LIVRE XXXII
qu'il voyait que Ton donnait souvent le nom de bassesse à ce qui était humilité. Qu'un de leur amis, docteur, qui n'avait pas voulu se servir de la plupart de leurs formules faites au commencement, disait qu'il aurait moins de difficulté avec un tel écrit de recevoir purement les constitutions. Que pour lui, il y avait déjà longtemps qu'il avait eu cette pensée sur le subjicientes et sur quelque autre où l'on disait tant de choses pour y enfermer quelque modification ; qu'il ne savait rien de meilleur qu'un écrit semblable qui serait rendu public. Qu'il le priait donc de le bien examiner devant Dieu. Que ceux qui Pavaient vu l'avaient trouvé fort juste en soi, et il mettait de ce nombre MM. de LaLane, Manessier, Barré et Girard. Il le priait néanmoins de n'en point faire faire de copie, et de n'en parler à personne avant qu'il eût proposé ses difficultés, qui seraient plus considérables que celles que pourraient faire beaucoup d'autres, et que si elles étaient telles qu'elles eussent la force de persuader, il en faudrait demeurer là, non que l'on ne fût résolu d'éclaircir celles que d'autres en pourraient avoir, si elles étaient telles qu'elles pussent empêcher de s'offrir à recevoir les constitutions. Qu'il ne lui disait point l'avantage qu'ils pourraient tirer d'être disposés à l'offrir quoique leurs adversaires ne fussent pas satisfaits ; qu'il croyait que cela serait plus honorable que d'offrir ce que Louvain avait fait, n'ayant pas besoin de cet exemple parce que leurs raisons subsisteraient d'elles-mêmes, et qu'il ne pensait pas qu'il y eût d'ennemi qui osât écrire que cela fût faux, et qu'il se fussent engagés par là à croire le fait, après tout ce qui aurait été réfuté et écrit, et avec cette espèce d'Apologie, que tous ceux qui en avaient eu connaissance croyaient incomparablement meilleure que toutes les lettres que M. de Comminges avait pu donner pour le subjkimus. Qu'il fallait avant toutes choses s'assurer de la vérité et du langage de l'Église, et qu'après cela il serait aisé d'aller au devant de ce que l'on pourrait dire. Qu'un des docteurs qu'il venait de lui nommer ayant visité M. Guilleberl, ce papier avait été lu dans sa chambre ; que s'il eût été transcrit plus tôt, il aurait été envoyé à M. Arnauld ; mais qu'il n'avait été achevé que le jour précédent, et que l'on avait besoin d'en avoir une copie. Il le suppliait de ne perdre pas de temps pour lui en
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maader ses sentiments, non sur le champ néanmoins, parce qu'il lui fallait donner le temps de l'examiner. Il priait Dieu de donner à jM. Arnauld sa lumière et son Esprit-Saint pour juger et embrasser tout ce qui était agréable à sa divine Majesté par ce même Esprit. Que pour lui qui lui adressait cette lettre, les autorités le touchaient plus que les raisons, et que tout ce qui portait caractère d'autorité et d'exemple de-leurs Pères le frappait sensiblement, à moins que quelque chose d'aussi sensible et d'aussi palpable ne lui fit voir le contraire par la même autorité et la même antiquité.
M. Arnauld ne fut pas plus touché de ce même expédient que de tous les autres, et on verra dans la suite (quelles furent les raisons dont il se servit pour le rejet»' i.
M. de Sacy, quoiqu'un! étroitement à M. Singlin, était tout à fait éloigné de ces voies obliques et indirectes, et autant qu'il avait été affligé de la lettre que M. d'Angers, prévenu par son frère aîné, avait écrite à M. de Comminges pour agréer le subjicimus avec les conditions qu'on lui marquait, autant reçut-il de joie d apprendre que ce prélat se fût retiré lui-même de cette mauvaise démarche. Ce fut le sujet d'une lettre que cet ecclésiastique écrivit en ces termes le 20 mai à une religieuse de ses parentes :
« Il y a longtemps que je n'ai eu une si grande joie que celle que je viens d'avoir en lisant la lettre de M. d'Angers. Je ne puis vous témoigner combien je suis sensiblement touché de voir sa bonté, sa sagesse, pour ne pas se laisser
prévenir des fausses impressions que M avait tâché de
lui donner pour le surprendre comme il l'est lui-môme, son amour sincère pour la vérité, et sa lumière qui i'a fait entrer si aisément dans toutes les raisons de M. Arnauld, qui sont certainement très ecclésiastiques et très solides. N'admirez-vous pas que lorsque l'on a les mêmes principes on s'entend si bien quoique de loin? Il a lu dans nos pensées et dans notre cœur, et il a dit tout ce que nous aurions eu envie de dire, mais qui n'aurait pas eu dans notre bouche la force qu'il y a dans la sienne, étant accompagné de l'autorité que son zèle et sa dignité lui donnent. C'est avec un tel médiateur que la paix aurait pu se faire, et qu'on n'aurait pas donné sujet à l'Église de dire aujourd'hui : « Ceux qui voulaient passer pour mes proches et