‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 182 sur 455 · LIVRE xxxtt · texte numérisé non relu

LIVRE xxxtt

témoigner aDÎmosité contre les particuliers que d'exiger d'eux telles signatures. Que l'Église n'exerce pas une plus grande sévérité ni une plus grande domination sur ses enfants que les rois sur leurs sujets.

M, Arnauld,

Que si on s'adressait à des particuliers, devraient-ils refuser par cette raison générale qu'on n'a pas plus de raison de s'adresser à eux qu'à tous les autres séculiers du royaume; ou si ce sont personnes qui passent dans le monde pour instruites de ces matières, doivent-ils dire librement ce qu'ils en savent, et confesser qu'ayant lu Jansénius et saint Augustin, il ne leur parait pas que ces propositions soient de Jansénius ni que Jansénius ne soit écarté eo rien de la doctrine de saint Augustin?

Réponse de M. de Barcos.

Cette réponse est encore plus forte pour ceux qui ne sont pas obligés d'entendre la théologie, ni de lire des livres de théologiens, ni celui de Jansénius. Et elle est néanmoins très forte et solide pour les théologiens mêmes, parce qu'il paraît que ce n'est qu'un point de science, et non de foi, de savoir si le livre de Jansénius est conforme ou contraire à la constitution du pape et aux maximes de l'Église et de saint Augustin, approuvées par l'Église, ce qui ne se peut connaître sans un grand travail et sans une science non commune, à laquelle l'Église n'oblige pas tout le monde, permettant à la plupart des hommes d'être ignorants s'ils le veulent être.

M. Arnauld,

Si on ne se contentait pas de cette condamnation générale de Jansénius, mais que l'on passât jusqu'à la doctrine en particulier, en voulant faire signer comme un article de foi : Que ceux qui n'observent pas les commandements de Dieu ont un pouvoir prochain et accompli de les observer, sufûrait-ilde ne le pas pouvoir signer? Et ne

faudrait-il pas rendre raison pourquoi on ne le peut faire? Et comme il semble que cela serait nécessaire, il semble aussi qu'il faudrait être convenu auparavant de ce qu'on aurait à dire sur ce sujet. Mais parce qu'il n*y a rien de plus important et où il faille être plus juste, nous vous supplions. Monsieur, de tout notre cœur, d'y vouloir penser, et de nous marquer ce que vous jugeriez à propos que l'on dît en celte rencontre, pour soutenir d'une part la doctrine des saints Pères, et ne se pas embarrasser de l'autre dans les chicaneries des scholastiques...?

Réponse de M. de Darcos.

On n'a jamais vu que l'Église ayant fait une constitution ait trouvé mauvais que des particuliers se justifiassent euxmêmes, ou quelque autre de n'y être pas contraires. Et elle a plutôt témoigné que cela était selon son intention, parce que comme une bonne mère elle ne désire rien tant que de voir ses enfants unis à elle et innocents en toutes choses. Et ainsi elle est ravie qu'ils paraissent tels après même qu'elle les a condamnés par méprise, comme il est arrivé plusieurs fois; et beaucoup plus lorsqu'elle ne les a pas condamnés et qu'elle n'a pas examiné leur, cause.

Il faudrait répondre qu'on n'entend pas bien ces termes de pouvoir prochain et accompli, qui ne sont ni de l'Écriture ni des Pères, ni du style de l'Eglise, et prier qu'on les expliquât. »

M. Arnauld aurait pu se contenter de cet ancien écrit de M. de Saint Gyran sans s'arrêter au second, qui était bâti sur des principes tout à fait contraires. Mais conime ce dernier avait ébloui quelques-uns des théologiens des plus éclairés, il s'appliqua à en faire la discussion en plusieurs articles dont le premier avait pour titre : Souscriptions des conciles en termes généraux peuvent souffrir des exceptions raisonnables. Le deuxième : Le terme de réception dans Vusage de V Eglise marque l'approbation intérieure de tout ce à qui s'étend la réception. Le troisième : Quon ne saurait prouver par aucun témoignagede l'antiquité que tous les faits contenus dans les conciles fussent d'eux-mêmes et par l'esprit de l'Église exceptés de ce qu^on témoignait approuver par la souscription générale qu'on faisait des conciles, mais que lorsque quelquesuns en étaient exceptés, c'était pour des raisons particulières.

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