LIVRE XXXII
et même intactas et illibatas servare, q\x"\\ trouvait si bon qu'il s'en servait comme d'un bouclier pour mettre la vérité à couvert. Qu'elle n'avait pas pu se taire là-dessus, et lui avait dit qu'elle doutait qu'il se fût assuré du sentiment de tout le monde avant que de supposer cela, et qu'elle doutait fort en particulier de celui de M. Arnauld, qui était fort opposé à la signature des constitutions. Que M. Girard lui avait dit que lui aussi, mais que ceci changeait la thèse, et que cela ne faisait que ce que faisait Louvain, dont il était toujours demeuré d'accord; mais qu'après tout on verrait si on ne s'accordait pas d'opinion là dessus qu'il ne le faudrait pas faire, que ce serait comme auparavant. Qu'elle lui avait répondu que ce serait pis qu'auparavant, parce qu'ils paraîtraient manquer à une parole solennelle qu'ils avaient donnée. Qu'il avait répliqué que c'était sur eux deux que cela retomberait, et que c'était pour cela qu'il lui avait dit qu'ils seraient les plus embarrassés. Qu'elle avait reparti que les autres ne laisseraient pas d'en avoir leur part, puisqu'ils parlaient au nom de tous ceux qui en avaient à la cause. Que sur cela il s'était étendu à lui faire voir que cela avait été nécessaire; que M. de Comminges voulant une procuration, il fallait bien lui en donner en quelque forme; qu'ils n'avaient pas prétendu traiter pour eux seuls, et q^u'ils ne prétendaient pas se séparer; qu'il avait fallu risquer quelque chose; que si le succès était bon, tout le monde y aurait part, quoiqu'il n'en eût point eu à la proposition: que s'il était mauvais, ceux à qui il n'avait pas été communiqué avaient de quoi se justifier pleinement, et que les autres étaient plus exposés qu'eux. Qu'elle avait répliqué qu'au contraire elle trouvait qu'on ruinait ces absents, parce que si les conclusions allaient à quelque chose dont ceux qui avaient fait cette avance crussent pouvoir demeurer d'accord, on les contxaignait à se déclarer contre, de peur que leur silence avouât ce que portait l'acte, que c'était au nom de tous, et que c'était attirer sur eux toute la haine et le reproche d'ennemis de la paix. Qu'il avait avoué que tout cela eût été fâcheux, mais qu'il se faudrait accorder alors, et ne se pas diviser; que dans le fond elle voyait que cela embarrassait M. Girard, et qu'il en voyait mieux les conséquences terribles. Qu'il avait ajouté qu'ils avaient fait toute la
diligence possible pour s'assurer du sentiment de tous ceux qu*onavaitpu,et que tous ceux qui étaient à Paris en étaient demeurés d'accord, lui nommant même entre les docteurs M. le curé de Triel, M. du Val, M. d'Allory, et quelques autres de Saint-Gervais, qui étaient toutes personnes dont il répondait, et que pour les absents le second acte y remédiait. Qu'elle avait répliqué que ce second acte ne servait qu'à prouver qu'ils avaient parlé contre la vérité dans le premier, et qu'elle s'étonnait un peu de ce qu'ayant su votre sentiment avant que d'avoir signé ce premier acte, ils y avaient laissé omnitim nomtne. Qu'il avait avoué qu'il eût voulu que cela n'y fût pas demeuré; qu'ils avaient fait une faute de n'y prendre pas garde, bien qu'il eût été difficile de changer. M. de Co^minges ayant la copie, et ce mol étant bien essentiel pour faire valoir leur procuration.
Qu'en un mot, de tout l'entretien il lui avait paru qu'il était assez embarrassé de cet engagement, et qu'ils y avaient été bien vite; mais que l'espérance les éblouissait d'un côté si cela pouvait produire une heure de paix ; et la créance qu3 les Jésuites rompraient empêchait qu'ils ne s'en donnassent tant d'inquiétude.
La sœur Angélique demandait ensuite à M. Arnauld s'il n'écrivait point enfin lui-même à M. d'Angers, qui ne faisait rien et les renvoyait aux calendes grecques. Qu'elle avait oublié de dire que M. Girard lui avait dit aussi qu'il avait su que les Jésuites, c'est-à-dire le P. Ferrier, avait dit que la signature des constitutions ne serait point reçue parce qu'on pourrait l'interpréter et n'y comprendre pas le fait; et qu'il lui avait dit qu'il ne savait si ce n'était point qu'ils eussent ouï parler de l'écrit de M. de Saint-Cyran.
M. Arnauld, ayant lu cette relation, la renvoya à celle qui l'avait écrite parce qu'elle l'avait ainsi désiré expressément, mais il lui manda par un billet daté du 8 juin qu'en vérité il lui semblait qu'elle la devait garder, parce qu'elle contenait des choses importantes dont il ne faudrait pas perdre la mémoire. Que la parole du P. Annat ; « que puisque les choses se disposaient si bien, il retiendrait la déclaration que M. le chancelier lui avait donnée à revoir avant que de la sceller » lui semblait horrible ; mais que la froideur avec laquelle un évêque,qui devait être persuadé que cette déclaration était une oppression visible de l'Église, écou-
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tait de semblables choses le lui semblait encore davantage ; et qu'ainsi, bien loin de se repentir de la lettre à M"*® la marquise de Sablé, il eût été bien fâché qu'elle n'eût pas été écrite, et que, quand celui qu'elle regardait l'aurait vue, il ne s'en mettrait guère en peine. Que Ton pensait tant à édifier les gens et à ne les point blesser que personne ne leur disait la vérité, et on les flattait au contraire dans les désirs de leur cœur, en leur laissant croire qu'ils faisaient merveille pour l'Eglise lorsqu'ils n'osaient ouvrir la bouche pour empêcher qu'on ne l'asservît. Qu'on appréhendait qu'on ne dît que c'était une grande insolence à un particulier de donner si hardiment des avis à un évéque, et qu'on n'appréhendait point que Dieu ne nous reprochât un jour de ne les avoir pas donnés, dum os eorum verecundamur o/fendere, comme dit saint Augustin, et d'avoir négligé ce qu'il nous recommande dans l'Évangile touchant la correction de nos frères, entre lesquels les évéques sont aussi bien que les autres. Que saint Bernard n'avait point de rayons à la tête, sed homo erat similis no bis ^ passibilis, quand il faisait des réprimandes si fortes aux papes, aux cardinaux et aux évêques. Qu'il ne pouvait se résoudre d'écrire à M. d'Angers, qui était assez averti; que c'était àluiàfaire ce qu'il devait ut non velut ex necessitate bonum illius sit^ sed voluntarium. Qu'il était dangereux de presser les gens au delà de leurs forces.