‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 177 sur 455 · LIVRE XX XII · texte numérisé non relu

LIVRE XX XII

d'Espagne de s'accommoder à l'ordre du roi et de faire comme les autres.

« Cependant l'évêque de Plaisance en Espagne, qui avait été envoyé ambassadeur extraordinaire ici pour solliciter la dernière bulle de la Conception, qu'il emporta avec soi, est mort depuis environ deux mois avec une telle opinion de sainteté que quelques-uns disent avoir entendu les anges chanter lors de son trépas. Le P. Hilarion l'avait particulièrement assisté auprès du pape pour l'obtention de la dite bulle, et même on lui avait promis huit mille écus de reconnaissance de la part d[e 1'] Espagne; mais sa mort a donné quittance aux Espagnols.

« On fait espérer ici que le Journal de Saint- Amour sera bientôt brûlé par la main du bourreau, et que M. le chancelier l'a ainsi promis au P. Annat, qui a écrit ici que c'était un livre rempli de faussetés, et qui engageait mal à propos quantité de monde, et qu'entre autres il y avait une lettre de l'évêque d'Alet qui ferait voir quel avait toujours été ce prélat. Vous qui avez le livre en pouvez juger. J'oubliais à vous dire que le P. Fabry doit proposer demain et dénoncer au Saint office le livre intitulé : Manuale Cat/iolicorum, pour être condamné comme le plus méchant livre qui ait encore paru. »

Ce qui était contenu dans cette lettre touchant le P. Hilarion, fut encore mandé en France le 21 du même mois de mai : // P. Hilarione inori il mese passatOj et fu sepellito con grand'onore fattoli da Religiosi. Non ha poiuto farsi designare gl'otto milia scudi assignatili dal Rè di Spagna per haver lenuto mani...^ adoprato à far finire Vuttima Bolia délia Concezione.

Qu'aurait pu attendre M. Arnauld d'un tel négociateur de l'Église, qui mettait la religion en commerce, et employait son crédit auprès du pape pour faire réussir le dessein qu'avait le roi d'Espagne d'engager Sa Sainteté à ajouter un nouveau mystère aux anciens articles de foi dont les chrétiens ont toujours fait profession depuis la publication de l'Évangile par les apôtres?

Mais l'inquiétude qu'on avait à Rome touchant la déclaration de la Faculté de théologie de Paris n'était pas sans fondement. Car toutes les démarches que l'on a vues cidessus se terminèrent enfin à un arrêt du Parlement qui

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intervint sur cette matière et qui contenait ce qui suit : Extrait des registres du Parlement,

Ce jour, les gens du roi, mattre Denis Talon, avocat du dit seigneur, portant la parole, ont dit à la cour que le syndic de la Faculté de théologie avec sept autres anciens docteurs en la Faculté de théologie, mandés suivant l'arrêt du jour d'hier, était au parquet des huissiers. Eux entrés, M. le premier président leur a dit que la cour les avait mandés pour apporter la déclaration faite par la Faculté de théologie de ses sentiments touchant l'autorité du pape. Le doyen de la dite Faculté a dit que pour obéir aux ordres de la cour, ils avaient apporté la dite déclaration extraite des registres de la dite Faculté et signée par le bedeau d*icelle, contenant : Primo, non esse doctrinam Facultatis, etc. (comme ci-dessus). Icelle déclaration lue en présence des gens du roi et des dits docteurs, les dits docteurs retirés, les gens du roi, par la bouche de maître Denis Talon, ont dit que la vérité des anciennes maximes se soutient assez par son propre poids et n*a pas besoin de mendier des sulFrages ni des approbateurs; que c'est pourtant un grand avantage quand tout le monde concourt dans un même sentiment et qu'il ne parait point de diversion dans les esprits. Personne n'ignore les efforts et les artifices pratiqués par les partisans de la cour de Rome depuis trente ans pour élever la puissance du pape par de fausses prérogatives, et pour introduire les opinions nouvelles des ultramontains. Et enfin les choses ont passé jusqu'à tel excès, qu'après avoir insinué en secret ces propositions fausses et dangereuses dans les écrits, ils ont eu la hardiesse de les publier et de les mettre dans des thèses pour être publiquement disputées. Cette témérité n'est pas demeurée impunie. Car cette auguste compagnie, également jalouse de maintenir l'autorité royale, les droits de la couronne, les libertés de l'Église gallicane et l'ancienne doctrine, auxquels ces opinions de l'infaillibilité et de la supériorité du pape au concile sont également opposées, n'a pas manqué de réprimer ces entreprises par la sévérité de ses arrêts, et même d'en punir les auteurs, de sorte que ces monstres ont été étouffés dès leur naissance, et que ces tentatives, bien loin d'avoir aucun succès, n'ont servi qu'à confirmer plus puissam-

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