CHAPITRE XIII
Le P. Seoault, de l'Oratoire, est élu général de sa congrégation.
Le P. Bourgoing, général de l'Oratoire [était] devenu incapable d'exercer sa charge à cause de la faiblesse de son esprit [qui] l'avait réduit depuis quelques années à n'agir plus que par le ministère de ses assistants et de ses adjoints. Mais enfin la nécessité de lui donner un successeur devint si pressante que sa congrégation se mit en état de procéder pendant ce mois à une élection libre quoique quelques particuliers renouvelassent leurs brigues afin que la chose dépendît encore une fois du choix et de l'autorité absolue de la cour.
Le P. Àmelotte butait depuis plusieurs années à cette dignité, et n'y pouvant parvenir par son mérite ni par l'inclination de ses confrères, il avait recherché l'amitié et la protection des Jésuites, les engageant dans ses intérêts par les livres qu'il avait faits en leur faveur contre les disciples de saint Augustin. Il avait même fait solliciter des lettres de cachet pour faire exiler ceux des députés qu'il savait être mal intentionnés contre lui. Mais la cour ne prit point feu comme ceux de sa faction Tespéraient, et on s'y contenta de répondre qu'on espérait que les prêtres de l'Oratoire feraient un choix agréable au roi, et que sans leur ôter la liberté des suffrages, on pourrait les obliger de procéder à une nouvelle élection s'ils péchaient en celle-ci. Quelquesuns eurent même la hardiesse de dire à la reine que le P. Senault était janséniste dans le cœur, qu'on remarquait que dans toutes ses prédications, non seulement il ne disait rien contre la doctrine des jansénistes, mais qu'il la confirmait même le plus souvent, et que tout Paris s'étonnait que Sa Majesté, ayant une si grande aversion des jansénistes, donnât une protection si publique à celui-ci. La reine s'opposa à toutes les médisances que l'on employait contre ce Père, dit qu'elle était convaincue du contraire de ce que Ton disait contre lui ; que tout Paris était témoin de ses sentiments et de sa souscription au formulaire, qu'elle en avait vu elle-même l'écrit aussi bien que les Pères de la maison de Saint-Magloire, et qu'elle ne pourrait ouïr davantage de
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tels discours contre lui. Elle pria même le roi de la croire sur sa parole et de n'avoir nul égard à ce qu'on pourrait lui dire contre la foi et la doctrine du P. Senault. Comme elle honorait ce Père de son amitié, elle lui dit à luimême qu'il ne tenait pas aux Jésuites qu'elle ne fût aussi janséniste que lui, qu'ils disaient partout qu'elle était la protectrice d'un homme qui n'était pas moins janséniste que Jansénius même ; mais qu'elle les avait repoussés fortement et déclaré qu'elle De voulait plus entendre parler contre lui.
Cette princesse étant tombée malade le 12 avril d'une fièvre continue, les partisans du P. Amelûtte renouvelèrent leurs brigues auprès des ministres d'État, et dès le premier conseil de conscience qui se tint peu de jours après, le P. Annat, proposant l'élection d'un général de l'Oratoire, représenta au roi combien il était important qu'il interposât son autorité dans cette affaire, puisqu'à moins qu'il n'en usât ainsi, la brigue des jansénistes serait si forte que la place serait infailliblement remplie par quelqu'un de leur parti. Mais Sa Majesté, sans prendre avis de personne, déclara qu'il ne voulait plus entendre parler davantage de cette affaire, son intention étant de laisser aux prêtres de l'Oratoire la liberté de choisir telle personne qu'il leur plairait, et donna charge sur le champ à M. de Paris d'aller promptement leur porter cette parole de sa part, ce qu'il exécuta au sortir du conseil de conscience.
Ces moyens n'ayant pas réussi au P. Amelotte et à ceux de son parti, il leur plut d'en tenter encore d'autres : l'de faire représenter aux principaux députés le tort qu'ils se feraient de nommer un janséniste, et combien leur élection serait traversée du côté de la cour et improuvée du côté de Rome ; 2" de flétrir la réputation du P. Senault par un écrit qu'ils répandirent et qui contenait les raisons que l'on avait de l'exclure de cette charge, non seulement parcequ'il était fils du secrétaire de la Ligue, mais aussi parce qu'il était autrefois sorti de l'Oratoire, et qu'il avait toujours conservé dans le cœur la doctrine de Jansénius, n'ayant jamais prêché contre lui.
Le lundi 16 on fit l'ouverture de l'assemblée de l'Oratoire pour l'élection du général, et M. l'évêque d'Acqs, le P. Le Boux, qui y présidait, exhorta tous les députés de leur