QUATRIÈME ET DERNIER DOUTE
Si MM. de Port- Royal se 'peuvent fier en la bonne foi de leurs parties pour les avances et promesses qu'ils en reçoivent.
Le P. Du Four traite cette matière : l** par la considération de la finesse des Jésuites et par leur doctrine des équivoques et des restrictions mentales, qu'ils n'avaient jamais mieux pratiquées que dans toute l'affaire de Jansénius.
2" En repassant tout ce qu'ils y avaient fait, il remonte d'abord à la première bulle d'Urbain VllI contre Jansénius, que ces Pères avaient obtenue par subreption, supposant à S. S. que l'évéque d'Ypres renouvelait sept ou huit propositions de Baïus dans le sens même qu'elles avaient été condamnées, et n'avaientjamais voulu entrer en dispute sur ce sujet avec M. Sinnicli, docteur de Louvain, qui s'offrait de faire voir clairement la fausseté de cette accusation.
Il se souvenait que leur artifice avait été de faire dresser par M. Cornet cinq propositions d'une manière si vague, que ceux qui ont lu Jansénius avec attention trouvent dans son liVre les contradictoires des erreurs qu'on lui attribue, sans que le P. Annat ait pu dégager la parole qu'il avait donnée dans un livre imprimé de faire voir que : ces propositions se voyaient dans Jansénius individuellement et les mêmes et dans les mêmes termes, totidem verbis; ce qui est une insigne calomnie.
Il se souvenait qu'ils avaient empêché qu'Innocent X ne déférât aux très instantes prières que les défenseurs de saint Augustin lui faisaient, qu'il lui plût en distinguer les divers sens et en ôter toute équivoque, pour couper racine à toute sorte de nouvelles contestations, et qu'au contraire les Jésuites et leurs partisans ne s'étaient appliqués à autre chose par leurs pratiques et leurs sollicitations qu'à efïrayer le pape et les cardinaux par la considération du grand temps que cette discussion demanderait, afin de pouvoir pécher en eau trouble, de se réserver la liberté de faire du bruit, et de tirer avantage de la condamnation de ces propositions équivoques.
Il se souvenait du mauvais usage qu'ils avaient fait de la bulle après qu'elle eut été donnée, publiant faussement dans leurs catéchismes, dans leurs prédications et dans leurs livres que saint Augustin avait été cojidamné, et faisant passer la doctrine de Molina pour celle de toute TÉglise, quoique leur Père général, par ordre exprès du pape Innocent, leur défendît aussitôt par une lettre circulaire de se prévaloir d'une bulle qui, ni dans les termes, ni dans les desseins du pape, ne faisait autre chose que remettre la question de la grâce [à ce] que Paul V en avait ordonné après les congrégations solennelles de Auxiliis.
4. Il disait que ces finesses et ces supercheries qu'ils avaient pratiquées par le passé lui donnaient de grandes défiances pour l'avenir. Qu'il tenait pour suspect le choix qu'ils avaient fait d'un arbitre et d'un médiateur qu'ils savaient depuis si longtemps être éloigné de leurs sentiments et attaché ouvertement à ceux de leurs parties. Que ce serait une preuve convaincante de leur sincérité s'ils n'eussent pas été jésuites. Mais que l'étant, il n'était pas vraisemblable que quelque respect que mérit;\t la probité et la vertu de ce prélat, homme plein d'honneur qui s'était acquis une haute estime par l'amour constant qu'il avait pour la vérité, cela n'empêchait point que les Jésuites ne sussent par où ils l'avaient pris, par où ils le tenaient, et par où ils le tiendraient.
Il racontait en peu de mots l'ouverture des conférences, la proposition que les Jésuites avaient faite, le refus de leurs parties, elle bruit répandu dans Paris que les jansénistes, quoique véritablement savants^ étaientidiots en négociation. Et il croyait sur cela que ces Pères avaient eu en vue de leur contester un mot latin pour avoir de quoi rire en leur faisant faire un solécisme.
5. Le P. Du Four faisait remarquer le changement de style des Jésuites, ce premier langage ne leur ayant pas réussi; qu'ils avaient commencé à faire profession de sincérité et à dire qu'ils reconnaissaient que les jansénistes n'étaient pas hérétiques comme ils l'avaient toujours cru; mais il croyait que cet aveu n'était qu'une autre espèce de finesse, les Jésuites ayant toujours fui de conférer de la doctrine de Jansénius avec ceux qui ne s'était jamais lassés d'en venir aux preuves en mettant le livre sur table à