‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 155 sur 455 · TureDoe était encore protestant · texte numérisé non relu

TureDoe était encore protestant

temps le contre-coup de cette feinte ne retombe sur la grâce efficace, et ne fasse comprendre qu'elle est condamnée.

Et quant à ce qu*on dit que ce n'est qu'une feinte, le P. Du Four répond que le pape Tignorant tout le reste n'est rien. Qu'il est étrange que le seul pape pouvant remédier à la tromperie qu'on lui a faite sur ce sens de Jansénius, c'est au pape seul que Ton s'en cache, et que les Jésuites et les jansénistes conspirent ensemble pour lui cacher ce nouveau mal qu'on lui fait, ce qui est vouloir rendre le mal incurable, et ôter à l'Église les espérances du remède à ses convulsions et à ses douleurs, qui depuis si longtemps troublent son repos et déchirent ses entrailles'.

La matière étant donc grave, le P. Du Four tire cet argument que si le respect de quelque prince que ce soit ne nous peut excuser devant Dieu du moindre mensonge et déguisement véniel, et faire qu'il ne soit pas ce qu'il est, c'est-à-dire véniel, certes la présente nécessité d'un faux respect envers le pape ne pourra jamais couvrir ni excuser celui-ci du titre de mortel.

2. Il représentait au P. Baron que le pape ne s'était pas fait moliniste par sa constitution; qu'il avait bien fait voir le contraire il n'y avait que trois ans, par son bref apostolique sur les matières de la grâce adressé à la Faculté de Louvain, lui recommandant avec des paroles très graves de ne se départir jamais des sentiments de saint Augustin et de saint Thomas, qu'il appelait inconcussa tutissimague dogmata; qu'il en avait encore usé ainsi depuis peu, lorsque sur un simple avis des Jacobins de Toulouse qu'un jésuite avait osé prêcher que la grâce efficace et la prédestination avant la prévision des mérites, qui sont deux vérités inséparables, sentaient le fagot et tenaient du jansénisme, il avait envcfyé commission à feu M. de Marca, lors archevêque de Toulouse; pour en prendre la déposition des témoins et en former l'enquête. Que cette affaire avait fait grand bruit et avait été débattue pendant les mois de juin, juillet et août de l'année précédente par les avocats des parties aux audiences publiques des tribunaux ecclésiastiques de l'official et du métropolitain, et puis du sénéchal, au sujet du quadrimestre. Que le pape étant dans cette disposition à l'égard de la grâce efficace, de ne pouvoir souffrir qu'on l'attaque, il était incroyable que s'il était averti qu'il l'avait

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lui-même affaiblie par sa constitution touchant le sens de Jansénius, il ne chercherait les moyens d'y apporter le remède nécessaire, de sorte que ce serait une trahison formelle et un franc assassinat que l'on ferait et à lui, et à la vraie paix de TÉglise, et à la sainteté de la religion, que de lui déguiser le mal et le cacher à lui seul.

3. Que si les Jésuites jugent qu'ils auraient bien de la peine à s'y résoudre de peur de flétrir la gloire de son pontificat, ce beau titre de nécessité ne peut rendre permis et utile l'usage de l'équivoque dont on veut servir le pape; que ce motif ne doit pasêtre suffisant pour inspirer à des personnes de piété le faux jeu du subjicimus^ qui portant aux yeux de Sa Sainteté l'apparence d'une pleine et entière soumission de cœur, ne porte dans le cœur que le dessein d'une soumission de grimace. Il suffirait contre cela d'employer cette parole de l'apôtre, Deus non irridetur, et de dire que l'exposition de la fausse monnaie étant si détestable et si rigoureusement bannie du commerce des hommes par les lois canoniques et civiles, il est malaisé de croire que Dieu se contente qu'on paie son lieutenant en monnaie de singe, particulièrement dans une occasion où la malice des mauvais boulangers ayant gâté la pure farine et apprêté pour toute la grande famille, qui est l'Église, le pain du mensonge, ce suprême et charitable vicaire de J.-C. serait ravi de lui pouvoir fournir au prix de sa vie le pain de vérité.

Sur cela, le P. Du Four fait des ouvertures de ses avis, dont le premier est qu'il croit que l'on est obligé d'écrire au pape pour lui faire entendre la chose comme elle est, et de se mettre hors des scrupules que doivent avoir des hommes craignant Dieu, de ne lui avoir pas découvert le mécompte de sa bulle en un fait de cette importance, laissant après cela à sa probité d'en consulter Dieu pour ce qu'il devra faire.

En second lieu, que les Jésuites jugeaient trop bassement le pape Alexandre, qui avait porté à son pontificat les témoignages publics d'une vie passée avec beaucoup d'innocence, et l'estime générale d'un esprit cultivé et d'un jugement solide; et qu'étant obligés de former de lui une plus haute idée que ces Pères n'en voulaient faire concevoir, il fallait croire que sa propre gloire ne l'arrêterait pas où il y allait si ouvertement de la gloire de Dieu.

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Que sa sagesse lui ferait faire réflexion qu'en se laissant surprendre sur les points de fait, il ne lui était rien arrivé qui ne fût arrivé aux papes Zozime, Datnase, Grégoire le Grand et autres très saints papes; qu'étant homme comme eux, et en cette qualité capable d'être surpris comme eux, il doit aussi bien qu'eux donner comme eux *. Il s'étendait fort sur l'inutilité de ces signatures que l'on extorquait avec tant de violence, et ne croyait pas qu'elles fussent capables d'étouffer la vérité.

11 se promettait aussi de la vertu du pape une généreuse révocation du mécompte de sa bulle quand il serait détrompé, et qu'il mettrait la gloire de son siège à corriger ce que Ton a tiré de lui par artifice et par tromperie, alléguant sur ce sujet les paroles de saint Bernard.

4. 11 loue MM. de Porl-Koyalde l'instance qu'ils ont faite d'écrire au pape en termes pleins de respect, et se plaint de ce qu'on a rejeté une telle proposition. Enfin, il conclut ainsi ce chapitre :

« Je vous prie, Monsieur, de me répondre. Je sais qu'on a empoisonné un homme sans qu'il en ait aucun soupçon, sans que les empoisonneurs le lui veuillent dire ni le secourir du remède, et sans que j'ose en rien témoigner; mais au contraire qu'on m'ait obligé le couteau à la gorge défaire une action solennelle, laquelle lui Ole l'appréhension qui lui pourrait venir d'ailleurs du péril où il est.

M Si je vous vais consulter de mes devoirs, ne m'obligerezvous pas de faire savoir secrètement à cet homme, si je le puis, qu'il prenne garde à soi, et qu'il recoure au plus tôt au thériaque et au contre-poison? Si je ne le fais au plus tôt, ne diriez vous pas que je suis aussi bien responble de sa mort que ceux mêmes qui l'ont empoisonné? Je pense. Monsieur, que c'est justement votre cas, hors qu'à celui que je feins, il n'y va que de la vie d'un particulier, et que dans celui don^ nous traitons, il y va de l'empoisonnement de la mère nourrice de tous les fidèles, qui suçant le lait d'une mère empoisonnée, courent tous fortune de leur salut. »

Ces expressions étaient un peu trop fortes ; et si ce raisonnement eût été tout à fait solide, les Dominicains iL'au-

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