce moyen auprès de ce premier ministre l'a fait entrer dans l'amitié de M. de La Mothe-Houdancourt, évêque de Rennes, et depuis archevêque d'Auch, qui l'avait connu dès le collège, en avait reçu de grands services dans sa licence, et était porté pour lui par inclination et par sympathie, ayant à peu près le même caractère d'esprit. Quelques autres évêques ont fait estime de lui par complaisance à ce cardinal, et madame la duchesse d'Aiguillon n'a eu rapport à lui qu'à cause de M. son oncle, et parce qu'elle trouvait en lui un homme commode, qui était toujours pour les sentiments les plus doux, les plus humains et les plus accommodants. Ainsi on peut dire qu'il n'a jamais eu de véritables amis ni entre les prélats, ni parmi les docteurs de la Faculté, parce qu'il n'y a eu que l'intérêt seul qui en ait fait la liaison.

Il faut avouer néanmoins que sa réputation a été plus grande dans les dix dernières années de sa vie qu'elle n'avait été dans les précédentes, mais la cause en était honteuse. Car les Jésuites ayant été poussés en ce temps-là à cause de leur méchante morale, ils cherchaient leur justification en lui renvoyant la plupart de ceux qui les consultaient, parce qu'ils étaient assurés qu'il confirmerait sans peine leurs résolutions les plus relâchées. Aussi a-t-il été celui de tous les docteurs qui a toujours parlé le plus bassement du prêt, de l'usure, de la manière d'avoir des bénéfices, et d'acquérir de grands biens par de grands gains.

Sa doctrine > était assez médiocre, et n'avait pas toute l'étendue que doit avoir celle d'un grand théologien; il était plus subtil que profond dans la théologie scholastique, et il ne s'est jamais servi contre ceux qu'il a attaqués, ni de

\. C'est-à-dire sa science.

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